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dimanche, juillet 3 2016

Edgar Pisani, mort du fossoyeur de la paysannerie

Exit Edgar Pisani s’est éteint le 20 juin… Le futur ministre de l’agriculture de De Gaulle et grand fossoyeur de l’agriculture française sous couvert de modernisation, est né à Tunis en 1918 d’une famille maltaise supposée d’origine italienne. Le jeune Edgar, à dix-huit ans, monte à Paris pour suivre des études supérieures. Malgré son admission en khâgne au Lycée Louis le Grand, il n’intégrera aucune des prestigieuses grandes Écoles auxquelles il se prépare. Il sera tout bonnement licencié ès lettres. En juin 1940, fiancé à la fille du député de Paris, Le Troquer - le futur héros des « Ballets roses » de 1959 - fuyant la débâcle, il embarque avec son beau-père sur le « Massilia » en compagnie de vingt-sept courageux parlementaires socialo-communistes, dont Jean Zay, Pierre Mendès France, Georges Mendel, et Edouard Daladier... Débarqués sous les huées à Alger, ils durent être protégés manu militari contre la vindicte populaire.


Le résistant de la XXIe heure 

Revenu en France, il sera pion au Lycée Chaptal. L’on prétend qu’il aurait alors rejoint la Résistance. Arrêté avec ses parents en mars 1944, il est envoyé au Mont Dore comme « otage administratif » et sans qu’aucun lien avec la résistance ne soit établi. Évadé en juin 44, il rentre à Paris et intègre pour le coup le réseau dit « Nouvelle Administration Publique » chargé d’assurer la transition gouvernementale. Le 19 août, après la prise de la Préfecture de Police par les libérateurs, il intègre le cabinet du préfet. Propulsé sous-préfet à seulement 24 ans, il doit cependant faire face à l’hostilité que suscite ses origines : Maltais, il est en effet administrativement sujet britannique1… en incompatibilité avec sa nomination. Finalement francisé de papier, Pisani devient chef de cabinet du préfet de police, puis dircab de son ancien beau-père André Le Troquer, nommé ministre de l'Intérieur en 1946. Parce qu’entre temps Pisani a épousé en secondes noces, Fresnette Ferry, petite nièce de Jules Ferry. Le 1er août, il est bombardé préfet de Haute-Loire. Ce plus jeune préfet de France est âgé seulement de 28 ans. En janvier 1947, passé directeur de cabinet du ministre de la Défense, onze mois plus tard il est promu préfet de Haute Marne. Après s’être placé en congé administratif, il est élu sénateur de ce même département le 1er août 1954 et s'inscrit au groupe du Rassemblement des gauches républicaines et de la gauche démocratique présidé par François Mitterrand. 

Ministre gaulliste, vrai fossoyeur de la paysannerie

En 1961 il devient ministre de l'Agriculture du gouvernement de Michel Debré puis des gouvernements Pompidou successifs jusqu'en 1966. Il fait alors passer la loi complémentaire d'orientation agricole, celle-ci fait entrer notre agriculture dans le productivisme forcené et la quête débridée de débouchés extérieurs. Une loi qui, en raison de sa forte imprégnation marxiste, va s’avérer dévastatrice pour nos terroirs faisant essentiellement de la « terre » un « outil de travail » ou un « instrument de production ». Alexis Arette2 le dénoncera vigoureusement en 1994 dans son fameux ouvrage « Les damnés de la terre ».

Obsédé par la production, Pisani enferme l’agriculteur dans une seule fonction : produire ! Laissant la transformation génératrice de profits substantiels aux industries alimentaires alors en plein essor. Produire à tout va, n’importe comment, pourvu que ce soit peu onéreux, en quantité industrielle, facilement conservable et exportable. Pour ce faire, Pisani va trouver des alliés de choix : la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles [FNSEA], le très marxiste Centre national des jeunes agriculteurs [CNJA] et l’Institut national de la recherche agronomique [INRA]. Afin de produire massivement, l’on mécanise à outrance ce qui entraîne le remembrement extensif des parcelles cultivées. Quant au recours aux intrants chimiques, engrais et pesticides, il s’impose comme l’alpha et l’oméga de l’agrobizness naissant. Les Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural [SAFER] sont créées avec pour unique vocation de confisquer les terres arables au seul profit corporatif des agriculteurs.

Le saccage des terroirs et du patrimoine rural

L’INRA oriente ses recherches en fonction de ces nouveaux paramètres, détruisant des siècles de sélection rationnelle de variétés végétales dotées de grandes qualités organoleptiques (c’est-à-dire savoureuses), adaptées aux terroirs, afin de répondre aux contraintes de la commercialisation à grande échelle. Les élevages sont transformés en camps de concentration hors-sol tandis que l’essor de la zootechnie, puis de la génétique aura à son tour ses propres effets pervers. En vingt ans, le paysage de la France est bouleversé. Les réseaux hydrographiques sont arbitrairement, et souvent stupidement, reconfigurés ; le bocage et les haies coupe-vent rétentrices d’eau, sont massacrés... Avec toutes les conséquences que cela implique : destruction de la flore et de la faune. À l’arrivée, la France aurait perdu 25% de sa biodiversité. Inondations, déstabilisation des micro-climats sont devenus le lot commun d’un domaine forestier surexploité. Et l’on ne s’étendra pas sur les scandaleuses pratiques d’irrigation qui assèchent les rivières pour l’arrosage de cultures totalement inadaptées à nos sols et à nos climats, tel le maïs… ni de l’appauvrissement de terres dévitalisées par l’usage intensif des intrants, des terres quasiment « mortes » ! Des agronomes moins atteints de cécité intéressée tels Dufumier ou Bourguigon, seront expulsés de l’INRA pour s’être insurgés contre ce véritable assassinat de notre patrimoine agraire.

Exode rural et surproduction démentielle

Avec Pisani, la population agricole se trouve divisée par quatre entre 1965 et 1972, parallèlement le nombre de fonctionnaires agricoles sera, lui, multiplié par quatre. Jacques Delors, futur président de la Commission Européenne, chef de service au Commissariat Général au Plan, déclare alors cyniquement : «{Les agriculteurs, on les aura ! }». Au bout du compte, l’agriculteur est devenu sans s’en apercevoir un sous-traitant de l’industrie chimique, de l’industrie et des filières commerciales agricole. Un technicien qui ne décide de rien, applique des protocoles et s’apparente d’assez près au salarié d’un sovkhoze soviétique ayant la dimension de l’Hexagone. L’exploitant agricole est de la sorte devenu une sorte d’ilote travaillant presque exclusivement pour payer ses emprunts, ses machines rutilantes et les méga firmes chimiques dont les commerciaux viennent lui vanter les mérites de leurs intrants pour des récoltes surabondantes… et surtout sans effort. À tel enseigne que les pollutions agricoles engendrées par les nitrates et les pesticides atteignent des taux si catastrophiques qu’elles feront dire, vingt ans plus tard, à François Mitterrand lucide : «{Les agriculteurs sont les premiers pollueurs de France !}»

Car contrairement aux industriels sanctionnés à la moindre faute, les graves nuisances de l’agro-chimie ne sont jamais répertoriées ou sanctionnées : le couple pollueur/payeur n’existe pas dans le monde agricole. Quant à la production pléthorique, de médiocre qualité moyenne, standardisée, on ne sait plus qu’en faire. Les anciens se souviennent des « beurres d’intervention ». Dans de gigantesques entrepôts frigorifiques s’entassaient des centaines de tonnes de beurre, de carcasses de veau ; les prix s’effondrent et les revenus agricoles suivent. Cette surproduction se heurte évidemment à la concurrence mondiale - céréales ou viandes - en provenance de pays où les coûts sont moindre : mouton de Nouvelle-Zélande, d’Australie, bœuf argentin… Seul un homme de gauche ou un bureaucrate de la FNSEA est inapte à comprendre qu’un marché n’existe que s’il y a une demande… et que si l’offre proposée est concurrentielle.

En un mot l’agriculture productiviste née de et avec la loi d’orientation du sieur Pisani fut une catastrophe à tous points de vue : emploi, dégradation des sols et des écosystèmes, santé publique, biodiversité… or l’activité agricole est en lien étroit avec le vivant, il est insensé d’en vouloir faire une industrie comme une autre. Il est d’ailleurs des signes qui ne trompent pas. L’agro-industrie en quête de standardisation toujours plus poussée ne parle plus depuis longtemps de « produits agricoles » mais de « matières premières agricoles » ce qui en dit long sont le chemin parcouru. Ainsi, à la fin des années soixante-dix l’on apprit que l’usine Gloria de Lisieux - en cœur de zone laitière - était alimentée par trains entiers en lait danois ! Le récent scandale des usines Spanghéro, au-delà de l’escroquerie de la viande de cheval, montre que l’approvisionnement de l’agro-industrie relève d’abord de courtiers internationaux et s’est totalement affranchie des productions locales. Au demeurant, il s’agit d’un secteur aidé car la production agricole, sans valeur ajoutée de transformation, reste un secteur par définition non rentable. Subventionner à tour de bras le structurellement déficitaire sera le rôle dévolu à la Politique agricole commune, la PAC.

Le Mitterrandien acteur de la PAC

Devenu sénateur, Pisani lâche le gouvernement de Georges Pompidou en 68, s’enthousiasmant pour le mouvement révolutionnaire soutenu par son ami Rocard et votera la censure contre ses ex amis. Le « traître » fonde sans succès son propre parti, le MPR, et fait valoir ses droits à la retraite en tant que préfet. Soutien inconditionnel à la candidature de Michel Rocard dans la perspective de l’élection présidentielle de 1981, il n’est pas retenu comme ministre par François Mitterrand qui le fait cependant nommer Commissaire européen chargé du développement (1981-1984)… en remplacement de Claude Cheysson appelé, lui, au gouvernement. Il visite alors tous les pays d’Afrique à l'exception de l’Afrique du Sud, renégocie la Convention de Lomé et participe à la mise en place de la PAC instaurée par la Communauté économique européenne. Ceci en étroite collaboration avec Jacques Delors, ministre français des Finances. Son action aboutira à aggraver un peu plus la condition paysanne en privilégiant par le truchement des primes versées par les SAFER, à une véritable « course à la terre »… qui enclenchera une diminution du nombre des exploitations, au doublement moyen de leur surface, le tout rendant de plus en plus difficile l’installation des jeunes agriculteurs. Jacques Delors, promu président de la Commission Européenne en 1985 poursuivra activement dix ans durant cette dévastatrice politique technocratique.

Le Haut-Commissaire de Nouvelle Calédonie désavoué

En Nouvelle Calédonie, la poussée indépendantiste dirigée par Jean Marie Tjibaou, chef du Front de libération canaque [FLNKS], détermine Mitterrand à nommer fin 1984 Pisani Haut-Commissaire de la République. Après avoir rencontré le chef canaque, Pisani ébauche un accord relatif à une indépendance/association qui devait se traduire par l’organisation d’un référendum d’auto-détermination avant le 31 décembre 1987. Malgré cela, le 7 janvier, les violences redoublant à Nouméa, Pisani fait proclamer l’état d’urgence. L’irrédentiste canaque Éloi Machoro est abattu le 3 mai 1988 par le GIGN dans la grotte d’Ouvéa où il retenait 16 gendarmes en otages. Dépité et inutile, Pisani quitte la Nouvelle Calédonie en novembre 1985, rappelé à Paris par le Premier ministre Laurent Fabius.

Président révoqué de l’Institut du monde arabe

Pisani est nommé Président de l’Institut du monde arabe en 1986. Il réussit ce tour de force de se brouiller aussitôt avec tous les représentants de la Ligue arabe qui assurent quelque 40% du financement de l’Institut. Dès 1988, sa gestion a fait l'objet d'un rapport de la commission des Finances du Sénat à la suite d'un déficit d'exploitation cumulé de 38,5 millions d'euros. À cette époque, l'IMA est en « quasi cessation de paiement » après la défaillance des pays de la Ligue arabe. Prodigue, Pizani, n’a pas hésité à se lancer dans des projets surdimensionnés dont le plus fameux restera l’exposition « Désert » pour laquelle il fit nommer sa compagne du jour « conseillère scientifique » et loua force hélicoptères pour le repérage de sites remarquables. Autoproclamé médiateur à la veille de la guerre de 1991 contre l’Irak baasiste, Chirac excédé lui demande sa démission.

La FNSEA vient de fêter ses soixante-dix ans. Edgar Pisani s’en est allé en laissant derrière lui une somme de décombres qu’il reste aux générations futures d’inventorier. Lorsque l’actuel ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, apprit la nouvelle, il déclara en toute simplicité : « Aujourd'hui le monde agricole est orphelin d'Edgard Pisani, visionnaire, européen convaincu et grand humaniste »… Les agriculteurs en faillite et les familles des paysans suicidés apprécieront !

Romain Rocquancourt

1 - Depuis 1863 Le consul britannique Wood avait organisé une immigration coloniale maltaise en Tunisie où les Maltais purent acquérir des terres, le plus souvent en usant de prête noms tunisiens. Mais évidemment les décrets Crémieux de nationalisation des Juifs et leurs annexes pris dix ans plus tard pour l’Algérie, n’allaient pas leur être appliqué.

2 - Alexis Arette-Hourquet, ou Arette-Lendresse, est un agriculteur, écrivain, homme politique et poète français né en 1927. Ancien membre du Front national (FN), il a appartenu à l'Organisation armée secrète (OAS).

vendredi, juin 13 2014

L’histoire des 800 bébés inhumés dans une tombe collective dans une fosse septique proche d’une maison pour enfants de mères célibataires était un canular.

par Matthew Archbold, Dublin, Ireland, pour LifeNews.com, 11 juin 2014.

Si vous êtes catholique et surfez sur internet, vous avez entendu parler de ces religieuses irlandaises qui ont tué des centaines de bébés et ont jeté leurs corps dans une fosse septique dans les années 60.

Cette histoire est un canular répandu dans les médias grand public et était, pour eux, simplement trop bonne pour être vraie. Il est révélateur que, maintenant qu’on a découvert que l’on brûlait des corps de bébés dans des incinérateurs pour récupérer de l’énergie[http://www.youtube.com/watch?v=QCv427PtxsQ], les médias ont ignoré le fait pendant longtemps, alors qu’une rumeur concernant des religieuses agissant il y a près d’un siècle a fait les choux gras de tous les médias grand public. Ils ont laissé percer le bout de l’oreille. Admettons-le : ils ne se soucient aucunement des bébés, ils ne se soucient que d’attaquer l’Église et de faire apparaître les Catholiques comme des hypocrites.

Il n’y a qu’un péché dans le monde des médias grand public, c’est l’hypocrisie. Mais, voyez-vous, la seule personne sans péché dans cette affaire, c’est le nihiliste.

Le rapport Forbes démolit très efficacement cette histoire.

Il y a peu de gens parmi nous qui, à cheval donné, vont regarder la bride, et le proverbe s’applique parfaitement aux journalistes qui disposent d’une nouvelle sensationnelle. Mais même si on applique les normes des médias normaux, les rapports récemment établis à propos des squelettes des 796 bébés retrouvés dans la fosse septique d’un orphelinat irlandais trahissent un degré de cynisme et d’irresponsabilité rarement dépassé par des organisations de presse réputées fiables.

Bien que les médias attribuent l’allégation d’avoir « jeté les corps dans une fosse septique » à Catherine Corlesse, historienne amateur locale, elle le dément. Sa tentative de corriger cette affirmation erronée a été racontée par le journal Irish Times samedi, mais les médias grand public qui avaient si joyeusement répandu la suggestion d’origine l’ont presque totalement passé sous silence. Cette suggestion, qui semble être apparue dimanche dans le Mail, journal londonien, faisait peser une lourde suspicion sur les Sœurs du Bon Secours, ordre de religieuses catholiques au centre du scandale.

Aujourd’hui, le Irish Times a publié une lettre de lecteur qui a encore plus miné la crédibilité de l’histoire originale. Finbar McCormick, professeur de géographie à l’Université Queen’s de Belfast, a sévèrement gourmandé les médias pour avoir décrit la dernière demeure de ces enfants comme une fosse septique. Il a ajouté  :



Cette structure peut être décrite de façon plus adéquate comme étant un puits servant de caveau, une méthode d’inhumation utilisée récemment encore aujourd’hui dans plusieurs régions d’Europe.

Au XIXème siècle, on a construit des puits chemisés de briques et couverts d’une grande dalle qui servaient souvent aussi de pierre tombale horizontale. Ce type de sépulture était commun dans les cimetières urbains au XIXème siècle et on en construit encore beaucoup dans les pays méditerranéens. J’en ai récemment vu en construction dans un cimetière croate. Le puits était maçonné par des blocs de béton, recouvert à l’intérieur de plâtre et avait une couverture faite de grandes dalles de béton.

De nombreuses maternités dans les hôpitaux irlandais disposaient d’une sépulture commune pour les enfants mort-nés ou morts peu après la naissance. Cette sépulture pouvait se trouver dans un cimetière voisin, mais aussi dans une zone réservée sur le terrain de l’hôpital.

Pour quiconque est familier de l’Irlande (j’y ai été élevé pendant les années 50 et 60), l’histoire de religieuses qui auraient volontairement jeté des bébés dans une fosse septique n’a aucun sens. Bien que certaines de ces religieuses aient peut-être été des mégères du genre « Je suis bien meilleure que tout le monde », s’il y a quelque chose dont elles étaient imprégnées, c’était la crainte de Dieu et donc il est peu vraisemblable qu’elles aient pu traiter des restes humains de la façon outrageusement blasphématoire qu’implique l’histoire de la fosse septique.

Alors, que reste-t-il de cette histoire ? Un fait semble incontestable : les conditions de vie dans les orphelinats irlandais jusqu’aux années 60, et même plus tard, semblent sorties d’un roman de Dickens. Le taux de mortalité y était très élevé. Mais qui blâmer pour cela ? Une partie importante du problème semble avoir été la pauvreté générale de l’époque (l’institution au centre de ce scandale a fonctionné des années 20 jusqu’au début des années 60). Les orphelinats irlandais manquaient désespérément d’argent, et ils étaient abominablement surpeuplés, ce qui signifiait que si un bébé attrapait une maladie contagieuse, tous allaient l’attraper. Un des dangers les plus importants était la tuberculose, maladie alors incurable qui se répandait comme un feu de brousse dans des locaux surpeuplés.

Vous pouvez lire toute l’histoire dans le rapport Forbes, il en vaut la peine.

Je suis sûr que les médias vont raconter des tas d’histoires sur la façon dont ils ont raconté l’histoire tout de travers. Attendez, cela vient, dans quelques secondes, minutes, jours, semaines…

Note de Lifenews : Matt Archbold a obtenu son diplôme de l’Université de Saint-Joseh en 1995. Ancien journaliste, il a quitté la presse pour élever ses cinq enfants. Il écrit pour le Creative Minority Report.

Traduction AMC

vendredi, août 2 2013

Assez de la logorrhée des politico-ringards et ignares !

En bon parlementaire, pilier de l'Union pour la Maintenance au Pouvoir, on voit Jacques Myard se répandre en discours flamboyants et en déclarations péremptoires qui laisseront dans les archives des minutes de l’Assemblée Nationale des morceaux de bravoure inoubliables dignes de l’illustrissime maire de Champignac.

Tous ceux qui ont subi son discours sur l’émancipation des femmes face à la servitude de la burqa garderont en mémoire son évocation de « Jeanne Hachette défendant Paris contre les Vikings » (sic !)

Le texte en a évidemment aussitôt été repris, sans modification, par « Riposte Laïque »(1), ce qui montre décidément que l’ignorance ne connaît pas de frontières idéologiques !

« Du grand Myard !» comme s’est exclamé alors – selon le PV de l’Assemblée Nationale - son compère en « ignaritude » et « ringaritude » Éric Raoult...

C’est que Jacques Myard a une capacité exceptionnelle et assez originale : celle d’énoncer plus de bêtises que le nombre de mots nécessaires à les dire !

Chez Myard, la bêtise n’est pas le résultat de lapsus occasionnels, c’est le mode d’expression habituel de son impressionnante ignorance.

Or il aime faire participer le public à ses états d’âme, aussi submerge-t-il les rédactions de communiqués de presse aussi approximatifs que lénifiants et pontifiants...

C’est ainsi qu’il n’est pas rare de voir deux communiqués diffusés de suite - aussi émaillés d’ailleurs l’un que l’autre de fautes d’orthographe - le second rectifiant les âneries du premier...

Parmi les derniers en date, le cas des allocations familiales est encore présent dans nos esprits !

(Vitupérant contre « la réduction des allocations familiales » (sic !) décidée par Hollande, Myard fit un communiqué rectificatif, une heure après l’émission du premier, montrant très clairement ainsi qu’il avait confondu allocations familiales, quotient familial et plafond de ressources...)

Un communiqué de presse du 4 juin, comme il sait les faire sur son beau papier à lettre à en-tête de l’Assemblée Nationale, qui commençait ainsi :

A/S : Baisse du quotient familial : une insulte à l'avenir !

« Il y avait un seul domaine auquel il ne fallait pas toucher, c'était celui des allocations familiales !

Et bien les Socialistes l'ont fait en baissant fortement le quotient familial pour les enfants à charge ».

(sic !)

Pas de quoi s’émouvoir : ce n’est jamais qu’un élu de la nation qui vote nos lois...

Très prolixe en papiers en tous genres, son dernier « Communiqué de Presse » du 12 juillet, sur le gaz de schiste, est la parfaite illustration de son impressionnante déficience encéphalique...

15 lignes qui mériteraient de faire l’objet d’un commentaire de texte d’épreuve de baccalauréat !

Et nous commençons, très fort, par ce titre accrocheur :

« Assez du terrorisme des écolos salonnards »

Et d’attaquer aussitôt :

« La France a un trésor dans son jardin ; elle s’interdit de le chercher et de l’exploiter car son exploitation nuirait à son environnement.

Existe-t-il des entreprises humaines sans risque ? Nous savons tous que la vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible ! Cette attitude du refus, arc-boutée [sic – arc-bouté] sur l’interdiction absolue d’exploiter les gaz de schiste, relève de la pure mono-maniaquerie des écolos salonnards, de parfaits idéologues obsolètes. Ils terrorisent et prennent en otage les Socialistes, c’est le retour de la 4ème République.

Il ne s’agit pas de faire tout et n’importe quoi. Mais nécessité fera loi, n’en déplaise à ces écolos qui rêvent de la décroissance, du retour à la Terre. Au-delà des différences et des divisions du Parti Socialiste, Arnaud Montebourg a raison de relancer le débat.

Il importe, tout en respectant l’environnement, de rechercher des solutions pour exploiter les gaz de schiste. La France ne va pas une nouvelle fois rater le train des progrès technologiques.

Le terrorisme des écolos, ça suffit ! »

Nous débutons par souligner une affirmation absolument injustifiée d’où les premières réticences gouvernementales, comme non gouvernementales, en la matière : AUCUNE étude, AUCUNE mesure ne permet à ce jour d’affirmer - ou d’infirmer d’ailleurs – les chiffres enjôleurs de stocks potentiels, avancés par les propagandistes de la chose...

C’est déjà très gênant quand on est décisionnaire national de ne pas s’interroger sur cette question déjà en d’autres lieux des plus controversée... On n’est pas sûr du tout qu’il y ait un « trésor dans le jardin » !

Mais cela ne l’impressionne guère et il continue :

« ...elle s’interdit de le chercher et de l’exploiter car son exploitation nuirait à son environnement. »

Il est donc conscient des risques potentiels des pratiques usitées (fracturation hydraulique essentiellement) telles qu’on les entrevoit aujourd’hui à la suite de la désastreuse prospection américaine qui met en péril la nappe phréatique et tout l’équilibre éco-biologique de régions entières.

C’est connu, acquis et uniquement considéré comme supportable du fait de la relativement faible densité de population des zones concernées (qui, pourront être déportées ailleurs le cas échéant)...

Rien à voir avec une France grouillante de ses bientôt 70 millions d’habitants !

Car « gouverner c’est prévoir » !

Ce vieil adage d’Émile de Girardin devrait-il être oublié car aussi ancien que son auteur?

C’est sans doute ce que doit se dire Jacques Myard qui poursuit sans sourciller :

« Existe-t-il des entreprises humaines sans risque ? »

Poser la question s’est déjà avouer un cynisme impressionnant.

À la grande époque du charbon, au tournant du XXème siècle, les bureaux d’études dans les mines disposaient d’abaques pour calculer les risques associés aux perçages de galeries nouvelles...

Et il était connu que les instances dirigeantes faisaient percer « jusqu’au risque de 3 morts »...

Nulle doute que si Myard s’était trouvé alors en situation de décideur, il aurait remonté le seuil à 10 voire à 20 pour ne pas s’interdire d’exploitation ce qui aurait nuit à la rentabilisation de l’entreprise...

Et d’ironiser - avec vingt ans de retard – en nous gratifiant d’une galéjade aujourd’hui usée jusqu’à la corde : « Nous savons tous que la vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible ! » 

Il a osé la ressortir le cuistre !

Dommage qu’il n’ait pas le courage d’en faire autant quand il s’agit de s’opposer aux dictas de la passionnaria de la Ligue de la Violence Routière qui a transformé la vie des Français en cauchemar...

Ah mais j’oubliais, que générant des centaines de millions d’amendes, c’est devenu une bienfaitrice du gouvernement...

Et tant pis pour les milliers de chômeurs, privés d’emploi par suite d’annulation de leur permis...

Tous ceux qui habitent à proximité de radars en savent quelque chose !

La conduite automobile n’a pas le droit d’être une action à risque !

Le travail de l’amiante non plus...

Et le Myard nous en invente d’autres !

C’est ainsi qu’on l’a vu proposer l’obligation du port du casque pour tous les cavaliers circulant sur la voie publique...(2)

Juste de quoi dégoûter du cheval tous les adeptes du Tourisme Équestre et tous les amoureux du cheval qui circulent encore librement (très généralement d’ailleurs avec chapeau ou bombe) dans notre pays ! Rassurez-vous ce projet inepte n’est tout de même pas passé !

Mais là l’hypothétique risque est bien mis en avant !

Par contre, la respiration forcée de pesticides agricoles cancérigènes ou de microparticules provenant du fuel par l’ensemble de la population n’entre pas dans cette catégorie : nous le savions depuis longtemps !

Respirer, grâce à l’imprévoyance, à l’ignorance et au laxisme des Myard en tout genre, est effectivement devenu une activité à haut risque en France, premier pays utilisateur de pesticides par tête d’habitants et premier parc automobile du monde à moteurs diesel !

Quant à la prospection des gaz de schistes, dans le contexte actuel où seule la fracturation hydraulique est pratiquée, il est évident qu’il est hors de question de la voir utilisée dans un pays aussi peuplé que le nôtre !

Le fameux film si vilipendé « Gaz land » a bien montré l’ampleur des dégâts potentiels, dès que cette fracturation intervient dans des zones un tant soit peu peuplées...

Pire, si Myard s’intéressait à ce qui se passe dans le pays dont il est élu, il aurait pris connaissance d’un fait divers des plus inquiétants qui prouve combien même un simple forage et la diffusion d’eau dans des couches où elle ne circulait pas habituellement conduit à des catastrophes : c’est ainsi que le village Alsacien de Lochwiller est en passe de devenir aujourd’hui inhabitable, le sous-sol en étant totalement déstabilisé !(3)

Alors on imagine bien les conséquences de campagnes systématiques de prospection gazière !

Curieusement d’ailleurs cette propension à inciter les gens à la prospection gazière et à traiter d’ignorants ou d’idiots ceux qui s’y refusent est habituelle chez les grands amis de Myard : les atlanto-sionistes et en premier lieu, les Israéliens !

Un article particulièrement arrogant en la matière avait fait les gros titres de JSSnews le 18 avril 2011 ;

et avec leur morgue habituelle, ils n’y allaient pas de main morte !(4)

On se rappellera à ce propos les conclusions du fameux « Rapport sur la possibilité et la désirabilité des guerres  » dit « Rapport de la Montagne de Fer »(5) auquel j’ai consacré une conférence il y a une dizaine d’années :

A l’origine la question posée par Kennedy était : « Comment s’assurer de l’assujettissement des peuples à leurs gouvernements alors que nous risquons d’entrer dans une période de paix perpétuelle qui pourrait nous surprendre... » (sic !)

Et la réponse, au bout de cinq ans, faite alors à son successeur, objet du rapport, fut accablante et fit scandale :  « Rien ne peut remplacer la guerre qui fut toujours le vecteur de la dynamique des civilisations. »

Comment remplacer dès lors la guerre ? Les auteurs préconisent 3 méthodes susceptibles de générer la crainte salutaire conduisant à faire accepter aux populations la tutelle des gouvernants :

- Évoquer une menace extraterrestre !

- Susciter des ennemis imaginaires (ce qui a largement été pratiqué avec les gouvernements des pays du Moyen Orient : Saddam Hussein, puis Mohammed Kadhafi et maintenant Bachar El Hassad, - sans parler de l’arlésienne Al Qaïda...)

- Polluer massivement le milieu !

De ce point de vue la pollution biologique par dissémination OGM comme menace sur la flore, et la faune, et la pollution de la nappe phréatique grâce aux intrants chimiques (plus de 700) en solution utilisés dans la technique de fracturation hydraulique, sont des armes de choix !(6)

On voit que Myard s’affiche bon petit soldat des lobbyistes gaziers et mondialistes !

Certes, on peut toujours tempérer son propos par une phrase vague telle que « Il importe, tout en respectant l’environnement, de rechercher des solutions pour exploiter les gaz de schiste. »

Mais on sait pertinemment qu’il n’existe à ce jour AUCUNE alternative à la fracturation hydraulique, et qu’aucune avancée significative en matière de limitation de la pollution dans les nouvelles techniques de fracturation n’a été observée !

Il n’est pas nécessaire d’être écologiste pour le savoir !

Énoncer cela est donc au mieux une phrase vide de sens, au pire... une bêtise de plus...

On retrouve Jacques Myard le 16 juillet dans un nouveau communiqué de presse assez savoureux intitulé « Tribune de Jacques Myard sur la Recherche et l’Innovation » rédigé ainsi :

Madame, Monsieur,

Vous voudrez bien prendre connaissance, en pièce jointe et ci-dessous, de ma tribune consacrée à la recherche et l'innovation, publiée dans la Revue du Trombinoscope de juillet 2013.

Très cordialement,

Jacques Myard

Outre que ceci n’est pas un communiqué de presse à proprement parler, mais un mot d’accompagnement, il importe de souligner que la fameuse pièce jointe, envoyée au format texte, s’est avérée...vide !

J’ignore si cela traduit la qualité de l’intervention du susdit...

On peut supposer plus vraisemblablement que, par inadvertance, le secrétariat de Jacques Myard s’est trompé de fichier...

Des mauvaises langues diront qu’on a envoyé en fait à la place le dernier "scan" de son cerveau...

Par charité chrétienne on n’épiloguera pas sur les fautes d’orthographe, la pire étant certainement celle qui émaillait le message du 22 juin adressé au colonel commandant la garde Républicaine :

Message de condoléances de J. Myard à la Gendarmerie Nationale

En tant que maire de Maisons-Laffitte, Ville marraine du 1er Régiment d'Infanterie de la Garde Républicaine, Jacques Myard a assisté ce matin à la caserne Rathelot à Nanterre une cérémonie présidée par le Colonel Éric Huguet, commandant le 1er RI, en homage aux deux gendarmes assassinées dimanche dernier dans le Var.

(Cela ne s’invente pas et n’a pas été corrigé !)

Finalement, cette arrogante « ignaritude » ou « myaritude » comme l’on voudra, finirait par traduire un certain fond d’honnêteté bien que j’aurai tendance à tempérer cette impression en me souvenant de mère Courage disant à son fils : 

« C’est parce que tu es bête que j’ai pu t’apprendre à être honnête »...

Mais retenons, avec Bismarck, une attitude plus digne de l’hémicycle et aussi plus sérieuse :

« En politique, il faut toujours suivre le droit chemin. On est sûr de n'y rencontrer personne. »

Et dans notre actuelle démocrassie (avec deux s comme crasse) c’est bien tout le problème !

Claude Timmerman

  1. http://ripostelaique.com/Intervention-de-Jacques-Myard-au.html

  2. http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion1819.asp

  3. http://news.fr.msn.com/m6-actualite/france/un-village-alsacien-rendu-inhabitable-par-un-forage-g%c3%a9othermique

  4. http://jssnews.com/2011/04/18/gaz-de-schiste-imbeciles-ignorants-ou-les-deux/

  5. http://www.vexilla-regis.com/textevr/TimmermanMontagnedefer.htm

http://www.bibliotecapleyades.net/esp_sociopol_ironmountain.htm#contents

  1. http://no-war.over-blog.com/article-rapport-us-de-la-montagne-de-fer-guerre-necessaire-ses-fonctions-eugeniques-etc-57982943.html

jeudi, novembre 12 2009

Le spectre de la crise alimentaire

imagesCATJUJ24.jpg Au printemps 2008, des « émeutes de la faim » secouaient 35 pays à travers le monde… Une crise qui n’avait rien de conjoncturel et dont la menace reste en embuscade dans un monde en proie aux crises financières, économiques et climatiques.

Avril 2008, l’Egypte, le Maroc, l’Indonésie, les Philippines, Haïti, le Burkina Faso, la Mauritanie connaissent des manifestations populaires d’une rare violence. En un an, le prix des denrées alimentaires a en effet connu des hausses vertigineuses, 42% pour les céréales 80% pour les produits laitiers selon la Fao. Une flambée des prix de 40% en moyenne pour le blé, le maïs et le riz, ce dernier ayant atteint 1000 $ la T, un record ! Dans le même temps, le soja, le colza et l’huile de palme, tous produits de base essentiels dans le Tiers-Monde, subissaient les mêmes envolées… En résumé, une situation catastrophique pour les plus pauvres, ceux-ci consacrant quelque 70% de leurs revenus par foyer à l’alimentation contre 15% dans les pays industrialisés… Louis Michel commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire n’hésitait pas alors à évoquer un possible « tsunami » alimentaire.

Mais faut-il voir dans cette crise un simple phénomène conjoncturel lié au surenchérissement du baril de brut qui atteignait alors des sommets – près de 150 $ en juillet – avant la crise financière déclenchée par l’effondrement du marché des crédits immobiliers à risques dits subprimes ?

Des prix inouïs pour les hydrocarbures, ce qui avait en autres dopé la production d’agrocarburants (1), en Indonésie avec le palmier à huile, en Argentine, au Brésil et aux É-U avec le maïs et la canne à sucre ; un nouveau secteur agro-industriel en concurrence directe avec l’alimentation humaine en dépit d’un bilan environnemental détestable. Car comment à ce propos ne pas parler de l’impact écologique que représentent les gigantesques surfaces déboisées au profit de ces prétendus biocarburants ? En Amazonie par exemple où se pose avec acuité non seulement la question de la préservation d’une biodiversité déjà très menacée (2), mais plus encore celle des effets de la déforestation et de l’extension du désert agricole sur le changement climatique global… Surtout quand l’on tient compte de la place qu’occupent les grandes forêts tropicales dans le régime des pluies et de leur rôle essentiel comme puits de carbone ? Nos grandes forêts sont en effet les poumons verts de la planète, produisant l’oxygène que nous respirons et absorbant le CO2 que nos activités et nos transports produisent aujourd’hui en excès.

Cependant les agrocarburants qui détournent d’immenses surfaces agricoles de leur vocation alimentaire – resterait d’ailleurs à savoir si la transformation de céréales en carburant est quelque chose de vraiment rationnel voire de moral – ne sont que l’un des aspects d’une crise aux visages multiples. Notamment en raisons des interactions existant entre les fluctuations des cours des matières premières (fixés par les trois grandes bourses mondiales de Chicago, Minneapolis et Kansas City) et les effets économiques de plus en plus négatifs de la crise financière sur fond de crise environnementale. Une conjonction des trois crises qui augure mal de l’avenir… À telle enseigne que huit mois après les émeutes de la faim, la chute brutale du cours des matières premières et celle d’un baril oscillant à l’heure actuelle autour de 50 $ conséquence de l’effondrement de l’activité économique mondiale, les menaces alimentaires n’ont pourtant pas disparu, bien au contraire.

Car, en dépit d’une production de céréales en principe suffisante à couvrir les besoins alimentaires de la planète, les réserves mondiales, qui étaient encore récemment de six mois, sont à présent tombées à moins de quarante jours. Ce qui fragilise un édifice malmené par les alternances de sécheresse (3) et de pluies diluviennes, lesquelles affectent de plus en plus durement les zones subtropicales et rendent évidemment aléatoires les productions céréalières dans un monde où survivent déjà quelque 850 millions d’hommes en état de malnutrition.

À cela il faudrait en outre souligner en contrepoint le rôle délétère que jouent les géants de l’agro-industrie tels le semencier américain Monsanto (détenant un quasi-monopole sur les semences génétiquement modifiées OGM), ou l’Allemand Bayer (pour les pesticides et les engrais sans lesquels l’agriculture productiviste n’existerait pas) qui tiennent désormais en main les clefs de la production agricole mondiale. L’agriculture nourricière étant à ce stade réduite à n’être plus qu’un segment du marché commercial et industriel géré par l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce indépendamment de tout impératif de sécurité alimentaire ! En résumé, la crise alimentaire n’est pas derrière nous, mais devant parce qu’elle n’est en fait que l’un des aspects d’une crise systémique incluant les incidences de l’activité humaine sur l’environnement et les désordres d’une planète-finance transformée en super casino. Beaucoup commencent donc à s’accorder sur l’idée qu’il y aurait urgence à repenser l’organisation du monde. À terme, avec le déclin du pétrole, l’agro-industrie est d’ailleurs condamnée soit à disparaître soit à se reconvertir de fond en comble car elle essentiellement l’un des sous-produits de l’ère des énergies fossiles et de la pétrochimie. De ce point de vue l’agrobusiness est d’ores et déjà un mode de production dépassé et même condamné.

Alors pour éviter les pénuries voire les famines, il s’agit de restaurer le plus vite possible des productions vivrières – l’autosubsistance alimentaire – découplées des aléas du Marché. Car nous voyons bien que les cultures de rentes qui devaient enrichir les pays pauvres et leur donner les moyens financiers de leur développement, ont conduit à l’inverse : des dépendances à l’égard des marchés, des bourses et des firmes multinationales avec à l’arrivée la menace endémique de la disette et de la faim. Il faut donc maintenant revenir au but premier de l’agriculture qui est de nourrir les hommes et non d’engraisser les marchés et la spéculation.

Jean-Michel Vernochet

1. Les agrocarburants représentent une production de 40 millions de t annuels dont 4 millions de biodiesel et 36 d’éthanol, à comparer aux 2 milliards de t de pétrole consommés chaque année par les transports routiers.

2. Par exemple les plantations géantes de palmier à l’huile en Indonésie détruisent les derniers biotopes forestiers où survit encore l’orang-outang.

3. Depuis 2003 l’Australie est frappée de dures sécheresses ; en 2006 la production céréalière était de 10 millions de tonnes de blé contre 25 millions l’année précédente. En 2008, la situation restait encore critique. Autre cas, celui de l’Éthiopie frappé successivement en 2006 par la sécheresse et des pluies dévastatrices.