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SOCIETE

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mardi, juillet 1 2014

Euthanasie ?

Nous devons nous interroger sur les raisons sous-jacentes du tapage médiatique qui, avec une parfaite synchronisation, vient d’accompagner le procès du Dr. Bonnemaison, euthanasiste occasionnel, le cas du tétraplégique Vincent Lambert dont nul ne sait en conscience si au fond de son coma subsiste encore une présence, et la reconnaissance en citoyenneté d’enfants nés à l’étranger de mères porteuses, autrement dit conçus au sein de matrices mercenaires… ce qui aux dires du sinistre Pierre Bergé ne serait pas pire que de louer ses bras et sa force de travail… assertion qui mériterait peut-être d’être discutée si elle n’était d’entrée de jeu aussi répugnante !


Pour ce qui est de l’euthanasie et de ces agonies rendues plus cruelles qu’imaginables par les artifices de la techniques - laquelle est aujourd’hui en mesure de prolonger indûment, voir indéfiniment lorsqu’il s’agit de comas profonds, des existences qui n’en n’ont plus que le nom - la question a été tranchée une fois pour toutes par le magistère de l’Église ante conciliaire(1). Il serait donc opportun, avant toute chose, de se reporter à la déclaration de Pie XII relative à une question intrinsèquement  liée aux progrès des techniques médicales. Techniques qui ne valent in fine que par l’usage raisonnable que nous en faisons. Gardons en mémoire et à jamais, la sentence du prêtre et médecin que fut François Rabelais… « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » !

Il est clair que les campagnes médiatiques qui viennent d’être orchestrées autour de ces trois affaires, ne sont pas fortuites : l’euthanasie autorisée, banalisée par la loi est encore un bastion à prendre pour les progressistes totalitariens qui nous gouvernent. Car est-il utile ou nécessaire d’encadrer par la loi une pratique déjà courante, définie par des protocoles bien connus des personnels soignants, et imposée par l’évolution même de la médecine ?

Est-il souhaitable d’en faire comme le souhaite le bon docteur Kouchner une « routine » inscrite dans la loi, c’est-à-dire d’en faire un geste habituel, quasi mécanique, en grande partie exonéré de toute responsabilité individuelle ? Légalisation qui pourra servir à en couvrir les excès, ceux qui ne manqueront de suivre l’interprétation extensive ou laxiste des textes. L’intervention en fin de vie ne doit-elle pas être censément laissée à l’appréciation ultime du corps médical, des familles et des patients eux-mêmes… quand ils le peuvent encore ? Aucune loi ne doit à ce titre être promulguée qui permettrait de justifier a posteriori ou de cautionner a priori quelques abus que ce soit. Toute l’ambiguïté du débat est d’ailleurs là.

La médecine moderne, prométhéenne en son essence, a repoussé les limites de la vie jusqu’à ce que l’accouchement de la mort – notamment avec l’actuelle croissance explosive du nombre des tumeurs incurables - se fasse de plus en plus fréquemment dans des douleurs extrêmes. À ce titre les soins palliatifs, et en fin de parcours, les injections létales de substances sédatives - sont devenus l’aboutissement logique, la contrepartie quasi obligée, à la fois de progrès techniques devenus volens nolens transgressifs de la loi naturelle, et d’une certaine malignité des politiques de dépenses publiques en matière de santé ! Nous avons d’ailleurs ici l’une des faces cachées du dossier que personne n’ose habituellement évoquer, à savoir que la mort prolongée est devenue une industrie particulièrement lucrative stimulée par notre modèle sociétal. En vérité un marché colossal(2) pour lequel les constantes références à l’éthique masque de moins en moins bien la cynique réalité d’intérêts économiques prédominants.

En France, la Loi organique du 1er août 2001 relative aux dépenses publiques(3) va conduire en 2006 à une réforme de la tarification hospitalière supprimant le forfait journalier, ceci pour lui substituer une tarification à l’acte. Avec pour effet pervers que désormais le patient en fin de vie « rapporte gros » aux services hospitaliers, lesquels sont condamnés à faire du volume coûte que coûte, et pour certains d’entre eux, sous peine de disparition. Il faut ainsi rentabiliser les services et pour cela l’on tend à gonfler artificiellement leurs activités à haute valeur ajoutée… parmi lesquels, les soins palliatifs, heureusement à présent délimités par la loi dite Leonetti du 22 avril 2005.
Un dernier mot. La loi, le juridisme à tout va, ne sont pas la panacée pour les situations douloureuses qu’engendre à foison le monde moderne. Car on ne peut décemment légiférer sur tout, si ce n’est au détriment la libre responsabilité de chacun. Pour remonter le courant, ne s’agirait-il pas à présent de revenir au serment d'Hippocrate dans toute sa primitive pureté ?
 
Jean-Michel Vernochet 29 juin 2014

Notes :

1 - Intervention en français de Pie XII le 24 fév. 1957 http://frblin.perso.neuf.fr/ccmf/05textesstsiege/pie12/pie12sante1957a.pdf

2 -  « Le secteur de la santé représente 12,5% de l'activité économique [hexagonale] évaluée en termes d'emplois et de valeur ajoutée. La production du secteur de la santé s'élève à 235 milliards d'euros, soit 7,6% de la production nationale [à titre de comparaison, en 2013 le budget français de la Défense se montait à environ 45 mds d’€]. La consommation finale en produits de santé est estimée à 193,3 milliards d'euros, dont 125,9 milliards d'euros compris dans l'Objectif national des dépenses d'assurance maladie, soit 65,1% » [hopital.fr10spt09]. En 2014 l’Assurance maladie représente  quelque 81 mds d’€ sur lesquels 75 mds vont aux seuls hôpitaux ! Les handicapés représentent 9 mds et les personnes âgées, moins bien loties, 8 mds.

3 - Loi organique n° 2001-692 du 1 août 2001 relative aux lois de finances [legifrance.gouv.fr13oct13].
 

                                                                              ***

Du Dr. Bonnemaison à Vincent Lambert via Pie XII


Par Claude Timmerman - Agrégé de biologie  -  27 juin 2014

L’acquittement du docteur Bonnemaison par la Cour d’Assises de Pau le 25 juin, bien qu’attendu, a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le camp de ceux qui se montrent résolument hostiles à abréger volontairement les souffrances de personnes pour qui la médecine ne peut plus rien. Or il importe de bien comprendre au préalable de quoi l’on parle, avant de porter quelque jugement définitif que ce soit. Même si la vox populi n’est pas tout à fait la vox dei, l’on ne peut tout à fait ignorer que selon un récent sondage 90% des personnes interrogées se déclaraient « favorables à l’euthanasie sous certaines conditions ». Opinion générale que reflètent les réponses particulières apportées par le jury populaire du procès Bonnemaison. Notons également qu’une majorité de nos anciens y seraient favorables, contrairement à ce qui a toujours été avancé à ce sujet dans le cadre d’une information systématiquement biaisée !

Si aujourd’hui certains milieux catholiques s’insurgent contre l’idée de laisser faire la nature tout en  prodiguant les soins nécessaires pour atténuer, voire adoucir les derniers instants, l’on constate a contrario que l’épiscopat dans sa grande majorité évite de faire de la surenchère… notamment parce que le refus de l’euthanasie est un faux débat ! Faux débat parce qu’en réalité tranché depuis près de soixante ans par le Vatican. L’Église en effet accepte pleinement le risque de provoquer la mort à l’occasion de certains soins dits palliatifs. À Rome, en octobre 1956 à l'issue d'un Congrès d'anesthésiologistes italiens, le Professeur Mazzoni, Secrétaire de la Société italienne d'anesthésiologie, avait soumis au Souverain Pontife, S.S. Pie XII, trois questions concernant l'analgésie. Le St Père avait alors répondu au plan théologique et éthique lors d'une audience spéciale accordée le 24 février 1957 à une assemblée internationale de 500 médecins et chirurgiens [Intervention en français de Pie XII du 24 fév.1957]. 

Sa conclusion est sans appel : « Vous Nous demandez : La suppression de la douleur et de la conscience par le moyen des narcotiques lorsqu'elle est réclamée par une indication médicale, est-elle permise par la religion et la morale au médecin et au patient même à l'approche de la mort et si l'on prévoit que l'emploi des narcotiques abrégera la vie ? ». Il faudra répondre : « S'il n'existe pas d'autres moyens et, si, dans les circonstances données, cela n'empêche pas l'accomplissement d'autres devoirs religieux et moraux : Oui. Comme Nous l'avons déjà expliqué, l'idéal de l'héroïsme chrétien n'impose pas, au moins d'une manière générale, le refus d'une narcose justifiée par ailleurs, pas même à l'approche de la mort ; tout dépend des circonstances concrètes ».

En fait, la fameuse « sédation de fin de vie » qui fait aujourd’hui polémique dans la presse et les tribunaux, repose d’abord sur une authentique hypocrisie médicale : le refus tacite d’exposer publiquement que la sédation aboutit presque automatiquement à la mort de l’agonisant, ceci pour deux raisons physiologiques simples :
- Tout patient en phase terminale qui subit des perfusions répétées, sinon continues, est prédisposé à la mort par arrêt cardiaque… la première conséquence de la perfusion étant une augmentation du travail cardiaque  nécessaire à diffuser la masse des liquides injectés dans le milieu intérieur ce qui conduit la pompe cardiaque d’un organisme très affaibli à « lâcher » à un moment ou à un autre. Perfuser sur une longue durée est donc susceptible de provoquer pratiquement à coup sûr une crise cardiaque...
- Tout analgésique, et notamment la morphine, au-delà du phénomène d’accoutumance, mène à l’augmentation progressive des doses pour parvenir à soulager efficacement la douleur souvent insoutenable des cancéreux en fin de vie. Vient le moment où l’organisme ne supporte plus de telles surdoses. De cette manière, les soins palliatifs de sédation conduiront inéluctablement au décès, une séquence bien connue et assumée par le personnel médical.
 
Dans le cas du Dr. Bonnemaison cette insupportable hypocrisie médicale est poussée aussi loin que possible, en particulier à travers la déclaration du Conseil de l’Ordre :
« La radiation va entrer en application le 1er juillet, comme prévu [autrement dit après le jugement de la cour d’assises qui eut dû en principe condamner le médecin, au moins formellement]. Elle est bien entendu soumise à la cassation par le Conseil d'État s'il y a appel du Dr. Bonnemaison… Celui-ci a notamment été condamné par la chambre nationale disciplinaire de l'Ordre sur le fait qu'il n'a pas respecté l'article 37 du code de déontologie médicale, qui introduit une procédure collégiale prévoyant, dans le cadre de la loi Leonetti, qu'un médecin ne peut agir seul ».

Ce qui est donc ici reproché par ses pairs au docteur Bonnemaison n’est pas du tout le fait qu’il ait  administré sciemment des produits potentiellement létaux à une demi-douzaine de personnes, mais qu’il ait agi seul, c’est-à-dire sans concertation avec leins autres membres de l’équipe médicale. Telle est l’état des lieux : implicitement l’Ordre des médecins reconnaît in fine et valide la sédation de fin de vie, laquelle n’est pas à cette occasion mise en cause, tout en condamnant un confrère qui a eu la malchance de servir de bouc émissaire à l’ensemble de sa profession.
 
Mais de quelle « vie » à préserver est-il réellement question ?

À ce stade de notre exposé le moment est venu d’évoquer les multiples transgressions de la loi naturelle qu’autorisent aujourd’hui les formidables progrès de l’ingénierie médicale. Ceci, entre autres, parce que de nombreux et prétendus biens pensants donneurs de leçons nous rebattent les oreilles à longueur de temps à propos du caractère sacré de la vie humaine. Vie quasi fétichisée qu’il s’agirait de préserver coûte que coûte… « de la conception à la mort » et quelles que soient les circonstances. Soit, mais de quelle vie est-il question ? S’agit-il de la vie qui nous est donnée et reprise par la Divinité ou bien d’un sursis de vie artificielle dont l’homme prométhéen a acquis la capacité… par le truchement de techniques propres à prolonger indûment l’existence terrestre de ses semblables ?

Là se situe la question essentielle ! Car pour prolonger cette vie, envers et contre tout, l’Homme est parvenu à déployer des trésors d’ingéniosité qui à présent l’amènent à se voir confronté à la déchéance des corps et à des sommets de souffrance qu’il ne maîtrise plus et vis-à-vis desquels il se montre impuissant parce qu’il ne possède pas de réponse appropriée… les moyens lui faisant désespérément défaut. Car nous sommes parvenus à une époque où il est désormais possible de freiner le processus de destruction du corps, voire de le suspendre – pensons au comas prolongés des années durant – mais pas encore d’en inverser la course. Si nous acceptons que la vie soit artificiellement prolongée, alors nous devons admettre que les mêmes moyens techniques puissent être employés pour mettre un terme aux affres d’une lutte sans issue. C’est une question de bon sens tout autant que l’exercice de la plus élémentaire charité comme l’a lumineusement vu et dit sa Sainteté Pie XII. 
  
Le temps est également révolu de « l’acharnement  thérapeutique » pratiqué naguère sous le fallacieux prétexte d’un éventuel miracle médical, certainement jamais observé, ou au prétexte d’avancées imminentes de la science, les mourants étant alors, bien malgré eux, transformés en cobayes disponibles pour tester toutes sortes de « traitements expérimentaux »… en outre, dans cette triste occurrence l’espérance et la peine de leurs proches étant quant à elles prises en otage.

La véritable et unique  question est alors : « Doit-on condamner l’homme à vivre en soufrant le martyr ? ». Et si oui, au nom de quoi ? Quels chrétiens, et au nom de quelle morale transcendante, peuvent-ils condamner celui qui demande à être finalement soulagé d’une douleur inhumaine ? Dans de telles  situations, à l’égard de ceux ou celles du personnels médicaux qui acceptent d’opérer un choix engageant leur responsabilité morale – et pas seulement juridique et professionnelle - s’applique à la lettre l’injonction évangélique « Tu ne jugeras point » [Luc 6/37-45]. Commandement qui, devant l’indicible souffrance des corps, s’adresse tout autant au passeur d’âme qu’au libre choix de celui qui au terme de la douleur décide de rendre les armes… Agonie ne signifie-t-il pas étymologiquement le combat, l’ultime combat ? Bref, au nom de quel sophisme moral ou théologique peut-on refuser de mettre fin à une vie devenue contrenaturelle parce que maintenue envers et contre tout ? Cela en recourant à tous les artifices -  judicieusement nommés « palliatifs » - issus de techniques transgressives de la loi naturelle, autrement dit de la loi divine ?

Loi Leonetti et acharnement thérapeutique

De ce point de vue l’acharnement thérapeutique a été longtemps un véritable fléau… certains expérimentateurs avons-nous dit, se retranchant derrière l’idée abstraite, désincarnée de la rétention, à quelque coût humain que ce soit, du dernier souffle vital. Ce qui est évidemment absurde et dans certains cas haïssable… mais explicable par les riches possibilités d’expériences ou de tests qu’offrent les cas désespérés. Cela en jouant, la plupart du temps, sur les sentiments des parents auxquels l’on fait miroiter une improbable rémission. Certes de rares expérimentations peuvent s’avérer parfois propices à l’avancement de nos connaissances, mais en majorité elles sont le plus souvent inutiles et cruelles.

C’est pour répondre à de tels excès que fut mise en place la loi dite Leonetti. Loi qui permet jusqu’à un certain point d’empêcher l’acharnement thérapeutique tout en requérant l’assentiment du moribond, ce qui évidemment suppose chez le patient un certain état de conscience. Or, quid de ceux qui ne peuvent plus physiquement communiquer ?  À l’instar de tous les grands traumatisés cérébraux, comateux irréversibles et autres, à demi conscients baptisés aujourd’hui « pauci-relationnels » ? Ces « légumes » seraient actuellement au nombre de 1500 en France, sous perfusion de nourrissage parfois assortie d’un respirateur… techniques qui permettent de conserver un « patient » durant des mois, voire des années... Pensons au Nobel Alexis Carrel, père fondateur de la cytologie, pourtant devenu aujourd’hui « M. Le Maudit » aux yeux de la pensée unique ! Celui-ci parvint à conserver en milieu physiologique un cœur de grenouille isolé qui a continué de battre pendant...17 ans !

Pensons ici et maintenant au cas si douloureux de Vincent Lambert et aux rocambolesques péripéties judiciaires qui accompagnent son interminable et muette agonie ! Cet infirmier victime d’un accident de la route, tétraplégique, plongé dans un profond coma est devenu le symbole de l’acharnement médical autant que du refus obstinés de certains membres de sa famille de mettre fin à son calvaire, au nom, dit-on, de certains principes(1)… en fait dévoyés parce que bafoués par les techniques mises en œuvres. Encore une fois, quelle peut-être la valeur ou le sens d’un semblant d’existence biologique maintenu artificiellement en suspension au-dessus du néant ?

Vincent Lambert avait pour sa part, de son vivant, toujours fait état de sa réprobation quant à l’acharnement thérapeutique. Aussi est-il singulièrement paradoxal de voir que sa longue agonie est prolongée depuis cinq ans par sa propre génitrice. Son épouse se désole et nombre de ses amis également, mais rien n’y fait ! Reste que Vincent Lambert est aujourd’hui totalement désincarné : au fil des années il a cessé d’être un homme pour n’être plus qu’une cause. Il est devenu peu à peu un argument et instrument aux mains de ceux qui veulent légiférer et n’en démordent pas. Il est à ce titre l’enjeu d’une bataille entre des positions et des factions aux motivations plus ou moins obscures, plus ou moins inquiétantes, car plus le carcan des règles et des  obligations juridiques s’épaissit, plus la liberté humaine dépérit.
 
Le cas Lambert est lourd d’enseignements

Finalement, personne n'a vraiment pris garde, ni souligné la suspension de la décision du Conseil d’État par la cour Européenne des Droits de l’Homme dans l’heure qui a suivi la décision « souveraine » de nos Conseillers !  Il s’agit pourtant là d’une question de fond, lourde de conséquences pour notre souveraineté nationale. À quoi bon maintenir des Institutions  régaliennes – ici la Justice – ou une représentation nationale – les deux Chambres – si les gens de Bruxelles peuvent à leur gré invalider les décisions de nos instances nationales ? Incidemment le cas Lambert constitue une impressionnante pierre d’achoppement donnant la mesure de ce qui reste de souveraineté, et donc de liberté, ou de marge de manœuvre au Législatif et au pouvoir judiciaire dans notre dorénavant pitoyable Hexagone [lefigaro.fr24juin14].
 
M. Manuel Valls, ci-devant Premier ministre – et parce qu’il n’a pas d’autres chats à fouetter – a chargé dans la foulée de ce verdict européen, M. Jean Leonetti et le député socialiste Alain Claeys de préparer un nouveau projet de loi relatif à la fin de vie, lequel devrait être présenté au Parlement avant la fin de l'année. « Ce sera, pour mon équipe, le délai de trop » déclarait alors le médecin de Vincent Lambert, le Dr. Éric Kariger qui a toujours prôné l’arrêt de l’acharnement dont est victime son patient tout en précisant : « Aucune loi, aucune religion ne défend le principe de souffrir. Je ne suis pas pour la vie à tout prix, même si jamais je ne donnerais la mort. Reste qu’à un moment, la médecine doit savoir se retirer ». Mais que signifie précisément ce dernier verbe ? « La médecine doit savoir se retirer », en laissant par exemple son patient mourir de déshydratation pour ne pas risquer de se voir accuser à son tour de « donner la mort »? Ou bien en assumant en totalité l’assistance qu’il doit en principe à un patient atteints de lésions irréversibles ? Patient qu’il a maintenu jusqu’à ce jour en condition artificielle de survie ! Nous ne ferons pas au Dr. Kariger de procès d’intention car c’est aux fruits que l’arbre doit être jugé ! En contrepoint notons que le Dr.  Bonnemaison a eu lui au moins le courage d’endosser ses actes  et de refuser ouvertement l’hypocrite euthanasie passive qui consiste à débrancher et à laisser crever...

Au palmarès des bouffonneries liées au cas Lambert, épinglons au passage le « bon docteur » Kouchner qu’on ne savait pas si délicat, lui qui fut, en tant que proconsul de l’Otan, le promoteur indirect de l’épuration ethniques des Serbes du Kosovo… et dont le nom s’est indirectement trouvé entaché par des rumeurs de trafic d’organes.  Trafic de l’horreur dénoncé dans un rapport de l’ancien procureur général du canton du Tessin, Dick Marty, à la demande de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe2. Ainsi M. Kouchner ne veut plus  - de façon quelque peu orwellienne - que l’on parle d’euthanasie [étymologiquement mort douce] parce que le mot rappellerait fâcheusement le « nazisme »… euthanazi ! Ah bon ! Au reste peut-être devrait-il accorder son violon avec celui de son ami et coreligionnaire Jacques Attali qui en son temps préconisait l’euthanasie méthodique des vieillards3!
 
Bref si vous n’avez aucune envie de vous retrouver le cas échéant à l’état de légume déshydraté ou asphyxié lentement, agissez pour un urgent retour du bon sens assorti d’une dose massive de charité chrétienne. Après tout l’on achève bien les chevaux !?
 
                                   
Claude Timmerman  27 juin 2014


Notes :

1 - La mère de Vincent Lambert bénéficie du soutien inconditionnel de milieux se réclamant de la Tradition. Mais lorsqu’elle déclare à Antenne II, le soir de la décision de la Cour Européenne de justice à un  journaliste faisant allusion à sa foi catholique : « J’ai des convictions, mais cela n’a rien à voir : je ne suis pas intégriste, je ne suis pas une illuminée ». Les Catholiques fervents apprécieront certainement de se voir, dans cette réaction sous les feux médiatiques, assimilés à des « illuminés ».

2 - « Traitement inhumain de personnes et trafic illicite d’organes humains au Kosovo » 12 décembre 2010. Rapporteur: Dyck Marty, Suisse http://assembly.coe.int/ASP/APFeaturesManager/defaultArtSiteVoir.asp?ID=964

3 - Point de vue sur la question de l’ancien de feu le président Mitterrand, et conseiller officieux de M. Sarkozy tiré de sa monographie « L’avenir de la vie » 1981… « Dès qu’il dépasse 60-65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. La vieillesse est actuellement un marché, mais il n’est pas solvable. Je suis, pour ma part, en tant que socialiste, contre l’allongement de la vie »… «  En effet du point de vue de la société, il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement plutôt qu’elle ne se détériore progressivement… L’euthanasie sera dans tous les cas un des instruments essentiels de nos sociétés futures, dans tous les cas de figure…Des machines à tuer permettront d’éliminer la vie lorsqu’elle sera insupportable et économiquement coûteuse. Je pense donc que l’euthanasie sera la règle de la société future ».

mardi, août 20 2013

Médecine et développement durable

 

Le rapport de nos sociétés avec la nature a bien évolué ces dernières années. Tout le monde s’accorde pour dire qu’il ne peut y avoir de développement durable sans respect des équilibres naturels. Paradoxalement on demande maintenant aux techniques médicales de libérer l’homme de lois naturelles vécues comme frustrantes ou injustes, quitte à oublier toute prudence en la matière.


Le médecin doit-il ignorer la nature et accorder à tout un chacun qui pourra se l’offrir, la possibilité de satisfaire le moindre de ses désirs sous prétexte d’éviter une frustration ?


Doit-il satisfaire toute demande, même celle qui s’écarte de l’équilibre naturel de la santé, et devenir un exécutant au service de « clients » capricieux sous prétexte que la science le permet ?


Le médecin doit-il céder aux volontés des « j’y ai droit » sans se demander si de telles demandes ne perturbent pas le fondement même de la société dont ils jouissent?

Il est mal vu depuis quelques années de vouloir respecter les processus physiologiques, de ne vouloir s’en tenir qu’au fragile équilibre naturel qui de siècles en siècles nous permet d’exister encore. Alors au lieu de les inciter à préserver l’équilibre naturel de la santé, on demande aux médecins de satisfaire les désirs d’une clientèle qui, imbue de son ego surdimensionné, estime normal de bousculer nos règles de vies, au nom de projets dits sociétaux sensés rendre légitimes les caprices d’enfant gâté de certains de nos concitoyens.


Il est même malséant de récuser ces phénomènes culturels qui pourtant ne valorisent que l’ego au détriment de la société, et les droits aux dépens des devoirs.


Le médecin devra-t-il alors être complice de toutes ces fantasmagories « contre nature », pour satisfaire les attentes de ceux, qui au nom de la liberté individuelle, n’hésiteraient pas à demander à la science de modifier des règles ancestrales qu’ils jugeraient liberticides,  pour accéder à des désirs personnels ?


Devons-nous céder au caprice d’une femme ménopausée qui veut un enfant, ou à celui de celle qui veut enfanter sans relation sexuelle ?


Affranchir l’humain des règles naturelles peut être parfois un progrès, comme certaines greffes d’organes, ou une curiosité scientifique sans incidence majeure si cela reste marginal, comme le changement de sexe (qui n’est qu’apparence car le génome lui ne change pas), mais cela peut aussi ouvrir la voie à des concepts totalitaires de surhommes et de sous-hommes


N’ayant d’autre modèle que la nature et son évolution, évitons de trop nous en éloigner tant que nous ne maîtrisons pas parfaitement toutes les conséquences d’une telle mutation. Méfions-nous des apprentis sorciers qui pensent pouvoir changer le monde et fonder un nouvel ordre social sans avoir à se soucier d’un quelconque ordre moral.


Jusqu’où peut-on dépasser la nature ? Cette notion varie en fonction de l’évolution de la société, mais cette évolution ne peut être que lente pour lui laisser le temps de digérer le changement, de s’adapter.


Les mœurs évoluent, l’éthique varie, puis la morale s’adapte, mais cela nécessite du temps.


Nous sommes bien loin de la pratique quotidienne du médecin, mais si nous n’y prenons garde, en privilégiant l’exploit technologique au dépend de l’éthique, en faisant fi de l’environnement moral, psychologique et physiologique de l’humain, nous risquons de bouleverser un équilibre fragile, avant même d’avoir défini et validé les critères de ce que pourrait être une nouvelle société.


Les médecins devront-ils attendre les effets pervers de ces mutations et se désoler de ne pouvoir qu’en réparer les dégâts, physiologiques et psychologiques, pour proposer des mesures de prévention, comme nous essayons de le faire aujourd’hui sans succès, pour lutter contre l’obésité ou d’autres facteurs de risque ?


Parce qu’ils sont en première ligne pour juger les effets pervers qu’engendrent le non-respect des équilibres naturels, espérons qu’ils seront écoutés lorsqu’on se préoccupera du développement durable non pas uniquement des forêts, mais aussi de l’homme.


Sans cela ils risquent de se voir relégués au rang de simples réparateurs disciplinés.


Pourtant, lorsque des pollutions industrielles modifient l’équilibre naturel des écosystèmes, entraînant parfois des conséquences totalement insoupçonnées, nous sommes les premiers à réclamer la disparition ou la limitation des interventions humaines susceptibles de modifier l’équilibre naturel, alors pourquoi ne pas le faire en médecine ?


Ce serait oublier que l’humain est un fragment de cette nature dont il ne peut s’extraire, que son fonctionnement physiologique et son génome ont lentement évolués pour rester en harmonie avec l’environnement, et que tout démarche qui tendrait à trop l’en éloigner ne pourrait être que suicidaire.



J.M. Lacroix

mardi, mars 12 2013

Cheval-bœuf et sociétés “mange-merde“

Ceci étant à prendre au propre comme au figuré. Nourritures terrestres et célestes sortant désormais de la même fosse septique… ce qui se retrouve – le plus souvent à notre insu – dans nos assiettes après la grand-messe hebdomadaire du supermarché et dans nos têtes après la séance vespérale d’hypnose télévisuelle. Non seulement les chevaux morts - parfois sous forme de poudre - sont à présent recyclés sous forme de bœuf, mais il est désormais question de pousser le recyclage à ses ultimes conséquences : “craddle to craddle1 ! Du berceau au berceau, de l’excrément à l’excrément, aller-retour ! Or n’oublions jamais que « nous sommes ce que nous mangeons » ainsi que nous l’avait jadis enseigné Hippocrate !

Made in France

La 2e chaîne allemande ZDF nous annonce de la “viande collée“... avec une substance dite alimentaire fabriquée en France... Une entreprise japonaise de produit chimique alimentaire a mis sur le marché européen un liant (colle) permettant de reconstituer des morceaux de viande en une seule pièce et cela avec toute les viandes crues ce qui permet de les présenter sous toutes les formes possibles et imaginables. De la sorte, avec des restes de bourguignon cru vous pourrez confectionner un steak de la plus belle allure... Les grands chefs dans le secret de leurs “laboratoires“ se montrent d’ores et déjà friands d’une méthode innovante susceptible d’épater l’œil du client… quant aux “papilles“ cela reste une autre affaire ! Les grandes surfaces se montrent également vivement intéressées parce que la “colle“ serait utile à limiter les restes de viande en fin de course 2.

Le film « Soleil vert » - Soylent Green contraction de soybean-lentil soit galette de soja - de l’Américain Richard Fleischer, sorti en 1973 a beaucoup vieilli sur la forme, mais sur le fond il demeure très prophétique : en 2022 la pollution a détruit la totalité de la biosphère, la pénurie règne sur des populations humaines miséreuses et en surnombre… lesquelles se nourrissent de tablettes, entre autres de “soleil vert“ ! En fait les cadavres retraités des vieillards qui, de guerre lasse, se sont faits euthanasier… Bon ! Nous n’en sommes pas encore tout à fait à pratiquer ou à préconiser le cannibalisme nécrophagique, mais les dérives de l’alimentation ultra collectivisée, les scandales en cascade découverts à la suite de la fraude du cheval-bœuf en disent long maintenant sur l’état de pestilence organisée dans nos assiettes par les industries du rendement financier et de la boustifaille en barquettes de polystyrène.

Notons à ce titre que Bruxelles va réautoriser les farines animales – hier encore proscrites - dans l’alimentation des volailles. Farines maudites qui ont été responsables de l’épidémie d’encéphalite spongiforme bovine – dite “maladie de la vache folle“ – celle-ci s’étant accompagnée chez l’homme - par pure coïncidence n’en doutons pas - d’une explosion de cas de “ramollissements“ cérébraux dégénératifs façon Creutzfeld… qu’à l’époque bien peu ont évoqué et nul n’a voulu établir un lien de causalité entre l’épizootie et l’épidémie subséquente.

Le saumon assaisonné au pesticide

En fait les farines n’ont jamais été vraiment interdites pour la pisciculture. S’y ajoute à présent, dans les élevages industriels de saumons, l’usage de produits phytosanitaires hautement toxique pour l’homme… Les animaux sont en effet élevés dans des espaces hautement concentrationnaires où ils sont atteints de tenaces parasitoses. Quelle astuce les éleveurs ont-ils trouvés pour curer leurs élevages ? Et bien l’utilisation massive de pesticides agricoles. La faune sauvage présente à proximité des zones d’élevages marins trépasse allègrement et dix pour cent des poissons d’aquaculture également. Le reste se retrouve sur votre table et dans vos boyaux… les organophosphorés se concentrent dans les graisses, le foie et le cerveau. Qu’à cela ne tiennent la batterie de neuroleptiques commercialisée par les géants de la chimie est là pour pallier les effets indésirables, à savoir les dépressions et autres troubles comportementaux… dont nul ne recherche assidument les causes véritables.

Et puis non content de fourguer leurs pesticides aux pisciculteurs industrieux, telle multinationale américaine a mobilisé des équipes de sorciers du génie génétique - jamais en peine d’inventions diaboliques - pour offrir au monde un splendide cadeau : le premier saumon génétiquement modifié ! Lequel devrait en toute logique effacer de la page de l’histoire de cette planète les saumons sauvages dont les populations sont dorénavant en constante régression. N’oublions pas que les bêtes de boucheries dites françaises, sont déjà farcies aux Ogm… parce que nourries et gavées de soja brésilien lui-même génétiquement modifié. Certes le poisson mutant possède l’avantage non négligeable de grandir deux fois plus vite que les saumons normaux 3… De la même façon les bovins et les porcs traités aux hormones de croissance croissent-ils à vive allure et les profits avec. Faut-il préciser que nul ne connaît les conséquences à terme de la consommation de telles “chimères“ sur la santé humaine.

“Soleil vert“ et “soleil caca“

Terre jaune ou soleil brun, la merdoviande sera-t-elle pour bientôt ? Le “soleil vert” de la fiction hollywoodienne est enfoncé. Gardons à l’esprit que les “politiques baratinent et mentent pour mieux cacher la vérité au contraire de certains artistes – ceux qui possèdent quelque talent - qui nous mentent, nous présentent des contes apparemment à dormir debout pour mieux nous dire incidemment et indirectement, la vérité. Ici la fiction se fait métaphore voire parabole. Une fois n’étant pas coutume, sous le titre évocateur « Le caca parisien : A.O.C. de demain » le Nouvel Observateur, nous avertissait des dernières avancée de la technique au service des prochains 9 milliards de bipèdes – et plus - qui pulluleront sur Terre d’ici 2050 !

« À tous les enfants qui diront “Ah, c’est caca !“ devant leur plat, on ne répondra plus “Non, mon petit, tu ne dis pas que c’est mauvais, tu dis que tu n’aimes pas“, mais : “Oui, et c’est plein de protéines“ ! » 4. Blague à part, le procédé n’est pas complètement nouveau puisqu’il a été testé sur certaines vaches nourries industriellement avec des “produits” de recyclage tirés de leurs propres (!) excréments voire avec de la fiente de poulet… Il semblerait qu’en 2009 un million de tonnes de litières de poulet entrait déjà en Chine dans la composition de l’alimentation animale 5 !

Fox News et CBS nous annonçait il y a deux ans, en juin 2011, et sans plaisanter, que des scientifiques japonais étaient parvenus à synthétiser de la “viande“ à partir d’excréments humains 6. Ayant remarqué que l’étron bipèdique est composé de bactéries très protéinées, Mitsuyuki Ikeda du “Okayama Laboratory“, s’est employé à raffiner des boues d’égout auxquelles ont été ajoutés du soja, des agents de texture, des arômes et des colorants alimentaires. Le produit final est “aromatique, peu gras, et particulièrement riche en minéraux essentiels“. Ici avec la coprophagie “aromatisée“ nous appliquons dans toute sa force le saint principe cradle to cradle, ce qui à ce propos donne : “du cradoque au cradoque“ !

Chenilles pour tous et savane mondialisée dans vos assiettes

Mais à défaut d’excréments recyclés, l’on pourra toujours se rabattre sur l’entomophagie - une pratique venue du Grand Est - que des restaurants branchés commencent à proposer au chaland… Tel ce précurseur breton servant depuis quelques années des insectes à la mode de chez nous : pizza aux vers et grillons en salade sauce provençale... 7 ! Les insectes et leurs larves sont paraît-il l’avenir du genre humain. L’on avait déjà dit cela des espaces marins. Soixante-sept après la fin de la Grande tuerie holocaustique, Mers et Océans sont vides, la plupart des grandes espèces passent les unes après les autres sous le seuil de reproduction, les eaux arctiques s’acidifient et le berceau de la vie se meurt. Nul catastrophisme dans ce propos, mais la plus prosaïque des réalités 8.

Trois cents kilos de viande jetés après un contrôle de routine dans un restaurant illégal d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis“. Comment peut-on effectuer un “contrôle de routine“ dans un restaurent “illégal“. Le journaleux ne sait pas ce qu’il dit ! Restaurant où une « une grosse marmite avec des chenilles était en train de bouillir ». Larves auxquelles manquaient nous disent sans rire les services préfectoraux, des “certificats de traçabilité“ émanant des services vétérinaires 9 ! Encore heureux qu’au milieu des trois cents kilos de barbaque avariés saisis ne se soient pas trouvés quelques fins morceau de “cochons longs“ comme il était d’usage, il n’y a pas si longtemps, de faire déguster aux filles à marier de la majorité Bambara du Mali.

Avec L’ouverture ou plutôt la disparition de frontières dignes de ce nom, l’Hexagone doit faire face à des importations croissantes de “viandes de brousse“. Mieux vaut cependant radariser et taxer les vaches à lait automobilistiques sur les routes que de surveiller les arrières cuisines de la France Plurielle. Malgré tout, lors d’une “opération coup de poing“ en octobre 2012, les douanes sont parvenues à saisir à Roissy sur « des passagers en provenance d’Afrique de l’Ouest » quelque 318 kilos de viande sauvage - varan, python, crocodile, éléphant, antilope, porc-épic, pangolin, singe, et cætera – et… 70 kilos de chenilles. Un exploit remarquable, malheureusement exceptionnel en dépit des risques - bien réels eux – d’introduction sur le territoire national et en Europe de pathologies dévastatrices - grippe aviaire, Ébola, fièvre aphteuse - véhiculés par des individus et des marchandises qui entrent dans l’espace Schengen où circulent de façon excessivement “libérale“.

L’avenir n’est pas rose

Les anecdotes sur ce sujet pourraient être multipliées à l’infini… À quoi bon, mentionnons seulement qu’en mai 2011, 518 kilos de “viande suspecte“ avaient été saisis à Paris dont 126 kg portaient sur des espèces protégées » 10 ! En janvier, à Fréjus dans le Var, le restaurant « Les Jardins d’Anatolie » était administrativement fermé après que les autorités y eurent découvert “le cuisinier en train de préparer des keftas avec de la viande pour animaux11. Faut-il in fine rappeler l’affaire parisienne datant de 1997 des “ateliers de raviolis chinois“ confectionnés dans des baignoires grouillantes de cancrelats et les quintaux de nems et autres de boulettes à la viande putréfiée ? Au moment de l’intervention 3000 “plats cuisinés“ étaient prêts à être livrés à des traiteurs patentés !

Comptons finalement sur les publicitaires et leurs techniques de “persuasion clandestine“ pour nous épargner la disette et nous fourguer ces protéines fécales tout comme ils ont su dans les années cinquante nous vendre les margarines fabriquées à partir de déchets d’équarrissage sous le slogan séducteur « débarrassez-vous d’un préjugé qui vous coûtait cher ». Le progrès se situait alors du côté de l’huile de vidange – nous exagérons à peine – et la dénonciation de la dose d’arriération mentale et la ringardise que comportait nécessairement la consommation du beurre. Une pratique aussi “vieux jeu“ que le mariage “normal“.

Notons que les cancers du fumeurs ont explosé aux États-Unis après guerre lorsque fut abandonné l’usage de l’huile de maïs naturelle au profit, justement, de ces fameuses margarines… lesquelles évidemment ne sont pas seules en cause, mais peuvent constituer un indéniable cofacteur de morbidité dans le contexte général d’une introduction massive de la chimie industrielle dans la production alimentaire et tabagique. Notons que certains beurres bretons ou normands à bon marché n’avaient déjà, il y a trois ou quatre décennies, plus rien à envier à certaines margarines sus évoquées puisqu’eux aussi introduisaient dans leur composition des graisses de boucherie et d’abattoirs, et jusqu’à des carcasses vétérinaires. Sans doute faudrait-il faire preuve ici de nuances et de prudence afin d’éviter l’écueil des rumeurs malveillantes, mais hélas en ce domaine la réalité dépasse trop souvent la fiction.

Léon Camus 2 mars 2013


Article actualisé complémentaire du premier

Le feu grégeois du cancer

Le cancer est classé parmi les maladies dégénératives qui affectent en priorité les populations surgavées de l’Occident déspirtualisé. On sait maintenant que l’étiologie des cancers est principalement virale, mais sont-ce les seuls virus qui sont réellement la cause premières des divers types de cancer ? Oui et non, car pas de cancers sans cofacteurs favorisant ou déclenchant. Certes nous sommes tous porteurs d’une multitude d’hôtes indésirables, viraux et microbiens, qui en temps ordinaire restent dormant… Sauf si un facteur exogène vient - par exemple - affaiblir nos défenses immunitaires et ouvrir la porte à l’agent pathogène autrement inactif.

Il est clair que le cancer ne saurait cependant être « épidémique » puisqu’il n’est pas en soi contagieux. Reste que la morbidité et de la mortalité carcinogénique 12 sont devenues des faits de société et un vrai sujet d’angoisse ! Pseudo pandémie puisqu’elle affecte désormais toutes les sociétés postindustrielles et dont la progression ressemble de plus en plus à celle d’un feu dévorant une prairie d’herbe sèche… Sommes-nous tous des malades en sursis ? La question vaut d’être posée, mais quelles sont les vrais causes favorisant l’actuelle flambée du nombre de cancers ? La réponse est simple et hélas vérifiée expérimentalement : la pollution chimique, l’empoisonnement généralisé de nos aliments, de l’air et de l’eau entre autres par les métaux lourds et surtout les intrants et pesticides agricoles. Des pesticides dont la France fait un usage immodéré en battant tous les records de consommation de l’Union européenne. S’ajoute à cela l’usage intensif des traitements chimiques dans notre environnement domestique : peintures murales ou cotonnades bon marché dont nous sommes inondés par la Chine populaire, dernier bastion collectiviste mâtiné d’ultralibéralisme. Ainsi à notre insu lorsqu’on enfile un maillot, les substances chimiques qui imprègnent le tissu franchissent la barrière épidermique et pénètrent notre organisme… La suite est connue, après des années d’accumulation dans les graisses et les tissus nerveux le sujet est mûr pour développer l’une de ces pathologies de l’abondance à prix modique, cancers, dépression, maladies neurodégénératives telles Alzheimer, Parkinson et tutti quanti !

Qui accuser ?

Qui accuser ? En amont le système hyper productiviste, le monothéisme du marché mais aussi, en dernier ressort, les consommateurs eux-mêmes, c’est-à-dire “nous“ ! Parce que tout à fait objectivement nous nous faisons les actifs complices du crime. Il n’est bien sûr pas facile de se déplacer à l’intérieur du labyrinthe qu’est devenu le monde moderne, ni de parvenir à en éviter tous les pièges. Reste que nul n’ignore plus les dangers auxquels il se trouve exposé… cela même si tout est fait pour égarer et tromper le consommateur négligent et “pressé“.

Parce que même si le code barre semble a priori “illisible“ ou que les mentions légales sont inscrites – quand elles le sont ! - en lettres minuscules sur la pizza congelée ou les lasagnes Findus, mi-chèvre mi-chou, bœufcheval, rien ne nous oblige à ne pas prendre le temps de vérifier au minimum ce que nous ingurgitons pour nous précipiter devant la dernière série Z’ américaine devant laquelle nous resterons scotchés à moitié comateux ! Qui nous empêche d’assumer nos responsabilités de consommateur un tant soit peu vigilant et de consentir l’effort minimum de lire sur l’emballage que cette affriolante pizza contient non du beurre mais un adjuvant à l’arôme de beurre ? Sommes-nous si pressés de nous “avachir devant la téloche ou de “sortir en boîte“ pour les juvéniles, que nous ne puissions devenir des acteurs lucides et des gardiens attentifs de notre état sanitaire ? Car si les trois-quarts des produits frelatés qui débordent des caddies restaient sur les rayons des supermarchés ne pensez-vous les choses changeraient ? À ce propos ne serait-il pas grand temps de revenir au saints principes hippocratiques ? « Que ton aliment soit ta seule médecine… C’est la nature qui [en priorité] guérit le malade… L’homme doit harmoniser l’esprit et le corps… Si tu es malade, recherche d’abord ce que tu as fait pour le devenir… ».

L’ère de la pseudo facilité

Bref, beaucoup de ces cancers nous nous les concoctons plus ou moins – certes à notre corps défendant - en cédant aux facilités empoisonnées que nous offre le pire des mondes modernes. Il est aussi vrai que dans certains cas nous n’avons guère le choix. Que choisir : l’eau chlorée et fluorée du robinet ou l’eau à prix d’or de l’industrie et ses molécules baladeuses hormono-mimétiques échappées aux emballages de matière plastique ? L’hyperconsommation s’impose à tous… bombardés, saturés que nous sommes de messages publicitaires parfaitement neurotoxiques et ce, dès la sortie du berceau. Des programmes télévisuels ne sont-ils pas conçus pour les tout-petits, dès la fin de la première année ? Des cibles explicites pour les conditionneurs d’esprits malléables en bas âge, messages létaux conçus par des voleurs d’âme et des marchands de “temps de cervelle disponible“ comme s’en vantait naguère Patrick Le Lay, alors président directeur général de TF1 13 (acrimed.org11 juil4).

Réagissons, reprenons en main nos destins, nos vies et nos santés. Enivrons-nous “bio“ tant qu’à faire, c’est-à-dire avec du vin fait de mains d’homme, respectueuses de la terre nourricière, qui auront pris soin de préserver la profusion d’êtres, bactéries, invertébrés qui l’habitent, la nourrissent, la font respirer, palpiter… qui font - in fine - que la terre est elle-même une totalité vivante, un organisme à part entière. Or la vie se nourrit de la vie. Aujourd’hui les sols cultivés sont des “support“ mort où la chimie règne sans partage, stérilisant, anéantissant toute dynamique vitale… Par la suite, la mort invisible passe derechef dans nos verres et nos assiettes ? Buvez, grisons-nous bio : tel est le mot d’ordre surtout quand vous saurez que 100% des vins commercialisés sur le marché, des tous petits aux très grands crus, sont pollués par des pesticides hautement pathogènes 14 . Qu’on se le dise !

Si vous fumez, fumez bio, ne culpabilisez plus : car “ce n’est pas le tabac qui tue mais la cigarette“… À Cuba l’on meurt centenaire le cigare au bec. D’ailleurs pourquoi le cancer du fumeur n’apparaît-il véritablement qu’après 1945 aux É-U ? Certains accusent des carences liées à la disparition de l’huile naturelle de maïs remplacée à l’époque par ces graisses industrielles que sont les “beurres de synthèse“, ces margarines qui ont l’allure et la couleur du beurre mais qui n’en sont pas. Notre culture est celle de la “fausse-semblance“, du parasite mimétique, de l’imposture.

L’empire du mensonge global

Un système – passant ici du coq à l’âne - qui a su assassiner un président trop entreprenant – Kennedy – et passé expert dans l’art du mentir vrai et de l’embrouillage de cartes… Un système donc capable de tout, absolument tout… Notamment de truquer et de mentir de manière extensive et par omission sur la nature profondément délétère de l’alimentation de masse : la médecine curative étant un secteur industriel particulièrement juteux, les thérapies anti cancéreuse particulièrement. out comme “Il“ a pu mentir sur le 11 Septembre, les Missions Apollo… ou encore sur le génocide programmé, passé sous silence, après 1945 du bétail humain qu’étaient devenus les prisonniers de guerre allemands délibérément affamés dans les camps de concentrations où ils se trouvèrent parqués… et où les inspections de la Croix Rouge internationale – pourtant présente à Auschwitz – étaient interdites par le futur président Dwigth David Einsenhower d’origine suédoise - Einsenhauer - alors Commandant suprême des forces d’invasion en Europe. Ceci au grand dam du généralissime Patton, et pour cette cause, rapidement éliminé physiquement le 21 déc. 1945 dans un accident de voiture totalement fortuit !

Bref, on nous vend la facilité existentielle à bon marché, et comme on ne peut “avoir le beurre et l’argent du beurre“, à terme l’économie réalisée sur des produits au rabais se paye au prix fort pour la santé individuelle et collective. Un cancéreux, à l’instar d’un alcoolique ou d’un drogué, déstabilise et perturbe largement autour de lui et cela dans vaste rayon familial et social. Reste qu’il représente à lui seul avec tous les services et produits “dérivés“ qui lui sont affectés, un secteur économique fort lucratif. La souffrance et la mort sont aussi des filons éminemment rentables qui font tenir debout l’édifice d’un système édifié non au profit des hommes mais dan le but d’en extraire une plus-value maximale, à l’entrée comme à la sortie, de la naissance à l’humus, de l’individu productif à l’individu consommateur, de l’enfant au vieillard. Au final, dans l’économie d’usure marchande qui est la nôtre, le prix en différé est appelé à devenir de plus en plus exorbitant : même le profit à un prix – ici le prix de la santé individuelle et publique, ce que personne ne veut prendre en compte - et à l’arrivée - cancer en sus - ce profit se revient au néant et se paye au milletuple en misères de toutes sortes. Pensons-y avant d’acheter des marchandises alléchantes, colorées et conditionnées sous emballages de luxe, qui ne sont en réalité qu’un ticket de file d’attente pour la chimio. Triste retour à la Terre !

LC actualisé le 3 mars 2013

Notes

(1) Du berceau au berceau est un concept de production industrielle “éthique“ qui intègre, à tous les niveaux - de la naissance du produit à sa destruction - des contraintes de pollution zéro soit celles d’un recyclage intégral. Un label “cradle to cradle“ attribuables aux produits se pliant à ces exigences de production, est défini vers la fin des années 1980 par le chimiste allemand Michael Braungart et l’architecte américain William McDonough.
Notons que la fraude de la substitution de viande bovine par de la viande chevaline scandalise à l’absolu nos médias médias bienpensant mais que les même ne s’émeuvent pas – jusqu’à passer le fait sous silence - la commercialisation extensive de viande casher et halal issue d’animaux égorgés sans électronarcose préalable en vertu de dérogations systématiques.

(2) ZDFmediathek13fév12

(3) Le saumon d’élevage norvégien – une partie des élevages se trouvent au Chili – est un produit toxique nourri aux pesticides agricoles ! http://www.youtube.com/watch?v=oHXH... - Dans le même ordre d’idée, on se souvient du récent procès fait au “panga“ - Pangasius hypophthalmus - poisson vietnamien de culture industrielle intensive lancé à la conquête du marché mondial en 1996 et commercialisé en France par quelques grandes enseignes – notamment Carrefour et Picard - sous forme de filets à bas prix ce qui en fait, avec la perche du Nil, l’un des poissons est les plus abordables du marché. La rumeur (?) voulait que les femelles de ce siluridé reçoivent une injection d’hormones tirées des urines de femmes enceintes afin de stimuler leur ovulation : dans la nature, le poisson se reproduit une à deux fois par an et produit 2000 œufs par ponte, avec une ovulation artificielle, il peut en effet atteindre le million d’œufs… Ce qui évidemment est “tout bénef“ !

(4) nouvelobs.com21juin11

(5) dietimiam.com17déc9

(6) « Le caca parisien : A.O.C. de demain » 21 juin 2011. Article qui pose quelques bonnes questions : “Sur le marché européen, peut-être faudra-t-il également tenir compte des particularités culturelles ? Certaines provinces voudront défendre leur terroir scatologique avec des A.O.C. Les Français accepteront-ils de manger de la merde allemande ? De plus, certaines chaînes de restauration rapide devront se soucier de produire des boulettes halal“. http://leplus.nouvelobs.com/contrib... ;;le-caca-parisien-a-o-c-de-demain.html Fox News - http://www.foxnews.com/scitech/2011...

(7) LePost.fr7mars9

(8) Revue Nature 29 sept. 2005. D’ici quelques décennies les exosquelettes des planctons, unicellulaires marins base de la chaine alimentaire marine, pourraient ne plus pouvoir se former en raison d’une acidification des eaux liée à la saturation des mers froides en dioxyde de carbone. 25 millions de tonnes de gaz carbonique se combinent en effet quotidiennement avec le milieu marin, provoquant par réaction l’acidification des eaux de surface… laquelle contrarie la synthèse de carbonate de calcium, brique élémentaire dont se compose le squelette externe des micro organismes végétaux et animaux (cnrs.fr29sept5).

(9) lefigaro.fr/28fév13

(10) ibid..lefigaro.fr/28fév

(11) varmatin25janv13

(12) En 2007 on recense 12 332 300 nouveaux cas de cancers à travers le monde et 7,6 millions décès, soit 20 000 décès par jour. 5,4 millions nouveaux cas et 2,9 millions de morts pour les seuls pays industrialisés. La France en 1980 comptait 160 000 nouveaux cas de cancer, 278 000 en 2000 et 320.000 en 2005. En 2004 il devenait la première cause de mortalité avec 147 323 décès soit 30%. Une augmentation de seulement 13% depuis 1980 à mettre au regard de notables progrès thérapeutiques. Un rapport cosigné par l’Académie de médecine, celle des Sciences et le Centre international de recherche sur le cancer établissait en 2002 une progression de 278 000 nouveaux cas et 150 000 décès en France ? “Le nombre de décès par cancer ayant [apparemment] considérablement augmenté en France comme dans tous les pays industrialisés depuis le début du XXe siècle“(lefigaro.fr14sept7).

(13) Patrick Le Lay in « Les dirigeants face au changement »… « Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit ... Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible… Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes [les plus viles et les plus démagogiques possibles], surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise ».

(14) Des analyses réalisées sur des vins d’Europe et du monde entier démontrent un niveau de contamination généralisée 5800 fois plus élevée que pour l’eau potable, ceci par des pesticides potentiellement carcinogènes, perturbateurs endocriniens ou neurotoxiques. 20% des pesticides utilisés en agriculture le sont dans l’industrie viticole et ce, sur seulement 3% des surfaces cultivées.

mardi, octobre 23 2012

Faudra-t-il bientôt laisser son sexe au vestiaire ?

En matière d’identité ou de reconnaissance sexuelle, les normes sociales et éducatives respectaient jusqu'à il y a quelques années une règle naturelle, soutenues en cela par les diverses églises, qu’elles soient catholique, juive, ou musulmane.

Il y avait des mâles et des femelles, et de cette dichotomie découlaient des caractéristiques et des normes spécifiques à chaque sexe. Les choses paraissaient simples, même si le déterminisme génétique pouvait être influencé voire modifié, par l’intervention de facteurs internes ou externes.

Ainsi pouvait-on définir sommairement « un paysage sexuel » ou mâles et femelles étaient situés aux deux extrémités d’un segment dont le centre était représenté par un « marais sexuel » aux inclinaisons mal définies. Ce schéma simple permet de situer toutes les nuances qui peuvent exister entre un individu 100 % mâle est un individu 100 % femelle, situés l’un et l’autre à chaque extrémité de ce segment.

Mais depuis quelques années, en France, cette notion de déterminisme sexuel d’origine biologique est remise en cause par certains intellectuels, que vraisemblablement le concept dérange. Il est de bon ton de penser que la différence entre les hommes et les femmes, n’est qu’un concept social dû à une asymétrie d’éducation entre les garçons et les filles.

Pourtant dès la conception de l’embryon les chromosomes définissent le sexe à venir : XX pour les filles et XY pour les garçons, même si des accidents lors de la formation des gamètes peuvent entraîner une conformation anormale des chromosomes sexuels du fœtus, comme par exemple l’hermaphrodisme XXY, qui se traduira par un aspect physique associant des attributs plus ou moins marqués des deux sexes. Ces cas sont très rares, et dans l’immense majorité des cas le déterminisme génétique s’accompagne d’un développement physique typique de l’un ou de l’autre sexe.

Le développement physique des organes génitaux et la morphologie générale de l’individu sont le résultat de l’action des hormones sexuelles, sécrétées par les ovaires si le génotype correspond à XX, et par les testicules si le génotype correspond à XY. Ces hormones façonnent le corps et permettent le développement des organes sexuels de manière différente selon qu’on est génétiquement mâle ou femelle.

Très schématiquement le mâle sécrète principalement des androgènes, la testostérone, et la femelle des œstrogènes et de la progestérone.

Ces hormones ne se contentent pas de façonner l’aspect extérieur de notre corps, elles influencent aussi notre comportement. On connaît l’action stimulante de la testostérone tant sur le plan sexuel que général, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, et l’on connaît aussi les modifications de l’humeur que peuvent connaître certaines femmes à l’approche de leurs règles lorsque le taux hormonal chute brutalement.

L’effet des hormones ne se résume bien sur pas à ces exemples simplistes. Il est beaucoup plus complexe.

Il faut savoir que dans certains cas la testostérone peut être transformée en œstradiol (hormone femelle) par certains neurones pour stimuler des zones bien précises du cerveau, et que les androgènes (testostérone et dérivés) et les stéroïdes ovariens ne sont pas les seules hormones à agir à ce niveau.

Nous ne pouvons y échapper, et que nous le voulions ou non nous sommes soumis aux effets de ces hormones sur notre corps et sur notre cerveau.

De même, on ne saurait nier, que le milieu social, intellectuel et affectif dans lequel évolue l’individu influence son comportement général et sexuel.

Cependant, s’il est naïf de croire que le déterminisme génétique suffit à tout expliquer, il est aussi stupide de penser, comme le soutenaient les adeptes du constructivisme, que tout est socialement construit et que rien n’est déterminé par la nature des choses.

Certes on peut être tenté de renier un acquis biologique contraignant, en le ramenant à une construction sociale dont on serait la victime, mais estimer que le sexe, en tant que conséquence d’un destin génétique, peut être remplacé par le genre, produit de conventions sociales, est une aberration qui ignore volontairement l’inné et ses conséquences biologiques, pour ne considérer que l’acquis dans l’élaboration d’une personnalité masculine ou féminine.

C’est l’addition de toutes ces influences, génétiques, hormonales, sociales, affectives, qui permettent de façonner les individus que nous sommes et notre identité sexuelle.

On peut bien sûr trouver des arguments pour démontrer que chacun de nous est ambiguë, et si l’on arrive à considérer que tout individu est à 50 % homme et à 50 % femme, il est alors facile de prétendre que le choix final ne dépend plus que de la volonté de l’être et de la conceptualisation sociale que l’on se fait du sexe.

On pourrait admettre cette notion si l’on considérait que seuls les facteurs sociaux ont une influence déterminante, mais sûrement pas si l’on tient compte de la biologie.

Une autre grande différence fondamentale entre le mâle et la femelle, qui ne doit rien aux critères socioculturels, réside dans la gestation du fœtus, dont le rôle est uniquement dévolu à la femelle chez toutes les espèces de mammifères. Ce déterminisme génétique dans l’attribution de la maternité à l’un des deux sexes entraîne lors de la grossesse toute une cascade de sécrétions hormonales, qui façonnent les sentiments affectifs et sociaux spécifiques à la mère vis-à-vis de son nouveau-né et de son entourage.

L’homme n’y a pas droit, quel que puisse être son désir de vouloir se substituer à la mère dans l’élevage de l’enfant. Ces différences entre le mâle et la femelle vont déterminer des attitudes comportementales propres à chaque sexe, que l’on adaptera ensuite à son milieu en fonction de sa culture, de son acquis social.

Si l’on voulait se contenter du rôle élémentaire de chaque sexe, (comme on l’observe chez l’animal : gestation, allaitement, élevage pour la femelle et défense ou acquisition du territoire pour le mâle), pour en tirer une ligne de conduite pour l’homme, ce serait faire abstraction de tout acquis civilisationnel et culturel, mais on ne peut pas dire non plus qu’il n’y a pas de sexe et qu’il n’y a que des genres.

Genre que certains remettent déjà en cause en essayant de développer un concept social ou le masculin et le féminin n’existerait plus, au profit d’un genre neutre.

Je ne pense pas que ce type d’expérimentation puisse aller bien loin tant elle est contraire aux données fondamentales de la biologie et de nos civilisations. Mais cependant j’ai lu très récemment qu’en Suède, certaines écoles avaient décidé de ne plus faire référence au genre, et encore moins au sexe, désignant ainsi tous les élèves par un terme asexué, qu’ils soient filles ou garçons. Comme si l’indifférenciation était en soi un progrès, et si comme, écrit Denis Tillinac dans un article en 2011, « le village planétaire devait à terme être peuplé d’androgynes. Comme si la dialectique infiniment subtile des liens entre un homme et une femme, entre un enfant et son père ou sa mère, devait se réduire aux acquêts sommaires d’une confrontation banalisée d’individus interchangeables ».

Faut-il supprimer les sexes ? Faut-il ne parler que de genres en niant les sexes ? Faut-il comme le suggèrent certains, renier même les genres pour établir un « neutre », seul garant à leurs yeux de l’égalité qui doit régner entre les êtres humains ?

Tout cela parait bien naïf, et fait abstraction des règles biologiques qui nous régissent, au risque même de faire abstraction du respect que l’on doit à l’autre du simple fait de sa différence.

Dr. J-M Lacroix

23/10/2012

vendredi, octobre 5 2012

Les sophismes de la corrida


Tout est dit dans la loi. La corrida est en France une exception à l’interdiction de pratiquer des "sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux" (art. 521 du code pénal). Elle est donc, de fait, reconnue par le législateur lui-même comme un sévice grave ou un acte de cruauté, mais qui, à la différence des autres, n’est pas puni.

Pourquoi cette impunité ? Parce qu’elle a lieu là où "une tradition locale ininterrompue peut être invoquée". Voilà donc une pratique punie à Brest, au nom de la "sensibilité" de l’animal (sensibilité reconnue par la Loi), mais permise à Nîmes ! Cette aberration est fondée sur l’appel à la tradition, qui est un sophisme connu depuis 2 000 ans sous le nom d’argumentum ad antiquitam. L’excision est également un rite millénaire, une pratique culturelle, une tradition profondément ancrée. Pourtant, le même législateur l’interdit et fustige ce relativisme culturel, qu’il invoque au contraire quand il s’agit de protéger le «patrimoine» national, dans le cas de la corrida comme dans celui du foie gras industriel. Ce n’est pas parce que l’on fait quelque chose depuis longtemps au même endroit qu’on a raison de le faire. Tous les progrès sociaux ont eu lieu contre les traditions. La tradition en elle-même explique mais ne justifie rien.

Les aficionados d’aujourd’hui invoquent alors leurs illustres prédécesseurs : Francis Wolff cite inlassablement Mérimée, Bataille, Picasso et d’autres. "Se pourrait-il qu’ils ne fussent que des pervers assoiffés de sang ?" (le Figaro, 15 août 2010). Non, bien sûr, mais il y a là deux sophismes. Le premier est l’appel à l’autorité (argumentum ad verecundiam), puisqu’au lieu de produire un raisonnement, on s’en remet à des noms dont l’exemple devrait suffire. Le second est le sophisme "de la bonne compagnie", puisque l’on fait référence non seulement à de grandes personnalités (autorité), mais encore à des gens dotés d’un ethos respectable, d’une image positive, donc insoupçonnables d’être associés à des pratiques détestables.

Le raisonnement sous-jacent est celui-ci : Mérimée, Bataille et Picasso sont des gens biens. Or, ils aiment la corrida. Donc, la corrida est bonne. Sophisme, bien entendu, puisqu’il n’y a aucun lien logique entre la sympathie que peut susciter une personne et la légitimité des pratiques qu’elle apprécie. Les personnes citées sont bonnes pour écrire ou peindre, pas forcément pour avoir des jugements éthiques valables.

Qu’une pratique soit une inspiration pour l’art n’en fait pas forcément une bonne pratique. L’art s’inspire de tout, y compris du pire.

De la même manière, on rappelle souvent que les aficionados sont des gens bien intentionnés. Wolff * observe que "nul ne va à une corrida pour voir souffrir un animal". C’est un sophisme "de la bonne intention". Que le but de la corrida ne soit pas de faire souffrir n’implique aucunement qu’elle ne fasse pas souffrir. La moralité d’une action ne se juge pas à l’aune des intentions des acteurs. De bonnes intentions ne garantissent pas de bons résultats et, réciproquement, de mauvaises intentions n’excluent pas de bons résultats.

Pour mieux dissimuler cette absence de fondement logique, Francis Wolff et d’autres, comme Alain Renaut, développent une "philosophie de la corrida" qui célèbre le combat de l’homme contre la nature, "l’audace de défier un fauve pour la grandeur du geste", etc. C’est en réalité très simpliste. D’une part, parce que si tout ce que montre la corrida est ce vieux dualisme entre nature et culture que tous les philosophes depuis Descartes ont dépassé, alors elle décrit un monde et un système de pensée qui ne sont plus les nôtres depuis de nombreux siècles. D’autre part, parce que le taureau "de combat" n’est pas un être naturel, mais un produit extrêmement calibré, contrôlé, maîtrisé, un chef-d’œuvre de l’élevage, donc de la culture**.

Mais ce qui frappe le plus dans cette littérature reste que les qualités attribuées au taureau sont évidemment humaines. Ce n’est pas le taureau qui voit ce que les hommes appellent un combat comme un "combat". Ce n’est pas lui qui fait preuve de noblesse dans un coup de corne, d’héroïsme ou de bravoure lorsqu’il continue de se défendre tout en se vidant de son sang. Ce sont les hommes qui lui attribuent ces qualités humaines, pour rendre la comparaison possible. La philosophie de la corrida repose sur une négation de l’altérité radicale de l’homme et de la bête. Le taureau est "humanisé" pour pouvoir être mis sur la même échelle de valeurs que l’homme qui le combat - et permettre ainsi la comparaison, dans le seul but de pouvoir affirmer la supériorité humaine, qui n’aurait aucun mérite si l’adversaire ne partageait pas les mêmes "vertus cardinales".

Wolff souligne également que la mise à mort s’accompagne d’un rituel expiatoire. Il dit ailleurs que cela revient à respecter le taureau comme un dieu. Raisonnement une fois de plus ridiculement anthropocentrique : le taureau se moque bien d’être respecté comme un dieu s’il souffre et meurt dans l’arène, fût-ce en martyr. De la même manière, je ne peux pas justifier le meurtre sacrificiel de quelque humain que ce soit par le fait que la codification de la pratique manifesterait mon respect à son égard. C’est pourtant à cette contorsion intellectuelle que se livrent les anthropologues auteurs d’ouvrages savants pour justifier - au nom d’un rituelisme rédimant - les pratiques cannibales de quelques peuples premiers***... Le fait d’avoir des règles, des rites, un déguisement et, éventuellement, un grand respect pour sa victime, n’excuse ni ne justifie en rien ce qu’on lui fait subir.

Si l’on pense que la corrida se justifie par ce plaisir que peuvent éprouver certains hommes à y assister, qu’on le dise franchement. Mais qu’on cesse de dissimuler derrière un écran de fumée métaphysique des raisons qui sont en réalité beaucoup plus brutales.

JEAN-BAPTISTE JEANGÈNE VILMER


Ps – Si “lutte” il y a dans l’arène entre l’homme et l’animal, c’est une lutte bien inégale... M. Wolf nous dit “qu’aucune espèce animale liée à l'homme n'a de sort plus enviable que celui du taureau qui vit en toute liberté et meurt en combattant”, mais on ne voit pas de quel combat il veut parler ? Le seul combat est, au sens étymologique, l’agonie d’une bête affolée soumise au bon vouloir de ses tortionnaires et, sauf accident regrettable, lorsque ses sabots foulent la cendre de l’enceinte de sa sanglante mise à mort, les jeux sont faits.


* Francis Wolff “Philosophie de la corrida” - 320 pages - 2007

Résumé de l’éditeur : La corrida a inspiré les plus grands artistes et nombre de théoriciens. Mais nul, à ce jour, ne s'était aventuré à philosopher sur elle. C'est le défi qu'a relevé Francis Wolff. A le lire, on comprend que la corrida, parce qu'elle touche aux valeurs éthiques et qu'elle redéfinit l'essence même de l'art, est un magnifique objet de pensée. La corrida est une lutte à mort entre un homme et un taureau, mais sa morale n'est pas celle qu'on croit. Car aucune espèce animale liée à l'homme n'a de sort plus enviable que celui du taureau qui vit en toute liberté et meurt en combattant. La corrida est également une école de sagesse : être torero, c'est une certaine manière de styliser sa vie, d'afficher son détachement par rapport aux aléas de l'existence, de promettre une victoire sur l'imprévisible. La corrida est aussi un art. Elle donne forme à une matière brute, la charge du taureaa ; elle crée du beau avec son contraire, la peur de mourir ; elle exhibe un réel dont les autres arts ne font que rêver.

** Voir les films insoutenables de Jérôme Lescure (Minotaure Films - association créée en 2006 avec pour objet la production, la réalisation et la distribution de films visant à dénoncer toute forme d’exploitation animale). Voir notamment : http://www.minotaurefilms.com/html/videos_page/page_a_two_hour_killing_fr.html

*** “La tragédie cannibale chez les anciens Tupi-Guarani” Isabelle Combès – Presses Universitaires de France 1993

samedi, septembre 29 2012

Pourquoi la Corrida est-elle incomprise du législateur ?

«Fais ce qu’il te plaît ou ce que voudras» aurait été la maxime de la célèbre Abbaye imaginée par Rabelais ; et les révolutions des mœurs que l’on célèbre, et qui seraient comme des roues transportant le convoi de l’humanité, mobiles et maintenant engagées sur une pente raide d’accélération, excluent toute défense, qui ne soit pas une protection de l’égoïsme humain. L’animalité est donc indifférente à la législation qui formule les plaisirs et tâche de maintenir une coexistence de ceux-ci !

Le plaisir de tuer publiquement un animal et d’y applaudir, comme dans la corrida, est contraire à la sensibilité qui voit en l’animal, puis dans le vivant et jusqu’à la nature, un reflet de l’être pur, plus que de la vie, de son principe. C’est ce que la philosophie des Anciens nommait la sympathie, ou l’art de supporter avec l’ensemble de l’univers les mêmes affections, comme si nous formions un organisme ! Quelques penseurs, comme Kant, en Allemagne, ont même appliqué le sensibilité et l’unité de l’organisme vivant à l’Etat. Ce terme grec de sympathie est aujourd’hui réduit à la convenance d’un semblable, et devient arbitraire, comme quand l’on exerce l’enfant à répondre si ceci lui plaît ou non ! Il répond moins par goût que pour éprouver sa puissance envers les grands !

L’animalité est ainsi sortie de notre champ affectif, pour une raison très simple d’urbanisation excessive et d’abandon de la vie agreste. Cela fait partie, a écrit Marx, du progrès du Capital : l’animal est payant, et sa valeur est dans son rapport, non dans son existence commune avec la nôtre ; les penseurs les plus éloignés du mouvement libéral des « capitalistes » comme on écrivait déjà ce terme au 18ème siècle, des solitaires comme l’est tout génie -, ont seuls ramené l’attention sur l’affectivité et la souffrance comme notre trait d’union avec l’animalité : Schopenhauer et son disciple Wagner ont tous deux écrit sur cette pitié qu’inspire la souffrance animale et « La lettre contre la vivisection » du dramaturge et musicien mériterait d'être mieux connue.

La corrida est de tous les spectacles le plus répugnant à un esprit sensible, raffiné, car il ne se contente pas de voir et de suivre le mouvement de la foule toujours excitée par la mort du plus faible, mais met son intelligence en éveil pour se représenter d’abord la souffrance animale, et ensuite identifier la situation de l’animal à la sienne : la formule indienne classique « tu es ainsi », ou « tu es cela » est cette sympathie dont nous parlions que le philosophe cité plus haut met au principe de la morale ; alors que nos modernes ne voient dans une obligation que ce qui protège la liberté d’autrui, mais indifférente au bien et au mal, à la douleur et au plaisir !

Le public est neutre devant la souffrance du taureau, qu’il ne voit que comme les couleurs d’un tableau : sa conscience est superficielle, tout comme l’on s’amasse en période révolutionnaire, pour voir crucifier ses adversaires : on les déshumanise et ne les tient plus que pour des signes abstraits : le tyran, le taureau, le… chacun y met un nom !

Le projet de déclarer inconstitutionnel la Corrida avait son sens, mais témoigne d’une utopie, celle de croire que la Constitution dit une vérité, alors qu’elle ne protège que les apparences d’une société ; aussi faut-il qu’avec une Constitution, un homme, une tête décide ou tranche, tout comme la volonté est à coté de la raison, mais ne s’y identifie pas ! Les têtes d’une société sont nombreuses ; ce sont elles et non une Assemblée qui peuvent trancher, décider d’une pratique ; la loi Grammont de 1850, de défense de l’animal, à savoir contre «les personnes qui font subir publiquement de mauvais traitements aux animaux » pose des principes, et c’est à la loi de l’appliquer, imposée par une majorité, contre des intérêts minoritaires, ou elle est imposée d’en haut religieusement ou exécutivement. L’intérêt de la minorité a été déjà évoqué dans la discussion de la loi Grammont, puisque l’intérêt des villes du midi ou des considérations touristiques ont été prises en compte ; ceci s’explique par la considération du bien général ou de l’intérêt matériel.

Mais là où le mouvement des esprits peut avoir lieu, c’est de cette source aujourd’hui inerte qu’est l’Eglise : l’église bouddhique y est plus adaptée, car elle vient de l’hindouisme qui a donné cette théorie de la sympathie universelle, adaptée ensuite au monde grec et « latin » ; l’Allemagne et particulièrement les Saxons d’Angleterre ont les premiers en Europe défendu l’animalité, par reconnaissance d’une séparation très nette entre l’intellect et la sensibilité ; les deux ont des droits ou des privilèges, c'est-à-dire une raison d’être propre : l’intellect calcule le profit d’une course de taureaux, mais la sensibilité y répugne, donc il ne saurait y avoir accord, car le premier ne choisit qu’entre des bénéfices relatifs et l’autre est un absolu !

C’est ce qui fait le sacrifice : lorsque vous voyez un enfant près de passer sous une voiture vous le dégagez immédiatement, par la poussée instinctive du devoir de sauver l’espèce ; et vous ne calculez pas les avantages ou non de l’attitude, à moins d’avoir perdu tout contact avec le monde des sens, confondu avec celui des images !

Et c’est notre « société du spectacle » au sens donné à cette expression dans un pamphlet de feu le cinéaste et publiciste Guy Debord (1931-1994), lors des bouffées délirantes de 68 , et contre elles, qui favorise cette suprématie de l’intellect sur la sensibilité ; c’est cette hyperpuissance du «cogito» absorbant le sentir, soutenait feu Heidegger, qui déboucha sur la bombe atomique ; et en revanche c’est le combat pour l’interdiction de la souffrance animale, celle du taureau et du cheval éventré, - atrocité que la carapace sur son poitrail dissimule -, qui ranime la sensibilité endormie par les mauvaises fées, celles qui ont rejeté la question d’inconstitutionnalité en éteignant la flamme de la vie !

La question est grave ; il y a va de l’estime que nous avons de l’existence, et donc de la survie de notre propre espèce anesthésiée par les fausses idées et un intellect débridé conduisant à un abîme déjà bien net !

Quant aux fables sur le culte de Mithra à l'origine des corridas, autant vaut-elle que ce tableau de Picasso sur un taureau blessé à mort, qu'il n'eut pas de peine à abandonner, pour en faire, contre argent comptant, le tableau de Guernica : tout s'achète, même une légende, comme aussi la « loi Grammont », il faut savoir y mettre le prix, comme le disait ce membre du Parlement anglais cité par Kant, et cela au mépris de la dignité, seule chose que considèrent les ennemis de cette barbarie.

Pierre Dortiguier



mardi, juin 12 2012

Les friches médicales.

Le terme de friche médicale paraît plus adapté que celui de désert médical. Le terme de désert invite à penser à une étendue morte, vide et sans âme qui vive. La réalité est tout autre, dans une zone normalement peuplée, on déplore depuis peu l’absence de médecins, liée au non remplacement de ceux qui partent à la retraite, laissant ainsi le terrain en friche.
En effet, à la diminution globale de leur nombre, s’ajoute une baisse de la motivation chez les jeunes diplômés pour exercer la médecine générale, et on assiste maintenant à l'apparition sur la carte de zones où la présence médicale disparaît sans pour autant que change l’environnement.
Le nombre de jeunes médecins arrivant sur le marché est, depuis 2009, très inférieur à celui de ceux partant a la retraite.
Au problème de la répartition territoriale s’ajoute celui de la pénurie.
Ce phénomène a commencé à être sensible dans les hôpitaux il y a quelques années, et se manifeste maintenant dans certaines zones rurales et même urbaines.
Sachant qu'il faut environ 10 ans pour former un médecin et que les départs à la retraite sont faciles à anticiper, il n’était pas difficile de prévoir la situation actuelle. Mais comme d'habitude, on ne fait mine de découvrir le problème que lorsque les effets s'en font sentir, alors que les causes sont connues depuis des années.

Une récente étude menée par le conseil national de l'Ordre des médecins montrait que la médecine générale était une des dernières spécialités choisie par les jeunes médecins, qui préfèrent exercer dans des spécialités plus rémunératrices, telles que la radiologie ou la chirurgie esthétique, ajoutant à cela qu’ils préfèrent un exercice salarié à un exercice libéral, et enfin que parmi ceux qui choisissent ce type d'exercice, la plupart d'entre eux préfèrent le statut de remplaçant à celui de médecin installé. Pas étonnant alors que certaines zones géographiques deviennent de véritables friches médicales. Non seulement on manque globalement de médecins, mais la plupart d'entre eux ne désirent pas être médecin généraliste, et en tout cas pas dans les conditions difficiles d'un exercice isolé.

À cela plusieurs raisons. La société a changé, les malades sont devenus plus exigeants, les contraintes économiques sont incontournables, et les critères de vie de nos jeunes diplômés ne sont pas ceux de leurs pères. La féminisation de la profession (60 % des étudiants en médecine sont des femmes) a largement contribué à modifier l'exercice médical. La vie familiale n’est plus négligée chez les jeunes confrères comme elle l’était (voire totalement mise de côté) par les médecins plus  âgés. Alors que la plupart de nos concitoyens bénéficient des 35 heures et des RTT, il est bien compréhensible que les jeunes médecins souhaitent eux aussi avoir des loisirs, une vie de famille normale et des périodes de vacances été comme hiver. Le sacerdoce, cher aux générations précédentes, a souvent disparu de  leur motivation, au profit de pratiques plus techniques pour la prise en charge de la pathologie et du malade.

Rien de très étonnant à cela, par facilité on a choisi de sélectionner nos jeunes confrères sur des critères scientifiques, certes faciles à interpréter et donc à noter, plutôt que sur des critères qui permettraient d'évaluer l'aptitude à soigner ses semblables. Plutôt que ce stupide concours de première année des études médicales, qui n’augure en rien des aptitudes du candidat à assumer sa tâche de soignant, il serait plus logique  d’obliger les futurs carabins à effectuer un  stage infirmier de une année, à l’issue de laquelle seuls les plus compétents et les plus motivés seraient retenus.

Pour pallier à ce manque de médecins dans certaines régions, des élus locaux ou des groupements professionnels, ont envisagé de créer des maisons médicales, le plus souvent subventionnées afin de diminuer les charges qui pèsent sur leur fonctionnement, pour stimuler l'installation dans ces zones déshéritées. L'idée est séduisante mais il semble qu'elle fasse long feu. Pour toutes les raisons énoncées plus haut, (le peu de motivation pour ce type d’exercice, le désir de ne pas s'enfermer « à vie » dans une pratique que l'on peut être susceptible de vouloir faire évoluer, les contraintes de ce type d’exercice), le simple fait de diminuer les charges de fonctionnement d'un cabinet ou l’attribution d’une prime, pour inciter un médecin à venir s'installer, n'ont pas suffi à résoudre ce problème.

Alors que faire ? En mai 2012 le conseil national de l’Ordre des médecins a émis une proposition qui envisage d’obliger les jeunes médecins à s’installer en priorité dans les zones déshéritées, et donc d’établir une carte des besoins et n’autoriser l'installation que si elle correspond à une nécessité. C'est ce qui se pratique déjà pour l'installation des pharmaciens.
C'est une piste à suivre, autoritaire certes, mais peut être nécessaire.

Plutôt que d'envisager des mesures de replâtrage ou un dispositif autoritaire, ne vaudrait-il pas mieux établir un état des lieux et accepter l'idée que dans certaines zones, l'exercice libéral de la médecine n’est plus adapté aux besoins du terrain. Si l'on accepte ce postulat, on peut envisager la création de centres de santé, dont le financement serait assuré par la collectivité (territoriale ou l’état), afin que les populations locales puissent avoir recours à des prestations de soins identiques à celles dont elles pourraient bénéficier dans d'autres endroits du territoire, où la médecine libérale assure ce service de santé publique.

Il serait plus facile de recruter des jeunes médecins en leur proposant un contrat de deux ou trois ans renouvelable, et en leur assurant un salaire attractif, (ce qui correspondrait à leurs attentes : salariat et crainte de s’engager à vie), plutôt que de tenter de les appâter par des primes à l’installation ou de les contraindre par des mesures autoritaires. On peut envisager également que ces centres médicaux isolés soient équipés d’un matériel de base permettant de pratiquer les premiers soins d’urgence, et d'un matériel de radiologie simple qui grâce aux progrès de la télémédecine, permettrait de transmettre les images radiologiques à interpréter, ainsi que les électrocardiogrammes, à des correspondants spécialisés. On pourrait aussi doter ces centres d'appareils de biologie, simples à utiliser, comme ceux que possèdent les vétérinaires, afin de permettre si nécessaire d'établir un diagnostic urgent.

Cela ne résoudra cependant pas le problème de la permanence des soins, particulièrement la nuit, car il est évident que l’on ne peut pas demander au médecin, après une journée de travail, d’être encore disponible pour se déplacer en pleine nuit auprès d'un malade forcément loin situé. Mais ce problème ne se pose pas uniquement dans les zones sous médicalisées. La difficulté pour joindre un médecin la nuit existe même dans les zones à forte densité médicale, où les responsables de la permanence des soins ont du mal à remplir un planning d’astreinte fiable.
Il est probable qu'il faudra à terme, que ce soient des médecins urgentistes qui prennent le relais des médecins installés, pour assurer, en dehors des heures d'ouverture habituelles des cabinets, une permanence de soins efficace.

Les solutions existent, elles sont immédiatement réalisables. Ce n’est qu’une question de moyens et de volonté politique.

Dr. J-M Lacroix    Juin 2012

mercredi, décembre 7 2011

Le droit de planter librement s’est perdu dans la nuit !

Suite à l’adoption par le Sénat en juillet d’une proposition de loi relative aux certificats d’obtention végétale visant entre autres à taxer les agriculteurs qui utilisent des semences produites à partir de leur récolte, l’Assemblée Nationale a adopté dans la nuit du 28 au 29 novembre 2011, sans modification, cette proposition qui du coup va être promulguée comme loi dans la foulée.

En conséquence, cette nouvelle loi contraint les agriculteurs à l’achat de graines protégées par des droits de propriété tenus par l’industrie semencière. En cette période d’offensive de Monsanto sur la question des OGM, cela ne laisse pas indifférent. Si certains voient dans ce texte un moyen de « relancer la recherche agricole en France » et de « lui en donner les moyens » par le paiement de droits sur les semences protégées, d’autres s’interrogent sur l’augmentation de la contribution de 30 à 50 % réclamée par l’Union française des semenciers (UFS) instaurant une distorsion de concurrence et interdisant les semences de fermes. Selon que tu seras riche et puissant…

Cette loi, ainsi que la décision de Conseil d’État sur les OGM, orientent donc la politique agricole commune en se mettant sous la coupe de l’UFS qui regroupe Bayer, Limagrain, Monsanto, Pioneer, Vilmorin ou Syngenta. La dérogation octroyée pour 21 espèces végétales est assortie d’une taxe que les agriculteurs doivent payer à l’industrie semencière. Le travail qu’ils ont donc accompli pour sélectionner leurs semences tout au long d’une vie agricole et parfois à travers plusieurs générations est capté par les entreprises de l’UFS.

Le servage est-il de retour ?

La beauté du geste réside dans le nom attribué à cette taxe : « contribution volontaire obligatoire ». C’est une dîme sur les semences qui a été instituée en France par nos élus ! Qu’on se le dise : ressemer librement ses propres semences issues de sa propre récolte, ou échanger des variétés de plantes est devenu illégal. Mais que l’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas la recherche qu’ils veulent rémunérer, mais les actionnaires des groupes de semenciers de l’UFS.
Depuis 1949, toute variété de semence mise sur le marché doit obligatoirement être inscrite sur le catalogue de l’Office communautaire des variétés végétales (OCVV) qui en retour accorde un droit de propriété intellectuelle d’une durée de 25 à 30 ans à l’« obtenteur », celui-ci ayant sélectionné ladite variété. Cela a, bien sûr, un coût que seuls les membres de l’UFS maîtrisent pour asservir ce secteur d’activité.

Le retour sur investissement pour l’UFS a été voté par les députés, contre les agriculteurs et les consommateurs. Car, depuis 1949, la variété des plantes semées en France, en Europe et dans le monde, est en chute libre. Ce « brevet » sur les semences affaiblit la biodiversité. Cela coûterait trop cher d’inscrire toutes les variétés et certaines ne sont pas assez répandues pour être rentables. Le monde agricole est entré depuis longtemps déjà dans l’ère industrielle…

L’UFAL va travailler dans les années à venir avec les familles, en particulier les plus défavorisées, pour relocaliser les productions agricoles dans l’objectif d’une meilleure proximité, d’un retour à la saisonnalité des plantes et permettre que des semences qui sont en train de disparaître puissent encore se transmettre de génération en génération. Parce que le combat ne fait que commencer pour la liberté des citoyens et de leurs familles.

http://www.ufal.info/developpement-ecologique-et-social/le-droit-de-planter-librement-s%e2%80%99est-perdu-dans-la-nuit/5436


Le gouvernement fait voter une nouvelle taxe contre les paysans !

Lundi, les députés ont entériné la Loi sur les Certificats d'Obtention Végétale.

Cette loi va étendre l’obligation de payer une nouvelle taxe, la « Contribution Volontaire Obligatoire » à 21 espèces : orge, avoine, pois, trèfle, luzerne….

Pour les autres espèces (cultures intermédiaires, légumes, soja) elle interdit les semences de ferme. Les paysans qui ne respecteront pas cette loi seront des contrefacteurs, donc des délinquants.

Le premier effet de cette loi est de taxer les éleveurs qui font de l’autoconsommation de leurs céréales ou qui cultivent des plantes fourragères.

L’objectif des semenciers est d’augmenter progressivement la taxe pour que les paysans trouvent moins d’intérêt à faire de la semence de ferme.

D’ici quelques temps, les semenciers auront la mainmise totale sur les semences alors qu’actuellement ils ne fournissent que 50% des volumes. Nous nous trouverons alors dans une totale dépendance qui peut mettre en péril la capacité même à ensemencer tous nos champs.

Voilà ce que viennent de voter les députés sous la pression des lobbies semenciers et du président de la FNSEA.

La Confédération paysanne appelle tous les paysans à refuser le paiement de cette taxe et tous les candidats aux prochaines élections à s'engager à abroger cette loi scandaleuse.

http://www.confederationpaysanne.fr/gouvernem-fait-voter-nouvelle-taxe-contre-pay_840-actu_1925.php





Jeudi 1er décembre 2011
CR Coordination Rurale

La filière semencière a joué un sale tour aux agriculteurs !

Le vote ce mardi de la loi sur l’obtention végétale à l’encontre des agriculteurs institue la généralisation d'une taxation pour être autorisé à utiliser ses propres graines comme semences et limite cette autorisation à seulement 21 espèces végétales.

L'interprofession semencière, composée de sociétés commerciales, des coopératives et négoces et de représentants du syndicat majoritaire, à l’initiative et au soutien de cette loi, a joué un sale tour à l'ensemble des agriculteurs, qu'ils soient éleveurs ou producteurs de grains.

La Coordination Rurale remercie tous les députés qui ont refusé de voter cette loi qui symbolise le retour à une situation proche de celle du servage avant la révolution française. Elle déplore que les députés qui ont voté ce texte aient tant perdu le bon sens terrien pour suivre aveuglément les discours malhonnêtes du lobby semencier cautionné par un syndicalisme agricole d'Etat.

La Coordination Rurale continuera à se battre de façon encore plus déterminée pour faire cesser le scandale de la représentation des agriculteurs au sein des interprofessions par un seul syndicat monolithe qui semble avoir oublié que son rôle est de défendre les intérêts des agriculteurs. Elle commencera par l'interprofession semencière qui va lever les cotisations "volontaires obligatoires" tenant lieu de royalties prélevées sur le travail des paysans au profit de la filière semencière.

Il est tout de même étonnant - et regrettable - de constater que même aux Etats-Unis, pays de Monsanto, les semences fermières sont libres pour les variétés non OGM !

Le ministre de l’agriculture a osé transformer cette capitulation face aux firmes en victoire pour les agriculteurs en intitulant son communiqué du 29 novembre 2011 : « La France conforte un modèle de protection de l’innovation plus souple que celui du brevet ». Tout est dans l’art de communiquer !


mercredi, mai 25 2011

Gamètes en folie

La révision des textes de loi de bioéthique début 2011 n'a pas entraîné de grands changements, et c'est heureux !

Certains attendaient sans doute des décisions en matière de levée de l'anonymat du don de gamètes ou de la gestation pour autrui, mais nos législateurs ont su se montrer prudents. Comment aurait-il pu en être autrement alors qu'on s'attaque à des problèmes que jusqu'à présent l'humanité n'avait encore jamais eu à résoudre. Il est urgent d'attendre ; ces problèmes sont extrêmement complexes, font intervenir des données que l'on avait en partie occultées tant l'exploit technique nous paraissait être un progrès pour l'humanité.

Cependant on peut se poser quelques questions de base.

Aussi grand soit le désir de maternité que puisse éprouver une femme, accepterait-elle de se faire faire un enfant par un individu laid, stupide, ou tout simplement dont l'aspect créerait en elle un  sentiment de rejet ? Je ne le crois pas.

Alors pourquoi accepterait-elle de se faire féconder par le sperme d'un individu dont elle ignore tout, mais qui sera responsable de la moitié des gènes de son enfant et donc d’une partie de sa destinée biologique ?

Car c'est bien de cela qu'il s'agit.

Le sperme inséminateur même anonyme et lyophilisé ne permet pas uniquement le développement d’un oeuf à partir d'un ovocyte, mais fait bénéficier cet embryon du potentiel génétique de son père. Et quel que puisse être, après l'accouchement, la qualité de l'éducation et l'amour que l'on porte à cet enfant, on ne pourra pas empêcher qu'il soit rouquin comme son père, ou diabétique comme ses grands-parents paternels, pour ne citer que ces deux exemples. Bien sûr, espérons que cela n'empêchera pas le père « adoptif » de l'aimer comme son propre enfant.

Vaudrait-il mieux, alors que le père soit connu ?

On pourrait envisager dans ce cas d'utiliser le sperme d'un ami, ou pourquoi pas, celui d’un homme connu s'il acceptait « de semer à tout vent ».

Je crains que dans ce cas, ce ne soit pire.

L'enfant risque de se voir reprocher des défauts réels, ou supposés, imputables à son père biologique chez qui on aura cru les deviner. Le problème n'est donc pas aussi simple que d'introduire des paillettes de sperme congelé dans un col d'utérus, et peut poser de gros problèmes d'identité à un enfant dont le père sera d’autant plus adoptif que le géniteur sera connu. Ce n'est sans doute pas insoluble, mais il est vraisemblable que bien peu de couples sont capables d'assumer ce type de situation.

En ce qui concerne les mères porteuses la science nous a appris récemment que les échanges mères-enfants au cours de la grossesse, sont beaucoup plus importants que ceux que l'on imaginait il y a quelques années encore. Il ne s'agit pas d'un simple problème d'oxygénation du placenta, mais d'un ensemble très complexe d'interactions immunitaires entre la mère et le fœtus dont l'effet perdure chez l'un comme chez l'autre même après l'accouchement. Ces découvertes récentes doivent nous amener à réexaminer ce problème qui ne peut se résumer au simple prêt d’un ventre.

Que dire également du traumatisme psychologique pour la mère porteuse, et du trouble que cela peut créer dans sa propre famille.

Heureusement, pour l'instant, nos élus ont eu le courage de refuser cette possibilité en France quitte à passer pour d'affreux rétrogrades.

Dans les années à venir, la solution pour les femmes qui ne peuvent mener à bien une grossesse sera peut-être l’utilisation d’un utérus artificiel (sorte de super couveuse), auquel la mère pourrait confier un ovocyte fécondé pour en assurer le développement. Bien sur, au début cette technique ne sera  utilisée que pour permettre de sauver les embryons d’une fausse-couche, ou pour permettre à des femmes ayant une malformation utérine d’avoir les enfants que jusque là leur corps leur refusait. Mais il est possible, voire probable, que cette possibilité de gestation  « ex utéro » ne devienne pour certaines la possibilité d’avoir un enfant sans les inconvénients de la grossesse et de l’accouchement, tant le procédé sera facile et les raisons multiples pour ne pas envisager une grossesse.

On pourra vraisemblablement résoudre les problèmes techniques liés à l’oxygénation d’un placenta, et à la croissance d’un embryon, mais on occulte totalement encore les liens psychoaffectifs et les interactions chimiques qui existent entre la mère et l’embryon, tout comme on ignore le rôle et l’importance de ces liens dans le développement de l’enfant puis de l’adolescent. La seule expérience que nous ayons sur le sujet, est celle que l’on peut tirer de l’observation des grands prématurés qui n’ont bénéficié d’une relation physique avec leur mère que lors des premiers mois de la grossesse.

Mais ces premières semaines étaient peut-être déterminantes !

Se passer de grossesse peut être avantageux pour la mère mais sans doute pas pour le fœtus que l’on privera du lait maternel, et de l’intime relation mère-enfant qui dans tout le règne animal est favorisé par les modifications hormonales induites par la grossesse et l’accouchement. On sait que chez les mammifères la sécrétion d’ocytocine favorise outre la lactation, les sentiments maternels au point de favoriser parfois l’acceptation d’enfants issus d’autres mères chez les jeunes accouchées. Le rôle des hormones dans le développement du sentiment maternel chez les mammifères semble fondamental. A l’inverse, on démontre* que l’absence de sensibilité à l’ocytocine chez les campagnols des montagnes (microtus montanus) ne leur permet pas de développer un comportement parental éducatif envers leurs enfants, contrairement à leurs cousins des plaines (microtus achrogaster) qui, sensibles eux à l’ocytocine, se montrent attentifs à l’apprentissage de leurs enfants et bons parents

Ces possibilités de procréation artificielle suscitent bien sûr des opinions diverses chez les femmes. Pour certaines, accéder à ce type de technique revient à libérer la femme de la maternité et donc à en faire l’égale de l’homme sur le plan de la procréation, pour d’autres au contraire, c’est la négation de leur condition de femme, de mère potentielle, seule capable de donner la vie.

Le débat ne fait que commencer, mais il est certain que si cette technique se développe elle modifiera en profondeur les relations parents/enfants et les rapports hommes/femmes divisant alors peut être la société en deux : les vivipares d’un coté et ceux pratiquant l’ectogénèse (cf. A. Huxley) de l’autre.

 

Dr. J-M  Lacroix   24/05/2011

 

* « Physiologie humaine » H. Guenard- éd. Pradel.

 

lundi, avril 18 2011

Dossier médical personnel : Attention danger !

À l'heure où quelques bons esprits commencent à s'inquiéter des dangers que représentent les réseaux sociaux tels que Facebook, on nous annonce la mise en place dès ce mois-ci, du dossier médical personnel informatisé (D.M.P.) qui représente une menace bien plus grande  pour notre liberté individuelle, notre vie privée, et notre intimité. Les régions Aquitaine, Alsace, Franche-Comté, Picardie et Rhône Alpes ont été choisies pour expérimenter le système.

De quoi s'agit-il ? Le site officiel* nous informe : le D.M.P. a été créé pour favoriser la coordination, la qualité et la continuité des soins (…) il simplifie le partage des données de santé à caractère personnel entre les professionnels de santé (…) et contiendra les comptes rendus de consultation, hospitaliers, de radios, de biologie et de tous les actes médicaux réalisés ainsi que les médicaments prescrits. Comble de bonheur, le patient peut même ajouter toute information qu’il jugera nécessaire de porter à la connaissance des professionnels de santé qui le suivent.

Cette innovation présentée comme un progrès en matière de santé n’offre strictement aucun intérêt pour le malade. Par contre, centraliser toutes les données de santé représente un réel intérêt pour certains :

  • Etudes épidémiologiques dont la société pourra peut-être tirer quelques bénéfices.
  • Etude du coût/ performance des différents traitements, et l’on devine déjà l’intérêt financier que cela peut représenter pour les assurances-maladie, mutuelles ou établissements de soins et laboratoires pharmaceutiques.
  • Création de diverses banques de données (groupes à risques, espérance de vie par rapport à la pathologie, etc. etc.) qui seront fort utiles à tous ceux que votre santé intéresse lorsqu'il s'agit par exemple de vous prêter de l'argent ou de vous assurer.

Toutes les applications de cette centralisation des données sont imaginables, je ne cite là que celles qui me viennent spontanément à l’idée, mais toutes les dérives sont possibles.

Jusqu'à présent pour se procurer votre dossier médical il faut cambrioler votre appartement, le cabinet de votre médecin traitant, où celui du juge susceptibled’en demander la saisie. À partir du moment où toutes les données seront regroupées, ce sera un jeu d'enfant. Bien sûr ces données seront sécurisées, et ne pourront y avoir accès que ceux que, théoriquement, vous autoriserez à ouvrir votre dossier. En théorie seulement, car quand on voit avec quelles facilités des gamins sont parfois capables de pirater les données informatiques les plus protégées, on ne peut que douter de la confidentialité de celles que vous aurez confiées à ce dossier.

On refuse souvent de mentionner la race, la religion et toutes informations susceptibles de vous nuire dans les questionnaires, et l’on tend à rédiger des C.V. de plus en plus anonymes pour éviter tout a priori nuisible d'origine ethnique, religieuse ou autre, mais on est prêt à faire état de ses varices, de son cancer du côlon, de la blennorragie de ses 18 ans, ou de sa dernière IVG, dès lors qu'il s'agit de remplir un questionnaire médical.

Cette attitude est compréhensible, car jusqu'à présent le fait d'indiquer ses pathologies les plus intimes était destiné à vous rendre service, et ces données étaient couvertes par le secret médical. On pouvait donc se laisser aller en toute confiance. À partir du moment où votre dossier pourra être partagé par une multitude d’individus, il deviendra bien évidemment beaucoup moins secret, et vous serez peut-être étonnés qu’un jour votre banquier vous refuse un prêt, ou que la prime d'assurance maladie ou de votre mutuelle augmente en raison d’un risque de santé réel ou plutôt supposé quand il s’agira de motiver un refus à la tête du client.

Alors tant que cela est encore possible, refusez toute inscription dans ce fichier. Il ne vous sera personnellement d'aucune utilité, ne sert que les intérêts de ceux qui cherchent à établir un profil standard pour sanctionner d'une manière ou d'une autre ceux qui sortent de la norme.

Si vous tenez à tout prix à informatiser votre dossier médical, faites-le tranquillement chez vous, sur votre ordinateur, puis mettez le sur une clé U.S.B. que vous pourrez présenter à votre médecin si nécessaire, mais en aucun cas n’acceptez qu'il soit copié dans un fichier central. Votre liberté en dépend !

Dr JM Lacroix

* www.dmp.gouv.fr

jeudi, mars 10 2011

Mangeons-nous trop de viande ?

Nous mangeons tous de plus en plus de viande et personnellement je n’échappe pas à la règle. C’est sans doute un bien, mais c’est aussi sûrement un mal, pour notre santé et celle de la planète ! L’élevage aujourd’hui sur-industrialisé est en effet l’une des causes de notre mal-être, une dérive dont nous sommes finalement tous un peu responsables ! Par exemple, la nappe phréatique bretonne est entièrement polluée par les nitrates et dans une moindre mesure presque toute la France ; la Hollande elle, s’enfonce littéralement sous le poids des lisiers accumulés ; quant à la grippe aviaire, qui constitue une menace toujours actuelle, elle est née et prospère dans les élevages géants de la Chine et d’Asie.

Chacun, c’est bien connu, voit midi à sa porte et ainsi continue à ne voir, la plupart du temps que son intérêt immédiat sans se rendre compte que les méthodes agriculturales modernes ont un coût écologique de plus en plus insupportable à échelle globale.

Il est vrai qu’à une époque où tout est mis sous forme de chiffres et de statistiques, personne ne nous dit qu’il faut une énorme dépense d’énergie pour produire toutes ces marchandises luxueusement présentées en barquettes plastifiées ou sous papier d’aluminium sur les rayons de nos grandes surfaces. Le polystyrène comme tous les plastiques est un dérivé de l’industrie pétrolière et le papier alu est produit par la conversion de la bauxite dans des fours à arc énergétiquement voraces. Le temps n’est plus où le veau tétait au pi, sous sa mère, et où le boucher abattait et détaillait lui-même ses bêtes. L’alimentation animale en granulés n’existait pas, ni les chaînes du froid, les transports frigorifiques et les usines avec leurs ateliers de découpe et de conditionnement. À l’arrivée, transporter nos aliments d’un bout à l’autre de la planète par voie aérienne ou maritime (des millions de carcasses de moutons arrivent chaque année par cargos depuis l’Australie et la Nouvelle Zélande dont les exportations sont bien plus dévastatrices pour nos propres troupeaux que ne le sont quelques malheureux ours slovènes !) représente une extravagante débauche énergétique.

Sachons à ce propos qu’un kilo de veau équivaut à un trajet automobile de 220 Km ! L’agneau : 180 Km, le bœuf : 70 Km et le porc : 30 ! Comme la population mondiale augmente sans cesse (6,5 milliards dont 750 millions de moins de 17 ans sur le seul continent africain), qu’elle s’industrialise et aligne ses modes de consommation sur l’Occident, la demande augmentant, l’offre suit : 17 milliards de poulets, 1,8 milliard de moutons et de chèvres, 1,4 milliard de bovins, 1 milliard de cochons et 1 milliard de canards et beaucoup d’autres espèces consommées ici et ailleurs : dindes, chameaux, saumons, chiens (nous ne parlons pas des chiens animaux de compagnies mais des chiens à manger asiatiques)… Tous cheptels gavés d’aliments synthétiques ( à ce propos, l’on s’est rendu compte que la dissémination de l’agent viral de la grippe aviaire ne suivait pas les voies migratoires des oiseaux sauvages, mais les circuits de commercialisation d’aliments pour volailles !) dont les déjections deviennent un problème à part entière ; les élevages concentrationnaires de saumons gavés d’antibiotiques détruisent la vie marine dans leur zone d’installation, etc, la liste serait trop longue.

Alors mangeons-nous trop de produits carnés ? Depuis la seconde guerre mondiale la consommation mondiale a été multipliée par 5 et les pays émergents ne sont pas en reste : au cours de la dernière décennie le milliard et demi de chinois ont multiplié par 4 leur consommation de viande et le milliard d’indiens (dont une majorité hindouiste reste strictement végétarienne) l’a doublée ! Or, sachant que 18 Kg de protéines végétales sont nécessaires pour fabriquer 1 Kg de viande de bœuf, la production industrielle exige des surfaces cultivées de plus en plus vastes : 29 % de la surface terrestre sont ainsi dévolus aux pâturages et aux cultures fourragères. La forêt amazonienne, l’un des poumons de la planète, disparaît à un rythme effréné pour laisser place à une culture du soja presque exclusivement destinée à l’alimentation animale. Le soja qui a envahi le continent Sud Américain occupe aujourd’hui quelque 40 millions d’hectares au Brésil, en Argentine, au Paraguay et en Bolivie essentiellement au profit des bovins européens et chinois !!

Une industrie du tourteau qui ne profite guère aux petits producteurs car le secteur du soja relève de cette économie financiarisée dégageant de fantastiques plus-values avec un retour sur investissement allant jusqu’à 50% l’an ! Les forêts rasées, les terres épuisées, les capitaux s’envoleront alors (comme un vol de criquets pèlerins) vers d’autres secteurs plus rentables à piller à leur tour. Bref, nous sommes à rebours de ce développement durable tant vanté dont tous ne parlent que pour évoquer la fables climatique.

Au total une agriculture qui ne se préoccupe pas vraiment de lendemains qui forcément ne chanteront pas, même si aujourd’hui en France quelques-uns commencent à prendre au sérieux ces questions et notamment à se préoccuper d’avantage de la culture extensive du maïs, lui aussi produit pour l’alimentation animale, qui épuise nos ressources aquifères (nappes et cours d’eau), nos sols et nos ressources naturelles de façon générale, par l’usage abusif des intrants agricoles (produits phytosanitaires et engrais) et une mécanisation de plus en plus lourde. En vérité nous le savons bien et nous pressentons les ennuis à venir, mais dans les faits, il est plus commode de faire semblant de ne rien savoir.

Jean-Michel Vernochet

 

jeudi, novembre 18 2010

L'UNICEF-France et la promotion de la corrida auprès des enfants

michelito-lenfant-torero-tue-six-taureaux-L-1.jpgA l'échelon international, l'UNICEF, l'United Nations of International Children's Emergency Fund (Fonds des Nations unies pour l’enfance), est l'une des grandes agences de l'ONU. Né en 1946, il a pour vocation d'assurer à chaque enfant, santé, éducation, égalité et protection. Un programme auquel chacun ne peut qu'adhérer.

L'UNICEF est représenté par des Comités nationaux dans 191 pays, dont bien entendu la France. A l'échelon de la planète, en France, le sort des enfants est sans doute l'un des moins problématiques, même si de légitimes associations exercent une pertinente vigilance.

Mais qu'en est-il du Comité français de l'UNICEF ? A défaut d'exercer une action concrète envers les enfants de France, ce comité a apparemment décidé de considérer l'UNICEF comme l'Union Nationale pour l'Intégration dans la Corrida des Enfants Français. Oui, vous avez bien lu, le comité français soutient expliciment la corrida, et le prosélytisme du mundillo, le petit monde de la corrida, envers les enfants.

Déjà, l'UNICEF-France s'était allié à l'Association des Maires de France pour déclarer en 2006 Villes Amies des Enfants Nîmes (avec son école taurine, sa Féria des Enfants), et ses Graines de Toreros) et Arles (avec son école taurine, sa Féria de los Ninos, et son Passeport pour les Arènes). Ceci était déjà contestable, car on peut s'inquiéter de la culture taurine, qui érige explicitement le matador en modèle identificatoire pour les jeunes, qui glorifie les enfants tueurs de veaux, et qui entraîne donc les enfants à une forme de violence très crue, réelle et non fictive comme beaucoup d'autres. Cette question avait été l'un des points centraux soulevés lors du groupe « Corrida et jeux taurins » des Rencontres Animal & Société, séries de réunions sur la place de l'animal dans la société, organisées par le gouvernement français en 2008.

Mais l'UNICEF-France va plus loin : il tient un stand chaque année à la Féria des Enfants, manifestation qui, sous couvert de motifs écologiques et ludiques, accompagne en mai la Féria de la Pentecôte de Nîmes. En mai 2009, André Viard, le président de l'Observatoire National des Cultures Taurines, le lobby tauromachique français, écrivait sans ambages : « Il s’agit d’éveiller les plus jeunes à nos traditions pour les aimer, les défendre et plus tard les transmettre. ... Aussi pas de Féria des enfants sans des arènes installées pour l’occasion animées par le Centre de Tauromachie Nîmois ... A noter la participation très active de L’UNICEF ». Le Centre de Tauromachie Nîmois est l'école taurine de Nîmes, qui reçoit des enfants sans limite inférieure d'âge pour leur apprendre à devenir toreros.



En mai 2010, pas moins de 66 taureaux (11 corridas de 6 taureaux) ont été suppliciés durant les 6 jours de la Féria de la Pentecôte à Nîmes. Bien entendu, l'accès des futurs « clients » y était favorisé grâce à des entrées gratuites pour les moins de 6 ans. Et l'UNICEF était encore présent à la Féria des Enfants, qui plus est avec référence au 20ème anniversaire de la signature de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.

L'objet de l'UNICEF est pourtant l'intérêt de l'enfant, et beaucoup considèrent, dans nos sociétés actuelles, que le spectacle de la souffrance infligée gratuitement à un animal est difficilement compatible avec cet intérêt. Rappelons le premier alinéa de l'article 19 de la CIDE : « Les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l'enfant contre toute forme de violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales »

Il est inutile de rappeler que les corridas consistent à blesser de façon codifiée des taureaux à l'aide de divers instruments de métal, durant vingt minutes pour chaque animal, jusqu'à leur mort. Si elles sont tolérées dans 11 départements du sud de la France, elles sont sanctionnées sur les neuf-dixièmes du territoire par le Code pénal, en tant que « sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux ». Les trois-quarts des Français y sont défavorables, et les deux-tiers des Français, y compris dans les régions concernées, souhaitent leur interdiction pure et simple sur l'ensemble du territoire français. Une proposition de loi co-signée par plus de 60 députés demande leur abolition.

Mais cette bénédiction de l'UNICEF-France est d'autant plus choquante que nombreux sont ceux qui s'inquiètent des possibles répercussions du spectacle de la corrida sur les hommes, et plus particulièrement sur les enfants.

Ces vingt dernières années, une masse croissante de travaux, notamment anglophones, est venue documenter le lien entre la violence envers les animaux et la violence envers les humains. Certaines études font état plus particulièrement des conséquences chez les enfants ayant assisté à des maltraitances animales, soit en termes subjectifs (bouleversement affectif), soit en termes comportementaux (reproduction de mauvais traitements envers des animaux, mais également envers des humains). Le facteur « culturel » ne saurait à lui seul immuniser les enfants spectateurs, surtout lorsqu'il s'agit d'un fait culturel aussi largement contesté que la corrida. En ce qui concerne le bouleversement affectif, cet effet est documenté par des témoignages de personnes ayant été profondément choquées par le spectacle de la corrida alors qu'elles étaient mineures. Une vingtaine de témoignages écrits nominatifs avaient ainsi été présentés lors des Rencontres Animal & Société de 2008.

En France les mineurs sont protégés des spectacles violents : signalétique obligatoire définie par le CSA, règlementation de l'accès aux salles de cinéma, art. 227-24 du Code pénal punissant tout « message à caractère violent » lorsqu'il est « susceptible d'être vu ou perçu par un mineur. » Ainsi, en toute logique, au-delà de la dérogation territoriale, l'accès des arènes devrait être interdit aux mineurs.

Une proposition de loi spécifique, visant à interdire l'accès aux courses de taureaux aux mineurs de quinze ans, a été déposée en septembre 2007 par trois députés, rejoints par d'autres. Et une vingtaine de parlementaires de diverses couleurs ont sous l'actuelle législature posé des questions écrites au Ministère de l'Intérieur ou de la Justice, pour soulever le problème de l'accès aux arènes des moins de 15 ou 16 ans.

A l'occasion du débat parlementaire qui a abouti à la suppression des corridas en Catalogne espagnole en juillet dernier, une lettre attirant l'attention des députés catalans sur cet aspect avait été co-signée par 275 professionnels et universitaires de plusieurs pays, dans les domaines des sciences sociales, humaines, médicales et juridiques. On peut en consulter la liste sur le site du collectif PROU, qui a été à l'origine de cette initiative législative.

Enfin, en France, un collectif de 75 psychiatres et psychologues demande que les moins de seize ans n'aient plus accès aux corridas.



Cet engagement de l'UNICEF-France pourrait être une simple initiative locale de l'antenne du Gard. Mais il y a déjà plusieurs années que la commission Protection de la Jeunesse de la Fédération des Luttes pour l'Abolition des Corridas a alerté en vain la direction nationale. Et des professionnels des deux collectifs ci-dessus ont sollicité ces deux dernières années des explications, par courriers et par demandes de rendez-vous, au président d'UNICEF-France, Jacques Hintzy, et à son Directeur général, Gérard Bocquenet. Sans jamais obtenir de réponse.

Décidément, la France donne parfois une image d'elle peu reluisante. Qu'en penseraient les instances internationales de l'UNICEF à New York ou à Genève ?

http://www.lepost.fr/article/2010/11/06/2295272_l-unicef-france-et-la-promotion-de-la-corrida-aupres-des-enfants.html

dimanche, septembre 12 2010

Ces produits du terroir qui peuvent venir d’ailleurs.

sommaire-630010.jpg On les présente comme des fleurons du terroir français, ils sentent bon la tradition et le savoir-faire ancestral de nos artisans ou de nos agriculteurs. Mais quand on se penche sur leur origine, on découvre que leur appellation se révèle douteuse, voire complètement bidon. Produits importés, habile détournement de la législation, nom prêtant à confusion… voici des produits du terroir qui ne sont pas si authentiques que leurs producteurs voudraient vous le faire croire.

La moutarde de Dijon vient du Canada

La moutarde de Dijon joue volontiers le couplet de l’authenticité pour se vendre. Mais à y regarder de plus près, si le précieux condiment est bien préparé en Bourgogne, son ingrédient principal, la graine de moutarde, n’a rien de tricolore. En effet, les moutardiers français transforment une graine de moutarde qu’ils importent du Canada à plus de 80% et des pays de l’Est. Qui plus est, l’appellation Moutarde de Dijon n’est même pas protégée. En somme, on peut produire de la moutarde sous ce nom dans le monde entier, à condition de respecter des règles déterminées par décret en 1937 : un extrait de 28% minimum d’extrait sec (graines noires ou brunes, sel et épices) et un maximum de 2% de téguments (résidus de l’enveloppe de la graine).

Les champignons de Paris viennent surtout de Chine

Il y a belle lurette qu’on n’élève plus de champignons de Paris en Ile de France. Ceux que nous consommons aujourd’hui proviennent dans leur immense majorité de Chine, des Etats-Unis ou des Pays-Bas. En effet, le champignon de Paris n’est pas une appellation et il est devenu au fil du temps un nom générique pour désigner une espèce réclamée par les consommateurs du monde entier. La Chine avec ses 10 millions d’éleveurs domine ce marché des champignons dits de Paris avec 70% de la production mondiale. En France on le cultive désormais dans la région de Saumur. Mais notre production (140 000 tonnes par an) ne pèse plus très lourd face aux 240 000 tonnes hollandaises, 220 000 tonnes polonaises et 300 000 tonnes américaines.

La charcuterie corse n’est quasiment jamais corse

Prisuttu, coppa, figatellu… difficile de ne pas succomber à ces charcuteries corses. Difficile aussi d’en trouver d’authentiques. En effet, la charcuterie corse ne dispose d’aucune « appellation d’origine contrôlée ». Comme la demande est très supérieure à l’offre, les industriels s’en donnent à cœur joie. Rien qu’en Corse, 11 000 tonnes de charcuterie estampillée d’une tête de Maure sont vendues chaque année. Mais les éleveurs traditionnels ne captent que 10% de ce marché, et pour cause, ils ne sont pas assez nombreux pour produire plus de 1 000 tonnes. Les 10 000 tonnes restantes sont de la fausse charcuterie corse, dont la viande importée est au mieux transformée sur l’île et au pire issue d’élevages lointains.

Le melon charentais n’a de charentais que le nom

Le melon charentais est un faux ami. Jaune ou vert, il ne se cultive pas seulement en Charente. Car contrairement à celui de Cavaillon, il ne possède pas d’AOC. Certes les départements des Deux-Sèvres et de la Vienne en produisent annuellement 55 000 tonnes. Mais sur les étals, l’été, ce melon est concurrencé par d’autres portant le même nom mais en provenance du Sud-ouest et du Sud-Est de la France sans que le consommateur n’en sache rien. Au printemps et à l’automne, il est importé d’Espagne ou du Maroc. Ce dernier pays a d’ailleurs quadruplé sa surface de production en 5 ans, passée de 500 à 2 000 hectares, et doublé ses exportations vers la France, passées de 19 000 à 37 500 tonnes par an.

Le savon de Marseille vient souvent de Chine ou de Turquie

Produit emblématique de la Provence, le savon de Marseille est lui aussi malmené par la mondialisation. Faute d’appellation protégée, il ne reste aux alentours de la cité phocéenne que quelques savonneries à en fabriquer selon le procédé hérité du Moyen-âge. D’autres sociétés de la région qui revendiquent le titre de Maître Savonnier ne sont en fait que des « conditionneurs ». Elles importent du savon d’Asie du Sud-Est qu’elles se contentent de colorer, parfumer et mouler pour le vendre au même prix. Et dans les faits, les plus gros fabricants sont aujourd’hui les Chinois et les Turcs à qui est seulement imposé le respect de la méthode de fabrication, formalisée depuis 2003.

L’escargot de Bourgogne vient surtout de Grèce

L’escargot de Bourgogne n’a de Bourgogne que le nom. En effet, si la France est un des premiers consommateurs mondiaux avec 30 000 tonnes par an, c’est un nain au niveau de la production, avec à peine 1 000 tonnes par an. Les importations d’escargots dits de Bourgogne (il n’existe pas d’appellation protégée) sont donc très importantes et peuvent représenter jusqu’à 90% de notre consommation. Il faut dire que l’espèce est protégée en France depuis 1979 et que son ramassage est interdit une bonne partie de l’année. Du coup, la plupart de ceux consommés en France sont issus de l’élevage dans les Vosges ou en Franche-Comté, lorsqu’ils ne viennent pas de Grèce ou d’Europe centrale.

Le camembert ne vient pas forcément de Normandie

La notoriété du camembert, fromage originaire de Normandie, n’est plus à faire. Au point que son nom est tombé dans le domaine public et que n’importe quel industriel peut en fabriquer où il le souhaite à travers le monde. Chaque année les Français en consomment 120 000 tonnes. Mais tous les camemberts ne se valent pas. Dans les linéaires, c’est un produit volontiers copié. Comme son nom peut être utilisé sans contraintes, de nombreux fabricants entretiennent la confusion avec l’AOC « Camembert de Normandie » qui existe depuis 1983. Ils utilisent volontiers des termes très proches comme « Camembert fabriqué en Normandie ».

Les galettes bretonnes sont fabriquées avec du blé noir chinois

Cet été, ce sont encore des millions de galettes que les crêperies bretonnes vont préparer pour les vacanciers. Mais combien seront fabriqués avec du blé noir breton ou même français. A peine la moitié. Chaque année, on consomme en France environ 8 000 tonnes de sarrazin. Mais la production locale est insuffisante pour faire face à la demande, ce qui entraîne des importations en provenance essentiellement de Chine, de Pologne et du Canada. En effet depuis l’après-guerre, les agriculteurs ont totalement délaissé la culture du blé noir, pas assez rentable au profit d’autres céréales. A tel point qu’au début des années 80, elle avait pratiquement disparu. Ce n’est que depuis une décennie qu’elle a été remise à l’honneur. 4 900 tonnes ont été récoltées en 2008.

Les couteaux Laguiole peuvent venir de Chine

L’abeille (ou la mouche selon les avis), la lame légèrement relevée… Beaucoup pensent que ces caractéristiques attestent de l’authenticité des couteaux Laguiole. Il n’en n’est rien. Il y a 80% de chance pour que le votre provienne de Chine ou du Pakistan, pays ou ils sont fabriqués à la chaîne. En effet, ni la marque, ni l’appellation du plus célèbre des couteaux français n’ont jamais été déposée par les couteliers du bourg aveyronnais. Depuis le début des années 90, c’est Laguiole SA, une entreprise privée qui détient le droit d’exploiter ce nom dans la coutellerie sans que les artisans de Laguiole y puissent quoique ce soit. Si bien que moins de 10% des Laguiole proviendraient de la commune, concurrencée par un autre village français, Thiers, en Auvergne. Les truffes chinoises dérangent celles du Périgord A l’œil nu, impossible de les différencier. Mais dans l’assiette, les saveurs sont dit-on incomparables. La célèbre truffe du Périgord est extrêmement parfumée, tandis que la truffe chinoise a beaucoup moins de saveur. Seulement voilà, dans le porte-monnaie, la truffe de Chine bat à plate couture sa cousine du Périgord en étant 80% moins chères. A ce prix là, normal que la France en importe tous les ans entre 16 et 20 tonnes alors que la production nationale atteint péniblement les 25 tonnes. De plus en plus souvent, des truffes chinoises sont mélangées aux périgourdines par des vendeurs peu scrupuleux ou des restaurateurs qui achètent de la truffe de Chine, ce qui est légal, mais mettent en avant des plats à la truffe ou truffé, ce qui est illégal.

Le foie-gras vient aussi de Hongrie

Spécialité culinaire du Sud Ouest, le foie-gras ne cesse de se démocratiser. En 2009, 600 000 ménages supplémentaires sont devenus consommateurs. Aujourd’hui, un foyer sur deux en achète. Mais le foie-gras vendu aujourd’hui en France n’est plus garanti en provenance du Sud-ouest. L’Hexagone a beau être largement exportateur avec 26 500 tonnes produites par an, (89% de la production mondiale), elle ne fait pas le poids pour les premiers prix. Sur ce terrain, les producteurs bulgares et hongrois sont devenus les champions en proposant des foie-gras 20 à 25% moins cher. La grande distribution notamment ne jure, elle, que par ceux de Roumanie. Et la Chine ne devrait pas tarder à débarquer. Sa production progresse de 30% par an.

Le jambon Aoste n’est pas produit à Aoste

Le jambon Aoste est une des charcuterie les plus consommés de France. Mais ce dernier n’a rien à voir avec le jambon de la ville italienne d’Aoste. Il est en fait fabriqué en France à partir de carcasses de viande importées de Chine et des Etats-Unis dans la ville d’Aoste…mais située en… Isère! Et contrairement à son homonyme italien, qui est un jambon cru, il s’agit d’un jambon mi-cuit. Cette confusion a été savamment entrenue pendant des années puisque la marque déposée « Jambon d’Aoste » était la propriété du groupe Aoste, le numéro 1 français de la charcuterie (Justin Bridou, Cochonou…). Il aura fallu que la Commission européenne intervienne et interdise en 2008 l’utilisation de cette appellation qui pouvait induire en erreur les consommateurs pour que l’ambiguïté cesse. La marque a depuis adopté le nom de « Jambon Aoste ».

Sainte-Maure concurrencée par un terme générique

A l’instar du camembert, la bûche de Sainte-Maure est victime de la confusion entretenue par les industriels sur son identité. En effet, le Sainte-Maure de Touraine est une AOC alors que le terme générique Sainte-Maure s’applique à tous les fromages de chèvre vendus sous forme de bûche. Un terme générique précisément inspiré par la forme du Sainte-Maure de Touraine. Ainsi il n’est pas rare de voir commercialisés des fromages de chèvre de différentes marques et dont la fabrication n’a aucun lien avec la Touraine avec la mention Sainte-Maure juste en dessous. La véritable bûche de Sainte-Maure de Touraine, deuxième appellation caprine française en volume (1 140 tonnes par an), est toujours vendue avec la mention de son AOC.

L’andouille dite de Vire peut venir de n’importe où

Gare à l’étiquette la prochaine fois que vous achèterez de l’Andouille de Vire. Contrairement à ce que son nom indique, il est probable qu’elle ne soit ni de fabrication normande, ni même confectionnée à partir de cochon des alentours. Car l’Andouille de Vire n’est plus qu’une recette que les industriels de la charcuterie peuvent reproduire n’importe où avec des porcs élevés à l’autre bout du monde s’ils le souhaitent. Son nom est tombé dans le domaine public, à l’instar de la saucisse de Morteau, l’andouille de Guéméné ou encore la saucisse de Strasbourg. Les producteurs locaux ont néanmoins réussi à faire valoir une AOC « Véritable andouille de Vire », qui respecte non seulement la recette, mais aussi l’origine géographique des porcs utilisés.

Les rillettes du Mans fabriquées avec du porc des Pyrénées

Le cas des rillettes du Mans ou des rillettes de la Sarthe est éloquent. Ces rillettes pour répondre à leur label d’indication géographique protégée (IGP) doivent être fabriquées ou conditionnées dans le département de la Sarthe. C’est un minimum. Mais le porc qui les compose peut lui provenir d’autres régions. Souvent limitrophes comme la Bretagne et la Normandie ou alors beaucoup plus lointaines comme l’Auvergne ou Aquitaine… voire très lointaines. Les rillettes du Mans peuvent même être faites avec des animaux de la région Midi-Pyrénées… En effet, ce sont les professionnels du secteur qui déterminent l’aire géographique d’approvisionnement. Et pour l’heure, près de la moitié des régions françaises peuvent fournir les producteurs sarthois.

L’appellation l’huile d’olive largement galvaudée

Le symbole de la cuisine méditerranéenne ne compte pas moins de 7 appellations d’origine protégée et même une AOC « Huile de Provence ». Mais de nombreux producteurs entretiennent la confusion en ajoutant sur les étiquettes des paysages évoquant le Sud ou vont jusqu’à indiquer des origines non-reconnues comme « huile de Provence-Côte d’azur ». En fait l’huile d’olive française est sans doutes le produit alimentaire qui compte le plus d’étiquetages frauduleux. Ainsi, en 2006, seulement 56% des échantillons analysés étaient « conformes » à la réglementation. Lors de contrôles, on constate que certaines bouteilles contiennent jusqu’à 50% d’huile de tournesol, présentent une fausse indication d’origine ou de variété d’olive qui proviennent d’Espagne ou de Grèce.

Le coulommiers ne vient plus d’Ile de France… mais de Normandie

A l’instar du camembert et de l’emmental, le coulommiers est un terme générique qui ne garanti pas qu’il soit fabriqué en Seine-et-Marne, son terroir d’origine, loin de là. S’il reste produit artisanalement dans quelques exploitations autour de la ville éponyme, la majeure partie de la production est d’origine industrielle. Si bien que le Coulommiers est parfois fabriqué en Champagne-Ardenne, dans le Poitou-Charentes et même au pays du Camembert… Ainsi, la « Compagnie des fromages et Richemonts », à Vire, dans le Calvados produit a elle seule 16 000 tonnes de coulommiers chaque année. En 2008, l’industrie laitière française en avait produit 53 185 tonnes, dont 70% a été vendu sous des marques de distributeurs. L’INAO En France, c’est l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité) qui est chargé de la mise en œuvre de la politique française relative aux produits sous signes officiels d’identification de l’origine et de la qualité : appellation d’origine (AOC); Indication géographique de provenance (IGP); label rouge ; et agriculture biologique. Il est sous la tutelle du Ministère de l’agriculture. Les 260 agents de l’INAO accompagnent les producteurs dans leurs démarches pour l’obtention d’un signe officiel. Il ne gère pas moins de 320 appellations de vins, 49 appellations de fromages, 500 labels rouges, 92 IGP françaises de produits agro-alimentaires et 13 298 exploitations agricoles biologiques.

Source : http://www.journaldunet.com/economie/agroalimentaire/les-faux-produits-du-terroir/

jeudi, février 18 2010

Fruits et légumes, revenons à une consommation locale et de saison !

En France, environ deux tiers des produits alimentaires sont achetés en grandes ou moyennes surfaces (90 % si l’on considère les aliments de type pâtes, riz ou produits laitiers). Et entre le champ du producteur ou l’étable de l’éleveur et le caddie du consommateur, les prix passent du simple au double, voire au triple, chaque intervenant du circuit de distribution empochant sa marge.

Un aliment parcourt en moyenne 2400 à 4800 kms entre son lieu de production et son lieu de consommation, ce qui n’est pas sans conséquence sur la qualité des produits à l’arrivée. Et un fruit ou un légume importé et hors saison consomme 10 à 20 fois plus de pétrole qu’un légume ou un fruit produit localement et consommé pendant la saison.

Aussi bien les consommateurs en bout de chaîne que les producteurs agricoles pointent du doigt les excès qui se cachent derrière un système qui multiplie les intermédiaires : grossistes, emballeurs, courtiers et commerçants ajoutent chacun à son prix d’achat une marge qui comprend le coût du transport, de la manutention et la marge finale. Ces intermédiaires sont conscients de l’impact de leur activité sur la cherté des produits mais tous n’ont qu’un argument à la bouche : la fragilité des denrées alimentaires qui entraîne de grosses pertes qu’il leur faut prendre en compte.

Une des solutions à ce problème est, pour le consommateur comme pour le producteur, de favoriser les circuits courts de commercialisation, sans intermédiaire ou à intermédiaire unique.

Les circuits de distribution rapprochant producteurs et consommateurs ne sont pas nouveaux, la vente à la ferme ou sur les marchés restent une pratique courante inscrite dans l’histoire de l’agriculture et des régions et, aujourd’hui ils se diversifient. De nouveaux systèmes de vente directe émergent et grignotent des parts de marché à la grande distribution.

Les motivations des consommateurs qui font cet effort de multiplier leurs sources d’achat sont diverses : prix équitable, transparence et traçabilité, recherche du produit « frais », soutien de l’économie locale pour les plus engagés… . Et les producteurs qui veulent s’affranchir des contraintes imposées par les centrales d’achat – grosses quantités, horaires fixes, calibres standards – s’impliquent dans le développement, individuellement ou collectivement, de la vente directe de leurs produits. L’enjeu pour eux est d’obtenir un meilleur revenu, de faire valoir la qualité spécifique de leurs produits (Bios, fermiers, de terroir ou labellisés) et de conquérir de nouveaux débouchés.

Pour tous, ces initiatives reconstruisent du lien social. Un circuit court vise à privilégier un lien direct entre producteur et consommateur, lien fondé sur la proximité géographique.

En supprimant les intermédiaires, il permet une meilleure rémunération du producteur et/ou une baisse des prix. De plus, la proximité géographique entre les lieux de production et de consommation réduit les transports, ce qui est favorable sur le plan écologique, mais également pour la qualité et le prix du produit.

Quelques initiatives intéressantes allant dans ce sens méritent d’être mieux connues, elles sont inspirées de concepts validés déjà dans d’autres pays, tels que les Teikeis au japon, les  CSA (Community Supported Agriculture)pour les pays anglophones, l’ASC (Agriculture Soutenue par la Communauté) au Québec  ou  leReciproco au Portugal.

Ce sont :

Les associations des Marchés Paysans qui, soutenues par une charte, regroupent des consommateurs/membres et des producteurs et artisans.

Les « points de vente collectifs », appelés aussi « boutiques de producteurs », où des producteurs, regroupés en association, vendent à tour de rôle les produits du collectif : ces PVC s’implantent aussi bien en milieu rural qu’en ville, quelques-uns sont ouverts en zone périurbaine à proximité des grandes surfaces, ce qui permet de profiter de leur clientèle.

L’approvisionnement direct des boutiques, supérettes ou grandes surfaces locales : certaines privilégiant le local pour des raisons éthiques tel que le réseau des Biocoop.

La vente par Internet de paniers collectifs, regroupant l’offre de plusieurs producteurs : les paniers sont livrés dans différents points relais et parfois à domicile et les sites d’achat sont gérés par des groupements de producteurs.

Les jardins d’insertion, qui combinent de plus en plus l’appui aux personnes en difficulté avec la fourniture de paniers aux habitants environnants.

Ces nouveaux circuits ont chacun leurs atouts ou leurs contraintes. Un exemple particulier de réussite à suivre : le réseau des AMAP [Associations de Maintien de l’Agriculture Paysanne] apparu en 2001. Partenariats entre un producteur et un groupe de consommateurs qui s’engagent à acheter régulièrement les produits, souvent sur abonnement et en payant à l’avance, ces associations sont basées sur une charte qui formalise les engagements réciproques.

En 2008, 1000 AMAP faisaient vivre 1600 producteurs et nourrissaient près de 250 000 personnes, pour un chiffre d’affaires estimé à 52 millions d’euros. Le principe d’une AMAP peut être rapproché de celui du commerce équitable :

Le prix des paniers reste constant et est fixé en début de saison  entre le groupe de consommateurs et le producteur (pré paiement de six mois à un an à l’avance), garantissant une sécurité financière pour ce dernier.

En contre partie, l’agriculteur s’engage à fournir des produits de qualité et diversifiés dans le respect de la charte des AMAP publiée en 2003, c’est-à-dire à suivre des méthodes issues de l’agriculture biologique.

A cela, s’ajoute une implication directe des consommateurs dans le fonctionnement de l’AMAP puisque ces derniers sont invités à assurer une permanence-distribution.

Plusieurs études montrent que sur le territoire les circuits courts progressent, laissant présager une évolution de leur statut de « marché de niche » en « réelles parts de marché ». Et de nombreux impacts sont signalés : création d’emplois, renforcement de la coopération entre producteurs, éducation au goût et à l’alimentation… Ces circuits présentent donc un fort potentiel de développement et beaucoup d’enjeux à la fois économiques, sociaux et environnementaux. Il s’agit maintenant pour tous les acteurs de ce secteur de rendre l’offre plus visible afin de la développer et de pérenniser la démarche.