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SCIENCES

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lundi, octobre 2 2017

Pour en finir avec le « mythe » de la licorne

On fabrique des licornes domestiques, et on a encore tué une, sauvage, en août 2014

La licorne fait partie de ces « animaux fabuleux » qui hantent l’imaginaire populaire et émaillent les récits depuis la plus haute antiquité. Très présente dans la littérature du Moyen Age, immortalisée dans l’iconographie par les célèbres ensembles de tapisseries dits de « La chasse à la licorne » et de « La dame à la licorne », tissés sur les métiers des Flandres durant la seconde moitié du XVeme siècle, la licorne tient une place de choix dans les divers bestiaires connus qui parsèment la littérature et les bas-reliefs depuis l’antiquité babylonienne et chinoise.

Des descriptions graphiques ou scripturales qui reprennent évidemment, par besoin d’analogie pour la compréhension, des comparaisons avec des animaux existants, ce qui laisse une large part à l’interprétation personnelle des rédacteurs… Et des lecteurs ultérieurement.

Des animaux auxquels se rattachent symbolique, mystique, ésotérisme, etc…

Les diverses descriptions qui sont y recensées présentent globalement les caractéristiques suivantes :

  • Une allure générale d’Équidé ou de Cervidé

  • Un corps de Cervidé (de plus ou moins grande taille du cerf au chevreuil)

  • Des pieds à sabots « fendus » ou non(1)

  • Un appendice frontal de plus ou moins grande taille désigné comme « corne ».

A cela s’ajoute l’existence éventuelle d’une toison laineuse, présente dans certaines descriptions.

(Ci-dessus une enluminure du Hainaut de 1285, où la licorne est figurée avec un corps de mouton.)

Il n’y aurait donc pas, d’après les descriptions, une espèce « licorne » mais des animaux, zoologiquement divers, reliés artificiellement du fait de ce seul caractère commun : la « corne (2)». Mais tous cependant, présentant des sabots, se rattacheraient finalement aux Mammifères Ongulés. Une équivoque qu’illustre parfaitement la terminologie d'« unicorne » considérée par beaucoup comme synonyme de licorne.    

Pour la commodité de l’exposé, nous n’évoquerons pas dans un premier temps les licornes d’Extrême Orient mais le lecteur comprendra finalement qu’elles s’inscrivent pleinement dans notre propos !

Nous pouvons en première approximation regrouper tous ces animaux, suivant la classification simplifiée, en :

  • animaux à un nombre impair de doigts, 1 ou 3, dits Mésaxoniens ou Périssodactyles

  • animaux à nombre pair de doigts, 2 ou 4, (généralement 2 en appui) dits Paraxoniens ou Artiodactyle

C’est sur cette base que nous allons pouvoir raisonner pour mettre en adéquation mythe et réalité.

Il importe alors de s’interroger sur deux points clefs de nos descriptions :

  • la nature possible de la « corne » décrite.

  • le nombre réel de doigts des membres de l’animal.

Ces deux éléments devraient suffire à préciser la position zoologique de ces animaux, car nous verrons qu’ils sont directement liés.

I – La dent du narval

Les représentations classiques de la licorne montrent très souvent une « corne » frontale implantée sur le haut du crâne au niveau de la ligne des orifices auriculaires (attaches des oreilles externes).

La « corne » présente la couleur, la forme et la spiralisation caractéristique de la dent de narval (Cétacé marin).

C’est donc une formation en ivoire, ce que l’on appelle communément une « défense » telle qu’on les trouve chez d’autres Mammifères, tels les morses ou les Proboscibiens (Éléphants).

Zoologiquement, il s’agit de l’incisive médiane supérieure gauche de l’animal qui atteint souvent plus de 1,5 m et dont l’hypertrophie peut exceptionnellement dépasser 2,5 m !

On observe d’ailleurs assez souvent la croissance, plus limitée, de l’incisive supérieure droite symétrique.

Dans de très rares cas, on a même affaire à des animaux aux deux incisives quasi symétriques (ce qui leur dénie alors forcément leur nom de « Licorne de mer » !).

Ce sont ces incisives de narval qui ont classiquement servi de modèle à la majorité des représentations de la « corne » des licornes terrestres.


























La question à se poser est alors de savoir si la disposition d’implantation « au milieu du crâne », telle qu’elle est représentée chez les licornes terrestres, est imaginable concernant une dent.

L’anatomie comparée des Mammifères, même si certains par ignorance remettent stérilement en cause ces constats, nous montre qu’à la différence de Vertébrés dits inférieurs, les dents des Mammifères sont exclusivement cantonnées aux os maxillaires (pour les dents du haut) et à la mandibule (pour les dents du bas).

Ceci ne souffre aucune exception et se justifie clairement pour des raisons cytologiques et embryologiques que nous ne développerons pas ici pour ne pas alourdir l’exposé(3).

Il s’en suit que l’on ne peut observer de dent « sur un crâne » !

Les défenses classiquement connues sont toutes des incisives ou des canines hypertrophiées, dont le développement et la croissance modifient d’ailleurs la structure crâniale de façon plus ou moins significative, et qui se développent toujours à l’extérieur de celui-ci.

On connaît de rarissimes cas anormaux de croissance inversée comme celui, célèbre, de certains éléphants d’Asie où le germe dentaire orienté vers l’arrière conduit au développement de défenses dirigées vers le corps !

(Ce qui évidemment pose question quant au devenir de l’animal si la croissance se poursuit jusqu’au ventre et aux membres. Il est évident qu’alors l’existence même de l’animal sera menacée, mais c’est une autre question…)

Le seul cas connu où des dents paraissent « sortir du crâne » s’observe chez le babiroussa, un porc sauvage des Célèbes dont la canine supérieure traverse l’os dentaire vers le haut et semble « pousser au milieu du groin ».

Mais seul l’os dentaire est en cause : la boîte crânienne n’est pas impliquée et le palais n’est pas traversé. Ce qui se voit très clairement sur le squelette.


L’idée d’une dent implantée en arrière de la ligne des yeux, « traversant » la boîte crânienne est donc une fiction !

L’ivoire de licorne est donc un mythe, même si la préciosité associée à la défense de narval a conduit à de remarquables œuvres d’art (trône, crosses d’évêques, pieds de ciboires, de calices, de coupes, ostensoirs, sceptres, cannes, etc.)

[Une dent de narval figure même parmi les « objets inaliénables de la maison de Habsbourg » : une "corne de licorne" connue sous le nom de Ainkhürn, offerte par le roi de Pologne Sigismond II à l'empereur Ferdinand Ier en 1540.)

II – Périssodactyles : les Rhinocéototidae

L’une des hypothèses majeures concernant l’appartenance zoologique des licornes concerne les Rhinocéridés, une hypothèse qui repose essentiellement sur l’existence d’une « corne » nasale unique implantée dans le plan médian, voire deux « cornes » alignées dans ce même plan chez, par exemple, les rhinocéros africains…





























Une hypothèse qui a été remise au goût du jour au début du XX
eme siècle avec les travaux paléontologiques pratiqués sur un groupe de fossile de Rhinocéridés (Rhinocerotidae) laineux, découverts en Sibérie, Chine et Asie centrale : les Elamosthérium.

(Ce groupe suscite aujourd’hui un engouement médiatique délirant et des supputations stupides depuis que de récentes réévaluations de datation ramèneraient son extinction à – 26 000 ans. Tout ce tapage parce qu’il aurait été « contemporain de l’homme », au paléolithique, ce qui n’a vraiment aucune importance zoologique !)

Les représentations, glabres au début du XXeme siècle mais aujourd’hui devenues velues, varient notablement au gré de la fantaisie des auteurs.

En fait, ce qu’il importe de savoir c’est que l’Elasmotherium est un Rhinocéridé typique, aux membres à trois doigts, d’une hauteur de 2 m environ pour un poids de 4 à 5 T. Cela est avéré, le reste n’est que fantasme ou littérature…

Il est doté d’une « corne » massive unique en position ligne des yeux dont aucun exemplaire n’a été retrouvé, ce qui est prévisible si on admet en bonne logique que cet appendice est de même nature que ceux que l’on rencontre chez les Rhinocéros actuels : de la kératine pratiquement jamais fossilisée.




Les représentations, glabres au début du XXemesiècle mais aujourd’hui devenues velues, varient notablement au gré de la fantaisie des auteurs. En fait, ce qu’il importe de savoir c’est que l’Elasmotherium est un Rhinocéridé typique, aux membres à trois doigts, d’une hauteur de 2 m environ pour un poids de 4 à 5 T. Cela est avéré, le reste n’est que fantasme ou littérature…

Il est doté d’une « corne » massive unique en position ligne des yeux dont aucun exemplaire n’a été retrouvé, ce qui est prévisible si on admet en bonne logique que cet appendice est de même nature que ceux que l’on rencontre chez les Rhinocéros actuels : de la kératine pratiquement jamais fossilisée.

Un appendice nasal qui n’est pas une corne !

La ou les « cornes nasales » des Rhinocéros ne résultent pas d’une structure homologue aux cornes d’autres mammifères qunous allons voir ensuite. Ces « cornes », qui existent toujours chez les deux sexes, sont constituées de l'agglomération de longues fibres de kératine insérées dans une gangue de kératine amorphe. On parle souvent sous forme imagée de « poils agglomérés ».

C’est donc une formation dermique sans lien avec le squelette sous-jacent à laquelle elle n’est solidarisée que par la peau et le tissu conjonctif sous-jacent.

C’est flagrant si on se réfère au célèbre squelette d'un spécimen femelle de rhinocéros blanc (Ceratotherium simum) rapporté par l'explorateur Adulphe Delorgue en 1844. Pour la mise en valeur des « cornes » et la beauté de la présentation, les taxidermistes du temps ont poli les « cornes » et les ont débarrassées des fibrilles kératinisées périphériques basales !

Les « cornes » apparaissent ainsi « posées », totalement désolidarisées du squelette.

(Ce squelette fut acquis par le Muséum national d'histoire naturelle de Paris en 1846 et il est exposé aujourd'hui à la galerie d'Anatomie comparée.

Nous sommes donc toujours loin des descriptions récurrentes de pieds à « sabot fendus »…





Nous sommes loin aussi d’un corps d’Équidé ou de Cervidé.

Qu’on le veuille ou non, si on s’en tient aux descriptions, les Rhinocéridés ne sauraient sérieusement prétendre être à l’origine des licornes !

Cette « corme » - qui est donc anatomiquement une « structure fibreuse de type poil » - se présente sous forme d’une plaque kératinisée pseudo-circulaire (plus ou moins recouverte secondairement par l’épiderme au fil de sa croissance) qui développe une excroissance en son milieu. [voir photo ci-dessus]

Le diamètre du fût ainsi constitué n’excédera pas la moitié de celui de la plaque-assise kératinisée d’où il émerge, s’amincissant vers le haut.

(C’est en négligeant cette réalité anatomique que l’on voit aujourd’hui des descriptions et pire, des représentations, d’Elasmotherium auxquelles on attribue « une corne dont le diamètre est celui d’un torse d’homme » sic !

En fait si on tient compte du diamètre de base de la plaque socle, qui ne peut évidemment excéder la largeur du chanfrein, le fût de la corne d’Elasmotherium ne devrait pas excéder un diamètre de 40 cm vers la base pour une longueur atteignant moins de 2 m… Ce qui n’est déjà pas si mal !)

La croissance de cette « corne » est continue tout au long de la vie du rhinocéros, de l’ordre de 5 à 7 cm par an.

(Le record mondial répertorié de longueur est une « corne » de 1,58 m de long !)

Les rhinocéros indiens, unicornes, sont à l’origine de la fameuse description de « l’enclos des licornes » du Devisement du monde de Marco Polo rédigé en 1298.

Ils ont longtemps nourri un certain imaginaire de la licorne, même si la corne en position nasale ne correspondait pas franchement avec le mythe de la corne en position frontale.

Plus de deux siècles plus tard, le premier rhinocéros indien vivant vu en Occident, débarqué à Lisbonne en 1515, conduira à des descriptions parfois assez précises qui amèneront Albrecht Dürer – qui ne vit jamais l’animal de ses propres yeux – à sa célèbre gravure sur bois que l’on peut comparer aujourd’hui avec profit à une photo de l’animal.

Les rhinocéros bicornes africains ne sont pas en reste et seront même à l’origine de représentations de licornes « à deux cornes » mais qui conserveront toujours des membres à trois doigts…

III. Artiodactyles à cornes vraies : les Bovidae

a) La corne

L’os qui compose le cornillon, est alvéolaire : c’est un os pneumatique, percé en son centre d’un sinus qui communique avec le système des sinus frontaux. Sur le cornillon, les couches épithéliales germinatives secrètent un revêtement kératinisé en étui : la corne proprement dite. Elle s’accroît depuis sa base par anneaux successifs qui permettent de repérer l’âge de l’animal. Elle est évidemment persistante. Le cornillon est susceptible de fossilisation comme tous les os et se retrouvera donc lors des fouilles paléontologiques.

L’écornage des Bovidés conduit à une modification notable de la morphologie latérale crânienne qui va transformer le crâne dont le diamètre temporal se trouvera notablement réduit. La comparaison de deux demi crânes sensiblement de même âge et de même taille montre, côté écorné, la spectaculaire modification induite.


(D’après Demeter – groupement suisse d’éleveurs de bovins)

On comprend que la disparition d’un cornillon latéral provoque un remaniement de la paroi de l’os frontal et du réseau de sinus qui s’y trouve et conduit morphologiquement à un os géométriquement comparable à celui des Cervidés…

Un élément essentiel pour comprendre la transition morphologique chez les Bovidés, depuis deux cornillons issus de boutons germinatifs latéraux, à un seul cornillon central, cas prévisible de l’animal unicorne.


b) L’équivoque dagorne

Selon l’abbé Prévost en 1767 : « la dagorne est une vache qui n'a qu'une corne - qu'elle l'ait perdue naturellement ou qu'on la lui ait coupée. » On constate ainsi qu’il existe donc une équivoque très ancienne dans la terminologie descriptive, entre le bovin unicorne latéral suite à accident et l’éventuelle licorne bovine à potentielle corne centrale.

On ne saurait négliger ce problème descriptif qui rejoint l’équivoque antique du bas-relief, toujours gravé de profil, particulièrement ceux où sont figurées des « licornes ».

Il ne s’agit pas ici de nier l’existence de licornes (unicornes frontales vraies) mais de comprendre qu’une indiscutable confusion s’est créée dès l’origine de la mention, littéraire comme graphique, des unicornes : licorne ou unicorne latérale ? De ce fait, certains témoignages sont à prendre avec prudence, sinon circonspection.

Ainsi Le grand orientaliste Étienne Marc Quatremer notait en 1845 : « Les vaches unicornes apparaissent dès 1525 dans les récits du voyageur Varthema. Il les situe sur la côte de Zeïla et leur donne des cornes rouges. »

Au début du XIXeme siècle, la dagorne est bien toujours considérée aussi dans la littérature comme unicorne latérale :

« D'une vache en jouant ayant rompu la corne

Le berger l'en priait de n'en rien dire. — Hélas !

Et quand je m'en tairais, lui répond la dagorne,

Mon front déshonoré ne le dirait-il pas ? »

(J.-B.-A. Clédon, Poésies diverses, tome Ier, Fables, livre IV, IV: Le berger et la vache ; Delaunay libraire, Paris, 1811, page 88)

Notons enfin que la littérature regorge de récits de combats animaux où le vainqueur est un unicorne latéral capable d’utiliser sa seule corne comme une arme, bien plus redoutable que la paire dont il disposait à l’origine.

Les bovidés ont d’ailleurs toujours une corne maîtresse dont ils usent préférentiellement pour tel ou tel mouvement.

Ceci repose sur de simples observations comportementales.

C’est par exemple le but du préambule du premier tercio de la corrida, que de tester à travers des passes de cape quelle est la corne maîtresse de l’animal, qualifié alors de « droitier » ou de « gaucher ».

D’un point de vue morphologique enfin, il existe une corrélation certaine entre la forme du corps et la taille des cornes : plus le corps est élancé, plus les cornes sont imposantes et inversement, plus le corps est trapu, moins les cornes sont développées. Il suffit pour s’en persuader de comparer par exemple un bœuf Watusi et un taureau charolais…

(On comprend de ce fait qu’un corps de bovidé en mouvement, s’il est svelte, puisse se confondre avec un corps de cervidé pour un observateur lointain non averti… Une grande antilope à crinière a d’ailleurs été dénommée « antilope-cheval » à cause de la morphologie de son corps : l’hippotrague !


c) Des licornes domestiques ?

Dans son ouvrage « Histoire naturelle des Licornes » le professeur Chris Lavers [Chris Lavers est biologiste, professeur d'écologie et de biogéographie à l'Université de Nottingham en Grande Bretagne. Il a consigné ses nombreuses recherches sur les licornes dans un ouvrage très connu outre-Atlantique : “The Natural History of Unicorns”Chris Laver – USA : William Morris. (2009)] note :

« Pourtant, des expériences faites sur du bétail afin de manipuler les cornes pour qu'elles n'en forment plus qu'une, tendent à montrer que c'est le fait de n'avoir qu'une corne frontale qui donne à l'animal plus de leadership. En effet une corne frontale, rend l'animal qui charge beaucoup plus redoutable que s'il en avait deux. Il peut s'en servir pour soulever des barrières et s'imposer au reste du troupeau. C'est la corne unique qui fait qu'il devient le chef, et pas l'inverse ! »

Il fait référence ici à des techniques déjà évoquées plus de deux siècles plus tôt par le naturaliste français François Le Vaillant, découvertes lors de son périple en Afrique du sud (François Le Vaillant (1753 – 1824). Il est envoyé en exploration par la Compagnie néerlandaise des Indes Occidentales en Afrique du Sud. Dans les années 1780 – 1785, il découvrira nombre d’espèces d’oiseaux - notamment de perroquets - et est à l’origine des appellations de l’aigle « bateleur » et de l’aigle pêcheur africain dit « vocifer ». Il décrira également la vie et les mœurs et techniques des populations indigènes locales, notamment durant son second périple où on cherchait à produire des taureaux unicornes pour en faire des chefs de troupeaux.

La qualité de l'unicorne était donc reconnue et déjà recherchée en élevage en Afrique, ce qui nous conduit à considérer autrement les récits des observations faites en Afrique de l'est, historiquement déjà connue pour sa pratique de lélevage essentiellement bovin ou caprin.

d) Les travaux de Franklin Dove, expériences et théorie

William Franklin Dove (1897 – 1972) biologiste américain, chercheur à l’université du Maine s’est spécialisé dans l’étude de la sélection des animaux d’élevage, et de l’amélioration de la nutrition animale. Son nom est resté attaché à sa théorie sur l’origine et la migration des disques germinatifs des cornes, et ses travaux sur la création expérimentale des licornes bovines. : “The Physiology of Horn Growth” in the Journal of Experimental Zoology (Jan 1935, Vol 69, No 3) Artificial Production of the Fabulous Unicorn” in Scientific Monthly (May 1936, Volume 42; pages 431-436).

Dove a connaissance des récits de Vaillant sur la « manipulation des cornes » en élevage en Afrique du sud et également de descriptions sur la présence de moutons « manipulés » devenus unicornes, fréquemment employés comme chefs de troupeaux au Népal…

Anatomiquement il constate que la corne résulte du développement d’un disque germinatif lui-même résultant de la présence d’un bourgeon initial. C’est la destruction de ce bourgeon (en général par brûlage) qui provoque l’écornage.

Il procède d’abord au prélèvement de ces bourgeons, en les décollant bien à plat de l’os sous-jacent, et les réimplante en zone périostique, ailleurs sur l’os frontal. Il constate alors le développement de nouveaux disques germanitifs générateurs de futurs cornillons et donc des cornes qui y seront liés.

Il émet alors l’hypothèse que puisqu’ils sont transportables de la sorte, et ré-implantables sur l’os, sans greffe inclusive proprement dite, ces bourgeons germinatifs ne sont pas de nature proprement osseuse mais qu’interagissant avec l’os support sous-jacent ils induisent la formation du cornillon.

Ceci est évidemment vrai en position frontale médiane.

Il se propose alors de réaliser une « licorne » en implantant côte à côte les deux bourgeons prélevés. Il constate que les deux bourgeons vont fusionner, produisant un seul disque germinatif mais plus important, générateur d’une corne unique qui sera plus massive que les cornes originellement produites naturellement par chacun des bourgeons germinatifs. Il poursuit ses expérimentations sur des chèvres et des moutons avec des résultats toujours positifs.

Unibull


En mars 1933, Dove réalise une opération déterminante auquel son nom restera attaché : sur un veau Airshire d’un jour, il prélève les deux bourgeons germinatifs et les réimplante côte à côte sur l’os frontal, dans le plan médian au-dessus de la ligne des yeux.

Il se contente de rectifier leur forme subcirculaire au niveau de la tangence pour accroître la zone de contact entre les deux…

Il observe effectivement le développement d’un disque embryonnaire sur le périoste sous-jacent, très large, qui induira un important cornillon et donnera effectivement naissance à une corne massive parfaitement constituée résultant de la « fusion » des deux cornes par la conjonction des deux amas germinatifs initiaux.

C’est un plein succès connu sous de nom de « Unibull », le taureau-licorne !

Un animal parfaitement viable à l’activité tout à fait normale, qui sera connu dans tous les USA et qui vivra son existence de bovin avec toutes les particularités comportementales de leader exposées ci-dessus par Lavers.



Théorie

En mai 1936, Dove expose officiellement sa théorie à l’Université du Maine :

« Les bourgeons germinatifs des cornes ne sont pas de nature proprement osseuse, mais leur présence sur toute zone périostique va induire un cornillon et la corne associée, en une réaction complexe avec l’os sous-jacent.

Ces bourgeons sont susceptibles de répartition aléatoire, bien que soumis comme le reste de la structure crâniale où ils se trouvent au déterminisme de l’architecture de l’animal.

En particulier, si pour un motif quelconque ces deux bourgeons exceptionnellement ne se séparaient pas au stade embryonnaire suivant le plan bilatéral classique de l’organisme, ou bien s’ils restaient accolés accidentellement dans le plan médian une fois séparés, sans migrer vers les zones temporales, ils induiraient par fusion une corne unique massive en position frontale. »

Cette théorie, jamais réfutée à ce jour, s’applique à priori au mécanisme d’apparition et de croissance des cornes de tous les animaux qui en sont pourvus.

Cela intéresse donc tous les Bovidae sauvages, en particuliers gazelles et antilopes, inexistantes en Europe occidentale mais fréquentes en Orient, Afrique ou Asie, susceptibles de développer exceptionnellement des spécimens de « licorne ».

Une réalité à rapprocher des témoignages rapportés par les descriptions de licorne tant en Europe de l’est qu’en Asie, en particulier à prendre en compte pour les licornes chinoises !

Pour être complet, nous mentionnerons l’existence dans la ménagerie du cirque Barnum d’une « harde de licornes » : des chèvres opérées suivant la technique élaborée par Dove.

Des animaux qui furent interdits finalement d’exposition au milieu des années 80, à la suite de l’intervention d’instances de protection animale arguant de ce que l’opération de ces chevreaux pour les rendre unicorne s’apparentait à de la maltraitance…


IV. Les Artiodactyles à « bois » : les Cervidae

- Les espèces concernées

Les Cervidae sont les représentants les plus importants de la faune sauvage artiodactyle européenne qui ne compte guère que quelques espèces, surtout montagnardes, de petits Bovidae (chamois, mouflons, bouquetins, chèvres diverses).

Si le nombre d’espèces présentes est assez limité, leurs populations ont toujours été importantes et les Cervidae ont évidemment - au-delà de l’art cynégétique, notamment la vénerie - largement été évoqués dans l’iconographie et la littérature notamment du monde chrétien médiéval : essentiellement cerfs et chevreuils.

Des populations relictuelles d’élans ont survécu jusqu’au Moyen Âge, au moins dans les plaines humides en France, en Belgique, mais aussi en Suisse et en Allemagne avant que la chasse (pour la viande et les trophées) ne les élimine de ces contrées. Cela est attesté par des textes ou des fossiles récents en France à l’époque gauloise jusqu’à l’an 250. Elles subsistent en Alsace au moins jusqu’au IXeme siècle.

Un texte mentionne un élan tué en 764 par deux seigneurs de la suite de Pépin le Bref à Nordlingen (Bavière).

Il est signalé comme encore commun en Suisse jusque vers l’an mille. Dans le Comté de Flandre où les zones humides étaient encore nombreuses avant les grands drainages médiévaux, les derniers élans auraient été tués vers l’an 900.

On ne peut donc exclure l’élan de la mythologie de la licorne.

Pas plus que les daims originaires d’Asie mineure, connus et importés en occident dès l’antiquité gréco-romaine.

(Néanmoins la présence de palmure sur les bois des élans et des daims semblerait les rendre moins susceptibles de donner naissance à des licornes.)

En revanche, les rennes strictement nordiques seraient à exclure ici de notre propos, de même que le sera la multitude des Cervidae asiatiques auxquels notre analyse pourra ensuite évidemment s’étendre.


- Le « bois »

Le bois est caractéristique des Cervidae et n’est porté que par les mâles (sauf chez les rennes).

C’est donc aussi un caractère sexuel secondaire pour lequel les hormones (notamment la testostérone) jouent un rôle déterminant. Nous évoquerons ici brièvement le cas du cerf, le plus emblématique et aussi le plus étudié.

La vénerie a, au fil des siècles, développé un vocabulaire spécifique que nous limiterons ici à ses termes les plus courants indispensables à la compréhension du processus de croissance et renouvellement des bois.

Tout comme chez les Bovidae, le « bois » est issu d’un organite osseux implanté sur l’os frontal : le pivot.

Ce pivot provient également d’un bourgeon germinatif.

La différence d’avec le cornillon des Bovidae est que ce pivot, structure osseuse frontale permanente, va avoir une taille très limitée et produira le « bois », caduque et renouvelé annuellement, qu’il va sécréter et nourrir grâce à une très riche vascularisation qui se poursuit extérieurement dans le velours, tissu cutané qui entoure l’os spongieux secrété et qui se desséchera et desquamera en lambeaux plus ou moins sanguinolents visibles en fin de la croissance.

La rapidité de la pousse osseuse des « bois » (en trois mois en moyenne) chez les Cervidés, est sans égale dans le règne animal. Ainsi le « bois » des Cervidae est anatomiquement un os véritable!

Les bois d’un cerf adulte vont peser entre deux et trois kilos : il s’en suit une déperdition considérable de calcium pour l’animal – qui le puise dans son squelette - lors de la calcification des bois, ce qui occasionne quasiment un syndrome d’ostéoporose. Le cerf devra donc compenser cette perte par alimentation, après chaque repousse des bois !

Corne et bois ne sont donc pas histologiquement et anatomiquement comparables.

Si la corne est un étui kératinisé permanent qui enveloppe le cornillon fait d’un os pneumatique (ou alvéolaire), le bois est un os spongieux, caduque, ramifié et calcifié en fin de croissance, qui pousse sur le pivot (p) de l’os frontal.

Sur le bois, caduc, on distingue à la base la meule (c) entourée d’excroissances dont la taille augmente avec l’âge de l’animal : les pierrures. Au-dessus, la hampe (b) ou merrain entouré des perlures (d’autant plus grosses que le bois poussé cette année-là est plus important), portera les andouillers et/ou cors et se terminera ramifié en empaumure.

Cette croissance, son arrêt, la chute des bois sont sous l’influence des variations cycliques de sécrétion de testostérone.

 

 

 






Ce qu’il importe se savoir ici est que tant que l’os est en croissance et recouvert du velours qui le nourrit, il reste relativement mou et fragile et est donc susceptible d’accidents, de heurts notamment aux branches, susceptibles d’altérer sa croissance et son développement, voire le supprimer complètement. Il en résulte une ramure asymétrique nommée « tête bizarde », si fréquente que la vénerie lui a décernée une sonnerie de trompe spéciale.

Mais tant que le pivot n’est pas altéré, la repousse pourra s’effectuer normalement l’année suivante.

Si le pivot est accidenté on pourra même avoir un animal portant un seul bois, ce qui n’est pas sans rappeler les dagornes précédemment évoquées….










Cette situation s’observe également chez le chevreuil bien que les bois n’étant pas aussi ramifiés, cela soit moins spectaculaire.

Si nous avons évoqué ici largement la question de l’asymétrie de la ramure par altération accidentelle du velours ou du pivot, la question de l’unicorne frontale reste posée.

Autrement dit, à l’image de la non séparation ou non dissémination frontale des bourgeons germinatifs générateurs des cornillons, peut-on imaginer, en suivant la théorie de Dove la non séparation des bourgeons germinatifs des pivots ?

La réponse est affirmative !

- Le chevreuil « Nicorne » de Prato

« Licorne » est photographié ici en 2008, à un an. C’est un chevreuil, « unicorne » centrale, né au parc naturel du Prato (Toscane).

Sa mère avait été heurtée par une voiture dans le parc pendant la gestation. Cela ne l’a pas empêché de donner naissance à deux faons parfaitement bien portants. (A la différence des cerfs où les biches n’ont qu’un faon par portée, les chevreuils en ont classiquement deux, parfois trois…)

« Licorne » a donc un frère : il est tout à fait normal, et sa ramure a deux bois bien symétriques.

Les spécialistes s’interrogent sur cette anomalie tout en soulignant que les chevreuils unicornes ne sont pas rares, mais pratiquement toujours en position latérales : ces têtes bizarres liées à un accident de ramure déjà évoquées.

Il est certain que « Licorne » vivant en parc naturel, très surveillé, permettra des analyses, entre autres génétiques, intéressantes qui pourraient éclairer la question. Cependant la normalité de son frère ne présage pas de découverte fructueuse dans ce domaine.

Il est clair que nous avons probablement ici un de ces cas rarissimes de fusion des bourgeons des pivots… Cela est-il dû au choc reçu par sa mère? Nous ne le saurons sans doute jamais, mais cela prouve que tels animaux existent bien…


















- La licorne de Slovénie

Le trophée ci-contre provient d’un chevreuil malencontreusement tué en Slovénie au mois d’août 2014.

On remarquera le fort développement du bois unique central, déjà âgé, la présence d’un très gros pivot qui a permis le développement d’une meule unique à grosses pierrures qui recouvre tout l’os frontal.

La scientifique slovène Boštjan Pokorny a authentifié la pièce comme étant bien un crâne de chevreuil âgé à ramure aberrante.

Selon elle : « La déformation du "chevreuil-licorne" n'avait en rien entravé sa croissance. En effet, l'animal était déjà âgé, et même plus lourd que la moyenne, quand le chasseur l'a tué. »

Kip Adams, directeur de la QDMA (organisme canadien de gestion raisonnée des populations de cervidés) et des meilleurs spécialistes du chevreuil n’a pas hésité à dire :

"Dans le cas de cet étrange mâle, les deux pédicules (On notera ici l’emploi canadien du mot « pédicule » au lieu de « pivot » utilisé classiquement) qui devraient être séparés, ont grandi ensemble en une grande pédicule »

C’est mot pour mot ce qu’aurait dit Franklin Dove : près de 80 ans après l’énoncé de sa théorie, c’est la justification physique appliquée aux Cervidae… Une rapide enquête conduit d’ailleurs à constater que ce cas n’est pas du tout unique, précisément dans les forêts slovènes.

Faut-il en déduire qu’un phénomène de dérive génétique est possible dans cette région ? La question reste ouverte…

 

En guise de conclusion…

Parvenus au terme de notre enquête, nous pouvons affirmer que les licornes existent et ont toujours existé.

La plupart des récits et représentations permettent de cliver très clairement ces animaux en deux types suivant la taille qui correspondent tout à fait aux situations évoquées tant en Europe qu’en Asie :

  • Grandes licornes au corps assimilé à « un cheval à tête de cerf » dont les grands Cervidés et les antilopes pourraient être à l’origine.

  • Petites licornes au corps assimilé à un âne ou une chèvre, dont les chevreuils et autres cervidés de petite taille, ou les gazelles pourraient être à l’origine, comme les ovins et caprins sauvages…

Si le narval n’est pas en cause, sa dent a enflammé l’imagination des peuples et a contribué à matérialiser le caractère fabuleux de ces animaux.

Pour ceux qui resteraient convaincus de la participation des Rhinoceridae à cette histoire, je les renvoie aux recommandations de Sainte Hildegarde de Bingen à propos des vertus curatives de la licorne.

Dans son ouvrage Physica, sive Subtilitatum diversarum naturarum creaturarum libri novem, sive Liber simplicis medicinae (1151-1158) elle recommande l’usage de la peau de licorne pour lutter contre fièvre et peste :

« …il te faut faire une ceinture de sa peau, t’en ceindre à même la peau et aucune peste et aucune fièvre ne pourra t’affecter. Fais aussi des chaussures avec sa peau et porte les : tu auras toujours les pieds sains… »

Si le façonnage de la peau de cervidé ou de bovidé ne pose guère de problème, on imaginera volontiers les difficultés insurmontables liées à la mise en forme d’une peau de pachyderme de près de 2 cm d’épaisseur en chaussures, surtout génératrices alors d’ampoules pour celui qui s’aventurerait à essayer de les porter !

Claude Timmerman

Notes :

1. L’appellation de « sabot fendu » comme celle de « pied fendu » sont particulièrement maladroites, sinon malheureuses, et zoologiquement totalement inexactes, fussent-elles originellement bibliques.

Il n’existe pas, sauf accident ou pathologie, de « sabot fendu » : le sabot est une enveloppe cornée (kératinisée) protectrice, qui enveloppe plus ou moins complètement la dernière phalange d’un doigt…

Pas plus qu’il n’existe normalement de « pied fendu ».

Il existe chez les Ongulés aux membres à nombre pair de doigts, la plupart n’ayant d’ailleurs que deux doigts en appui normal au sol, une symétrie axiale du pied qui apparaît donc extérieurement « fourchu » alors qu’il est terminé par deux sabots parfaitement entiers - parfois appelés « onglons » notamment chez les Ruminants de petite taille (caprins, ovins, gazelles) - qui ne sont nullement « fendus ». Il suffit pour s’en convaincre de regarder ci-dessous les sabots des doigts d’appui des membres antérieurs d’un bovin !


2. Faute de terme global adéquat pour désigner les diverses structures étudiées, nous avons repris - pour la clarté de l’exposé - le terme usuellement employé de « corne », que nous noterons partout entre guillemets dès qu’il désignera un appendice autre que la corne vraie, caractéristique du groupe des Bovidae comme nous l’exposerons.

3.  Pour les lecteurs intéressés on consultera avec profit, par exemple :

Zoologie II Vertébrés - GRASSE, Pierre-P & DEVILLERS, Charles- Masson et Cie Editeurs, Paris, 1965 ;

Biologie Animale- Zoologie II – Fasc 2- Mammifères – Anatomie comparée des Vertébrés - H Boué et R Chanton – Doin, Paris ;

Biologie animale  - Les Cordés, anatomie comparée des Vertébrést. 3, Beaumont A. et Cassier P., Paris, Dunod université, 1987.

Des ouvrages, certes aujourd’hui un peu anciens mais qui font toujours autorité, qui datent d’une époque où la rigueur de l’analyse n’était pas systématiquement manipulée pour s’inscrire dans une vision doctrinale et justifier certains récents délires évolutionnistes.

vendredi, juin 9 2017

FAO : Fédération des « Ânes Obscurantistes »

Le cas du baobab

Par Claude Timmerman, ancien conseiller du Ministre du développement rural du Togo

Durant des siècles, des navigateurs, des géographes, des explorateurs, des voyageurs, des marchands ou des missionnaires, ont sillonné la planète en tous sens à la demande des rois, empereurs et papes et ont permis depuis Vasco de Gamma ou Yermak – pour ne citer, en occident, que ceux-là - d’acquérir une connaissance assez précise de notre planète : des  découvertes éparses et successives, faites par la vertu de l’observation, et qui se sont traduites par des multitudes de cartes, de récits, de descriptions géographiques et ethnologiques, de croquis, etc...

Les bibliothèques les plus illustres en sont pleines...

Mais il faut croire que de nos jours le progrès aidant, les techniques les plus nouvelles d’investigation en matière de cartographie, qui remplacent l’œil, l’alidade et la jumelle, font oublier ces siècles d’observations rangées apparemment aujourd’hui au rayon des curiosités.

L’observation directe et la collation des informations qui en découle sont devenues obsolètes !

C’est que les outils “modernes” permettent de travailler plus vite et avec plus de précision et de découvrir des éléments jusque-là ignorés!

Il faut cependant admettre que cela réserve quelques surprises, comme le déclare de façon péremptoire, et  sans rire, la FAO dans l’exemple qui est montré ici:

Les baobabs, ici au Sénégal, ne sont pas aisément repérables avec les outils classiques de la cartographie.” (sic!)[http://l.leparisien.fr/Mm6u-K1qr]


Et de justifier ainsi qu’on aurait aujourd’hui “découvert” grâce aux moyens d’investigation nouveaux, des centaines de millions d’hectares de forêts jusqu’ici “ignorées”!

Ne pas pouvoir repérer aujourd’hui des baobabs fait peser de grandes craintes sur l’avenir d’autres petites espèces végétales menacées tel que le séquoia géant d’Amérique... qui ont également dû échapper à la sagacité des experts de la FAO...

Cela étant le Baobab est clairement malmené, sinon ignoré, de ces technocrates peu cérébrés et visiblement quelque peu incultes notamment en matières botanique, historique et ethnologique; ce qui est particulièrement inquiétant pour des gens “experts reconnus” en matière d’agri-culture...

Un peu d’Histoire

Repéré, notamment par des graines, dans des tombes égyptiennes de plus de deux mille ans av JC, par les archéologues, le baobab y est décrit pour la première fois dans l’Ancien Empire.

En 1354 dans ses récits de voyages, Ibn Battuta, célèbre explorateur arabe, décrit cet arbre découvert dans le bassin du Niger et indique que les indigènes utilisent ses graines tant en farine qu’en décoction contre la fièvre. (Il semble que "ba hobab" provienne d’ailleurs de l’arabe "bu hibab", que l’on traduit par "fruit aux nombreuses graines".)

En 1592, le baobab fut décrit pour la première fois par un européen, Prospero Alpino, dans son ouvrage de botanique “De plantis Aegypti liber (Le Livre des plantes d’Égypte), nommé alors "ba hobab". Le nom en sera contracté en baobab au XVIIèmesiècle...

Toutes les explorations françaises et britanniques, préludes à la colonisation, évoqueront cet arbre en Afrique...

En 1750, Michel Adanson (1727-1806) a découvert une autre espèce de ces arbres, que l'on nommait alors "l'arbre aux calebasses" dans les îles du Cap-vert et au Sénégal, où il était commis de la Compagnie des Indes en poste à Saint-Louis du Sénégal durant cinq années. Ce botaniste français fut le premier à en publier une description botanique systématique exhaustive, ce qui amènera Linné, comme Jussieu, à le préférer à Alpino pour le désigner comme découvreur de l’espèce, et d’ailleurs du genre qui lui sera ensuite attaché : Adonsonia

On en connaît aujourd’hui huit espèces à travers l’Afrique, dont certaines ont été importées jusqu’en Australie...

Le pouvoir médicinal et l’usage nutritif de ces graines, de la taille d’une fève, est toujours bien connu...

Les fruits sont connus dans la littérature sous le nom de “pain de singe”. Tout est utilisé localement dans cet arbre, les feuilles, les fibres (textile), etc...[http://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/botanique-baobab-arbre-pharmacien-arbre-vie-666/page/2/]

Mais il faut croire que tout cela n’est pas parvenu à la connaissance de ces technocrates qui s’éloignent, il est vrai, le moins souvent possible de leurs bureaux feutrés romains, ou des grands hôtels lors de leurs déplacements...

L’obscurantisme des experts n’a souvent pas d’autres causes.

Je me souviens d’une anecdote, vécue, particulièrement savoureuse. Lors de son passage au Togo, au début des années 70, un expert de la FAO avait fait une conférence, à laquelle j’étais convié, en tant que conseiller du ministre de l’agriculture, sur “le devenir des céréales locales et l’intérêt de la systématisation de leur culture”. Un sujet particulièrement important pour le nord du pays qui est en pleine bordure sahélienne.

A cet effet il avait très justement évoqué le cas du fonio, une céréale aujourd’hui récemment mise à la mode en occident par les “nutritionnistes” car elle est sans gluten. Elle était jusque là quasi ignorée ailleurs que dans sa zone de culture traditionnelle et ancestrale. Le fonio produit de très petites graines de l’ordre de 1 à 2 mm !












C’est dans doute pourquoi, à Lomé, à huit cents kilomètres au sud de sa zone de culture, l’expert sans sourciller avait exposé, en démonstration durant sa conférence comme étant du fonio, un panier de graines de... baobab ! C’est vrai qu’il faut au moins être expert pour arriver à confondre ! (Ou si l’on préfère, il ne faut surtout pas être expert pour pouvoir faire la différence !)


Par charité chrétienne, je ne décrirai pas l’hilarité de l’assistance. Aujourd’hui, ce sont donc des peuplements forestiers de baobab qui auraient « disparu » des radars ! Décidément, la FAO et les baobabs ne font pas bon ménage !

dimanche, novembre 22 2015

LE VIVANT (dernière partie)

LES MANIFESTATIONS DE LA MISE EN EVIDENCE D'UNE "CONSCIENCE"

C’est John Locke dans L’Essai sur l’entendement humain, publié en décembre 1689 qui va le premier affranchir l’idée de conscience, née au début du siècle, de son acception morale dont elle n’était pas habituellement dissociée par les philosophes du XVIIème siècle, les premiers à définir et à utiliser ce concept, inusité apparemment des philosophes gréco-romains.

L’Essai sur l’entendement humain traite des fondements de la connaissance et de la compréhension. Il décrit l’esprit à la naissance comme une table rase ensuite remplie par l’expérience. Constituant l’une des principales sources de l’empirisme en philosophie moderne, il s’appuie sur l’ensemble de théories philosophiques qui font de l'expérience sensible l'origine de toute connaissance valide, on peut dire que cette approche scientifique expérimentale remonte à Francis Bacon...

On pourra alors définir la conscience comme la faculté qui permet d'appréhender de façon subjective par celui qui les subit, les phénomènes extérieurs (par exemple, sous la forme de sensations) ou intérieurs (états émotionnels).

On ne fera pas ici référence à un aspect strictement mental de l’origine (ou du siège) de la conscience que d’aucuns qualifieraient aussitôt de « propre à l’homme », ce qui n’est pas le propos ici.

Il s’agit ici simplement de comprendre que tout être vivant est capable de manifestation en réponse à des stimuli, ce qui implique de sa part une capacité de détection, de reconnaissance, voire de réaction, donc de conscience de soi, une caractéristique fondamentale du « vivant » qui échappe totalement au paradigme physico-chimique !

Cette capacité d’une conscience de soi et des manifestations qui peuvent s’observer en réponse aux stimuli qu’elle peut percevoir, associée à un cheminement de type nerveux, est la caractéristique fondamentale non physico-chimique de tout être vivant.

Il ne s’agit pas pour le justifier de passer tout le monde vivant en revue, mais de fournir quelques exemples balayant tant le règne animal que le règne végétal, qui illustreront la réalité de ce propos.


Mise en évidence et détection de réponse aux stimuli même chez les végétaux

La sensitive :

Chacun sait qu’un coup sec donné à un rameau de la plante va provoquer le repliement des feuilles.

Les vrilles :

La chronophotographie (une image par minute ou par cinq minutes) montre que les vrilles se développent et s’allongent mues de mouvements apparemment aléatoires, jusqu’au moment où le stimulus de contact va provoquer l’enroulement autour du support rencontré.

http://www.snv.jussieu.fr/bmedia/mouvements/vrilles.htm

Les plantes carnivores :

La dionée secrète des substances capables d’attirer des insectes qu’elle emprisonne dès qu’ils pénètrent dans le piège.

L’acacia et les herbivores :

« Les acacias africains, bien protégés par leurs épines, utilisent des produits chimiques désagréables dans leurs feuilles comme une deuxième ligne de défense. De plus, et le plus remarquable, ils s’avertissent les uns les autres de ce qu'ils le font par émission d’éthylène qui s’exhale des pores des feuilles, en même temps qu’ils remplissent leurs feuilles avec de dérivés cyanhydriques. Les autres acacias, dans un rayon de cinquante mètres, sont alors en mesure de détecter cet avertissement chimique et ils se mettent à alors fabriquer du poison et de le distribuer à leurs feuilles. » (Attenborough 1995:70) (Attenborough, 1995, 70)

http://mysteres-verts.over-blog.com/article-acacia-appel-au-carnage-75223454.html

On peut donc parler :

- d’une prise de conscience de l’agression par le sujet (l’arbre).

- d’une réaction de défense en réponse, par sécrétion cyanogène du sujet

- d’une réaction d’avertissement du sujet aux autres arbres de la même espèce par émission d’éthanol

- d’une capacité de réception et reconnaissance du message éthylénique par les acacias voisins

- d’une capacité de réponse par sécrétion cyanosée

On a donc ici la preuve d’une conscience collective !

Plus de 3000 koudous au Transvaal ont ainsi été tués, intoxiqués par des acacias qui se trouvaient en situation de surpâturage !

Une enquête minutieuse a montré que le braconnage pouvait être exclu et que seuls les acacias étaient en cause.

Des organes des sens mal connus

Nous avons la suffisance, par anthropocentrisme, de considérer la perception comme limitée à cinq sens... La méconnaissance d’autres provient de l’éloignement de leur milieu par rapport au milieu où l’homme évolue. Il s’en suit une carence évidente de vocabulaire pour décrire et désigner des phénomènes de détection et de réaction que ne pouvons ni parfaitement appréhender, ni clairement comprendre...

Mais cette faiblesse humaine dans la détection ne doit pas conduire à la négation de leur existence, par paresse intellectuelle, ou pire par mépris justifié par la suffisance de notre supposée « supériorité mentale ». 

Nous connaissons peu de choses sur les éponges sur le plan sensoriel, à part l’existence de cils sur certaines cellules, dont le rôle visiblement tactile n’est pas clairement établi, mais dès les Cnidaires et les divers groupes de vers, l’existence de structures nerveuses de type chaîne et/ou ganglion est avérée.

Toucher un tubipore suffit à le faire rentrer dans son tube, preuve qu’il ressent et répond au stimulus.

 

Les bivalves répondent dès qu’on touche le manteau. On pourrait multiplier les exemples concernant l’organisation des sociétés d’insectes telles les abeilles ou les fourmis (et plus proches de nous les Oiseaux ou les Mammifères)

Nous citerons 4 organes des Vertébrés, plus directement accessibles à notre compréhension, parce que plus proches de notre environnement, ou déjà connus depuis longtemps :

- l’éco-location sens connu chez les chauves-souris, mais présente chez tous les Cétacés... sans compter chez tous ceux que l’on ne connaît pas...

- la propagation vibratoire terrestre, connue chez l’éléphant qui perçoit les ondes par les soles plantaires.

- la ligne latérale des poissons et des Anoures

- l’organe « électrique » des Myrmoridae (poissons éléphants) [0,5 à 1,5 m – eau douce- Nil]

Ces étranges poissons à long bec communiquent entre eux par émissions électriques, processus à bien séparer du système de défense électrique connu chez les gymnotes ou les raies torpilles par exemple.


Le système nerveux et sa « plasticité »

L’aplysie (Gastéropode marin Opisthobranche) connue sous le nom de « limace de mer » a un système nerveux particulièrement simple composé de quelques neurones :


L’expérience de Kandel (1970)

La queue a donc acquis sous l’influence de l’apprentissage de la réponse au stimulus une capacité de réception sensorielle nouvelle, reliée aux branchies : la présence du développement de nouveaux neurones (en vert) l’atteste !

La notion de plasticité 

On constate :

  • qu’il y a apprentissage puisque l’animal du fait de l’association entre stimulus mécanique et stimulus électrique (on connaît déjà cela dans le cas du réflexe de type pavlovien)

  • que cet apprentissage a une certaine rémanence dans le temps puisque l’animal continue à rétracter ses branchies, sans stimulus mécanique associé au stimulus électrique

  • que cette rémanence est d’autant plus importante que le stimulus nerveux est plus intense

  • que le circuit nerveux associé présente un plus grand nombre de connections neuroniques après l’apprentissage !


Ainsi l’apprentissage provoque la multiplication des connections neuronales.

C’est cette capacité d’auto-complexification de l’organe que l’on appelle la plasticité : la faculté du système nerveux à accroître ses connections, donc à augmenter ses capacités.

La croissance sans apprentissage va donc a contrario diminuer la capacité mentale potentielle d’acquisition de l’individu.

(Application à la volonté de non apprentissage actuel de l’"Educ Nat" au nom de l’égalitarisme !)

Biologiquement il s’agit bien d’institutionnaliser le conditionnement et la crétinisation massive de la population.


La production de déchets

Une caractéristique peu gratifiante du « vivant » !

Ne pas confondre là les déchets organiques inhérents au fonctionnement de la physiologie de l’individu....

Recyclés par d’autres organisme, les déchets du métabolisme d’un être vivant participent au développement des écosystèmes.

Ils sont par nature biodégradables :

- gaz carbonique : respiration

- eau et sels minéraux : sueur

- urine : déchets azotés

- feces : déchets azotés et divers glucides non assimilables

Avec les déchets associés au mode de vie et à l’activité des sociétés humaines...

Une photo vaut mieux qu’un long discours...


CONCLUSION

Au terme de cette analyse, nous voyons la nécessité objective d’user d’autres paramètres que ceux figurant dans le cadre du paradigme physico-chimique classique, pour définir le vivant.

Nous donnerons en conclusion la définition suivante :

- Un organisme vivant est un corps composé d’unités (les cellules) interconnectées en tissus capables de procéder à des synthèses biochimiques multiples, complexes et régulées, à partir de produits puisés dans son milieu de vie. (Il est organisé généralement de ce fait autour d’un « milieu intérieur » - au sens où Claude Bernard l’avait défini.)

- Un organisme vivant est capable de reproduction et est sujet au vieillissement.

Il est donc inféodé à un cycle de vie durant lequel il va assurer ou assumer ses fonctions essentielles : se nourrir, se développer, se reproduire et produire des déchets. (Métabolisme)

- Il dispose pour cela d’un système de détection et de transfert d’informations sur le milieu qui l’entoure qui lui confèrent une conscience de soi et du milieu où il évolue, qu’il va développer par apprentissage, ce qui le conduit à établir un contexte relationnel et comportemental tant avec ses congénères, qu’avec les autres êtres vivants qui se trouvent dans le milieu qu’il partage avec eux.

D’où la nécessité d’élaborer une épistémè capable de prendre en compte ces éléments en dépassant la seule approche physico-chimique incapable de le différencier clairement du « minéral ».

Il est clair que c’est l’aspect non biochimique de la conscience relationnelle qui va lui conférer ses caractéristiques les plus spécifiques et le démarquer totalement du minéral.


Claude Timmerman

lundi, novembre 9 2015

LE VIVANT (quatrième partie)

L’épigénétique : une discipline née avec le siècle


Une première approche

« L'épigénétique est l'étude des changements constatés d'activité des gènes — donc des changements de caractères — qui sont transmis au fil des divisions cellulaires ou des générations sans faire appel à des mutations de l'ADN. »

C’est lors du séquençage complet de plusieurs génomes - que l’on se trouvait dans l'incapacité de déchiffrer concrètement, et d'y trouver la totalité des effets phénotypiques observés - qu’on a mis en évidence une certaine variabilité de l’expression du génome en fonction des variations du milieu.

Ainsi un œuf de tortue, bien que disposant d’un génome bien défini, va être capable en fonction de la température de s’exprimer sous forme d’un individu mâle ou femelle. Pourquoi a-t-on des différences de devenir chez les abeilles issues de la même parthénogenèse ? Comment certains reptiles (Dragon de Komodo) sont susceptibles de reproduction monoparentale qui, à partir d’une femelle seule, ne va donner qu’une progéniture mâle !? Etc.

Ces difficultés - inattendues dans le cadre des ségrégations de caractères prévues par Landel et Morgan - évoquent l'idée d'une intervention externe au génome dans la réalisation de son expression phénotypique.

L'épigénétique revendique alors un rôle clef, et se veut un prolongement et un complément de la génétique classique, notamment dans le domaine de la nutrition, ou de la reproduction.

La simplicité de ce ver s'est imposée dans l'étude du vieillissement et de l'apoptose.

Une grande partie des cellules du ver (302) sont des cellules neuronales, permettant également l'étude du système nerveux. Soit 30% ! Ce qui est considérable !

En 1998 ce ver fut le premier dont le génome ait été totalement séquencé : 97 millions de paires de bases réparties en six chromosomes (organisme diploïde) codant 19.099 gènes.

Quarante pour cent d'entre eux auraient des équivalents dans le patrimoine génétique humain, ce qui confirme l’existence fondamentale de gènes de type organisateur dont le rôle dépasse les frontières des espèces.

Par exemple, une même larve d'abeille deviendra une reine ou une ouvrière en fonction de la façon dont elle est nourrie, et un même œuf de tortue peut éclore en mâle ou femelle en fonction de la température. Il s'agit bien de l’expression du même code génétique global, mais des facteurs environnementaux ont sélectionné une expression plutôt qu'une autre, chacune étant disponible dans la « base de donnée » génétique.

Autrement dit, l'épigénétique gouverne la façon dont le génotype est utilisé pour créer un phénotype.

L'épigénétique a donc des applications dans un large champ de disciplines biologiques, de la biologie du développement à l'agronomie et la nutrition en passant par la médecine, et notamment la recherche sur le cancer avec des perspectives thérapeutique nouvelles, notamment avec la création d' « épi-médicaments ».

En matière d'évolution, l'épigénétique permet d'expliquer comment des traits peuvent être acquis, éventuellement transmis d'une génération à l'autre ou encore perdus après avoir été hérités.

Il est curieux de constater que cette conception « post génétique » nous ramène à la conception initiale de Darwin combattue par tous les évolutionnistes qui se sont pourtant appuyés sur ses travaux : il défend l'idée que l'ensemble de l'organisme participe à l'hérédité, c'est ce qu'il nomme pangenèse en 1868.

Dans son ouvrage « La Filiation de l'Homme et la filiation liée au sexe », publié en 1871, Darwin distinguera deux facteurs importants dans l’hérédité :

- la transmission,

- l’actualisation, des caractères hérités.

Son idée était que certains des caractères transmis pouvaient ne pas être apparents chez les géniteurs au moment de la fécondation et qu'ils se manifesteraient au même moment du développement de la progéniture que chez les parents.

Pour être en accord avec sa théorie de la sélection sexuelle, il stipulait également que certains caractères transmis s'actualisaient différemment selon le sexe.

C’est exactement ce qu’illustre aujourd’hui l’épigénétique !


Les travaux de Sydney Brenner, John Sulston et Robert Horvitz (prix Nobel en 2002)

Ces biologistes travaillent sur un petit nématode libre (non parasite).

Caenorhabditis elegans

C’est un petit ver transparent d'environ un millimètre de longueur, menant une vie autonome dans le sol.

Son embryogenèse ne dure que 16 heures et peut être facilement observée in vitro.

La plupart des individus sont hermaphrodites (XX) et produisent à la fois des ovocytes et des spermatozoïdes. Il y a quelques mâles (XO).

Ce nématode se reproduit environ tous les trois jours, et sa durée de vie est d'environ trois semaines. Comme les autres nématodes et les Tardigrades, il se développe suivant le processus d’euthélie : à l’âge adulte, il s’accroît par gonflement des cellules en nombre fixe et non plus par multiplication cellulaire !

Anatomie 

Sexuation

- L'adulte hermaphrodite (99,5 % des individus) est composé de 959 noyaux somatiques.

- L'adulte mâle (0,5 % des individus) est formé de 1031 noyaux somatiques

- Le jeune est constitué de 1 090 noyaux somatiques.

On compte les noyaux et non pas les cellules car cet animal présente des structures syncytiales (un syncytium est un tissus composé d’une série de cellules confondues entre elles par disparition des membranes cellulaires). Le nombre de noyaux témoigne donc du nombre de cellules associé.

Le lignage des cellules est remarquablement invariant d'un individu à l'autre. Il a pu être établi pour toutes les cellules de l’œuf fécondé jusqu'au ver adulte. Au cours de la vie du ver, il y a multiplication au cours de sa croissance, puis mort par apoptose de 131 cellules (représentant la différence entre les 1 090 cellules du jeune et les 959 de l'adulte). Ces cellules se « suicident » à peu près au même moment et au même endroit dans tous les embryons !

C’est l’étude des mécanismes de l’apoptose qui conduisit ces 3 chercheurs au prix Nobel.

La prolifération de cet animal est importante et rapide. A 20 °C, il ne faut que 3 jours à un œuf, pondu par un adulte, pour donner à son tour un adulte capable de pondre des œufs. La croissance d’un individu se fait au travers de mues successives qui rythment les 4 stades larvaires. Chaque adulte peut pondre environ 300 œufs en seulement 5 jours. Par conséquent, un nématode peut engendrer en 10 jours une population de 90 000 animaux génétiquement identiques. Dans les conditions standards de laboratoire, les vers de génotype sauvage peuvent vivre jusqu’à 20 jour, mais il existe des mutations poussant cette limite à plus de 100 jours. Le plus remarquable est que les gènes dont les mutations accroissent la durée de vie du ver sont conservés chez les mammifères (Kenyon, 2010). En outre, si les œufs ne résistent pas au gel, les adultes sont congelables et se réveillent en quelques minutes (comme les Tardigrades) et sont capables de (re)pondre, dès le lendemain.

La simplicité de ce ver s'est imposée dans l'étude du vieillissement et de l'apoptose. Une grande partie des cellules du ver (302) sont des cellules neuronales, permettant également l'étude du système nerveux. Soit 30% ! Ce qui est considérable !

En 1998 ce ver fut le premier dont le génome ait été totalement séquencé : 97 millions de paires de bases réparties en six chromosomes (organisme diploïde) codant 19.099 gènes. Quarante pour cent d'entre eux auraient des équivalents dans le patrimoine génétique humain, ce qui confirme l’existence fondamentale de gènes de type organisateur dont le rôle dépasse les frontières des espèces.

Nous n’avons pas ici le loisir de développer le mécanisme de l’apoptose.(http://www.uvp5.univ-paris5.fr/wikinu/docvideos/Grenoble_1011/berger_francois/berger_francois_p01/berger_francois_p01.pdf)

Nous nous bornerons à dire qu’il s’agit d’un mode actif physico-chimique de destruction de la cellule par fragmentation, par opposition au mode passif qui serait la nécrose.

L’apoptose, mort sélective et programmée est à l’origine de la découpe de certains tissus embryonnaires, (voir syndactylie) et son dérèglement pourrait expliquer la prolifération dans élimination des cellules cancéreuses.

L’intérêt proprement épigénétique de l’animal est liée à la mise en évidence de la transmission de l'attirance pour une odeur acquise par l'expérience, transmise sur 3 générations, et reproduite jusqu'à 40 générations si cette caractéristique acquise est renforcée, d’autant que []l'épigénétique est associée à des modifications de longévité, transmises d'une génération à l'autre[].

L’épigénétique n’en est qu’à ses balbutiements, elle a fait des débuts plus que prometteurs et permet une synthèse entre des modèles physico-chimiques trop rigides auxquelles échappent certaines des manifestations de l’expression observée des gènes qui est influencée par le milieu et sans doute aussi les contraintes neurosensorielles.

Dans un article récent, François Gonon et Marie-pierre Moisan, « L’épigénétique, la nouvelle biologie de l’histoire individuelle ? » p. 21 -Revue française des affaires sociales 2013 – écrivent :

« Trois voies de transmission [des caractères] sont possibles : la transmission héréditaire par les cellules germinales, ovocyte et spermatozoïdes, l'imprégnation in utero et la transmission par les interactions sociales. »

On comprend ainsi – ce qui était intuitivement envisageable – que les mères porteuses ont par nature un impact direct certains sur l’acquisition de caractères par le fœtus - de source embryologiquement étrangère - qu’elles portent.

En 2010, Frances Champagne met en corrélation la malnutrition, le stress et l'exposition aux produits toxiques de la mère avec l'état de santé des enfants voire des petits enfants. Des études ont montré que les enfants de femmes enceintes durant les événements du 11 septembre 2001 possédaient un taux de cortisol plus élevé.

Ce contexte a déjà ouvert la voie à la manipulation et à l’exploitation idéologique :on peut déjà ainsi lire dans la même veine que « la mémoire traumatique de l’Holocauste se transmettrait génétiquement ». Il est précisé alors :« Il s’agit de la première démonstration de transmission d’un traumatisme parental à son enfant, associé à des changements épigénétiques[]».

Il fallait y penser !

Ces phénomènes impliqueraient que certaines maladies ne sont pas dues à mutations, c’est à dire à variations de la séquence d’ADN mais peut-être à des « épimutations ». Par exemple, une anomalie épigénétique serait impliquée dans plus de la moitié des cas de syndrome de Silver-Russel .


Mécanisme biochimique

L'ADN s'enroule en bobine autour des histones, protéines avec lesquelles il forme une structure à laquelle on a donné le nom de chromatine (quand on l'a observée au microscope grâce à une coloration chromatique).

On a déjà mis en évidence l’altération de l’ADN par le méthyle, ce que l’on appelle la méthylation ; plus précisément la méthylation de cytosine en 5-méthylcytosine des paires de base Cytosine-Guanine ; ce qui conduit à inhiber l'expression génétique d'un brin d'ADN :

- une faible méthylation se traduit le plus souvent par une forte expression du gène,

- alors qu'un haut niveau de méthylation inactive le gène.

Cependant, ce n’est pas général : il existe des exemples où une forte méthylation n'a pas de répercussions sur le niveau d'expression.

La méthylation de l'ADN est cependant l'acteur majeur de la mise en place de l'empreinte parentale, mécanisme par lequel l'expression d'un gène va dépendre de l'origine parentale. Par exemple, dans le cas d'un gène à expression maternelle, l'allèle paternel est méthylé et entièrement éteint alors que l'allèle maternel est non méthylé et entièrement exprimé.

Or il existe une interdépendance entre la méthylation de l'ADN et celle des histones : on a montré une interaction entre certaines protéines à activité de méthylation de l'ADN et un système de méthylation des histones. Nous sommes donc en présence d'un lien direct entre les activités enzymatiques responsables de deux mécanismes épigénétiques distincts.

L'épigénétique est donc un système régulateur fondamental au-delà de l'information contenue dans la séquence d'ADN.

Le gène défini par Mendel doit maintenant être considéré avec la chromatine qui l'entoure puisqu'elle joue un rôle primordial dans la régulation transcriptionnelle et que, de plus, elle est héréditaire tout comme les gènes mendéliens.

Nous n’en dirons pas plus ici : les données dont on dispose sont à l’évidence fragmentaires et peu nombreuses, c’est la conséquence de l’extrême jeunesse de cette discipline qui explique pourquoi les résultats de la transmission des caractères dits acquis échappent parfois aux modélisations prévues par la génétique.


Claude Timmerman


mardi, octobre 27 2015

LE VIVANT (troisième partie)

DES CARACTERISTIQUES PROPRES AU VIVANT


L’existence de protéines : composés chimiques complexes issus de la chimie du carbone, où dominent - outre le carbone – l’hydrogène H, l’oxygène 0, l’azote Z, le soufre S, le phosphore P auxquels s’ajoutent des éléments en petite quantité dits « oligoéléments » métaux ou métalloïdes.

L’idée que la taille considérable de ces molécules est une caractéristique du « vivant » est une erreur totale. Pour s’en persuader, il suffit de consulter par exemple les formules des minéraux argileux !

Pourtant il existe bien des caractéristiques bio-chimiques propres au vivant.

Les synthèses enzymatiques

Existence de catalyseurs biologiques multiples qui assurent la régulation de synthèses protéiques.

Toutes ces synthèses et toutes les activités de type proprement biologique ont une courbe d’activité de type sigmoïde qui conserve cette caractéristique en 4 phases :

- 1 - phase de latence jusqu’au seuil de réponse

- 2 - phase de croissance jusqu’au seuil de saturation

- 3 - phase plateau d’activité maximale jusqu’au seuil de toxicité

(les angles fluctuent évidemment en fonction des réactions spécifiques)

- 4 - phase de toxicité menant à la mort de façon plus ou moins brutale













On se souviendra là de la sentence de Paracelse :

«Le produit n’est rien, la dose fait tout.»

C’est bien le cas de l’arsenic dans le traitement de la ventilation pulmonaire ou celui du TNT e mployé en cardiologie sous le nom de trinitrine.

Ce qui caractérise les réactions chimiques observées dans le monde vivant c’est autant leur très grande complexité que leur fugacité : nombre de réactions mettent en jeu des produits d’une durée de vie qui va s’exprimer parfois en seconde !

C’est notamment le cas de tout ce qui concerne la synthèse et l’action des médiateurs chimiques et singulièrement des neuromédiateurs.

Par ailleurs, ce qui différencie majoritairement les substances biologiques par rapport aux non biologiques c’est leur sensibilité à la chaleur : elles sont presque toujours thermolabiles.

Au-delà des synthèses enzymatiques, toutes les réactions du monde biologiques suivent des courbes de ce type.


La cellule : expression fondamentale de l’architecture du vivant

Il s’agit seulement ici de brosser un tableau général de la structure cellulaire.

La cellule est la structure de base de l’architecture de tous les êtres vivants hormis les bactéries et les virus qui occupent une place quasiment intermédiaire entre le monde vivant et le monde minéral.

Nous dirons que la cellule est un ensemble composé :

- d’une membrane externe

- d’organites spécifiques des fonctions cellulaires (mitochondrie, chloroplastes, corps de Golgi, etc.)

- d’un cytoplasme potentiellement relié par les tubulures du réticulum endoplasmique aux cellules voisines et émaillé de vacuoles assurant la cohésion des regroupements en tissus.

- d’un noyau composé de chromatine en filaments - éventuellement contractée en chromosomes – limité par une membrane nucléaire.

Cellule animale


Cellule végétale


Ces cellules sont différenciées et associées en tissus liées à des fonctions spécifiques : soutien (squelette), nutrition, respiration, musculature, sécrétions (hormonales), excrétion, reproduction, relations (nerveux), etc.

La transmission génétique

Le matériel génétique : une spécificité uniquement terrestre ?

La présence des acides nucléiques et de ses composés annexes comme les bases puriques ou pyrimidiques est caractéristique de la chimie du monde biologique.

C’est pourquoi les résultats obtenus par les secondes analyses de la chondrite de Murchison sont si troublantes et si porteuses d’interrogations.

Une chondrite carbonatée tombée sur la toiture d’une maison en Australie du sud le 28 Septembre 1969. Environ 100 kg, dont 2% de carbone et 10% d’eau... Ce qui peut paraître inconcevable au vu de la calcination par frottement en traversant l’atmosphère dont tous les météorites sont le siège... La taille exceptionnelle de ce pavé parvenu peu fracturé lors de sa chute grâce au rôle d’amortissement de la maison permet d’expliquer qu’on ait pu déceler en son cœur des traces indiscutables de composés organiques non détruits.

Des analyses (reprises au début des années 2000) ont confirmé - à la stupeur des chercheurs - la présence de plus de plus de 70 acides aminés différents (dont une cinquantaine n’existe pas dans la biochimie de la Terre).

Y ont été identifiés, entre autres, l'alanine, la glycine, la valine, la leucine, l'isoleucine, la proline, l'acide aspartique et l'acide glutamique qui sont présents dans les protéines terrestres, notamment dans les acides nucléiques et des précurseurs de purines et des pyrimidines (bases azotées des codons du code génétique) ont également été trouvées.

Il s’agit bien là des précurseurs des maillons de l’ADN.

Malheureusement, comme pour le cas du moulinet de Tiahuanaco et pour des considérations idéologiques diamétralement opposées, ces résultats sont étouffés...

Pourtant, il n’est plus question aujourd’hui d’invoquer de quelconques artefacts de manipulation !

En 1980, un pêcheur du Tennessee, Dan Jones, découvrit un moulinet de canne à pêche incrusté dans la masse d’un rocher de la rivière. Cette roche caractéristique des Appalaches, la phyllithe, est donnée pour s’être formée lors de la séparation de l’Amérique et de l’Afrique, il y a 300 millions d’années ! Pourtant sa diagénisation autour d’un moulinet de pêche datant de moins de cinquante ans est avérée !

A la stupeur générale il a été déclaré officiellement qu’un tel objet géologique...n’existait pas ! (http://www.biorespire.com/2014/09/24/nouvel-article-de-blog/)

Mais l’origine ou l’existence d’un monde biologique non terrestre, ce qui devrait être une simple évidence statistique si on s’en tient aux paramètres du paradigme physico-chimique, n’est pas visiblement un concept près à être accepté, ce qui est pour le moins paradoxal de la part de ceux qui précisément, depuis l’idée de panmixie, ont voulu populariser l’idée d’une vie extraterrestre !

L’étude de la réplication de l’ADN a montré l’existence d’extrémités non codantes appelées Télomères.

Ces télomères garantissent que la réplication totale de l’information portée par le chromosome sera faite : sans ces extrémités plus au moins altérables lors du démarrage du processus de réplication, la partie codante, donc l’information génétique répliquée, pourrait être partiellement altérée voire perdue.


Les modélisations de transmission chromosomique des caractères (Rappels)

L’existence de chromosomes et de caractères transmissibles associés aux gènes a été mise en évidence bien après les premiers travaux qui ont mis en évidence la transmission de caractères entre générations.

Les travaux de Mendel (aux résultats hélas truqués) puis ceux de Morgan ont permis de comprendre le rôle des gènes et la manière dont ils se trouvent transmis au fil des générations successives.

Nous ne reprendrons pas ici les mécanismes classiques de la ségrégation des caractères associés aux gènes.

Nous soulignerons seulement les incohérences associées à une vision trop simpliste de la théorie chromosomique de l’hérédité.

- La conception linéaire classiquement encore enseignée issue d’une extrapolation des travaux de Morgan est un gros mensonge !

Mutation (donc changement allèle génique) → une nouvelle protéine → un caractère différent, cela n’existe pratiquement pas !

Le système est de type laticiel (maillage) et non pas linéaire !

Si on met plus spécifiquement un caractère modifié en lumière, associé à un certain gène muté repéré, on oublie trop facilement que ce gène muté a provoqué d’autres modifications, visibles ou non visibles, directement ou non directement détectables et de ce fait occultées...

Modifications qui se retrouvant combinées à celles d’autres gènes vont conduire à des modifications globales du génome totalement ingérable, même par ordinateur...

On touche là aux limites potentielles d’utilisation du modèle.
Morgan pourtant avait scrupuleusement noté qu’une mutation comme le célèbre caractère «aile vestigiale» était accompagné de modifications phénotypiques diverses, dont des poils modifiés sur les tarses des pattes...

Mais par souci de simplification et pour permettre une théorisation supposée cohérente, les évolutionnistes de la première moitié du XXème siècle – dont Huxley – ont soigneusement occulté cet aspect essentiel!

Rappelons, rapidement que le modèle classique de génétique des populations repose sur 4 postulats :

- «En l’absence d’effet extérieur et en admettant que tous les accouplements se passent de façon aléatoire, un allèle récessif conserve le même pourcentage de présence dans la population au fil des générations.»

(Loi de Hardy-Wenberg qui se démontre assez facilement en utilisant la récurrence des progressions géométriques.)

- Toute mutation d’un gène va se traduire par l’apparition d’un allèle nouveau qui va engendrer une sous population de ceux qui vont en être porteurs,

- L’existence d’un allèle favorable à la population dans un milieu donné va exercer une pression de sélection qui conduit à l’élimination graduelle des allèles comparativement moins favorables.

- La migration d’une partie de la population va engendrer une modification des fréquences alléliques dans la population résiduelle.

- La dérive génétique est l'évolution d'une population ou d'une espèce causée par des phénomènes aléatoires, impossible à prévoir. Du point de vue génétique, c'est la modification de la fréquence d'un allèle, ou d'un génotype, au sein d'une population, indépendamment des mutations, de la sélection naturelle et des migrations.

Elle conduit par le phénomène d’effet fondateur à la spéciation : les populations pionnières ne sont pas le reflet exact de la population de départ !


L’utilisation de ces diverses variables constitue l’armature de la modélisation de la génétique et de la génétique des populations.


Le clonage

Le clonage est une technique artificielle de reproduction à l’identique d’un individu en réalisant une «fausse fécondation» par implantation dans un ovocyte énucléé d’un noyau diploïde somatique de l’individu.

Le clonage offre donc la garantie théorique de conserver et de transmettre intégralement l’ensemble de la garniture chromosomique, donc l’ensemble de l’information portée par les gènes de l’individu...

 On voit clairement ici que la répartition et la forme des taches n’est pas exactement la même !

On observe les mêmes différences dans le cas du clonage vaches laitières hollandaises par exemple !

L’information génétique n’apparaît donc pas la seule responsable de l’expression phénotypique dans sa totalité!

La répartition et la taille des taches, expression phénotypique s’il en est, traduit une variabilité inexplicable selon la théorie chromosomique de l’hérédité.

Cette photo d’une douzaine de veaux clonés à partir d’un même sujet se passe de commentaires !

D’où la nécessité de prendre en compte d’autres facteurs, ce qui est l’objet de l’épigénétique.


Claude Timmerman


lundi, octobre 26 2015

LE VIVANT (seconde partie)

LE PRINCIPE DES "CAUSES ACTUELLES"


(Cinq mille ans de délires... auxquels les derrières observations astronomiques n’échappent pas !)

Le principe des «causes actuelles» stipule que les conditions générales physico-chimiques du milieu (de la planète) sont stables et sont restées inchangées dans le temps depuis les «origines».

Une stupidité qui a conduit à des absurdités qui semblent invraisemblables après réflexion mais ont conduit à des impasses scientifiques durables et qui conduisent encore à des élucubrations délirantes...

«Principe des causes actuelles» que de crimes (contre la pensée) commet-on (encore) en ton nom !


Les fluctuations de paramètres physiques

-  Jour et année :

L'évolution de la durée du jour au cours des époques géologiques a été vérifiée expérimentalement au XXe siècle en comptant les cercles de croissances des coraux fossiles.

Les coraux ont une croissance liée à l'éclairement diurne (formation du squelette calcaire uniquement le jour), mensuelle (coraux soumis aux marées) et annuelle (épaisseur des lignes de croissance différentes l'été et l'hiver).

 


Il est ainsi possible de déterminer le nombre de jours par an aux époques géologiques, comme pour les Rugosa, coraux du Dévonien datés par radio-chronologie de quatre cent millions d'années, qui montrent environ quatre-cent-dix lignes de croissance annuelles contre trois-cent-soixante-cinq pour les coraux actuels.

Sur d'autres coraux du Dévonien sont identifiées des bandes mensuelles équivalentes aux intervalles entre les phases de pleine lune et correspondant à treize mois lunaires par année dévonienne de trois cent quatre-vingt-dix-neuf jours.

D’où le tableau évolutif suivant :

La question n’est pas ici de discuter du bien-fondé de la datation absolue et de son découpage, mais bien de constater par ses effets biologiques que la durée du jour et la période de rotation de la terre ne sont pas constantes dans le temps et qu’apparemment la rotation terrestre est en ralentissement continu...


- Variations de la composition de l’atmosphère : oxygène


- Fluctuations de la teneur en gaz carbonique

On constate que le teneur en oxygène a varié en raison inverse de la teneur en gaz carbonique dans l’atmosphère.

En particulier la forte teneur en oxygène de la période secondaire permet d’expliquer la présence et le développement des dinosaures : la puissance musculaire est directement liée à la capacité métabolique des oxydations cellulaires largement augmentée lorsque la teneur en oxygène est accrue.

De ce fait les considérations biomécaniques qui ont conduit à penser que « ces animaux trop gros pour évoluer en milieu terrestre ne pouvaient se déplacer que dans des zones marécageuses pour bénéficier de la poussée d’Archimède » (sic!)

La stupidité de la chose n’a effleuré personne : l’enlisement est apparemment un concept non scientifique ! Les mêmes énonceront gravement que les bergers landais utilisaient des échasses pour surveiller les troupeaux en bordure des marais ! Cela traîne partout même dans les dépliants des offices de tourisme... J’attends que quelqu’un m’explique comment on peut évoluer quand on a ses deux échasses fichées dans la boue !

Il est donc clair que les paramètres physico-chimiques supposés «constants dans le temps» ne l’ont jamais été !


Les fruits de l’extrapolation du délire scientifico-médiatique 

Kepler 452 b - Ou comment confondre (une fois de plus !) «précision» et «certitude»

De quoi s’agit-il ?

De la découverte avérée, après examen de centaines de photos, d’une tache mouvante périodique sur la brillance d’une étoile, autrement dit de l’existence probable (mais pas même certaine !) d’une planète en orbite autour de cette étoile qui laisse - vue du télescope – une ombre sur la surface de l’étoile quand elle passe «devant»... Et c’est tout !

Qu’on en déduise par le calcul sa taille et sa masse potentielle à partir de son diamètre apparent et d’une supposée composition rocheuse moyenne «standard» est une chose déjà hasardeuse en soi, mais en déduire comme certains scientifiques le déclarent qu’il s’agirait d’une planète sœur de la terre propre à la vie (humaine) est aussi grotesque que stupide !

Oublierait-on sur Terre que la vie y était extrêmement difficile en milieu terrestre jusqu’à la fin du Silurien par suite de la composition de l’atmosphère ?

Oublierait-on aussi qu’envoyer des hommes à un million et demi d’années lumière n’a aucun sens !

(J’ajouterai enfin que si effectivement la gravité y est double de ce qu’elle est sur terre, on n’a aucune chance de pouvoir y envoyer des personnes du beau sexe... Quelle femme taillant un petit 38 accepterait de se réveiller là-bas le matin en sachant qu’elle pèse plus de cent kilos ?...)

Mais cela ne décourage pas les médias en délire souvent épaulés hélas par le milieu scientifique qui se répand en vidéos.  


On a même droit à des paysages !


On attend maintenant les premières photos des dinosaures (ou « trinosaures » ?) qui s’y trouvent !


L’eau sur Mars existe et elle est salée !

C’est nouveau, cela vient de sortir...avant hier ! 

A partir de cette photo, on déduit de ces variations de teinte l’existence de coulées périodiques d’eau salée.... Il est vrai que les photos déjà connues suggèrent un matériel géologique de type «galet», ce qu’on peut associer chez nous à des formations géologiques de type poudingue comme à Riez-Valensol.

Mais de là à en déduire l’existence d’une érosion et d’un remaniement de type fluvial il y a des limites !


Claude Timmerman


 


vendredi, octobre 23 2015

LE VIVANT

DES LIMITES DU PARADIGME PHYSICO-CHIMIQUE A L'EMERGENCE D'UNE EPISTEME PROPRE AU BIOLOGIQUE 


Le paradigme physico-chimique est insuffisant


La définition la plus simple et la plus complète du «vivant» se résumerait à ceci:

«La principale caractéristique d’un être vivant, par rapport au milieu minéral, est qu’il est un corps qui forme lui-même sa propre substance à partir de celles qu’il puise dans le milieu.

De ce phénomène d'assimilation, découlent tous les autres phénomènes propres au vivant:

- la régénération et le renouvellement de leurs tissus,

- la reproduction et le développement de l’organisme,

- l’évolution dans le temps par acquisition d’organes diversifiés et de facultés plus éminentes.

L’organisme vivant est inféodé au temps: il naît, vit et meurt.

Il se distingue également du minéral par le fait qu'il s'écarte durablement de l'équilibre thermodynamique selon un processus appelé homéostasie, phénomène par lequel un facteur clé (par exemple, température) est maintenu autour d'une valeur supposée bénéfique pour le système considéré, grâce à un processus de régulation

La question thermodynamique a longtemps hanté les physiciens dans la mesure où la vie semble, du moins en apparence, être contraire au second principe de la thermodynamique.

En substance, l'explication développée par Schrodinger consiste à rappeler qu'un système vivant n'est pas un système isolé et que donc s'il parvient à réduire ou maintenir constante son entropie, c'est parce qu'il exporte de l'entropie vers son environnement (typiquement donc, un organisme vivant produit des déchets).

Il a abordé le sujet en publiant en 1944 sur le sujet:«Qu'est-ce que la vie ?»


Reprenons point par point les caractéristiques précédentes à la lumière du paradigme physico-chimique.


Analyses des caractéristiques physico-chimiques considérées comme caractéristiques du vivant


Le phénomène d’assimilation et ses conséquences:

«L’être vivant forme sa propre substance à partir de celles qu’il puise dans le milieu.»

Est-ce une caractéristique du «vivant» ? La réponse est clairement non !


a) La croissance des cristaux

- Cristaux de sulfate de cuivre et autre.


La cristallisation et sa croissance est un phénomène si fréquent qu'elle conduit aujourd’hui à faire des jeux éducatifs et des concours scolaires voire universitaires !

 

- Cristaux de sélénite:

Il s’agit dans cet exemple particulièrement spectaculaire de cristaux géants de sulfate de calcium (gypse).

Grotte de Naica – Mine – Chihuahua – Mexique

300 m -  55° - 100% d’humidité

10 M 55T


Dans ce milieu, les cristaux connaissent une croissance continue.

Les personnages donnent l’échelle !

Pour la petite histoire, on notera que Jules Verne avait prévu (parmi tant d’autres !) la découverte de ce genre de structures décrites dans «Voyage au centre de la Terre». On connaît aussi des cristaux de quartz géants, etc.

Dans tous ces exemples, on notera cependant que si «l’être cristal puise effectivement sa substance dans le milieu environnant», il s’agit toujours de sa propre substance chimique présente sous un autre état physique: vapeur (grêle) ou liquide (composé chimique en solution).

Il n’y a pas là de «synthèse chimique»: il s’agit de la même substance sous deux états physiques !


b) les synthèses physico-chimiques

- L’œuf de Miller-Urey : à partir d’eau, méthane, ammoniac, hydrogène, on assiste sous l’impact de décharges électriques à la formation des premiers composés organiques azotés.

Formation de Acétylène, cyanoacétylène, etc.


Dans la nature, les gaz volcaniques sont constitués d'un mélange de différents gaz, essentiellement de la vapeur d'eau et du dioxyde de carbone ainsi que du dioxyde de soufre, du monoxyde de carbone, du sulfure d'hydrogène, du chlorure d'hydrogène ou encore du dihydrogène en quantités non négligeables.

C’est aussi ce que l’on observe dans les fameuses cheminées sous-marines.

Le méthane naturel atmosphérique a aujourd’hui disparu sur Terre, mais est présent dans les nuages interstellaires, sur Titan (même sous forme liquide) et diverses planètes...


c) Le pétrole abiotique: mythe et réalité

En 1757, le scientifique russe Mikhaïl Lomonossov formule plus clairement l'hypothèse selon laquelle le pétrole tirerait son origine de détritus biologiques.

Cette hypothèse est rejetée au début du XIXesiècle par le géologue et chimiste allemand Alexander von Humboldt et le thermodynamicien Gay-Lussac. Selon eux, le pétrole serait en fait un matériau primordial de la Terre issu de grandes profondeurs, qui parviendrait en surface par des éruptions à froid[].

A ce jour, aucune observation n’a cependant mis en évidence de façon claire l’existence de pétrole d’origine minérale profonde.

Pourtant, la présence indiscutable de très grandes quantités de carbone et de méthane sur Titan (satellite de Jupiter) et sur d’autres structures de type planétaire laissent penser que des synthèses caractéristiques de la chimie organique sont susceptibles de se produire dans un milieu uniquement «minéral».

On constate ainsi que dans le monde scientifique du physico-chimique l’existence d’une chimie carbonée considérée comme nécessairement associée à la transformation de la matière vivante est très clairement envisageable comme issue directement du minéral.


d) La pseudo-morphose

Dans ce processus, ma substance originale est remplacée graduellement par une substance différente, sans réactions chimiques.

Exemple : la silice remplace la fibre du bois en donnant le bois pétrifié.

Là encore, si le milieu fournit la substance, le bois l’absorbe sans qu’il soit le lieu de synthèse à proprement parler.

Au mieux, nous dirons que la silice dissoute qui imprègne le bois va s’y cristalliser: ce n’est qu’un changement de l’état physico-chimique de la substance.


e) La «reproduction cristalline»: surfusion du soufre

Le soufre fond à 115°

Il peut être obtenu sous deux formes cristallines : des octaèdres orthorhombiques ou en prismes monocliniques ; la forme orthorhombique étant la plus stable aux températures ordinaires.

Du soufre amorphe ou « plastique » peut être produit par refroidissement rapide du soufre fondu.

Les études par rayons X prouvent que la forme amorphe est formée d'une structure hélicoïdale avec huit atomes de soufre par spire.

L’expérience est classique :

Si on laisse refroidir un bain de soufre en fusion, on constate que sa température peut s’abaisser en dessous du point de solidification en restant liquide.

Il s’agit d’un état transitoire de la matière qualifié de « métastable ».

Il suffit alors d’introduire dans le milieu une particule de soufre cristallisée pour voir le bain entier se figer quasi immédiatement dans la forme cristalline correspondant à la particule de soufre introduite.

On peut donc dire que le phénomène de cristallisation est là le siège d’une forme de reproduction.

Le phénomène de régulation

Il existe dans les phénomènes physico-chimiques toutes sortes de régulations des équilibres, nous n’en évoquerons qu’une ici particulièrement importante.

Le produit de solubilité:

Exemple:

Une dissociation mono-ionique.

On calcule le produit ionique (produit des concentrations des ions en suspension) :

La concentration ionique porte donc en elle, par l’existence d’une constante Ks, sa propre régulation.

La dépendance au temps 

La dépendance au temps, intuitivement associée au vivant, concerne aussi le monde non vivant.

a) La radioactivité


τ cesium 137Cs = 30,15 ans

 

τ carbone 14C =

5730 ± 40ans



Utilisation : datations de produits organiques (vins, peintures, bois anciens, ivoire, etc...)

(Nous ne reprendrons pas ici les aberrations de datations qui sont liées non pas à la décomposition isotopique mais aux postulats de la méthodologie utilisée telle potassium/Argon.)

On notera que le césium 137Cs inconnu dans la nature n’y est présent que depuis l’expérimentation atomique et les essais nucléaires (1949). Par suite toute détection de cet isotope dans des «objets anciens» prouve l’existence de supercheries...


b) Évolution dans le temps

Certaines formes cristallines évoluent spontanément dans le temps, c’est notamment le cas du carbonate de calcium d’origine organique (coquilles de mollusques par exemple).

- Aragonite → Calcite

L’aragonite est la forme classique du carbonate de calcium présent dans les coquilles.

(C’est toujours du carbonate de calcium mais la cristallisation change du système orthorhombique au système rhomboédrique.) Les deux formes peuvent d’ailleurs coexister dans certaines coquilles (cas de l’ormeau). 


Caractéristiques considérées comme purement «minérales» du matériel biologique


a) Chimie du silicium et chimie du carbone

On oppose classiquement une chimie «minérale» associée au silicium à une chimie «organique» associée au carbone.

Nous avons vu que le méthane et d’autres substances non «biologiques» sont caractéristiques de la chimie du carbone. A l’inverse, le silicium n’est pas propre au «minéral». Chacun connaît par exemple les tiges de graminées riches en silicium...

Moins connues, mais plus spectaculaires, les Prêles ont des tiges si riches en silicium qu'elles sont utilisées comme abrasif!

D’une manière générale, il existe un type de tissu de soutien des végétaux dont le sclérenchyme, souvent riche en silicium.


b) Cristallisation

Nombre d’objets du monde vivant cristallisent.


- Protéines (lysozymes)

 

- Virus

 

La cristallisation n’est donc pas caractéristique du «minéral»!

Au terme de cette évocation de propriétés classiques, nous voyons que la réduction du vivant au simple contexte physico-chimique ne permet ni de le différencier clairement, ni d’en spécifier les singularités.

 

Claude Timmerman



mercredi, avril 29 2015

Un nouveau scénario pour l’apparition de la vie


Un chimiste britannique a découvert que l’assemblage des briques du vivant aurait pu se produire dans de simples flaques d’eau.

La chimie des origines de la vie, aussi appelée chimie prébiotique, se heurte depuis longtemps au paradoxe de l’œuf et de la poule dans sa version la plus originelle: le matériel génétique, ARN ou ADN, est-il apparu avant ou après les protéines? Il faut en effet un code génétique pour fabriquer des protéines. Mais il faut des enzymes, un type de protéine particulier, pour traduire ce code. En d’autres termes, il faut des protéines pour fabriquer des protéines. Un cercle vicieux de la pire espèce.

Pour en sortir, deux solutions : la théorie du monde ARN (acide ribonucléique) selon laquelle les ARN originels fonctionnaient sans enzymes (étant eux-mêmes capables de remplir le rôle de certaines enzymes indispensables à l’émergence et au maintien d’une vie minimale) ; et la théorie de la coévolution qui prévoit l’apparition à peu près simultanée sur Terre des protéines et des ARN. C’est vers ce deuxième scénario que semble aujourd’hui pencher le chercheur anglais John Sutherland.

En 2009, ce grand spécialiste de la chimie prébiotique réussissait à fabriquer, à partir de molécules très simples, deux des quatre types de ribonucléotides dont l’enchaînement forme les brins d’ARN. Cette grande découverte faisait alors pencher la balance en faveur de la théorie du «monde ARN». Mais il démontre aujourd’hui dans la revue Nature Chemistry être capable de fabriquer également plus d’une dizaine d’acides aminés, les briques élémentaires qui forment les protéines, par des procédés similaires.

«Il suffirait en quelque sorte de mettre dans de l’eau du sulfure d’hydrogène (H2S) et du cyanure d’hydrogène (HCN), deux molécules très simples qui devaient être abondantes sur la Terre primitive, puis de placer ce mélange sous un rayonnement UV avec du cuivre comme catalyseur pour obtenir à la fois des acides aminés et des ribonucléotides», s’enthousiasme Laurent Boiteau, chercheur CNRS à l’Institut des biomolécules Max Mousseron de Montpellier.

En pratique, toutefois, il n’est pas si simple d’obtenir tous les intermédiaires réactionnels nécessaires à la formation spontanée de ces briques élémentaires. «Il faut que certaines réactions se fassent dans des flaques isolées les unes des autres, que se produisent certains ruissellements pour mettre en contact des espèces formées dans des flaques différentes et que l’évaporation de l’eau puisse concentrer les réactifs comme il faut», détaille le chimiste. «Dans le cas contraire, certaines réactions prennent le pas sur les autres

Protéines, lipides, ARN : les trois piliers de la vie pourraient donc s’être formés en parallèle

Avec ce scénario, John Sutherland ne se contente pas de fabriquer les constituants de base de l’ARN et des protéines: il a aussi identifié une troisième chaîne réactionnelle produisant un précurseur des lipides. Une piste pour résoudre un autre paradoxe de la chimie prébiotique: pour que l’ARN produise des protéines et se réplique correctement, il faut aussi qu’il soit capable de s’isoler du monde extérieur dans une poche étanche. Or toutes les enveloppes cellulaires qui existent aujourd’hui sont formées de lipides… qui ont besoin de protéines pour se former!

Protéines, lipides, ARN: les trois piliers de la vie pourraient donc s’être formés en parallèle à partir des mêmes précurseurs. «Ce sont des travaux très importants qui vont marquer la discipline», pense Jean-Luc Decout, professeur de chimie à l’université Grenoble-Alpes. «C’est une sorte d’unification des différentes chaînes réactionnelles de la chimie prébiotique. Il manque encore dans ces processus la synthèse de deux nucléotides, mais je pense que cela se fera dans les années à venir.»

Reste encore à comprendre comment les ribonucléotides se lient les uns aux autres pour former de l’ARN, et comment les acides aminés parviennent à se combiner pour former des protéines. «On a aussi beaucoup à faire pour préciser la manière dont les premiers ARN pouvaient s’autorépliquer ou être répliqués», souligne le Pr Decout.

Il est déjà fascinant de voir émerger un début de description globale et expérimentale du chemin qui pourrait avoir été emprunté par la vie sur la Terre primitive. Il faudra néanmoins du temps pour défricher cette longue route, chaque pas introduisant un niveau de complexité supplémentaire rendant la modélisation et l’expérimentation un peu plus délicates.

Source : http://www.yamar.org/2015/03/29/un-nouveau-scenario-pour-lapparition-de-la-vie/

dimanche, février 22 2015

Dans sept ans, vous mangerez de la viande in vitro

C’est la première viande artificielle de l’histoire. Créé en laboratoire par Mark Post, ce biologiste néerlandais, le Frankenburger a été cultivé in vitro à partir de cellules musculaires de bœuf. Quasiment identique à l’original en goût et en apport calorique, cette invention promet d’éradiquer la pénurie de viande annoncée, avec bientôt 10 milliards d’habitants à nourrir. Arrivée en supermarché prévue dans sept ans.

Paris Match. Comment obtient-on un steak synthétique ?

Mark Post. On commence par récolter un échantillon de cellules de bœuf. Ensuite, il faut compter environ neuf semaines pour les transformer en tissu musculaire. Un jour, ce processus pourra être développé à grande échelle. Et il ne sera pas nécessaire d’être un scientifique chevronné pour synthétiser de la viande à la maison. On devrait même pouvoir la préparer chez soi.

L’avez-vous déjà testé ?

Bien sûr ! Nous l’avons aussi fait goûter à deux critiques culinaires. En bouche, il a la saveur et la texture du bœuf fermier. Peut-être un peu plus sec du fait d’un manque de matières grasses. Nous travaillons actuellement à son optimisation. A terme, ses valeurs nutritionnelles seront comparables à celles d’un steak traditionnel. Seuls certains composants, comme la vitamine B12 non produite par le muscle lui-même, seront ajoutés.

“Consommer un steak de synthèse ne sera ni plus ni moins dangereux que manger un steak d'élevage”

Quels sont les risques pour la santé ?

A produits équivalents, risques équivalents. Consommer un steak de synthèse ne sera donc ni plus ni moins dangereux que manger un steak d’élevage. Plutôt moins en réalité, si nous arrivons à réduire le taux de graisses saturées, génératrices de mauvais cholestérol. Commercialisé, notre steak sera de toute façon soumis aux mêmes normes sanitaires que les autres denrées alimentaires. D’ici son arrivée en supermarché, nous nous attendons toutefois à faire face à des résistances politiques, économiques, voire idéologiques.

Pourquoi avoir choisi le bœuf ?

Parce que c’est le bétail le plus polluant à produire et le moins efficient dans la chaîne alimentaire. Mais la manipulation, inoffensive, peut être déclinée sur divers animaux : poulets, poissons, etc. Pour le moment, nous restons concentrés sur le bœuf. C’est le choix de Sergey Brin, le cofondateur de Google qui nous finance sur ses fonds propres.

http://www.parismatch.com/Actu/Environnement-et-sciences/Dans-sept-ans-vous-mangerez-de-la-viande-in-vitro-704338

lundi, avril 7 2014

N’attendons nous pas trop de la technologie en matière de santé ?

On essaie souvent de faire croire au public que l’homme peut se découper en morceaux qu’on peut remplacer à la demande. Certes, on peut pallier la défaillance de certains tissus biologiques par l’utilisation de prothèses. Les prothèses articulaires ont fait la preuve de leur efficacité, et on pouvait donc s’imaginer que très bientôt nous pourrions bénéficier d’organes manufacturés pour remplacer les originaux défaillants.


Si la fabrication d’un foie ou de poumons artificiels est encore hors de portée de nos moyens techniques, a priori, quoi de plus simple à fabriquer qu’un cœur, qui n’est qu’une pompe ? Mais cette simplicité apparente cache de nombreux problèmes beaucoup plus complexes, même si dans ce cas précis il ne s’agit « que » d’une pompe à débit variable, qu’hélas un banal court-circuit a mis hors d’état de fonctionner lors du dernier essai d’implantation.


Croire que dans un futur proche, on pourra remplacer avec succès tous nos organes, même les plus complexes, par des prothèses, et disposer de kits de rechange pour toutes nos grandes fonctions, c’est encore un peu tôt pour pouvoir l’envisager. Mais peut-être n’aura-t-on pas besoin de ces merveilles technologiques si les techniques issues des cultures de cellules souches se perfectionnent rapidement. Ces cellules indifférenciées peuvent donner naissance à différentes sortes de tissus (musculaire, nerveux, glandulaire, etc.) selon les facteurs déterminants auxquelles elles sont soumises. C’est ainsi que l’embryon peut fabriquer ses différents organes en spécialisant et en développant des cellules qui au départ sont forcement identiques. Il y a quelques années les chercheurs ont découvert que l’individu adulte possédait encore des cellules souches qu’on pourra utiliser pour reconstruire des tissus lésés ou détruits. Nous pourrons alors parvenir à recréer des organes vitaux, véritables prothèses biologiques. Plutôt que chercher à imiter la nature, il sera sans doute plus raisonnable d’essayer d’en maîtriser un de ses processus.


D’autres questions se poseront alors. Comment réagira un corps déjà usé, à la mise en place d’un organe neuf ? Car l’organisme humain est une entité. Comment réagiront les autres tissus face à ce nouveau venu beaucoup plus performant que l’organe remplacé ? On peut, bien sur, espérer que l’ensemble en tirera bénéfice ; mais on peut aussi envisager le pire : un organisme bien réparé, porteur de diverses prothèses biologiques, servant de support à cerveau trop usé ou totalement dégradé par un état de démence, car le cerveau s’use lui aussi, et il paraît difficile de le remplacer sans envisager de changer de personnalité !


Ceux qui veulent nous faire croire qu’on pourrait ainsi, en remplaçant simplement tous les organes défaillants, doubler ou tripler notre espérance de vie sont de dangereux utopistes. Il faut éviter de croire que la biologie et les sciences du vivant peuvent s’assimiler à des technologies basiques, si nous voulons pouvoir continuer à vivre en harmonie avec nous même et notre environnement.





Dr. J-M Lacroix 04/04/2014

lundi, février 17 2014

L'idéologie du "gender" à l'épreuve de l'allaitement maternel

 

Le lait maternel s'adapte au sexe de l'enfant

Selon une recherche américaine publiée vendredi, le lait des mères a une composition différente selon qu'elles donnent naissance à un garçon ou à une fille.

Le lait des mères a une composition différente selon qu'elles donnent naissance à un garçon ou à une fille, révèle une recherche publiée vendredi. "Les mères produisent des recettes biologiques différentes pour un garçon et pour une fille", a expliqué Katie Hinde, une biologiste de l'université de Harvard.

Des études sur des humains, des singes et d'autres mammifères ont révélé une variété de différences dans le contenu du lait et la quantité produite. Ainsi, les petits garçons ont du lait plus riche en graisse et en protéines, donc énergétique, tandis que les petites filles obtiennent de plus grandes quantités de lait.

Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer ce phénomène, a relevé Katie Hinde lors d'une présentation à la conférence annuelle de l'Association américaine pour l'avancement de la science (AAAS) réunie à Chicago du 13 au 17 février. Chez les singes rhésus par exemple, la femelle a tendance à produire plus de calcium dans son lait destiné à des progénitures femelles qui héritent du statut social de leur mère.

Les filles sont nourries plus longtemps

"Cela permet aux mères de donner plus de lait à leurs filles, ce qui va permettre d'accélérer leur développement pour commencer à se reproduire plus jeune", a expliqué la biologiste de l'évolution. Les mâles n'ont pas besoin de parvenir à la maturité sexuelle aussi vite que les femelles, car leur seule limite sur la fréquence de leur reproduction dépend du nombre de femelles qu'ils peuvent conquérir.

Les femelles chez les singes sont nourries au lait maternel plus longtemps que les mâles qui passent plus de temps à jouer et qui ont de ce fait besoin d'un lait plus énergétique. Mais on ne sait pas vraiment encore pourquoi chez les humains les mères produisent des laits différents pour leurs nourrissons selon leur sexe, admet la scientifique.

Il y a des indications montrant que tout est déjà programmé quand le bébé est encore dans le ventre de sa mère. Une étude de Katie Hinde publiée la semaine dernière montre que le sexe du foetus influence la production de lait des vaches longtemps après la séparation de leurs veaux, le plus souvent dans les heures après avoir mis bas.

Comprendre comment le lait est "personnalisé"

Cette recherche menée sur 1,49 million de vaches a montré qu'au cours de deux cycles de lactation de 305 jours, elles ont produit en moyenne 445 kilos en plus de lait quand elles donnaient naissance à des femelles comparativement à des mâles. Ces chercheurs n'ont pas non plus constaté de différences dans le contenu de protéines ou de graisse dans le lait produit pour une progéniture femelle ou mâle.

Comprendre les différences dans le lait maternel humain et l'impact sur le développement de l'enfant pourrait aider à améliorer les formules de lait pour enfant destiné aux mères incapables d'allaiter. "Si la valeur nutritionnelle du lait maternel est bien reproduite dans les formules, les facteurs favorisant l'immunité du nourrisson ainsi que les signaux hormonaux sont absents", a expliqué la chercheuse.

Pouvoir mieux comprendre comment le lait est "personnalisé" selon chaque enfant permettrait également d'aider les hôpitaux à trouver du lait adapté pour aider à mieux nourrir des enfants malades et nés prématurément, a-t-elle ajouté.

http://www.lepoint.fr/sante/le-lait-maternel-s-adapte-au-sexe-de-l-enfant-15-02-2014-1792008_40.php

mardi, février 11 2014

Première analyse de l'ADN du crâne allongé de Paracas révélée, avec des résultats incroyables.

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Paracas est une péninsule désertique située dans la Province de Pisco dans la région de l'Ica, sur la côte sud du Pérou. C'est ici qu'un archéologue péruvien, Julio Tello, a fait une découverte étonnante en 1928 – un cimetière contenant des tombes remplies avec les restes de personnes avec des crânes allongés - une des découvertes les plus complexes et importantes qu'il ait été donnée de faire dans le monde.

Les crânes de Paracas

Au total, Tello a trouvé plus de 300 de ces crânes allongés, qui sont censés remonter à environ 3 000 ans. Une analyse de l'ADN a maintenant été réalisée sur l'un des crânes et Brien Foerster, expert, a publié des informations préliminaires concernant ces crânes énigmatiques.

Il est bien connu que la plupart des cas d'allongement du crâne est le résultat de la déformation crânienne, par une technique d'aplatissement de la tête au cours de laquelle le crâne est délibérément déformé en appliquant une force contraignante sur une longue période de temps.

Elle est habituellement réalisée en liant la tête entre deux morceaux de bois.

Cependant, alors que la déformation crânienne modifie la forme du crâne, elle n'altère pas son volume, poids ou autres éléments qui sont caractéristiques d'un crâne humain normal.

Les crânes de Paracas, sont différents

Le volume crânien est jusqu'à 25 % plus grand et plus lourd que les crânes humains classiques, ce qui signifie qu'ils pourraient ne pas avoir été intentionnellement déformés par le biais de l'aplatissement.

Ils contiennent également une seule plaque pariétale, au lieu de deux.

Le fait que les caractéristiques de ces crânes ne soient pas le résultat de la déformation crânienne signifie que la cause de l'allongement reste un mystère toujours non élucidé.

M. Juan Navarro, propriétaire et directeur du musée local d'histoire de Paracas, qui abrite une collection de 35 des crânes de Paracas, a autorisé le prélèvement d'échantillons de 5 des crânes.

Les échantillons étaient constitués de cheveux, y compris les racines, une dent, des os de crâne et de la peau, et ce processus a été soigneusement documenté par des photos et des vidéos.

Des échantillons de trois crânes ont été envoyés à l'analyse, bien que le généticien n'ait pas eu connaissance de ce qu'il devait rechercher, pour ne pas créer des idées préconçues.

Les résultats de l'analyse de l'ADN de l'un des crânes sont maintenant connus, et Brien Foerster, auteur de plus de dix livres sur les crânes allongés d'Amérique du Sud, vient de dévoiler les résultats préliminaires de l'analyse.

La conclusion est sans appel

L'ADN mitochondrial présente des mutations inconnues sur n'importe quel homme, primate ou animal connus à ce jour.

Mais quelques fragments séquencés de cet échantillon indiquent que si ces mutations se confirment, nous avons à faire à une nouvelle créature humanoïde, très éloignée de l'Homo sapiens, des Néandertaliens et des Denisovans.

Les implications sont évidemment énormes. « Je ne suis pas sûr qu'il rentre même dans l'arbre évolutionnaire connu » a écrit le généticien. Il a ajouté que les individus de Paracas étaient si biologiquement différents qu'ils n'auraient pas pu se croiser avec les humains.

Le résultat de cette analyse est la première phase de nombreuses phases d'analyses qui doivent avoir lieu.

Par April Holloway

http://www.ancient-origins.net/news-evolution-human-origins/initial-dna-analysis-paracas-elongated-skull-released-incredible#.UvJA_gmoTFM.facebook

Traduction David Jarry ©2014

http://www.2012un-nouveau-paradigme.com/article-premiere-analyse-de-l-adn-du-crane-allonge-de-paracas-revelee-avec-des-resultats-incroyables-122490499.html

jeudi, septembre 5 2013

L’eau solide qui pourrait révolutionner l’agriculture mondiale

Sergio Rico, ingénieur polytechnicien mexicain, est l’inventeur de la pluie solide, une potion magique très simple qui pourrait révolutionner l’agriculture mondiale.

Depuis une dizaine d’années, le Mexique subit des sécheresses terribles dans le nord du pays. Sergio Rico, sensible aux problèmes de pauvreté, de famine et de migration, a cherché comment mieux utiliser les faibles pluies qui tombent malgré tout sur ces zones arides.

"En travaillant sur la récupération de l’eau de pluie, déclare Sergio Rico, nous avons trouvé le moyen de la solidifier pour lui donner une autre valeur. Je me suis inspiré des couches pour bébés qui permettent d’absorber un liquide dans un minimum d’espace, et c’est à partir de là que j’ai eu l’idée de transformer l’eau de pluie en la gardant sous forme moléculaire dans un acrylate très absorbant dont la caractéristique est d’emmagasiner jusqu’à 500 fois son poids en eau sans en modifier la structure chimique."

L’eau de pluie, captée des toits, est canalisée vers un réservoir dans lequel il suffit de verser une dose de 1,5 gramme de polyacrylate de potassium pour 1 litre d’eau. En 15 minutes, on assiste au processus de solidification de l’eau. Se produisent alors une ionisation et une précipitation qui permettent aux molécules d’eau de se coller aux polymères, ce qui donne de l’eau en grains, à l’état solide. Avec ce procédé, plus besoin de pompes, de tuyaux, d’énergie électrique, de camions-citernes pour transporter le liquide. L’eau solidifiée peut se mettre dans des sacs en plastique que l’on peut stocker facilement jusqu’à en avoir besoin.

Les plantes n’ont aucun stress

Le polyacrylate de potassium permet de gélifier les liquides et de les réhydrater autant de fois que l’on veut pendant huit à dix ans. C’est une sorte de poudre blanche qui ressemble à du sucre. Pour le mélange, le chimiste mexicain, qui connaît bien son pays, utilise comme unité de mesure la capsule de n’importe quelle bouteille de boisson gazeuse, car il sait que les paysans des hameaux ou des petits villages auxquels s’adresse en priorité cette technologie ne possèdent pas une balance précise permettant de peser 1,60 gramme de polyacrylate.

Pour démontrer la fiabilité de son invention, Sergio Rico a comparé dans l’État du Sonora, où le thermomètre monte facilement au-dessus de 45 degrés, deux systèmes d’irrigation. Avec le système traditionnel, où le paysan attend la saison des pluies pour arroser son champ, le rendement est de 600 kilos de maïs pour un hectare. Dans le champ d’à côté, la même culture avec de la pluie solide a permis une récolte de 10 tonnes par hectare !

Les résultats sont incroyables, car la racine des plantes est maintenue humide pendant plusieurs mois et se réhydrate chaque fois qu’il y a une ondée ou un petit arrosage. La plante n’a, d’autre part, aucun stress, car elle sait qu’elle peut compter sur l’exacte quantité d’eau qui lui est nécessaire sans qu’il y ait de déperdition, car l’eau solide ne s’infiltre pas dans la terre ni ne s’évapore.

Nul n’est prophète en son pays

Sergio Rico améliore sa technique depuis cinq ans. Il a déposé un brevet dans le monde entier sous le nom de "Silos de Agua". Sa technique est déjà employée avec succès en Inde pour les cultures de fruits, de cacahuètes, de coton, de blé et palmes. Avec un système traditionnel, ces cultures requièrent une irrigation de 80 litres d’eau par semaine, avec l’utilisation de l’eau solide, il ne faut que 50 litres tous les 3 mois. Un même succès en Colombie, en Équateur, en Espagne et au Portugal où son procédé est utilisé pour les cultures en serres ou dans les programmes de reforestation.

"Les agriculteurs, qui connaissent les coûts de production, sont les plus intéressés, car ils voient immédiatement les économies d’eau qu’ils vont faire avec notre produit."

Silos de Agua est très bon marché puisque le sac de 25 kilos pour un hectare ne coûte que 400 euros et dure 10 ans.

Autre avantage, l’eau solide se transporte facilement, ce qui est très pratique pour les lieux difficiles d’accès, que ce soit à dos de mule ou en hélicoptère. Les grandes sociétés agricoles mexicaines commencent à s’habituer à cette nouvelle technologie et ont de plus en plus souvent un stock d’eau solide au cas où les pluies cesseraient avant la récolte.

C’est également un produit idéal pour arrêter les incendies. En déposant à même le sol des sacs d’eau solide, les feux rencontrent une masse d’humidité qui ne s’évapore pas, ils s’éteignent d’eux-mêmes sans mettre en danger la vie des pompiers.

Le rêve de Sergio Rico serait bien sûr de convaincre le ministre de l’Agriculture du Mexique de lancer une campagne d’information et d’assistance technique pour permettre aux zones les plus touchées par le changement climatique d’optimiser l’usage de l’eau de pluie. Il aimerait voir sa technologie au service des paysans mexicains les plus démunis. Pour l’heure, il ne recueille que des applaudissements, des diplômes et de bonnes paroles.

Sources : WIFUproject / Le Point / Le Journal du Siècle

lundi, avril 29 2013

Les incroyables promesses de la médecine régénératrice

Tout a commencé avec Rocky. Non pas le boxeur de cinéma incarné par Sylvester Stallone, mais un chien qui portait le même nom et qui, au fond, s'est lui aussi vu offrir une deuxième chance. Nous sommes à la fin des années 1980 et l'Américain Stephen Badylak, spécialiste à l'époque de pathologie animale à Purdue University (Indiana), cherche un substitut aux tubes synthétiques qui remplacent les aortes en chirurgie cardiaque et présentent le défaut de provoquer inflammation et caillots. Son idée : prélever un morceau d'intestin grêle de Rocky, qui fait le bon diamètre, et le greffer à la place de son artère pour vérifier qu'il est assez résistant pour jouer ce rôle. Quand il rentre chez lui après l'opération, le chercheur ne s'attend pas vraiment à ce que Rocky passe la nuit. Mais le lendemain matin, et les jours suivants, le chien est en pleine forme et attend avec impatience qu'on lui serve sa pâtée... Badylak réitère l'opération sur 14 autres chiens.

Au bout de six mois, aucun décès n'étant survenu, il se décide à « ouvrir » un de ses sujets pour voir dans quel état se trouve son aorte. C'est là, comme l'a confié l'Américain au magazine Discover en 2011, que « les choses sont vraiment devenues bizarres ». Plus aucune trace du bout d'intestin. Il n'y a pourtant pas d'erreur : la marque de la suture existe mais le tissu observé au microscope est celui d'une artère. « J'étais en train de voir quelque chose qui n'était pas censé arriver, dit Badylak, quelque chose qui allait contre tout ce qu'on m'avait enseigné à la faculté de médecine. » En examinant d'autres chiens et en observant à chaque fois la disparition du tissu intestinal, le chercheur finit par supposer que quelque chose, dans ce tissu, provoque la régénération de l'aorte. Or, la régénération, la possibilité de fabriquer un tissu, un organe, un membre nouveaux pour remplacer ceux qui ont été endommagés ou arrachés, est un des Graals de la médecine auquel le Scientific American consacre un dossier (payant) dans son numéro d'avril.

Rocky a vécu sa vie de chien pendant huit autres années, au cours desquelles Badylak a identifié ce qui avait permis ce petit miracle. Il ne s'agissait pas de cellules intestinales, mais de l'armature qui les maintient ensemble, ce que l'on appelle la matrice extracellulaire. Très vite, Badylak s'est aperçu qu'en ôtant toutes les cellules de cette matrice, on obtenait un matériau blanc que l'on pouvait présenter sous différentes formes (poudre, gel, feuilles...) et qui ne pouvait être rejeté par les organismes-hôtes. Pour en disposer en grande quantité, le chercheur commença à récupérer, auprès d'un élevage, des intestins et des vessies de porcs.

Restait à comprendre comment cette matrice extracellulaire agissait. Sans la réponse à sa question, Stephen Badylak risquait de passer pour un charlatan avec sa poudre magique. Pendant des années, il n'osa pas trop communiquer à son sujet, mais il passa un accord avec un fabriquant de matériel orthopédique qui fit breveter sa découverte. Celle-ci fut ensuite acceptée en 1999 par la Food and Drug Administration pour être employée en chirurgie des tendons de l'épaule, dans le soin des hernies abdominales voire celui des méninges. La poudre de vessie de porc faisait des miracles sur les hommes ! Et c'est grâce à une biopsie effectuée par un chirurgien sur un patient que Stephen Badylak, au début des années 2000, finit par résoudre une partie du mystère : une fois déposées dans l'organisme, les protéines contenues dans sa poudre jouent aux sergents-recruteurs et appellent à la rescousse... les cellules souches contenues dans l'organisme. Celles-ci ayant la capacité de se spécialiser en n'importe quel type de cellules, rien d'étonnant à ce qu'elles se métamorphosent en aorte un jour, en tendon le lendemain.

D'où un changement de paradigme total, selon Stephen Badylak : « Presque tout le monde considérait la matrice extracellulaire comme un simple support structurel qui vous permettait de tenir debout, de supporter votre poids et de maintenir les choses ensemble. Nous savons maintenant que c'est presque le contraire. C'est essentiellement une collection de protéines-signaux et d'informations, qui sont maintenues entre les molécules structurelles. » D'où, aussi, un pas de géant dans une discipline toute jeune, la médecine régénératrice.

En 2007, un accident se produit un dimanche matin dans une boutique de jeux et maquettes de Cincinnati (Ohio). Un des employés, Lee Spievack, voit le bout de son annulaire tranché net par l'hélice d'un avion en modèle réduit. Près d'un centimètre de doigt disparaît. La chair et l'os sont à nu mais cela n'impressionne pas outre-mesure cet ancien de la guerre du Vietnam. A l'hôpital, on lui propose de revenir quelques jours plus tard pour créer un moignon à l'extrémité de son doigt, grâce à de la peau prélevée ailleurs sur son corps. Mais Lee Spievack veut d'abord l'avis de son frère aîné, ancien chirurgien. Or celui-ci a rencontré Stephen Badylak quelques années auparavant et connaît les "pouvoirs" de sa matrice extracellulaire. Il envoie donc à son frère blessé un tube de « poudre magique » et lui recommande d'en saupoudrer son doigt sectionné tous les deux jours. Et le bout de l'annulaire repousse : l'os, la chair, l'ongle, tout revient, y compris les empreintes digitales. L'information fait le tour des Etats-Unis puis du monde par la grâce d'Internet. Il ne se passe désormais plus une semaine sans que Stephen Badylak, aujourd'hui directeur adjoint du McGowan Institute for Regenerative Medicine à l'université de Pittsburgh (Pennsylvanie), reçoive par courrier électronique des demandes pour traiter des amputés.

Mais entre faire repousser un morceau de phalange et un doigt voire un membre entier, il y a un monde. Même si, comme les salamandres, l'embryon humain peut recréer entièrement un bras coupé, cette capacité de régénération est mise en sommeil par la suite et le corps ne connaît plus qu'un procédé nettement plus sommaire, la cicatrisation. Pour l'heure, même s'il a obtenu des résultats encourageants sur des souris, Stephen Badylak sait qu'il ne peut remonter le Meccano complexe d'un doigt humain entier, avec ses os, ses articulations, ses muscles, ses tendons, ses vaisseaux sanguins, etc. Mais il sait également que la demande de « réparation » est immense dans un pays en guerre comme les Etats-Unis. Il a donc collaboré avec l'armée sur une étude impliquant des soldats revenus blessés d'Irak et d'Afghanistan, tout en continuant à tester les limites de sa matrice extracellulaire sur d'autres tissus. En 2011, il a ainsi publié un article annonçant la reconstruction d'un œsophage chez cinq patients.

Stephen Badylak n'est pas le seul pionnier de la médecine régénératrice. A quelques centaines de kilomètres au sud de Pittsburgh, au Wake Forest Institute for Regenerative Medecine de Winston-Salem (Caroline du Nord), Anthony Atala fait depuis quelques années "pousser" des vessies qu'il implante ensuite avec succès sur des malades. Son équipe travaille désormais sur la création d'autres organes, comme le rein. Toujours aux Etats-Unis, au Texas Heart Institute de Houston, Doris Taylor tente quant à elle de recréer des cœurs. Elle y est déjà parvenue avec des souris. L'ère des régénérés a commencé...

http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2013/04/28/les-incroyables-promesses-de-la-medecine-regeneratrice/

jeudi, février 21 2013

Henri Poincaré vrai fondateur de la théorie de la Relativité… et non l’opportuniste Einstein ?

Il y a deux Histoires, l’Histoire officielle, menteuse, et l’Histoire secrète où sont les vraies causes des événements

Honoré de Balzac


L’authentique historiographie brise sans ménagement les images d’Épinal ; elle remplace les stéréotypes et les préjugés par des faits réels, extraits patiemment des archives.

Emmanuel Le Roy Ladurie

Lundi 5 juin 1905. Henri Poincaré présente sa note à l’Académie des Sciences « Sur la dynamique de l’électron ». Imprimée dès le vendredi 9 juin et envoyée aussitôt à tous les correspondants, elle arrive à Göttingen et à Berne entre le 10 et le 13 juin. Mais le mardi 6 juin, Théophile Delcassé, notre ministre des affaires étrangères, est exclu du gouvernement malgré ses protestations : le Kaiser, furieux de la politique d’Entente Cordiale avec l’Angleterre, exige son renvoi sous menace de guerre immédiate… Autant dire qu’aucun Français n’a prêté attention à la note de Poincaré.


Par contre l’arrivée de cette note à l’Université de Göttingen, au tout début d’un séminaire de deux mois sur l’électromagnétisme, va faire l’effet d’une bombe : Poincaré ruine les trois exposés préparés sur « les électrons plus rapides que la vitesse de la lumière ». La réaction normale aurait certes été d’arrêter le séminaire ou de le transformer en fonction de ces nouveaux résultats, et des hommes de l’intelligence de Hilbert, Minkowski, Sommerfeld en avaient parfaitement les moyens, ils ont bien sûr mesuré immédiatement les conséquences de la note de Poincaré. Mais la « Belle Époque » n’est pas une période normale, c’est une période d’hyper nationalisme, surtout en ce mois de juin 1905… Il faut absolument « germaniser » cette découverte fondamentale. Ce qui, pour diminuer les risques, sera fait par le truchement d’un « petit jeune » ambitieux qui a peu à perdre et beaucoup à gagner… Ce sera Albert Einstein1 dont les antécédents de plagiaire leur étaient connus : plagiats de Gibbs en thermodynamique… et de Smoluchowski pour la théorie cinétique des gaz !



Récemment un savant russe, Anatoly Alexeevitch Logunov - Directeur de l’Institut de Physique des Hautes Énergies - s’est tout particulièrement penché sur cette question et a actualisé le travail d’Henri Poincaré dans un texte intitulé « Sur la dynamique de l’électron » et sous-titré « Le texte fondateur de la Relativité en langage scientifique moderne »2. Or que répond Logunov a l’affirmation péremptoire mille fois répétées - au point d’en être devenue un lieu commun - par les contempteurs du grand savant français qui sont aussi les adulateurs du plagiaire de l’Office des brevets de Berne : « Poincaré n’a pas vraiment compris la Relativité ! C’est un précurseur et non le fondateur » ?

« Non ! » répond carrément Anatoly Logunov, « Non, Poincaré était très clair et avait parfaitement compris son sujet, mais l’occultation quasi totale de son travail fondateur pendant plusieurs décennies, à une époque où la Science progresse à pas de géants et où le vocabulaire scientifique est bouleversé, va évidemment transformer les points de vue. Que va comprendre un physicien des années 30 ou 40 quand, par exemple, il lit une expression comme « les molécules de l’électron » pour désigner les points d’une particule chargée ? Et malheureusement les expressions analogues sont légion… ».


C’est pourquoi le travail d’actualisation d’Anatoly Logunov est particulièrement utile. Il suffit de lire sa conclusion pour mesurer la richesse extraordinaire et la pertinence du travail de Poincaré : « Il renouvelle sa présentation de 1904 du principe de Relativité… Il montre qu’avec les rotations spatiales, les transformations qu’il baptise « Transformations de Lorentz’ » forment un groupe mathématique… Il construit les opérateurs infinitésimaux de ce groupe et détermine son invariant (x² + y² + z² ─ c²t²)… Il détermine les transformations correspondantes des champs électromagnétiques, des forces, du travail, etc… Il établit la notion de quadrivecteur se transformant comme les vecteurs espace-temps lors des transformations de Lorentz et en donne de multiples exemples [ainsi « la force par unité de volume et le travail correspondant par unité de temps »]… Il introduit le concept d’onde gravifique, ou onde gravitationnelle, se déplaçant à la vitesse de la lumière… ».


Mais alors demeure une question essentielle : comment un travail si riche et si fondamental a-t-il pu rester quasiment ignoré pendant tant d’années ? Il faut pour cela se remettre dans l’ambiance très particulière de la « Belle Époque ». Nous avons évoqué les conditions tumultueusesde l’arrivée de la note de Poincaré à Göttingen… des conditions longtemps ignorées et connues depuis peu, ce qui constitue un véritable « fait nouveau » ! Pendant ce temps, ignorant ces remous, Henri Poincaré développe considérablement sa note à l’Académie et l’envoie, au Rendiconti del Circolo Matematico di Palermo, elle y arrive le 23 juillet et sera publiée en janvier 1906. Ce texte fondamental est aujourd’hui appelé « Mémoire de Palerme ». Pourquoi donc ce lointain journal qui n’est même pas un journal de Physique ? Parce que Poincaré estimait son directeur, mais aussi parce que considéré comme un mathématicien, la jalousie et les préjugés idéologiques de ses collègues physiciens l’empêchaient de publier dans leurs revues… N’était-il pas en effet le cousin de Raymond Poincaré, chef de la « droite » ?


Henri Poincaré joue de malchance et son travail va rester confidentiel pendant une bonne trentaine d’années… Cette occultation et le plagiat correspondant ont-ils été délibérés ? De nombreux indices permettent de le penser : primo, les biographes d’Einstein les plus minutieux et les plus enthousiastes, Abraham Païs, Michel Paty, Albrecht Fölsing, Lewis Pyenson posent tous la question ; deusio, tous les travaux de physique d’Henri Poincaré, dont trois pour la seule année 1905, sont tous recensés dans les Annalen der Physik – la revue de référence « Nature » de l’époque - tous sauf un… à savoir précisément l’article fondateur de la physique moderne « Sur la dynamique de l’électron » ; tertio, des travaux de physique d’autres physiciens, dans cette même « note à l’Académie » du 5 juin 1905, sont recensés dans les Annalen der Physik, la note est donc bien arrivée à Berlin et ne s’est pas perdue en chemin ; quatro, des périodiques scientifiques allemands quasi confidentiels, mais tout à fait sérieux, le Fortschritte der Physik et le Jahrbuch über die Forstschritte der Mathematik ne manquent pas de recenser le travail fondateur de Poincaré dans les mois qui suivent: méticulosité et rigueur sont parmi les qualités primordiales des Allemands…


L’occultation de ce riche travail fondateur a peut-être fait perdre dix à vingt ans à la Science et elle fait la gloire d’un opportuniste de talent…


Christian Marchal

Conseiller scientifique et directeur de recherches, direction scientifique générale de l’ONERA (Office National d’Études et de Recherches Aérospatiales)

2 février 2013



Notes :

1 - Une conjoncture ultra concurrentielle entre États et communautés scientifiques que décrit Jules Leveugle in « La Relativité, Poincaré et Einstein, Planck, Hilbert » Éditions l’Harmattan 2004. Monographie où se trouvent rassemblés, traduits et analysés tous les documents nécessaires. Voir également « Albert Einstein - Plagiarist of the Century » 2003 Richard Moody Jr. En français sur le site de Maurice Allais, Nobel d’Économie http://allais.maurice.free.fr/Einstein.htm.

2 - "Sur la dynamique de l'électron"1984 Anatoly A. Logunov, Membre de l'Académie des Sciences de Moscou. Traduction française 2000, pdf 74 pages http://www.annales.org/archives/x/poincare.html

3 – Résumé de la présentation de « The plagiarist of the Century » par Maurice Allais, Prix Nobel. « Les défenseurs d'Einstein ont falsifié l'histoire. Celui qui a été déclaré l'« Homme du Siècle » par Time Magazine a écrit son long traité sur la relativité restreinte - « l'électrodynamique des Corps en Mouvement «  - sans citer la moindre référence. Or dans ce fameux traité, beaucoup des idées présentées par Einstein l’avaient déjà été par Lorentz et Poincaré. Comportement typique chez Einstein : n’ayant pas découvert ces théories, il se les ait simplement appropriées. Ayant puisé parmi des connaissances existantes, il a cueilli et choisi les idées qui lui plaisaient et les a entremêlées ensemble pour fabriquer un conte quant à sa contribution à la relativité restreinte, ceci avec la connaissance pleine et entière et le consentement de ses pairs, et notamment des éditeurs des « Annalen der Physik ». La célèbre équation E = mc2 établissant la conversion de la matière en énergie et inversement, attribuée arbitrairement au seul Einstein était connue de Sir Isaac Newton dès 1704… « Gross bodies and light are convertible into one another... ». Un peu avant Einstein, cette équation peut être également attribuée à S. Tolver Preston (1875), à Jules Henri Poincaré (1900), à Olinto De Pretto (1904) et à Gustave Le Bon, ami et éditeur de Poincaré (1905). Einstein n’étant jamais parvenu à démontrer l’équation E = mc2, il est par conséquent tout à fait abusif de lui en attribuer le moindre mérite.

mardi, novembre 20 2012

La justification productiviste impossible : les tribulations lobbyistes de Gil Rivière-Wekstein

Le lobbying productiviste agricole est partout présent et notamment dans les sphères bruxelloises.

L’enjeu y est de taille : conforter, sinon réaffirmer, les bienfaits d’un système de plus en plus contesté quant à ses effets et à ses résultats.

Sous le fallacieux prétexte de « nourrir l’humanité » une idéologie de la production standardisée tente de s’imposer définitivement aux consommateurs comme aux agriculteurs, pris en otages sans qu’ils en soient pleinement conscients depuis la mise en place de la loi d’orientation Pisani de 1962.


La production agricole européenne, et singulièrement française, chroniquement excédentaire et pas toujours exportée faute des financements nécessaires, là où elle serait utile dans le Tiers Monde, n’est que le résultat du règne d’un complexe industriel et financier dont les diverses branches s’appuient sur des producteurs proprement réduits en quasi-esclavage.


Sur le plan financier, le Crédit Agricole – qui fut même il y encore peu la première banque du monde – sélectionne soigneusement les agriculteurs qu’il finance pour les contraindre à coopérer de gré ou surtout de force, quitte à acculer à la faillite les récalcitrants comme les agriculteurs séduits par le « bio » par exemple.


Sur le plan industriel, l’agriculture est le support d’une triple activité très lucrative : le machinisme agricole, l’agrochimie (engrais et surtout pesticides divers) et l’industrie agro-alimentaire avec le concours de la grande distribution. Le tout, soulignons-le, s’organise avec la complicité de l’INRA et des autres organismes de recherche dont les investigations sont uniquement orientées vers le rendement et la capacité de conservation des produits, au mépris de la saveur, de la maturité et de la nature de la récolte...


Les agriculteurs, pris dans la nasse, usent leurs forces à rembourser des crédits contractés pour produire afin de faire tourner cette machine...

Peu importe le produit récolté d’ailleurs : le marketing de la grande distribution contraindra les consommateurs à s’en contenter, et l’essentiel de la production rejoindra l’industrie agro-alimentaire pour sa transformation...


Ces activités brassent et rapportent des sommes vertigineuses et, sous prétexte qu’elles sont génératrices d’emploi en ces temps de chômage chronique malgré les catastrophes environnementales qu’elles induisent, tout est fait par nos décideurs politiques pour faciliter leur maintien et leur expansion...


Pourtant l’empoisonnement des nappes phréatiques par les résidus des pesticides pulvérisés, l’assèchement des cours d’eau par les pompages excessifs nécessaires à une irrigation irrationnelle et l’eutrophisation (algues vertes) associée aux excès d’azote, liés tant aux engrais azotés épandus qu’à l’évacuation des lisiers inhérents aux élevages industriels, conduisent certains observateurs à tirer la sonnette d’alarme  face à un saccage environnemental patent et à une série de menaces avérées sur la santé publique d’abord pour les populations rurales, et pour les consommateurs de produits saturés en intrants chimiques de toutes sortes aux effets toujours nocifs sinon dévastateurs...


Une situation néfaste donc qui inquiète depuis vingt ans les milieux productivistes qui ont ouvert un contre feu par le biais d’officines de lobbying financées par certains syndicats agricoles dont les adhérents collaborent avec le système (comme la FNSEA) et bien évidemment aussi par les diverses industries précitées.


Pour eux la question est simple : il faut marginaliser et ridiculiser les récalcitrants, « ces rêveurs qui préparent la famine » comme se plaisait à le répéter le syndicaliste FNSEA Lambert...


C’est dans ce contexte d’affrontement qu’apparaît depuis quelques années un nouveau paramètre : la question OGM. Et aussitôt, les lobbyistes remontent au créneau...

S’appuyant sur les dires d’experts, autoproclamés mais pourtant agréés sinon « reconnus », ces « spécialistes » tentent de démontrer la quadrature du cercle : l’innocuité des OGM, des nitrates, des pesticides, et ils plaident même pour... le retour à l’emploi des farines animales...


On avait en effet oublié l’impasse où se trouve l’industrie de l’équarrissage (plus de 500 000 t. de cadavres par an rien qu’en France) dont les équipements de transformation, très lourds, en farines animales ne permettent pas de reconversion aisée pour éliminer leur « matière première »...


Nous avons largement dénoncé ces menées dans divers articles parus sur le site de Terre Future  [1]

En France, l’une des officines les plus connues est associée à un personnage à la trajectoire aussi improbable que celle des « experts » sur lesquels il s’appuie : Gilles Rivière-Wekstein.

Il se bat pour le maintien de tous les pesticides, contre l’agriculture bio, contre le respect des contraintes environnementales, contre la reconnaissance des pollutions agro-industrielles, etc.

Son credo : « En agriculture, hors du productivisme point de salut ! »

Les nitrates, les pesticides et les OGM, c’est bon pour la santé : refuser de l’admettre, c’est faire preuve d’un obscurantisme anti-scientifique et d’un parti pris évident !

C’est un peu court, certes, mais pour lui au moins, c’est porteur !


Reconnu journaliste ( ?) par le lobby, ce monsieur - qui n’a aucune formation avouée – est à la tête d’un bureau d’études et diffuse une lettre de propagande baptisée « agriculture et environnement ».

Il publie toute une série de livres à la gloire du productivisme où l’arrière pensée politique n’est pas en reste...[2]

Nous avions consacré un article à « Bio, fausses promesses et vrai marketing » où l’on voit que derrière un contexte proprement agricole, les préoccupations idéologiques guident ses choix.


Jean de Kervasdoué, auteur de la préface, haut fonctionnaire, ancien directeur des Hôpitaux, spécialiste de santé publique, même s’il fut ingénieur de Grignon dans sa jeunesse, y donne le ton :


« Ainsi l’agriculture bio s’enracine dans les courants agrariens de l’entre-deux-guerres et dans les mouvements poujadistes des années cinquante dont on sait qu’ils ont été proches de l’extrême droite. La sélection « naturelle » n’est pas loin de l’eugénisme et des thèses défendues par Alexis Carrel. Ce n’est que dans les années soixante-dix que ces thèmes sont devenus ceux des mouvements d’extrême gauche, puis des altermondialistes. L’écologie, de réactionnaire devient alors révolutionnaire. Cela ne doit rien au hasard. Gil Rivière-Wekstein en analyse les mécanismes et en donne les raisons. »[3]


L’amalgame est la technique de base de toutes les manipulations d’opinion... On le voit bien ici !

Ainsi : «  la sélection naturelle, c’est de l’eugénisme ! »

Ainsi : « le bio, c’est du fascisme ! »

Et pourquoi pas : « Le bio c’est Pétain ! » Pendant qu’on y est...


On voit là dans quelle mouvance idéologique se situent ces personnages...

Mais l’environnement scientifique de Rivière-Wekstein nous réserve d’autres surprises comme le docteur Jean Louis Thillier dont la carrière – à défaut de la compétence - est impressionnante !

C’est fou ce que l’intersession de la Sainte Trinité Politique (Idéologie, Relation, Influence) peut faire !

Médecin généraliste du Mélé du Maine, Thillier y fut dans les années 80 un grand émule du docteur Knock...

Mais cela ne dura qu’un temps...


Sanctionné par le Conseil de l’Ordre à la suite d’une enquête de la Sécurité Sociale, son cabinet en faillite, Thillier va se reconvertir en anatomo-pathologiste au service de gastro-entérologie du CHU de Tours puis, va devenir « expert judiciaire européen » et « spécialiste des questions relatives à la sécurité sanitaire » ( ?) à Bruxelles.

Il est même auto-bombardé « généticien et immuno-pathologiste » lors de la dernière crise de grippe aviaire...

Pour un médecin généraliste controversé, aux qualifications improbables, c’est pour le moins étonnant !

Cela donne le vertige, tout comme ses allégations concernant les ruminants, qui ne sont pas selon lui des herbivores...[4]


Bref, la compétence n’est pas forcément l’apanage des experts et des consultants...

Comme le soulignait Albert Jacquard qui a tout de même, lui, dans son cursus, fait preuve de quelques compétences : « un expert, c’est celui qui connaît presque tout sur presque rien. »


On ne s’étonnera donc pas de voir Rivière-Wekstein sortir un nouveau bouquin, forcément bien argumenté, pour sauver les OGM, dont le titre est savamment provocateur :

« Faucheurs de science – Les fanatiques dans nos campagnes »[5]

Il s’agit d’une enquête à charge sur les milieux activistes anti-OGM qui ne nous apprend rien et qui évite soigneusement le débat de fond : pourquoi peut-on s’inquiéter des conséquences de la création et de la dissémination des OGM ?


On notera que l’auteur sort ce bouquin juste au moment où resurgit la problématique OGM à la suite des résultats aussitôt controversés du biochimiste Gilles-Éric Séralini.[6]


Si question marketing, Rivière-Wekstein fait là preuve de compétence, sur le fond, son « enquête » n’apporte absolument rien de nouveau sur ce que tous les lobbyistes des OGM ont déjà dénoncé et exposé.


Pourquoi évoquer ce livre alors ?

Simplement parce qu’il use à merveille des techniques de manipulation de l’opinion et d’amalgame idéologique pratiquées par les lobbyistes.

Dans cette optique, c’est donc une parfaite illustration des techniques de désinformation et intéressant à ce niveau.

En l’occurrence, la question de fond n’est toujours pas abordée...


Où réside la dangerosité des OGM, si elle existe, et pourquoi ?

Tout commence avec la théorie chromosomique de l’hérédité et ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui « le mensonge de Morgan »...

Soyons bien clair : il s’agit d’un mensonge par omission, surtout répandu par les disciples et successeurs de Morgan !

Le lemme : « un gène → une protéine → un caractère » est biochimiquement absolument faux !


Morgan, en observateur rigoureux et impartial, avait bien noté lorsqu’il découvrit la mutation w « white » (œil blanc) de la drosophile que le phénotype de l’animal (aspect génétiquement observé) comportait des modifications anatomiques annexes, comme des courbures anormales des ailes ou des modifications de l’implantation et de la taille des poils des pattes... Mais ces « détails » furent « oubliés » par les théoriciens ultérieurs !


La ségrégation du gène w suivait les lois de Mendel, récemment reprises, pour la transmission de l’œil blanc et tout le monde était content... 


Pourtant, on aurait dû déjà alors comprendre ce que l’on sait parfaitement aujourd’hui grâce aux progrès de la biochimie : la modification d’un seul gène (mutation) induit potentiellement toute une série de variations dans la chaîne des synthèses protéiques successives associées à la protéine initialement modifiée par la mutation !


Autrement dit, le schéma n’est pas linéaire mais arborescent : c’est un laticiel...


Mais il est évident que l’ensemble des modifications associées au caractère muté principal, observé effectivement, n’est pas forcément patent, surtout si cela n’intéresse que la physiologie et non l’anatomie ou mieux la morphologie.

En particulier, quand on recherche un caractère spécifique, par exemple une résistance aux herbicides, on va cribler la souche mutante sur ce seul caractère sans tenir compte, si tant est qu’on les décèle, les modifications annexes...

Et c’est pire quand, pour des raisons économiques et stratégiques, on se refuse à les rechercher !


C’est tout le problème de la technologie OGM mise en œuvre sans précautions qui peut conduire, parallèlement et conjointement au résultat recherché, à la formation de substances nouvelles peu ou pas métabolisables susceptibles de se stocker dans l’organisme du consommateur et d’apparaître toxiques à certaines concentrations, donc au bout d’un certain laps de temps...

C’est tout le sujet des expérimentations du professeur Séralini à Caen, très conscient du problème et déjà mis en alerte par des études autrichiennes il y a environ 5 ans...

Et ses travaux ont été poursuivis en secret car le lobby productiviste veille, surtout à Caen où sévit un autre « expert » productiviste de renom : le rhumatologue Jean Louis L’Hirondel, spécialiste ( ?) qui milite depuis 20 ans pour faire abaisser le seuil de tolérance des nitrates dans l’eau potable, surtout en Bretagne ![7]

Évidemment on dira doctement dans « les milieux autorisés » que les résultats de Séralini ne peuvent pas être pris en compte, que ses protocoles expérimentaux sont contestables... Mais à la différence de nombre de ses collègues, peut être plus accommodants sinon moins compétant, Séralini est l’un des rares universitaires professeurs titulaire en biochimie qui soit... un authentique biochimiste ! Il faut le souligner aussi étonnant que cela paraisse !

Le premier argument a été de dire que la taille des lots échantillon était insuffisante : cela tombait bien car Séralini a repris dans ses protocoles, à l’unité près, la taille des échantillons des protocoles de Monsanto !... Raté !

On pourrait continuer longtemps...


Mais il est vrai que l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) est présidée par Diana Banati qui est membre du directoire de l’ISLI lequel regroupe 400 entreprises du lobby (Monsanto, tous les cadors de l’agrochimie et de l’agro-industrie).

On comprend alors que des choses doivent pouvoir s’arranger !

Pourtant, pour cause de conflit d’intérêts, Madame Banati a tout de même fini par être contrainte de démissionner de l’EFSA et de quitter Bruxelles...

Soyez rassurés : elle a aussitôt été recasée par le directoire de Monsanto...

Le lobby sait être reconnaissant !


De tout cela, évidemment Rivière-Wekstein ne parle pas...

Pas plus qu’il ne parle de la mise en œuvre réelle de la technologie OGM : la stérilisation des semences et le désherbage forcé au Round Up. Tout bénéfice pour Monsanto titulaire des brevets, seuls résultats tangibles à ce jour !

Les fameux médicaments liés aux organismes OGM, dont on nous a rebattu les oreilles, sont toujours dans les cartons de projets...

Il n’évoque pas non plus les perspectives apocalyptiques de la politique dictatoriale d’un lobby OGM fondamentalement atlanto sioniste qui, par le brevetage et la stérilisation des semences, prépare pour son seul profit, l’assujettissement des peuples et le chantage mondial à la famine...

« Contrôlez la nourriture et vous contrôlerez le peuple... »

(Henri Kissinger – Testament politique)


Notes :

1 -

http://terrefuture.blog.free.fr/index.php?post/2012/08/23/Productivisme-agricole-%3A-quand-rentabilit%C3%A9-financi%C3%A8re-rime-avec-d%C3%A9laissement-de-la-production-%21

2- www.agriculture-environnement.fr/

3-http://terrefuture.blog.free.fr/index.php?post/2011/03/25/%C2%AB-Bio%2C-fausses-promesses-et-vrai-marketing-%C2%BB-%21

4-http://terrefuture.blog.free.fr/index.php?post/2011/08/12/%C2%AB%C2%A0Lobbying%C2%A0%C2%BB-agricole%C2%A0%3A-D%C3%A9sinformation-ou-endoctrinement%C2%A0-Premi%C3%A8re-partie

http://terrefuture.blog.free.fr/index.php?post/2011/09/14/Lobbying-agricole%2C-d%C3%A9sinformation-et/ou-endoctrinement%C2%A0

5-http://www.agriculture-environnement.fr/spip.php?page=faucheurs-de-science-enquete

6- http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles-%C3%89ric_S%C3%A9ralini

7- http://www.eau-et-rivieres.asso.fr/media/user/File/PDF/ERB_contre_HIRONDEL.pdf

dimanche, novembre 4 2012

Les insectes sont-ils apparus dès l’émergence de la vie aérienne ?

Par Claude Timmerman

La question peut surprendre si on la pose sous cette forme...

On en revient en effet toujours à la question fondamentale de l’apparition de la vie hors du milieu aquatique, initialement le milieu marin... Ce que l’on nomme classiquement, par opposition, la vie en milieu aérien.

C’est bien dans le milieu marin que la vie est éclose et il nous montre des formes multiples d’organismes déjà complexes dès les périodes précambriennes, comme les dépôts fossilifères d’Ediacara (-640 à -580 millions d’années) de l’ouest australien.

On y constate - déjà à cette époque - l’existence d’organismes pluricellulaires complexes à l’apparence parfois énigmatique (comme Dickinsonia) constitués de tissus déjà différenciés :

On y trouve des organismes fixés comme les Spongiaires, mais aussi des organismes déjà pélagiques comme des Cœlentérés... et bien d’autres...

Seul le milieu aquatique permet en effet la vie animale fixée : les courants permettent à la fois l’apport des particules alimentaires, de l’oxygène dissous nécessaire aux oxydations métaboliques, et la capacité de dispersion des cellules sexuelles en vue de la fécondation et de la dissémination de l’espèce.

Le milieu aquatique permet en outre le développement larvaire.

Envisagée dans une perspective évolutive, la problématique fondamentale de la conquête du milieu aérien tourne autour de ces questions :

  • la capacité de déplacement devenue nécessaire pour les besoins de la nutrition et de la reproduction

  • l’acquisition d’une nouvelle manière de capter et de transporter l’oxygène nécessaire au métabolisme,

  • l’apparition d’annexes embryonnaires capables de fournir à l’œuf fécondé l’environnement liquide homéostatique nécessaire au développement larvaire et/ou embryonnaire, tel qu’il existe naturellement en milieu marin...

On conçoit sans mal que les premiers stades de la vie aérienne soient associés à la conquête du milieu dulçaquicole : on considère que c’est dans ce milieu, toujours aquatique, certes, mais par nature continental et hypotonique, que les équipements propres à la vie aérienne apparaissent.

Il n’est pas exclu que les grèves marines aient aussi permis de voir se développer ces premiers stades...

La question des scorpions d’eau (Gigantostracés) - dont les Euryptérides (jusqu’à 6 m !) qui ont dominé les mers au Silurien - permet de supposer qu’ils ont été aussi à l’origine de la conquête du milieu aérien où on retrouve des scorpions aujourd’hui.

Tel est le cas particulièrement spectaculaire de Jaekelaopterus rhenaniae (plus... de 2,5 m !) du nord de l’Allemagne.

La première des questions, celle de la mobilité de l’animal, est étroitement associée à l’existence de tissus rigides permettant le soutien des organes et le déplacement en milieu aérien de tout l’organisme.

Le milieu aquatique, dès le Cambrien (première période de l’Ère Primaire) nous montre la coexistence de deux options d’organisation fondamentalement opposées chez les animaux marins libres et doués de mobilité propre: squelette interne ou squelette interne...

  • soit un squelette externe à fonction de soutien mais aussi défensive, qui sera fatalement articulé, sous peine de ne permettre que des déplacements anecdotiques comme le montrent certains Mollusques (Lamellibranches). C’est l’option « retenue » par l’immense ensemble des Arthropodes.

  • soit un squelette interne, charpente à seule fonction de soutien, comme chez les Vertébrés...

Un inventaire faunistique, aussi élémentaire soit-il, montre que c’est la première option a été qui privilégiée par l’Évolution : quand les espèces de Vertébrés (y compris les espèces marines) se comptent en dizaines de milliers, les espèces d’Arthropodes, tant marines que terrestres, se comptent... en millions !

Un constat évolutif sans appel !

Mais ce squelette externe rigide, souvent calcifié en milieu aquatique comme chez les Crustacés, ou chitinisé en milieu aérien, comme chez les Insectes, les Myriapodes et les Arachnides, présente pourtant trois inconvénients majeurs :

  • la nécessité d’un mécanisme discontinu au cours de la croissance pour en assurer l’augmentation : la mue

  • le remplacement du système branchial qui peut toujours être utilisé en milieu aquatique, mais inopérant en milieu aérien. On devra observer l’acquisition d’un équipement original pour permettre l’oxygénation des tissus à l’intérieur de cette « carapace » devenue imperméable aux gaz: ce seront les trachées ramifiées en trachéoles. Ces réseaux, extrêmement volumineux, de canaux très fins acheminent l’air jusqu’aux organes pour qu’y soit assurée l’oxygénation...

  • le squelette externe est volumineux et fatalement lourd. En milieu aquatique il y aura bien toujours l’aide de la poussée d’Archimède, mais en milieu aérien ce sera une autre histoire !

Le volume nécessaire des trachées et le poids du squelette externe associé à l’enveloppe de l’organisme seront donc les facteurs limitant de la taille des organismes à squelette externe dits « articulés » en milieu aérien.

Pourtant, malgré ces inconvénients majeurs, la zoologie nous montre que ce sont ces organismes là qui connaîtront le plus grand devenir en nombre d’individus comme en nombre d’espèces :

  • Crustacés en milieu aquatique

  • Myriapodes et Insectes en milieu aérien (terrestre) 

Tous ces organismes possèdent la particularité d’être formés par une succession de segments dits métamères.

On retrouve déjà ce type de constitution anatomique déjà chez les Annélides, bien avant l’acquisition évolutive d’un squelette externe.

Chez les Insectes, les métamères thoraciques sont au nombre de trois qui portent initialement tous une paire de pattes et une paire d’ailes.

Le nom d’Hexapodes qui leur ont été donnés fait référence à cette particularité anatomique.

Très tôt, la première paire d’ailes, sans doute peu fonctionnelle ( ?) a disparu chez les Insectes.

Chez d’autres, dont les Coléoptères, la seconde paire se modifiera en élytres chitineuses.

On observe cette première paire, déjà sous forme vestigiale, chez la libellule géante Stenodictya (photo de droite) au Carbonifère, mais peut être aussi encore aujourd’hui dans la curieuse structure en casque (les deux ailes vestigiales soudées) de Stictocephala (8mm) (photo de gauche).

Tous ces animaux présentent la particularité d’une croissance discontinue et présentent donc une succession de stades larvaires, et même une métamorphose entre le dernier stade larvaire et la forme adulte (imago) pour certains d’entre eux, qualifiés d’holométaboles (« à développement complet »).

On admet très généralement que plus l’insecte est évolué, plus son développement larvaire est complexe.

Les insectes les plus primitifs, ceux qui ne présentent pas de développement larvaire spécifiques, sont qualifiés d’amétaboles.

Ils sont de très petite taille et sont rassemblés dans 3 ordres : Protoures, Thysanoures et Collemboles.

(Le lecteur sera sans doute familier du « poisson d’argent », le lépisme, petit thysanoure, courant dans les vieux papiers ou les chiffons stockés dans des coins humides.) 

Longtemps les observations paléontologiques concernant les insectes furent limitées aux inclusions des échantillons d’ambres, généralement d’âge tertiaire, contenant des insectes englués dans la résine avant sa fossilisation...

Les techniques d’investigations récentes ont permis de procéder à des recherches sur de très petits spécimens in situ.

C’est ainsi que l’analyse de sédiments tourbeux infiltrés d’eaux silicatées, datés du début du Dévonien de la Rhynie, au nord de l’Écosse, a montré les restes de Collemboles primitifs.

Dénommé Rhyniella precursor, on en a clairement identifié le céphalothorax et les pièces buccales.

C’est le premier insecte connu.

Les Collemboles sont de très petits insectes primitifs sans ailes (Aptérygotes) dotés d’une curieuse fourche abdominale qui leur permet, par détente, des déplacements par bonds...

Ils mesurent de 0,2 mm à 1,5 mm et peuvent dans se retrouver en concentrations considérables (jusqu’à 400 000 / m2) !

Les premiers insectes amétaboles apparaissent donc au Dévonien, la période précisément où on assiste chez d’autres groupes animaux à la sortie des eaux et à la conquête du milieu aérien.

C’est à cette période que l’on observe, chez les Vertébrés, l’apparition d’Achantostega, puis d’Ichtyostéga, considérés comme les premiers « amphibiens », les premiers Vertébrés Tétrapodes capables d’une locomotion terrestre d’ailleurs beaucoup plus voisine de la reptation que de la quadrupédie qu’on leur attribuait encore il y a peu... (Ichtyostega au sprint devait tenir beaucoup plus du phoque que de la gazelle !)

Et l’on vient d’avoir une confirmation récente de la diversification des Insectes au Dévonien.

Une équipe internationale sous la direction du Muséum national d'histoire naturelle/CNRS), vient de découvrir un petit insecte complet dans le gisement belge de Strud datant du Dévonien supérieur (-365 Ma) : Strudellia.

Ce fossile, unique, prélevé sur un fond de mare fossilisé où on été également retrouvés des petits crustacés dulçaquicoles (Triopsidés), confirme en partie les résultats issus des reconstitutions phylogénétiques qui estiment l’apparition des premiers insectes probablement dès avant le Dévonien, au Silurien ( ?).

L'état de conservation du fossile permet de conclure qu'il s'agit d'un petit insecte probablement proche des premiers représentants des criquets, avec de longues antennes, une tête relativement grande et des mandibules robustes. L'absence d'ailes sur le spécimen n'a pas permis de déterminer le stade de développement de cet insecte (larve ou adulte).

Il y a tout lieu de croire que Strudellia soit un hétérométabole (développement sans métamorphose) voisin du criquet (Orthoptères).

Bien que retrouvé dans le fond d'une mare, cet animal a les spécificités d'un insecte terrestre et ne présente aucun caractère morphologique ou aucun organe permettant de lui supposer une adaptation à la vie aquatique.

Cette découverte confirme donc l’hypothèse d’une conquête du milieu aérien par des Arthropodes spécialisés issus de petits crustacés marins, sans doute dès la fin du Silurien, conduisant à une diversification des Insectes vrais dès le Dévonien où l’on observe des Amétaboles comme les Collemboles et déjà au moins des Hétérométaboles comme l’atteste Strudellia.

On attendra peut être le Carbonifère et les effets d’une plus grande oxygénation du milieu, pour observer des holométaboles (apparition du stade métamorphose : chrysalide, nymphe ou pupe) et l’apparition d’un certain gigantisme des espèces [ce qui s’observera d’ailleurs chez les Vertébrés, surtout les Reptiles, au Permo-Trias].

Là se déploiera toute la radiation adaptative du groupe des Insectes, qui s’est révélé - tant en nombre d’espèces qu’en termes de capacité de colonisation de tous les milieux - comme étant le plus adapté à la vie aérienne !

Certaines espèces seront extraordinairement stables : les Blattes sont inchangées depuis leur origine, au Carbonifère !

Les remarquables gisements fossilifères jurassiques du nord ouest de la Chine (Mongolie intérieure) nous ont livré d’autres surprises : la découverte de « puces » de grande taille (jusqu’à 2 cm, contre 5 mm pour les puces modernes), déjà dotées d’adaptations buccales morphologiques spécifiques pour transpercer la peau de leurs hôtes et s’y accrocher. Ces adaptations sont en tous points similaires à celles dont disposent les puces parasites des oiseaux et des mammifères actuels.

Cela suggère que ces « puces » parasitaient des animaux possédant des phanères apparentées aux plumes ou aux poils.

La présence, bien établie, de phanères de ces types sur certains des dinosaures Théropodes qui ont dominé la faune durant l'ère mésozoïque a pu constituer une niche écologique et donc un habitat favorable à des parasites hématophages et à leur évolution.

L’analogie possible avec les espèces parasites équivalentes actuelles laisse à penser que les animaux parasités avaient déjà « le sang chaud », c'est-à-dire qu’ils avaient acquis une certaine forme d’homéothermie, point fondamental sur le plan de l’évolution physiologique.

La présence de ces « puces » devient donc aussi un paléo-indicateur physiologique !

D’un point de vue phylogénétique, ces insectes sont très proches des Mécoptères (mouches scorpions), premières espèces pollinisatrices connues dès le Jurassique, et des Siphonaptères (puces) ; des lignées qui subsistent encore de nos jours.

vendredi, mai 18 2012

Les insectes sont capables d’élaborer des concepts abstraits

Le cerveau des insectes est capable de fabriquer et de manipuler des concepts(1) abstraits. Il peut même utiliser simultanément deux concepts différents afin de prendre une décision face à une situation nouvelle. Ce résultat totalement inattendu a été obtenu par l’équipe du professeur Martin Giurfa au centre de recherches sur la cognition animale (CNRS/Université Toulouse III - Paul Sabatier)(2). Cette capacité, que l’on croyait propre aux humains et à quelques primates, montre que des analyses cognitives sophistiquées sont possibles en l’absence de langage et malgré une architecture neurale miniaturisée. Ces travaux, publiés dans la revue PNAS, remettent en cause de nombreuses théories dans des domaines tels que la cognition animale, la psychologie humaine, les neurosciences et l’intelligence artificielle.

La cognition humaine, et notamment nos capacités mathématiques et linguistiques, se base sur notre capacité à manipuler des concepts" ? Dans la vie de tous les jours, les concepts qui relient des objets distincts par des règles de relation de type « même », « différent », « plus que », « au-dessus de », prennent une place prépondérante. Par exemple, l’automobiliste est guidé par un réseau complexe de concepts : codes couleur, flèches, panneaux… L’utilisation de tels concepts, que l’on a souvent crue propre à l’homme et à quelques primates, pourrait être en fait beaucoup plus répandue dans le règne animal.

Les chercheurs ont en effet montré que les abeilles sont capables de générer puis de manipuler des concepts afin d’accéder à une source de nourriture. Pour cela, ils ont pris un groupe d’abeilles qu’ils ont entraîné à pénétrer dans une enceinte, afin de récolter de la solution sucrée. Dans cette enceinte, les abeilles rencontraient deux stimuli placés chacun sur une cloison. Chaque stimulus était composé de deux images distinctes soit l’une au-dessus de l’autre (voir photo ci-dessous), soit l’une à côté de l’autre. Au milieu de ces paires d’objets était placé un orifice délivrant, soit une récompense, de l’eau sucrée, soit une punition, une goutte de quinine. Ainsi, les abeilles étaient récompensées sur un concept (par exemple « au-dessus de ») et punies sur l’autre (« à côté de »). Les images variaient constamment tout en maintenant les relations « au-dessus de » et « à côté de » ainsi que leurs associations respectives à la récompense et la punition. Au bout d’une trentaine d’essais les abeilles reconnaissaient sans faute la relation qui les guiderait vers l’eau sucrée.

L’un des tests consistait à placer ces mêmes abeilles devant de nouvelles images. Le seul point commun avec les figures de l’entraînement était leur disposition : « l’une au-dessus de l’autre » et « l’une à côté de l’autre ». Les abeilles, bien que n’ayant jamais vu ces nouvelles images, ont choisi correctement la cible en fonction de cette relation d’ordre abstrait. Mais ce n’est pas tout : lors de l’entraînement, les images au milieu desquelles se trouvait la récompense étaient toujours différentes entre elles (comme sur la photo ci-dessous). Pour savoir si les abeilles avaient aussi appris cette relation de différence, les chercheurs ont confronté les abeilles à des stimuli nouveaux où les images constituantes respectaient la relation récompensée (par exemple « l’une au-dessus de l’autre ») mais qui étaient soit différentes, soit identiques. Les abeilles ont ignoré les stimuli faits d’images identiques, montrant qu’en plus des concepts « au-dessus / au-dessous » et « à côté », elles manipulaient simultanément le concept de « différence » pour prendre leur décision.

Cette étude remet en question l’idée que des cerveaux mammifères (dont le nôtre), plus importants en taille, sont nécessaires à l’élaboration d’un savoir conceptuel. Elle démontre aussi que la formation de concepts est possible en l’absence de langage. D’un point de vue philosophique, elle apporte de nouveaux éléments à la discussion sur ce qui serait propre à l’homme. A l’heure actuelle, l’équipe de Martin Giurfa s’attèle à l’identification des réseaux neuronaux responsables de cette conceptualisation.

(Cnrs, 20 avril 2012)

 

Photo : Abeille entrainée à choisir des stimuli en fonction des relations « au-dessus / dessous de » et « différence ». L’abeille choisit des stimuli composés de figures jamais vues auparavant dans le cas où ces images satisfont les deux concepts simultanément : l’une est au-dessus de l’autre et toutes deux sont différentes l’une de l’autre. © A. Avarguès-Weber, CRCA


Notes :

(1) Ici, le terme « concept » est employé dans le cadre des sciences cognitives et il détermine une relation abstraite liant des objets indépendamment de leur nature physique (par exemple, les concepts « au-dessus de / à côté de / différent de… »).

(2) en collaboration avec Adrian Dyer, de l’Université de Melbourne (Australie)

Références :

Simultaneous mastering of two abstract concepts by the miniature brain of bees, Aurore Avarguès-Weber, Adrian G. Dyer, Maud Combe et Martin Giurfa - Proceedings of the National Academy of Sciences, publié en ligne le 19 avril 2012

Source : http://mai68.org/spip/spip.php?article4153

jeudi, décembre 22 2011

A la recherche de l'ancêtre commun à l'homme moderne et à Néandertal

Un des défis de la paléoanthropologie consiste à déterminer le plus récent ancêtre commun à l'homme moderne et à l'homme de Néandertal. Publiée dans PLoS ONE, une étude franco-italienne menée par deux chercheurs de l’équipe Paléontologie et Bioarchéologie de l'UMR 6578 (Anthropologie bioculturelle, CNRS-Université de la Méditerranée-EFS) et un chercheur de l’Université de Rome (Sapienza, Dipartamento di Biologia Ambientale) suggère, à partir de la comparaison de nombreux crânes fossiles dont celui de Ceprano, découvert en Italie en 1994, qu'Homo heidelbergensis pourrait être cette espèce ancestrale.

Quelle est l'espèce ancestrale à Homo sapiens – l'homme moderne, qui a émergé en Afrique il y a environ 200 000 ans– et à Homo neanderthalensis – l'homme de Néandertal, qui s'est différencié en Europe quelques dizaines de milliers d'années plus tôt ? L'étude franco-italienne publiée dans PLoS ONE propose d’aborder cette question cruciale de la paléoanthropologie à partir d’un célèbre fossile découvert dans le Latium, le crâne de Ceprano, dont l'âge a récemment été réestimé à environ 400 000 ans. Les auteurs de ce travail ont réanalysé les caractéristiques morphologiques de ce fossile et l'ont comparé avec plusieurs dizaines d'autres spécimens, plus ou moins récents, appartenant à des espèces du genre Homo : Homo erectus, Homo ergaster, Homo heidelbergensis, Homo neanderthalensis et notre espèce, Homo sapiens.

Les résultats de cette comparaison à grande échelle montrent deux choses : d'une part que le crâne de Ceprano, en se plaçant comme le fossile le plus archaïque de l'espèce Homo heidelbergensis, pourrait représenter un pont entre les fossiles du Pléistocène inférieur (de - 1,8 million d'années à - 780 000 ans) et ceux du Pléistocène moyen (de -780 000 à -130 000 ans) ; d'autre part qu'Homo heidelbergensis se serait répandu en Afrique et en Eurasie aux alentours de la limite entre le Pléistocène inférieur et moyen et serait le dernier ancêtre commun des hommes modernes et des Néandertaliens.

Ce travail clarifie une période de l’évolution humaine qui ne voit toujours pas l’émergence d’un consensus au sein de la communauté scientifique. Par ailleurs, sa méthodologie originale pourrait permettre de reconsidérer de nombreuses problématiques taxonomiques en paléoanthropologie.

source : www.cnrs.fr/inee/communication/breves/aurelienmounier.htm

VOIR AUSSI : HOMO_HEIDELBERGENSIS.pdf






mardi, novembre 22 2011

L’Homme de Néandertal chassait les oiseaux et pêchait dès 250 000 ans

Une étude franco-américaine démontre que l’Homme de Néandertal chassait les oiseaux et pêchait dès 250 000 ans.

Les Néandertaliens sont toujours présentés comme des chasseurs de gros gibiers dont ils tireraient la majorité de leurs moyens de subsistance. Ils montreraient peu d’intérêt ou seraient incapables d’acquérir de petits gibiers, comme des poissons ou des oiseaux. Les découvertes récentes de la grotte de Bolomor (Espagne), Fumane (Italie) et maintenant Payre (France) montrent que ce point de vue est erroné et que cette pratique date d’au moins 250 000 ans. C’est ce que vient de démontrer une étude franco-américaine menée par Bruce Hardy (1) du Kenyon College (USA) et impliquant notamment en France, Marie-Hélène Moncel (2), chercheur au laboratoire « Histoire naturelle de l’Homme préhistorique » (Muséum national d’Histoire naturelle/CNRS). Elle a été récemment publiée par la revue PLoS One.

Le site de Payre est une ancienne grotte effondrée située en Ardèche. Les fouilles qui ont été conduites de 1990 à 2002 ont permis de dégager plusieurs niveaux d’occupation du Paléolithique moyen datées entre - 250 000 et - 125 000 ans. Les occupations saisonnières du site ont eu lieu lors de phases climatiques tempérées.
La fouille archéologique a permis la découverte d’une grande variété d’outillages lithiques, essentiellement sur du silex local mais également sur des silex provenant de gîtes plus éloignés sur un rayon d’une soixantaine de kilomètres, ainsi que sur du quartz, du quartzite, du calcaire et du basalte.
Des restes osseux d’ongulés ont été découverts dans les différents niveaux d’occupation, essentiellement de grands herbivores, tels que des bovidés, des équidés et des cervidés.
L’observation des ossements révèle des stries de découpe caractéristiques d’un travail de boucherie qui confirment que ces herbivores ont été chassés et consommés sur place par les occupants.

L’analyse fonctionnelle de l’outillage lithique, ainsi que celle des résidus adhérents, montre tout d’abord que les types d’outils n’étaient pas utilisés pour un usage spécifique et spécialisé mais choisis de façon opportuniste en fonction des matériaux à travailler et de la forme de leurs bords, distinguant des zones fonctionnelles utilisées pour le traitement de matières fragiles comme les muscles et les peaux et celles ayant servi à traiter des matériaux plus durs comme l’os et le bois.

L’analyse tracéologique (3) des 182 artefacts a révélé la présence de résidus variés à la surface et dans le creux des retouches. Les résidus identifiés permettent d’apporter la preuve que certains bords d’outils ont servi à une activité de boucherie mais également au tannage des peaux.
D’autres outils mettent en évidence le travail du bois. La découverte la plus spectaculaire, de manière plus inattendue, est celle de la présence de résidus de plumes, d’arêtes de poissons, et d’amidon témoignant de la découpe d’oiseaux, de pêche et de consommation de féculents. Les restes d’oiseaux et de poissons étant fragiles, ils se conservent souvent moins bien que ceux des gros gibiers que l’on retrouve régulièrement lors des fouilles. La seule prise en compte des données archéologiques introduit donc un biais potentiel en faveur du gros gibier terrestre que l’analyse des résidus et la tracéologie permettent de révéler.

Comme les résultats du site de Payre le démontrent, l’ensemble des activités qui se sont déroulées sur le site était beaucoup plus vaste que supposé par les études archéozoologiques, et atteste la capacité des Néandertaliens à s’adapter à tous les milieux, tirant partie au mieux des potentiels de leur environnement. La capture de petites proies, comme les oiseaux et les poissons, est souvent considérée comme la preuve d’une supériorité cognitive présumée spécifique à l’Homme moderne.

Cette étude démontre que les Néandertaliens étaient capables d’exploiter une large gamme de gibiers. Elle apporte également la preuve que la chasse des oiseaux et la pêche par les Néandertaliens était très ancienne.

(Cnrs, 19 octobre 2011)

Notes :

1. Bruce Hardy Associate Professor, Dept. of Anthropology, Kenyon College, Gambier, Ohio, USA
2. Marie-Hélène Moncel, Directeur de Recherches, UMR Muséum national d’Histoire naturelle/CNRS 7194 « Histoire naturelle de l’Homme préhistorique »
3. La tracéologie ou analyse fonctionnelle est une discipline scientifique liée à l’archéologie - et en particulier à l’archéologie préhistorique - qui a pour but de déterminer la fonction des outils par l’étude des traces produites lors de leur utilisation en se basant sur l’examen des polis et des stigmates d’usure, notamment à l’échelle microscopique.

Références :

Hardy BL, Moncel M-H (2011). Neanderthal Use of Fish, Mammals, Birds, Starchy Plants and Wood 125- 250,000 Years Ago. PLoS One 6(8) : e23768. doi:10.1371/journal.pone.0023768

http://www.aloufok.net/spip.php?article5652

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