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ENVIRONNEMENT

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samedi, juillet 29 2017

Chênes et chênaies dans l’histoire des croyances et des cultes

Dans nos pays, où toute trace de la forêt feuillue originelle est effacée, la rêverie seule peut s’aventurer sous les chênes des temps anciens, quand l’homme ne s’éloignait des lisières que dans la coulée de l’auroch ou du cerf, seul sentier alors offert à l’audace comme à la peur. Elle rassemblera les images du mythe, du conte, des récits les plus anciens, comme celles des peintres et des graveurs de la forêt terrible, d’Altdorfer à Gustave Doré, des photographies de jungle équatoriale et quelques séquences « d’enfer vert » (sans aucun souci de cohérence écologique), les paroles de l’oiseau à ce pauvre ahuri de Siegfried, la pénombre orchestrale où Golaud va vers la fontaine qui empoisonne l’espérance. Les leçons prudentes des historiens n’ont rien à faire là-dedans : la forêt disparue rejette sans fin dans l’imaginaire. Il suffit d’une promenade d’enfance dans les grands bois, fût-ce entre des lignes de Perrault, pour (ré)amorcer un cheminement de pensée où l’on quitte aussitôt les chemins raisonnables, attiré par le vertige de cette ombre vivante qui promet une lumière plus vive que celle des routes communes, une paix à la mesure de l’effroi – sinon, car la tentation est ambiguë, quelque pacte pour un savoir dont on sait seulement qu’il s’approfondira dans le renoncement au jour.

La forêt, c’est là où l’on se perd. Qui en a fait l’expérience sait ce que dérouté veut dire : plus d’échappée. On est dans un désert fait d’une surabondance de signes. Notre attention n’est pas à leur mesure, qui veut le regard aigu du chasseur ancien, ou l’instinct dans sa parfaite légèreté. Tant de repères et aucun repère. On se souvient alors des recettes scoutes : on cherche le nord à l’épaisseur des mousses sur les troncs – mais encore faut-il avoir un semblant de carte en tête. On aimerait bien grimper à l’arbre le plus haut, quitte à ne découvrir qu’une lumière inquiétante ; mais l’arbre le plus haut a dix mètres de fût complètement lisse. Alors on avance au hasard, comme le chevalier ou la petite gardeuse d’oies. Il arrive qu’on voie passer des bêtes, qu’on envie : elles connaissent toutes un chemin. Bientôt, et c’est une loi du genre, les arbres qui nous accompagnaient immobiles se mettent à marcher avec nous ; c’est tout un peuple qui nous cerne et nous précède, reconstituant sans cesse ce territoire peut-être infime où nous avançons infiniment. La forêt dessine un labyrinthe primordial plus terrible que celui des mythologies, car c’est l’infinité des repères qui piège.

Comme le mirage des sables c’est l’eau, celui des forêts c’est la lumière. Celle d’en haut, une ironie : on veut une lumière à hauteur d’homme, saisissable enfin à pleins bras quand on écartera les derniers branchages. Le mirage des forêts, c’est la fenêtre éclairée, de l’ermite ou de l’ogre, ou bien le regard du bord de source dont on peut craindre qu’il nous damne. Car tout ici est trahison. Parce que la forêt n’est rien d’autre qu’une immense noria du noir d’en bas qui se déverse dans le défaut des éclaircies, même en plein midi. La forêt tire des lacs entiers d’obscurité de la nuit des profondeurs. Et ce que nous attendons fébrilement dès lors que nous sommes perdus dans les bois, c’est la prairie ou le champ, au pire la clairière, en tout cas un lieu où il n’y aura pas d’arbres, c’est-à-dire pas de vecteurs d’ombre, pas de verticalité complice. Civiliser, serait-ce alors combler tous ces puits d’ombre dans le jour, établir un territoire pour l’accomplissement calme des yeux, dénier au ciel son amusement de nous voir marionnettes au bout des fils de soleil, au fond d’un théâtre d’arbres marmonnant d’éternelles histoires d’ombre ?

Quand les premiers agriculteurs s’en prennent à l’espace forestier d’Europe occidentale, plaines, collines et basses montagnes sont pour une bonne part sous la domination des arbres. Les pins, qui ont connu leur phase d’extension maximum vers -8000, ont alors cédé les meilleures places aux feuillus, et ceux-ci vont connaître un apogée trois fois millénaire sous la dynastie des chênes. Mais qu’on n’imagine pas la forêt primitive comme une sorte de Tronçais en moins propre. C’est un mélange d’essences de tous âges, où le chêne, dominant, est associé à d’autres grands arbres comme l’orme, le frêne, le tilleul, le merisier, parfois le charme, les érables, le hêtre. Cette forêt, plus ou moins dense selon les conditions de milieu, dominée par des arbres très âgés, est trouée d’éclaircies là où les plus vieux sujets se sont abattus, où les tempêtes ont couché des chablis. Il arrive aussi que la foudre allume des incendies qui offrent des espaces bienvenus au semis et à la pousse des essences de lumière – incendies qui ne sont sans doute pas tous naturels : des feux d’origine humaine, feux de rabatteurs en particulier, ont pu survenir bien avant les défrichements des agriculteurs. De leur côté, les grands herbivores forestiers ont un impact non négligeable sur le maintien, voire sur l’extension des espaces ouverts. Il n’en reste pas moins que, dans leur plénitude, les massifs ont une allure de forêt confuse, nullement accessible comme nos futaies, pleine d’obstacles au sol où le bois mort s’empile. Un sous-étage d’arbustes et de lianes, où souvent le noisetier abonde, accompagné par l’aubépine, le houx, la bourdaine, le chèvrefeuille, les ronces, le lierre, est doublé d’une strate arborescente intermédiaire peu homogène, à la croissance régulée par les vieux arbres dominants aux cimes plus ou moins clairsemées.

Forêt de Białowieża, ancienne forêt primaire d'Europe

Les chênes n’y ont pas la physionomie trapue qu’affichent de nos jours de vieux sujets isolés (après avoir inspiré les graveurs du XIXe siècle). La plupart d’entre-eux sont des arbres à fût élevé, dégagé, très propres à décourager les Petit Poucet. Celui qui fut sorti du Rhône au début du siècle, avec ses 42 m de longueur subsistante et son fût de près de 2,90 m de diamètre à la base, témoigne sans doute de ce que pouvaient être les grands arbres de la vieille forêt feuillue primaire de l’Europe moyenne. Les druides n’avaient pas le vertige. « L’énormité des chênes de la forêt hercynienne (ancienne Germanie occidentale) dépasse toute merveille, dit Pline, (leurs) racines, se rencontrant et se repoussant, soulèvent de (véritables) collines ou bien, si la terre ne suit pas, s’arc-boutent comme des lutteurs pour former des arcs jusqu’à hauteur des branches mêmes, ainsi que des portes béantes où peuvent passer des escadrons de cavalerie » [1]. Dans le Sud, la chênaie pubescente originelle s’apparentait sans doute davantage aux images romantiques de la forêt des contes : le chêne blanc, même en forme libre, conserve en général un fût assez court ; s’il s’élève, il est peu régulier ; avec l’âge, ses branches maîtresses, qui peuvent devenir énormes, tendent à s’étaler. Le chêne vert, qui fait des forêts sombres, étiole ses basses branches et peut développer, avec les siècles, un fût dégagé relativement élevé. Chez les feuillus de nos climats, ses peuplements les plus anciens sont ceux où règne dans son plus « religieux mystère » l’obscurité de la « forêt-cathédrale », même si les troncs sont loin d’avoir l’élan des grands chênes caduci-foliés.

Fréquentée par les chasseurs-cueilleurs, qui s’y repèrent grâce à leur attention constante aux signes de l’environnement, signes qu’ils complètent au besoin en semant des traces de leur passage, la forêt n’est habitée que de façon provisoire, lors des campements de chasse ou de cueillette. Il n’est pas impossible qu’on y ait ouvert volontairement, brandon en main, des trouées pour favoriser des plantes à baies amies des clairières, voire des affûts où surprendre des ruminants sylvestres attirés par l’herbe haute. Les groupes humains vivent dans les espaces ouverts, à l’adret des collines, sur les terrasses alluviales près des rivières ou encore au bord des lacs, de la mer. On vit plus près de l’eau et du rocher que de l’arbre. En même temps que le bois est requis par toutes les techniques (on a parlé à juste titre du Néolithique comme de « l’Age du bois »), pour les cabanes, les palissades, les pirogues, les pontons, et la plupart des objets de la vie quotidienne, qu’il assure la pérennité du feu, les sociétés s’édifient le dos tourné à la forêt. Assurées de réserves inépuisables derrière elles, c’est dans le territoire accessible aux regards qu’elles construisent le futur.

Est-il possible d’imaginer comment, au début des temps néolithiques, les hommes considèrent la forêt ? Quelles traces interpréter ? Les premiers témoignages écrits, déjà bien tardifs, qui évoquent une association entre l’arbre, les croyances et les cultes, peuvent-ils aider à entrevoir une perception originelle, dont la nature et l’expression restent forcément hypothétiques ? Les bois sacrés de l’Antiquité, dont la présence est aussi bien attestée chez les « barbares » que dans les mondes grec et latin, sont-ils comme le saint des saints d’un espace forestier qui, à l’origine, eût relevé tout entier du sacré ? Sont-ils les vestiges d’une dévotion depuis longtemps perdue sous sa forme première ? Dans quelle mesure ces espaces préservés ont-ils contribué, dans une fonction d’alibi, au recul général du manteau forestier ? Est-ce au renversement des relations à la terre qui s’opère à l’avènement de l’agriculture qu’on doit la prise en compte formelle de l’arbre et de la forêt comme lieux du sacré ? On ne voit jamais de représentations d’arbres, ni d’aucun végétal, dans l’art pariétal du Paléolithique supérieur, époque où les grands froids du Wûrm ont beaucoup fait régresser le couvert forestier, où la chasse est l’activité majeure de ceux qui occupent, en Europe, les zones méridionales et occidentales préservées des glaces. Le retour en force de là forêt, à l’Holocène, aurait-il pu alimenter une mémoire collective de l’arbre comme ennemi des sociétés, défenseur du monde animal dont la chasse devient alors plus difficile que dans les milieux ouverts ? Mais l’arbre n’est pas davantage présent dans l’art de la plupart des sociétés qui ont été, et sont parfois encore, en contact étroit avec la forêt « vierge » : c’est l’animal qui occupe toute la scène des représentations plastiques, et une bonne part de celle des mythes. L’arbre et la forêt auraient-ils eu davantage fonction de décor, au mieux de témoin, que d’acteur à part entière dans le jeu des croyances ?

L’un des paradoxes premiers des relations entre les sociétés occidentales et le monde des arbres tient à l’affirmation (sans doute tardive, mais c’est elle qui fait encore l’arrière-plan de nos représentations modernes de l’espace forestier) d’une sacralité qui a pour corollaires majeurs, dans les faits, la précocité comme l’étendue des défrichements. Que les temps chrétiens aient mis la dernière main à l’œuvre du paganisme, cela s’accorde à leur volonté d’éradiquer celui-ci en même temps que son territoire d’élection (supposé) ; mais la destruction de la forêt primaire était en grande partie accomplie dans le sud et l’ouest de l’Europe lorsque les moines du Haut Moyen Âge empoignent une vertueuse cognée. Comment comprendre, dans le monde antique, la « mise en défens » de certains espaces forestiers reconnus comme sacrés, en rapport direct avec le divin, et alors rigoureusement intouchables ou accessibles seulement après un laissez-passer sacrificiel, dans un contexte de déforestation intense, où les récits de conflits et de conquêtes font souvent état d’abattages massifs de forêts et même des bois sacrés de l’ennemi ? Nulle part il n’est jamais dit que la forêt ni les arbres soient « aimés » pour eux-mêmes, dans le sens que nous accordons aujourd’hui à ce verbe. Tout au contraire, la perception antique de la forêt « sauvage » s’apparente à la répulsion et à l’effroi. Sentiments qui, sans doute, ne vont pas sans l’appréhension d’une dimension sacrée, mais n’appellent aucune reconnaissance, aucun respect qui ne soit en même temps défensif. Aussi peut-on penser que l’arbre a très tôt caché la (défaite de la) forêt. La persistance de beaucoup de vieux chênes dans l’espace rural, à travers les siècles, certains jusqu’en notre temps, malgré la transformation profonde du manteau forestier subsistant, semble bien attester aussi que la fonction de garant symbolique du respect ou de la crainte a primé sur un respect qui aurait pu concerner le monde des arbres pour lui-même, dans sa manifestation de « force » indivisible. Nos ancêtres néolithiques n’étaient en rien des écologistes avant la lettre. On constatera plutôt que l’agriculture ne peut aller sans la séparation de l’arbre et de la forêt, celle-ci reculant alors vers l’originel et la « sauvagerie », état qui ne se reconnaît jamais qu’à distance – l’arbre, lui, se faisant allié de dévotion, et un jour simplement amical, dès lors qu’il s’intègre à l’espace humanisé, campagne ou village. S’il reste des chênes christianisés au cœur des forêts (où ils tiennent lieu de rappels rassurants de l’ordre extérieur), bien plus nombreux sont ceux qui, au bord des chemins ou dans les hameaux, confortent la rupture instituée depuis des millénaires à l’égard des confusions de l’inculte.

Prodigieuse auprès de la nôtre, la longévité des grands chênes en fait des familiers du temps. Statut qui suscite la déférence dans des sociétés où le vieillard (celui qui dépasse la quarantaine) devient un détenteur vénéré de la mémoire du groupe, une voix de sagesse. Respect, donc, mais doublé de crainte, voire de soupçon ; car ces arbres infiniment éloignés des contingences humaines, déjà capables de renaître à chaque printemps après avoir vécu la déroute solaire jusqu’aux portes de la mort, quelle histoire perdue ont-ils accompagnée ? Plus vieux que la mémoire, ce sont les témoins vivants du passé mythique, à « la condition presque immortelle, respectés par le temps et contemporains de l’origine du monde » [2]. Ils se confondent avec les pères anciens, cette « race d’hommes sortie du tronc des chênes durs, (sans) traditions ni usages », qui furent les premiers habitants du Latium, selon le récit d’Évandre à Enée [3]. C’est dans leur forêt profuse des bords du Tibre que l’héritier de Troie va fonder Rome, s’assurant un territoire en continuité temporelle avec les Immortels, via l’être terrestre qui leur est le plus étroitement apparenté, et sa progéniture ambiguë [4].

Les chênes sont aussi parmi les plus grands arbres de nos climats. Aucun feuillu ne s’aventure aussi haut dans le domaine des dieux et des oiseaux. Privilège qui leur est lourdement compté les jours de fureur céleste : bien plus que les autres essences, le chêne est foudroyé – sans qu’on puisse encore en trouver des raisons écologiques ou biologiques satisfaisantes. Les décomptes des forestiers le placent largement en tête sur les échelles de sensibilité à la foudre. Cette vulnérabilité particulière, qui ne pouvait échapper à l’homme ancien, associait d’emblée le chêne et l’éclair, attestait une relation, aussi énigmatique fût-elle, entre l’arbre et les puissances du feu céleste. Chez les Germains, les chênes sacrés étaient des arbres marqués de leur sceau.

Mais ce feu qui frappe l’arbre est d’une étrange nature, quasi double : son éclat, où le ciel semble se fendre, ouvre le passage aux pluies les plus généreuses, sinon les plus dévastatrices. Et le chêne majeur des bois sacrés s’élève au voisinage d’une source, en un lieu où se relient les éléments, où se résolvent les contraires. Ses esprits compagnons, les dryades [5], nymphes des forêts, et les hamadryades qui vivent dans le chêne même et meurent avec lui, sont de nature féminine. Association contradictoire ou complémentaire ? Car l’arbre déjà désigné par le dieu tonnant est aussi, par ses fruits, l’image du sexe mâle : balanos ou glans, les mots grec et latin, de même étymologie, qui désignent le gland, s’appliquent aussi à celui de l’homme. Les temps historiques, offerts à un dieu mâle, auraient-ils censuré l’anima du chêne ? Dans les langues latines modernes, la forêt appartient toujours au genre féminin, tandis que l’arbre est masculin. Dans les mondes grec et latin antiques, l’arbre est féminin, ses fruits sont neutres, si ce n’est le gland, lui-même féminin ! « L’arbre qui cache la forêt », serait-ce donc plus qu’une locution proverbiale ? Car l’arbre mâle, l’arbre moderne pourrait-on dire, dans sa verticalité rassurante tendue vers le jour sublime, a bel et bien fait écran devant l’horizontalité profonde, sans fin, de la forêt qui se dilue dans l’obscur. S’il en est le principe fondateur, l’arbre est aussi une quasi-antithèse de la forêt. Cette opposition, qui s’ajoute à la dualité de sa propre nature, doit rester à l’arrière-plan de tous les essais de compréhension de leur histoire commune.

L’oracle le plus ancien du monde grec, Dodone en Epire, était associé à un chêne. Ulysse s’y rendit afin « d’entendre signifier par la haute chevelure du divin chêne le conseil de Zeus : comment retourner au gras pays d’Ithaque » [6]. Le dieu parlait dans un bruissement de feuilles, que trois officiantes interprétaient. Une colombe noire venue d’Egypte, dit la légende, s’était posée dans les branches de l’arbre sacré. « Parlant avec une voix humaine (elle aurait déclaré) qu’il fallait établir en cet endroit un oracle de Zeus » – tandis qu’un oiseau-sœur se rendait en Lybie, initiant un oracle d’Ammon. Hérodote, qui conte l’histoire dans son habituelle distance critique à l’égard des fables, attribue à des prêtresses égyptiennes, capturées et vendues comme esclaves en des temps reculés, l’instauration du culte prophétique ; d’autant plus, dit-il, que « les règles de l’art divinatoire appliquées à Thèbes en Egypte et à Dodone se trouvent fort ressemblantes ». Le hâle et les cheveux noirs de ces femmes, leur langage étranger « semblable au ramage des oiseaux », auraient fondé la légende des colombes [7]. Les mythologues modernes optent pour des commentaires plus subtils, car les colombes interviennent en d’autres lieux de l’histoire compliquée des Olympiens. À Dodone, le culte à un Zeus prophétique s’était substitué à celui d’une divinité féminine, Dioné (plus tard latinisée en Diane), déesse du chêne et de ses colombes, pour les uns avatar de Rhéa, mère de Zeus et déesse du chêne, pour d’autres épouse ou fille du dieu. L’important, ici, est de rappeler l’antériorité des figures féminines du chêne sur l’image mâle qui reste associée à « l’arbre de Jupiter » : c’est vraisemblablement une déesse-mère qui habite la forêt originelle ; son arbre d’élection, qui reste cependant du genre féminin dans la langue grecque (drus), lui a été dérobé par le dieu mâle tard venu. L’Artémis pure et sanguinaire en perpétuera tardivement la virginité et la sauvagerie natives. Qu’on ne l’imagine pas sous les traits d’une matrone bienveillante : la Grande Mère des forêts préside aux rites du renouvellement des cycles cosmiques, longtemps demandeurs de sacrifices humains. Elle parraine le meurtre annuel du « roi-chêne » des plus anciens cultes de la végétation, éphémère époux de la déesse, dont le sang et les membres iront féconder la terre cultivée gagnée sur la défaite des arbres. La mauvaise fée, la sorcière mangeuse d’enfants, femmes de la forêt, sont de sa lignée.

L’appréhension commune de l’arbre « sacré », dans nos cultures, reste sous l’influence majeure du romantisme allemand et de son imaginaire des forêts comme lieu fondateur de l’émotion, du sentiment poétique et de l’élan vers le divin. Notre vision de l’arbre en représentant accompli des forces essentielles de la nature s’invente une origine dans l’image supposée d’un arbre adoré pour lui-même ; elle s’apparente à des représentations qui ont eu cours (et persistent çà et là) dans des sociétés en contact étroit avec la forêt ; elle conserve une dynamique spirituelle dont on aurait tort de sourire ; mais elle néglige l’arbre dans sa situation majeure d’intermédiaire entre l’en-bas et l’en-haut, de médiateur attentif dans l’étendue de ses quêtes vers la nuit et le jour. Ce qu’on voit privilégier, dans la logique d’un temps de sacralisation de la nature pour elle-même, c’est l’arbre-être divin qui serait par lui-même un interlocuteur, l’un de ces sages non-humains vers lesquels se tourne une société sans repères de sagesse chez les hommes. Tenter de comprendre le rapport ancien avec les arbres appelle ce réajustement préalable : ce n’est pas l’arbre qu’on a vénéré, mais la puissance qui le traversait ; c’est la forêt plus que l’arbre lui-même qui est la demeure des dieux, où les dieux trouvent une démesure à leur mesure.

Et cela sous-entend l’aptitude à la substitution, puisque beaucoup d’arbres, dans la catégorie qui intéresse une croyance, sont des vecteurs potentiels de la communication avec les êtres surnaturels. La multiplicité des mêmes arbres, des chênes en particulier, n’est pas pour rien dans le paradoxe sacralité/destruction : la divinité ou les divinités qui se manifestent à travers les arbres auraient-elle besoin de tous ces intercesseurs alors qu’on voit bien que les plus vieux arbres eux-mêmes sont mortels, qu’ils finissent par s’effondrer ? Si le dieu ou la déesse est unique dans son champ d’influence, ses porte-parole sont potentiellement infinis. Il suffit qu’il reste assez d’arbres pour constituer un territoire idéal que la divinité se devra de fréquenter, incapable qu’elle est de contourner la restriction de l’ordre symbolique inventé, comme en toute innocence, par les hommes. Infiniment ancienne est notre aptitude à convertir l’inatteignable en une représentation, idole ou symbole, qui libère (ou du moins favorise) l’accès à la réalité où l’inatteignable s’incarne, forêt, fleuve, océan, veines des métaux profonds. Tout en aidant à l’appropriation du monde, le stratagème, en syllabes de pierre, d’os, d’ocre pilé, de corde pincée, suscite l’art, outre-discours, poursuite d’un dialogue interdit aux paroles communes – et en même temps leurre, miroir oblique où le dieu, sous sa propre image qui se brouille, voit l’homme, dès la première invocation, déjà tourné vers ailleurs. Il en résulte le couple religion/spoliation dont l’histoire des forêts, en Occident, est l’une des chroniques les plus fidèles.

La forêt, qui est pourtant tout autre chose que la somme de ses arbres, en devient donc divisible : quelques arbres, dans les cultes, peuvent résumer la forêt ; les arbres sont moins importants que la voix susceptible de les traverser. Reconnus comme la résidence préférée des dieux, ou bien désignés au dieu qui ne peut faire autrement que de les préférer puisque leur charge de foi les distingue désormais de tous les autres arbres, ces intermédiaires rassemblent la société dans une même adhésion, non à un quelconque pouvoir de l’arbre lui-même mais à une nécessaire fonction médiatrice. Celle-ci sera le plus souvent requise dans des cultes étrangers, du moins au premier degré, au domaine propre des arbres – ainsi, on s’adresse à Cérès, déesse des moissons, par l’intermédiaire d’un chêne. L’arbre consacré est un investissement social, et les sociétés gagnent beaucoup dans l’affaire : la garantie de communication avec le divin, un gage majeur d’identité (nos dieux nous appartiennent), et la liberté d’étendre leur territoire sur l’espace forestier implicitement désacralisé. Car les privilèges reconnus à l’arbre ne vont jamais sans un recul de la forêt dans la reconnaissance des peuples. Qui attente à l’arbre attentera en même temps au dieu et à la société qui l’invoque. On comprend alors la désinvolture des conquérants : les dieux amis de nos ennemis sont nos ennemis [8].

« Silua (la forêt) est devenue lucus, bois sacré, ou nemus. Les trois termes relèvent du sacer [sacré] ; mais silua est du côté du tremendum (du sauvage, du non encore exploité par l’homme) ; alors que lucus, lui, est toujours consacré par l’homme : reconnu comme numineux [9], et vénéré comme tel, il est déjà du côté de l’ordo rerum [ordre des choses] » [10]. Lucus s’apparente à lucere, « briller », « éclairer », et fait allusion à la clairière. Dans l’antiquité italique, ce terme évoque toutefois un lieu sombre, effrayant, qu’il était interdit de modifier de quelque façon que ce fût. Tandis que le nemus est « le bois sacré “humanisé” de la tradition hellénique et hellénistique », « dans lequel, du moins à l’époque impériale, l’élément sacré est en régression devant l’élément esthétique » [11]. Nemus dérive du verbe grec némô, « partager », « attribuer à un troupeau la partie du pâturage où l’on mène paître », « conduire au pâturage » (d’où, aussi, « nomade »). Chez plusieurs auteurs latins, nemus désigne clairement la forêt pâturée. On retrouve ici la relation : ouverture des forêts par les sociétés pastorales / définition d’un territoire semi-forestier humanisé / instauration d’un lucus qui, à l’origine, est un reste de la forêt primitive. Et l’on ne peut que s’interroger sur cette conversion de la clairière sacrilège, gagnée par l’incendie ou l’abattage sur la silua première, sœur des temps d’avant l’homme, en une enclave-témoin des confusions de l’inculte au beau milieu du territoire calme du berger et du laboureur, sinon dans l’espace urbanisé. Lieu sombre paradoxal dans un espace ouvert, résumé de la forêt terrifiante très à distance de celle-ci, le lucus est une sorte de condensé d’originel. Clairière inverse, il réintroduit dans l’espace humanisé un lieu d’effroi sacré dont il est vraisemblable de penser qu’il répète l’obscurité fondatrice, la terreur première, celles qu’il fallait surmonter pour transformer le monde.

Pourquoi jouer à se faire peur ? Pourquoi conserver des témoins de l’état ancien ? S’agit-il de rappeler les terreurs ancestrales ? D’affirmer le prix de la distance chèrement acquise de la futaie à la cité, de consolider périodiquement, par le sacrifice, des limites dont on sait qu’elles ne sont jamais infrangibles ? Et qu’en est-il du grand holocauste du peuple des arbres ? Est-il définitivement oblitéré par cette sorte de fétichisme qui fait conserver des traces de la victime là où l’avenir se construit, justement, dans l’opposition la plus radicale à sa mémoire ? Fétichisme et culpabilité s’apparient volontiers. Ne faudrait-il pas, alors, faire la part d’un remords secret des défricheurs : il a une place vraisemblable dans la genèse des croyances et des cultes en rapport avec les arbres. Remords qui ne peut tenir au seul fait d’avoir détruit, par nécessité, la demeure des dieux anciens, mais qui touche aussi au refoulement d’un meurtre obscurément voulu et savouré. Car n’est-il pas intolérable que les pères survivent à leurs enfants de façon aussi ostensible, tout en gardant leur sagesse pour eux, ne la partageant que dans l’énigme, dans l’éparpillement des feuilles ? Le sacrifice saisonnier d’un adolescent à la mère, généreuse et terrible, des gibiers et des moissons premières, n’aurait pas eu alors pour seule fonction de garantir par un sang jeune la pérennité des cycles, la permanence des fécondités, mais aussi de payer les intérêts d’une dette originelle que son énormité empêche de nommer. Le dragon des contes, au souffle de feu, qui réclame le tribut (parfois hebdomadaire) d’une jeune fille, est un être des forêts. Serait-il né de l’incendie des possessions anciennes de la Grande Mère, dont il perpétuerait la colère dans les siècles ? Il exige, lui, une nourriture féminine et vierge, seule à même de s’incorporer à la substance de l’esprit des terres sauvages, de compenser le vieillissement du monde [12]. Si l’on fait taire un instant le remue-ménage des dieux, à la fois régi et amplifié par les cultes, il est peut-être possible d’entendre comme la sourde et interminable réplique du séisme originel : le viol et le meurtre de la forêt-mère, préalables obligés de l’appropriation de la nature, du règne d’un temps humanisé.

Forêt de la Sainte Baume

Dans l’antiquité méditerranéenne, la répétition des sacrifices et des rituels associés, soit aux nouveaux défrichements, soit à la coupe périodique des taillis du nemus, soit à la célébration de la divinité du lucus, évoque, bien en-deçà de l’adresse aux dieux, la réminiscence des actes fondateurs de la déforestation. Une véritable codification de la relation au domaine boisé ou à ses vestiges consacrés est mise en place ; certains gestes y répètent l’abattage originel. Dans la Rome des premiers siècles de notre ère, le culte annuel rendu à la déesse Dia (Cérès) impliquait un (ré-) éclaircissement préalable du lucus, lequel « est autant une aire permanente au sein d’un bois, que le résultat d’un élagage qui s’imposait à chaque fois que l’on voulait rencontrer la divinité dans son bois sacré ». Comme il est probable que « les prêtres ne touchaient pas à cette clairière avant le sacrifice de Dia suivant, elle devait être envahie de nouvelles pousses et de branches […]. Ainsi l’établissement de la clairière était une nécessité et un préalable au sacrifice célébré dans le lucus. » Avant d’entrer dans le bois, où l’on sait que croissaient au moins des chênes verts et des lauriers, et d’accomplir l’éclaircie, le magister de la confrérie dévolue au culte de la déesse immolait deux jeunes truies sur l’autel situé à l’entrée du bois, afin d’expier et l’émondage, et « le travail à faire ». Laissé toute l’année à la seule disposition de la divinité, ce bois n’était pénétré que par les prêtres, soit à des fins sacrificielles, soit pour un entretien en relation avec le culte, comme l’enlèvement du bois mort, qu’on brûlait lors des sacrifices. Toute souillure, notamment par des cadavres, était proscrite. Comme les données relatives au temple de Dia ont leur analogue à propos d’autres sites latins, on peut « considérer qu’elles correspondent aux règles concernant tous les bois sacrés du monde italique et à la description du bois sacré comme un lieu touffu et impénétrable ». Le culte à Dea Dia durait trois jours, les deux premiers dans un sanctuaire urbain, le troisième dans le lucus. Ce que l’on sait des modalités du culte dans la ville même montre qu’il n’y avait pas de sacrifice expiatoire, que les célébrants « s’adressent à la divinité comme à un concitoyen alors que, dans son bois sacré, ils la rencontrent en tant que divinité, dans toute son altérité. C’est de la tension entre ces deux types d’approche des dieux que naissait la représentation de (leur) nature, éminemment supérieure aux hommes, mais pourtant accessible, et partie prenante dans la respublica » [13].

Dynamique du sacré qui conduit à la question de son origine : les dieux n’auraient-ils, ici, trouvé leur définition que dans l’établissement du lucus initial (c’est-à-dire par le défrichement) ; la simplification, sinon la mise en ordre de l’espace forestier « civilisant » les divinités, leur octroyant une parole saisissable par les hommes ? Perçue comme « numineuse », la forêt n’en est pas moins impénétrable comme sens autant que comme milieu. Il arrive, parfois, qu’elle parle, annonçant par une voix mystérieuse l’imminence d’un événement grave pour la vie de la cité, ou délivrant un oracle. Chez les Latins, c’est le plus notable des pouvoirs du dieu Faunus, à la nature et au sexe indécis, parfois mâle, parfois femelle, expert aussi en mauvais tours – car il s’amuse à effrayer les humains par ses apparitions-surprise, par des voix de nulle part qui restent souvent incompréhensibles. Certaines de ses formes représentent une menace pour la jeune mère et son enfant. Capables de prophétisme, oracles premiers, ces dieux archaïques de la forêt sont cependant trop capricieux pour qu’on puisse les mettre à contribution dans l’opération de jalonnage de l’avenir où, à travers l’acte divinatoire, les sociétés antiques investissent une bonne part de leur énergie cultuelle. Quand on ne s’en fait pas des alliés en leur offrant un espace de rencontre ritualisé, c’est-à-dire un temple où le dialogue devient possible dans les normes de l’invocation et du sacrifice, il importe de les tenir à distance : « pour que l’homme puisse habiter sans risque sur le sol de la cité, il fallait préalablement que soient expulsés les démons encombrants qui pouvaient s’y trouver. Cette libération était une condition nécessaire de la naissance de la cité, de l’émergence de la civilisation. Elle représentait un des aspects du passage du monde sauvage au monde civilisé. » [14].

Ce partage de l’espace forestier vaut pour beaucoup de sociétés à dominante agraire, et se perpétue jusqu’en notre temps : la réserve naturelle forestière tient plus que jamais lieu d’alibi dans un monde qui, globalement, déboise bien plus qu’il ne conserve ou replante. Dans les cultures du type chasse/cueillette, le système de troc avec les esprits tutélaires ne mettait pas en cause leur hégémonie. Pour que l’agriculture et les civilisations associées prospèrent dans l’espace et le temps, il fallait à l’inverse, nécessairement, faire sortir les dieux de la forêt, jusqu’à les reloger dans des demeures de pierre où la part de l’arbre passe dans l’ordre symbolique (les colonnes) ou bien ne réside plus que dans le matériau bois, qui rappelle la part prise par la forêt à l’élaboration des croyances.

Dans le partage ancien de la forêt tel qu’il est établi par l’instauration d’un lucus consacré, l’interdit est à la mesure de la spoliation qu’il autorise : qui attente aux arbres consacrés s’expose à la mort, et souvent de la façon la plus atroce – comme s’il fallait alors expier non seulement l’outrage à la divinité, mais aussi la destruction de tous ces arbres laissés pour compte du sacré, indirectement sacrifiés aux divinités des moissons. Certains récits mythiques semblent révéler, d’ailleurs, un profond espace de culpabilité entre l’arbre et la terre cultivée, évoquant peut-être aussi, en manière de parabole, les effets de la déforestation sur ce qu’on nommera un jour les équilibres écologiques. Ainsi de l’histoire d’Erysichthon, fils de Triopas, roi de Thessalie, telle que la raconte Ovide : « assez fou pour mépriser la puissance des dieux », il a « profané un temple de Cérès, une hache à la main » et « porté un fer sacrilège sur […] un chêne immense, au tronc séculaire, entouré de bandelettes, de tablettes commémoratives et de guirlandes, témoignages de vœux satisfaits ». Sous les premiers coups de hache, l’arbre pousse un gémissement et son écorce saigne ; l’un des assistants, qui retient le bras destructeur, est décapité ; l’arbre immense finit par s’effondrer à la consternation des dryades qui vont demander à Cérès le châtiment du criminel. La déesse décide « qu’elle déchirera son corps en le livrant aux tourments de la faim » ; mais, comme « les destins ne permettent pas que Cérès et la Faim se rencontrent », c’est une oréade, nymphe des montagnes, qui ira porter l’ordre divin à la Faim, « à l’extrémité de la Scythie […], un pays désolé, une terre stérile, sans moissons, sans arbres ». Depuis le « champ pierreux (où elle) arrachait avec ses ongles et avec ses dents quelques rares brins d’herbes » [15], la Faim, portée par le vent, gagne la couche d’Érysichthon endormi et son baiser lui insuffle une boulimie incoercible.

Indépendamment des diverses interprétations possibles du mythe, il y a ce paradoxe, déjà évoqué : un chêne témoin de la forêt originelle est consacré à la déesse des moissons, la Déméter des Grecs. Et de « quels vœux satisfaits » témoignent les bandelettes et autres ex-voto qui ornent son tronc ? S’agit-il de prières pour de bonnes récoltes, et si c’est le cas, pourquoi ce passage par l’intermédiaire des forces à l’œuvre du bord de l’inculte ? Faudrait-il déceler, dans ce curieux trafic d’influences, la preuve d’un savoir sous-jacent où la forêt, à travers l’arbre qui la résume, reste le territoire d’origine du don de nourriture ? Le champ gagné sur la forêt défrichée reste sous sa dépendance symbolique, la déesse des céréales allant même résider, à l’occasion, là où demeuraient les dieux du monde sauvage. Mais le lien pourrait s’étendre, au-delà du symbole, jusqu’aux relations de nécessités où le champ reçoit de la forêt l’eau des sources, l’abri contre le vent, la fumure du troupeau qui paît le sous-bois du nemus. L’arbre de Cérès abattu, c’est le champ qui est menacé, puisque la punition du bûcheron sacrilège ressemble fort à la famine, la description du pays de la Faim à la terre épuisée par l’incurie des sociétés paysannes méditerranéennes. Dès lors, la fable d’Érysichthon tiendrait lieu de substitut cathartique à la culpabilité des défricheurs. La faim terrible qui est la punition du destructeur de la forêt contribue à nous préserver des famines. Il peut convertir tout son patrimoine en nourriture, aller jusqu’à vendre sa fille (c’est-à-dire l’avenir), finir sa vie en mendiant affamé fouillant les ordures : c’est de dilapidation du monde qu’il s’agit, et de son corollaire ultime, la misère. Robert Graves avance que le nom d’Érysichthon signifiant « celui qui déchire la terre », cela « indique que son véritable crime était d’avoir osé labourer sans l’autorisation de Déméter » [16]; d’où la punition par la faim. Il me semble qu’on peut entendre la métaphore de plus près, et voir dans l’acte du bûcheron mythique non seulement l’offense aux divinités du territoire humanisé, mais aussi l’image de la déchirure initiale où le vêtement originel de la Grande Déesse a été mis en pièces, où le champ s’est instauré par le sacrilège tandis que le pouvoir de semer, qui octroyait aux sociétés certaines prérogatives des dieux, initiait en même temps le péril de famine.

Désormais bien distinct de la divinité protéiforme des grandes forêts, aux innombrables métamorphoses, le bois sacré peut finir par se résoudre à un seul arbre intercesseur, intermédiaire entre la supplique des hommes et l’attention évasive d’un dieu détourné de l’ombre, devenu céleste. Au centre de l’enclos sacré, l’arbre se fait axe de transmission du dialogue mystique. Faut-il entériner pour autant l’image, par excellence romantique, d’une forêt modèle des cathédrales, où les piliers rappelleraient les troncs, les voûtes des branches en arceaux, les vitraux ces fragments de jour qui tombent des frondaisons ? Quels que soient les modèles qui inspirent, consciemment ou non, les premiers bâtisseurs de temples, on remarquera que les églises chrétiennes, surtout médiévales, et même quand la technologie du verre autoriserait une relative clarté, rétablissent en elles l’obscurité des anciennes forêts. Est-ce pour faire désirer davantage la petite lumière que l’autel propose à hauteur d’homme, tel un signe de la lisière bienvenue ? Cependant, de nos jours encore, l’image de la déesse-mère se distingue, dans la pénombre, à son buisson de flammes sans cesse rajeuni.

Le chêne, dont on sait qu’il est l’élément essentiel de l’alsos grec comme du lucus latin, est également présent dès les origines de la tradition judéo-chrétienne. Abraham fait étape « au lieu saint de Sichem (Naplouse), au chêne de Moré ». Plus tard, YHWH (« Yahvé ») choisit de lui apparaître « au chêne de Mambré » (Hébron). C’est sous « le chêne qui est près de Sichem que Jacob enfouit « tous les dieux étrangers » de sa famille avant de monter à Béthel [17], l’ancienne Luz, où Debora, la nourrice de Rebecca, mourut et fut ensevelie « au-dessous de Bethel, sous le chêne ». Il s’agit d’arbres connus, vénérés, enclos sacrés pré-judaïques dont la mention ne tient en rien de l’anecdote. Les Patriarches connaissent leur importance dans le peuple et doivent, ou y faire d’une certaine façon acte d’allégeance, ou les intégrer à la nouvelle foi – et Yahvé lui-même se manifeste sur ce territoire des dieux païens. Si Jacob enterre les idoles sous le chêne, c’est parce qu’il sait que nul n’osera aller les exhumer en ce lieu voué aux manifestations des forces supérieures, quelles qu’elles soient. Il restitue les signes païens au territoire des divinités anciennes ; acte néanmoins ambigu, qui laisse deviner un reste d’attention pour leurs prérogatives – car pourquoi ne pas avoir détruit les images ? C’est encore ici un moment de transition, où l’arbre est le témoin actif d’une passation de pouvoirs divins ; sa fonction se perpétue dans la substitution des croyances. Les mises à mort de chênes sacrés n’auront lieu que bien plus tard. Aussi, « sous le chêne qui est dans le sanctuaire de Yahvé », toujours à Sichem, Josué pourra-t-il dresser une stèle en témoignage du pacte de Dieu et d’Israël, accepté par le peuple [18]. L’arbre y reste vecteur d’attention divine.

Il n’empêche : les anciens dieux ont la vie dure, et la faim cruelle. En témoignent les rites « païens » associés aux arbres, que dénoncent les Prophètes en d’autres lieux de l’Ancien Testament. Au VIIIe siècle avant J.C., s’indignant aux crimes d’Israël, Osée dénonce une dévotion aux arbres où l’aspect divinatoire, évoqué sur le mode de la dérision, rappelle cependant la fonction du chêne oraculaire : « Mon peuple consulte son morceau de bois et c’est son bâton qui le renseigne […] ; ils sacrifient sur le sommet des montagnes, ils brûlent leurs offrandes sur les collines, sous le chêne, le peuplier, le térébinthe ; on est si bien sous leurs ombrages ! » Au VIe siècle, Isaïe s’indigne d’un culte des arbres, ou en rapport avec l’alliance arbre / rocher / grotte, culte associé à des sacrifices humains – alors que ces pratiques avaient probablement disparu dans la Grèce contemporaine : « Vous qui vous excitez près des térébinthes, sous tout arbre verdoyant, immolant des enfants dans les ravins, les fissures des rochers ». Son contemporain Ézéchiel annonce leur châtiment : « Vous saurez que je suis YHWH quand leurs cadavres, percés de coups, seront là parmi leurs idoles, tout autour de leurs autels, sur toute colline élevée […], sous tout arbre verdoyant, sous tout chêne touffu, là où ils offrent un parfum d’apaisement à toutes leurs divinités » [19]. L’allusion aux « arbres verdoyants » fait supposer une préférence pour les sempervirents comme le pistachier lentisque et le chêne Quercus calliprinos [20]. Au temps d’Eusèbe de Césarée (IIIe-IVe siècles) et de Saint Basile (IVe siècle), on venait en pèlerinage à un chêne de Mambré, supposé témoin de la Genèse. Au XIVe siècle, John Mandeville, voyageur anglais, dit avoir vu sur le Mont Mambré les restes d’un vieux chêne contemporain d’Abraham, desséché à la mort du Christ. Et c’est bien cet événement-là qui, en Occident, décide de la fin de l’arbre intercesseur comme confident des saisons païennes : il a une fois pour toutes légué son pouvoir et ses alliances à la Croix, cet arbre du sacrifice qui deviendra le repère absolu d’une renaissance libérée des cycles.

Dans les mythes et les cultes des peuples non-méditerranéens, Germains en particulier, le chêne tient une place tout aussi importante, et s’y retrouve souvent associé à un dieu tonnant, double boréal de Zeus, dont le Thor germanique est la forme la plus connue. Le bois sacré des Germains et des peuples nordiques, comme sans doute celui des Latins, est un vestige probable de la forêt primaire. Là, le chêne « est la présence du dieu sans être ce dieu lui-même, comme l’indique clairement l’adoration plus particulière qu’avaient les Germains pour les chênes foudroyés et qui en portaient la marque. Si le tonnerre est le langage de Zeus, l’arbre brisé est le témoignage permanent de cette parole fugace. » [21] Au point qu’on vénère comme pilier cosmique et axe du monde un tronc de chêne ainsi désigné par les puissances célestes, arbre mort taillé en colonne ou en pyramide. En 772, Charlemagne abattit cet Irmensul des Saxons [22] – lequel, aussi bien que le menhir ou l’obélisque, n’est pas sans préfigurer le clocher de l’église chrétienne. Au XIe siècle, on pratiquait encore des sacrifices humains dans le sanctuaire d’Upsal, au sud de la Suède : « Pendant neuf jours, on immolait chaque jour six victimes dont chaque fois un homme. Les dépouilles étaient immédiatement suspendues aux arbres du bois sacré qui entouraient le temple » [23]. Dans le domaine celtique du nord de la Gaule, ce sont des arbres coupés et replantés, voire des poteaux, qui tiennent lieu d’enclos sacré. On y suspend des trophées : corps et armes des ennemis tués au combat, ou sacrifiés. Dans les sanctuaires de Gournay-sur-Aronde et de Saint-Maur, le lieu central du sacrifice « est une grande fosse où se faisaient les offrandes animales, et où surtout elles pourrissaient » ; ce qui laisse entendre un culte « tourné vers le bas », vers les forces souterraines. Non attestées antérieurement au IIIe siècle avant J.C., ces pratiques originaires de l’Asie centrale et septentrionale semblent avoir été importées des régions du sud-est de l’Europe et de l’Asie Mineure par des peuples migrants, dont les Belges faisaient partie. « Seul l’usage du bois importait ; à défaut d’arbre sur place, et pour permettre le déplacement, une simple perche pouvait être utilisée. Le trophée se transformait alors en un étrange épouvantail humain, comme en décrit Hérodote […] à propos des Scythes » [24] – comme l’est aussi, d’une certaine façon, la croix des suppliciés, où l’arbre schématisé n’est plus dressé que comme l’image terrorisante du pouvoir judiciaire, militaire ou politique.

Dans le cas des rituels qui se satisfont de l’arbre mort ou de sa représentation symbolique, la fonction de bois de justice laissée dans son registre propre, il n’est pas sans intérêt de souligner leur lien, fût-il circonscrit dans l’espace et le temps, avec la dévotion aux forces souterraines : un arbre coupé ou un poteau ont perdu leur pouvoir naturel de relier avec l’en-haut. Par contre, l’acte même de les enfoncer en terre peut affirmer une volonté de communiquer avec l’en-bas. En ce qui concerne la Gaule septentrionale, ces pratiques ont lieu dans une région en grande partie déboisée depuis au moins le début de l’âge du fer, où il n’est peut-être pas étonnant qu’une société sédentarisée dans un paysage ouvert par l’agriculture ait perpétué des traditions cultuelles de gens des steppes. « C’est un bien curieux rôle que joue l’arbre dans le trophée celtique. Il n’est plus seulement moyen de communication du bas vers le haut, des hommes aux dieux. Il est, au sens littéral, porteur de message, message qui serait une offrande lui collant à l’écorce. » [25] Mais, si l’adresse aux dieux célestes reste possible, la plantation de l’arbre ou du pieu à trophées semble avoir une forte connotation chthonienne, la dépouille dont le sang s’égoutte sur le sol remplaçant le feu sacrificiel dont la fumée s’élève dans les branches vivantes [26].

Qu’il s’agisse, en Grèce ancienne, d’affirmer la suprématie d’un pouvoir ou d’un régime politique sur un autre, chez les Latins d’étendre une hégémonie fondée sur la consommation du monde, ou bien, pour les chrétiens, d’asseoir la primauté d’un nouveau dieu débarrassé de tout intercesseur parmi les êtres naturels, faisant de l’homme même son temple, cela s’exprime dans la destruction pure et simple du bois ou de l’arbre sacrés. Comme on l’a déjà vu, le problème du relogement des dieux n’encombre guère les conquérants. Au Ve siècle, Hérodote raconte que le Spartiate Cléomène, après avoir massacré les Argiens qui s’étaient réfugiés dans le sanctuaire d’Argos, « sans respect pour le bois sacré lui-même, l’avait fait incendier » [27]. Lucain, au Ier siècle avant J.-C, conte, lui, la terreur des soldats forcés d’abattre le bois sacré des Messaliotes, si vive que le général de César lui-même dut donner l’exemple et prendre la cognée, assumant seul la responsabilité du sacrilège : il fallait du bois de charpente pour bâtir les instruments du siège de Marseille (en 49), et le pays était déjà entièrement déboisé [28].

Pendant les premiers siècles chrétiens, les cultes associés aux vieux arbres traversaient sans peine les larges mailles des premiers réseaux de la foi nouvelle, dont les propagateurs mirent bien du temps à extirper un paganisme aussi solidement enraciné que les chênes eux-mêmes, et toujours prêt à rejeter de souche. Les chrétiens ne furent pas les derniers à s’adonner ou à revenir au culte du feu, des arbres, des fontaines. En 443 (ou 452), le deuxième concile d’Arles met en garde ces égarés, et même leurs évêques : « Si, sur le territoire placé sous la juridiction d’un évêque, des infidèles allument des torches, s’ils vénèrent des arbres, des fontaines ou des pierres et que l’évêque néglige de déraciner ces pratiques, qu’il se sache prévenu de sacrilège » [29]. Dans le capitulaire de Leipzig de 743, le « culte des forêts que l’on nomme Nimidas » est condamné comme superstition [30]. À l’apogée du Moyen Âge, en Europe occidentale, même si la dévotion ouverte à des divinités associées à la forêt semble révolue, il subsiste, outre un fonds de croyances populaires très vivace, des recours insidieux à l’image du chêne à l’intérieur même des églises gothiques. En Angleterre, feuilles et glands sont souvent représentés sur les croisées d’ogives, les chapiteaux, ou en d’autres lieux peu accessibles aux regards.

Au début du XIXe siècle encore, à Cuse, dans le Doubs, on allait en pèlerinage jusqu’à « une douzaine de chênes énormes […] nommés par le peuple les Chênes bénits ». On y dressait un reposoir à la Fête-Dieu. Bien que « plusieurs de ces arbres vénérés [eussent] été ornés de croix et de madones », on peut supposer une mémoire de bois sacré païen, car, après sa destruction en 1832 sur ordre de « l’Administration », il n’y eut plus jamais de vendanges ni de récoltes aussi bonnes qu’auparavant [31] constat où les gens du pays reconnaissaient implicitement la relation immémoriale entre ces arbres consacrés et la fécondité du sol. Évocation de lucus, aussi, que le « chêne beignet » qui existait encore à Neuillé (Maine-et-Loire) au milieu du XIXe siècle : il était entouré d’un cercle de grosses pierres ; tous les ans, à la Chandeleur, les bergères, qui apportaient chacune œufs, huile ou farine, y faisaient des crêpes ou des beignets, survivance possible d’anciennes offrandes d’un culte lunaire associé à la fête celte du printemps de début février, et dansaient jusqu’à la nuit dans le vieil enclos magique [32]. En Lithuanie comme en Lettonie, où le christianisme ne pénétra qu’au XIVe siècle, des cérémonies associées au culte des morts, dans des bois à caractère sacré, survivaient encore à la fin du XXe. Et les « arbres à clous », où l’on vient ficher son vœu à coups de marteau, comme ceux, souvent des chênes, qui endossent les maux représentés par des morceaux d’étoffe, voire des pansements, se rencontrent toujours çà et là dans nos pays, certains aussi visités que des sanctuaires de guérison, remémorant, aussi bien que le « chêne beignet », l’arbre abattu par Érysichthon l’impie.

Les saints ermites des premiers temps du christianisme usèrent de divers stratagèmes pour détourner le peuple des croyances associées aux arbres, non sans se rappeler les méthodes expéditives des conquérants latins. Dans les pays de tradition celtique, des saints Colman, Colomban, Ronan et quelques autres, n’hésitèrent pas à bâtir leur hutte sous les vieux chênes consacrés par les rituels druidiques, prouvant par là que leur dieu, non seulement ne craignait pas la concurrence des divinités du haut feuillage (ou du sous-sol), mais saurait bien les réduire au silence – ne serait-ce qu’en s’en faisant des alliés. Fût-ce après la mort du propagateur de la nouvelle foi : Ronan (Ve ou VIe siècle), vénéré en Armorique, conduisit lui-même, défunt, un chariot tiré par quatre bœufs « au centre de la forêt, où étaient les plus grands chênes […]. On comprit ; on enterra le saint et on bâtit son église en ce lieu. » [33] Preuve parmi bien d’autres du recouvrement des cultes, et déjà dans la simple occupation du sol consacré. Colomban [34], lui, de son vivant (VIIe siècle), habitait sous un chêne. L’arbre était si redouté que, lorsqu’un orage l’abattit après la mort du saint, personne n’osa porter la main sur sa dépouille, sauf un tanneur peu scrupuleux qui, avec l’écorce, traita un cuir dont il se fit des souliers. Mal lui en prit car, les ayant chaussés, il fut envahi par la lèpre. Ce genre de punition, fréquent dans l’hagiographie en relation avec l’arbre, évoque tout à fait les rancœurs habituelles aux dieux de la mythologie : au saint la vertu, la charité, le pardon ; à l’arbre (des païens) la basse vengeance. Au VIIe siècle encore, en Pays de Caux, saint Valéry, « farouche destructeur d’arbres sacrés », abattit un chêne « sculpté d’images superstitieuses ».

Tous ces apôtres de la foi s’appliquèrent à démontrer à leurs catéchumènes que les divinités alliées aux arbres n’étaient autres que des démons – ce qui revenait, en rompant les alliances, à « déciviliser » le monde végétal. Cela prit du temps. Les vieux chênes qui avaient survécu au zèle des missionnaires furent christianisés. On ficha des croix sur les arbres ; mais ce furent surtout des images de la Madone qui remplacèrent les divinités sylvestres dans le creux des vieux troncs ou à même l’écorce, le chêne retrouvant ainsi, tout naturellement, sa probable alliance originelle avec la Grande Déesse. Souvent, quand il ne s’agissait pas d’apparition entraînant un culte, on « trouvait » une statue cachée dans les branches. Il arrivait aussi que, les années passant, une figure fixée au tronc se fasse recouvrir, et à la longue absorber entièrement par le bois, préparant la découverte future, lors d’un abattage, d’une vierge miraculeuse. La dendrophilie de Marie se manifestait par une obstination têtue à regagner « son » chêne (ou son hêtre, son orme, voire son sapin), lorsque des fidèles, trouvant le gîte indigne de la mère de Dieu, rapportaient sa statue dans une maison particulière ou dans une église. Ainsi de la vierge associée au chêne de Dury, en Picardie, arbre mort vers 1900, où l’on avait découvert anciennement une statue de la Vierge remontant au Moyen Age : cette statue était retournée d’elle même près de l’arbre [35]. Tout comme la Grande Mère des anciennes forêts, ou la Cérès latine, Marie punissait ceux qui attentaient à ses arbres ou dérobaient ses images votives. Mais aussi, à la façon de ses aïeules païennes, elle savait mettre en garde le bûcheron sacrilège : les arbres (re-)consacrés saignaient quand on les frappait de la hache, ou bien leur bois tranché montrait l’image de la croix.

Peu à peu, entre déboisements et domination absolue de la religion chrétienne, relayée par une raison instituée aussi soupçonneuse à son égard qu’envers les anciens cultes, les dernières traces de dévotion ostensible associée aux arbres se perdirent. Expulsés de leur demeure d’écorce, passés à l’anonymat, interdits de toute expression, les esprits de la forêt continuèrent cependant de hanter les territoires dont ils étaient dépossédés, se réfugiant au besoin dans ceux de l’inconscient – où il semble vain d’espérer les dépister jamais tout à fait. L’Église abattit les dieux anciens, mais ne put contenir la prolifération dans les siècles d’une vaste descendance de fées, enchanteurs, sorcières, gnomes et autres créatures plus ou moins fréquentables, dont l’univers du conte fait toujours sa population favorite. C’est que, image éternelle dans l’imaginaire, l’arbre, tout désacralisé qu’il est, reste un objet (un être) éminemment sacralisable. Par lui-même, sans aucune caution supérieure manifeste, il produit de l’étonnement, de l’émotion, une ébauche de vertige métaphysique en accord avec son aptitude à résumer le cosmos, de l’inquiétude aussi ; et c’est un creuset très apte à la genèse de la ferveur, autant que de la frayeur.

Aussi, un peu partout en Europe, la mémoire du chêne, sinon comme intermédiaire du sacré, du moins dans son rôle de vecteur « d’énergie », mémoire qui se renouvelle sans cesse dans la rencontre avec l’arbre même, a-t-elle traversé les siècles et perdure-t-elle de nos jours. S’il est peu probable qu’on cueille encore des feuilles sur les sujets frappés par la foudre, pour les garder sur soi en talismans protecteurs et gagner en « force », certains continuent d’aller dans les bois pour étreindre un grand chêne, ou s’appuyer à son tronc un long moment, afin que la vigueur et le calme de l’arbre les pénètre et les conforte. Rencontre d’arbre à homme, sans contingences divines reconnues, petite cérémonie à soi seul où s’instaurerait peut-être un dialogue dédramatisé avec le symbole retourné à son essence. Mais la soif inextinguible de ritualisation, de théâtralité cultuelle ouverte à tous les jeux hiérarchiques, ressuscite çà et là des cultes forestiers du week-end, où le druide le dispute au chaman à grands renforts d’aubes pur lin et d’encens garanti sans additifs de synthèse. Ce qui a peu d’effet sur la trans-amazonienne, le sacrifice au dragon japonais de toutes les forêts primaires du pourtour pacifique, ou la gestion à courte vue de bien des massifs européens.

Certains ont avancé que la christianisation, dans son obsession à convertir les esprits des bois en démons, aurait fini par substituer la crainte à une quasi-familiarité initiale permise par l’instauration du lucus consacré, où le sacrifice, préalable à toute activité en forêt, écartait d’avance la menace : au sens strict, on laissait sa peur aux lisières. À l’inverse de son prédécesseur, l’arbre support de dévotion chrétienne aurait ainsi fermé l’accès à la forêt (si ce n’est à l’ermite, aux réprouvés et aux bandits), forêt dont il s’est ostensiblement détaché. Si l’histoire est sans doute moins simple, il reste que, au seuil du troisième millénaire, le citoyen qui navigue sur Internet ne s’aventure pas seul, la nuit, dans un bosquet – et même, en plein jour, on le surprendrait plus d’une fois à jeter des coups d’œil inquiets en arrière. Si l’on déploie volontiers la table de pique-nique, le dimanche, au bord des allées ou dans les aires aménagées des forêts suburbaines, on s’empresse quand le soir vient de plier bagages, et pas seulement à cause des risques d’agression (le mal-intentionné restant, passé une certaine heure, le seul occupant humain des bois). Car les rôles officiels de « poumon vert » et « de forêt de loisir » ne découragent en rien les esprits malins passés du fourré sylvestre à celui, au moins aussi accueillant, du mental. Cette crainte essentielle, dont les enracinements majeurs suivent ceux des arbres, est sans analogue dans nos relations à la nature, en Occident : ni la mer ni le désert ni la montagne ne nourrissent des peurs aussi profondes que celles de la forêt, dernier lieu de rencontre objective avec nos monstres – hors l’espace habité dont on sait la richesse, déjà, en succédanés de cavernes et de labyrinthes.

À la fin des années 1980, le chêne-chapelle d’Allouville attirait à peu près 200 000 visiteurs chaque année. Comme l’arbre présentait de sérieux signes de dépérissement, certaines instances administratives envisageaient, en cas d’inefficacité des traitements de survie, d’assurer sa conservation par injection de résines de synthèse. On dira : mort, le chêne sacré des Germains restait bien vénéré ; pourquoi pas l’arbre élevé au rang de monument historique ? La question reste toutefois posée de ce qui est vu de l’arbre, de ce que son image révèle ou recouvre pour l’homme des villes au nouveau détour des millénaires, alors que tout un courant de pensée, dans les sociétés industrialisées, amorce un regain d’alliance de l’arbre et du sacré, sur des modes pour le moins confus et surtout régressifs. Ceci intervenant dans un contexte qui rappelle celui du plein temps des cultes associés aux forêts, dans nos contrées : ils entérinaient les succès d’une civilisation issue des grands défrichements, capable d’avoir instauré de véritables parcs naturels des dieux ; ils ressuscitent sous de nouvelles formes au moment où la déforestation accélérée des zones intertropicales, comme l’éradication, moins connue mais tout aussi brutale, des dernières forêts primaires tempérées de l’Hémisphère Nord, en même temps que l’extension de la forêt-usine à bois, semblent vouloir conclure par le désert, ou la simplification ultime des milieux, l’histoire ambiguë des relations de l’homme et de l’arbre.

Dans le centre de l’Ile de Vancouver, sur la côte ouest du Canada, les compagnies forestières qui traitent la couverture boisée comme champ de maïs (mais abandonné, après la coupe rase, au seul bon vouloir des pluies), ont fait don à l’Etat de Colombie Britannique d’un peuplement relique de douglas énormes, vestige de la forêt primaire au milieu de la dévastation des coupes à blanc. Cette « Cathedral grove » (futaie-cathédrale), lieu de promenade extatique sanctifié par un appareil d’ex-voto (parfaitement intégré au site) qui célèbre tout autant l’ancienneté prodigieuse des arbres que la générosité de la mafia arboricide, s’apparente au lucus de l’Antiquité méditerranéenne. On laisse à l’entrée l’ostentation grotesque du 4×4 aux jantes chromées ; on baisse la voix ; on prend garde de n’abandonner aucune souillure, fût-elle témoin, comme la boîte de Coca-cola, du raffinement atteint par les processus civilisateurs ; on dame malgré tout le sol, car l’accès n’est pas réglementé comme dans les parcs nationaux aux cheminements définis avec rigueur [36] mais que l’asphyxie des racines finisse par tuer les arbres, les nouvelles divinités du week-end s’offusqueraient-elles d’une mort par excès de dévotion ? Cette halte routière aménagée, qui donne vraiment accès au temps d’avant la conquête, d’avant la ville et la consommation du monde, assure à la cité encombrée de temples contradictoires un arrière-plan de simplicité unificatrice, dans la connivence avec les puissances natives, où le jogging ne contredit pas le « resourcement », ni le caméscope la conscience rassurante de la permanence des témoins d’origine, bienveillants, tellement capables de passé qu’ils en confortent l’avenir. Illusion pareille à celle qui, hors du lucus intouchable, ne voyait que civilisation là où la dévastation préparait la fin des empires.

À un pôle, la pseudo-sacralisation consumériste des garants d’origine, l’embaumement de l’arbre pharaonique en limite de décrépitude, qu’il n’est pas exclu de voir un jour feuillu de plastique, sorte de diorama de plein-air à la gloire du chêne « sacré », la reconstitution valant pour réalité quand celle-ci est suffisamment vertigineuse. De l’autre, le saccage effréné des forêts primaires dans l’écho dérisoire des conférences de Rio et d’ailleurs – et l’écologie mystique comme alternative au recul des arbres, assimilé à celui des âmes. Y a-t-il alors quelque part pour l’arbre, en notre temps, une place qui ne soit ni fictive, ni évasive (le paysage, l’ornemental, l’arbre urbain), ni menacée, ni faussée ? Peut-on prêter attention au devenir du monde quand on ignore les arbres ? Peut-on ne pas douter de l’homme quand on les célèbre à l’excès ? Le test dans lequel l’arbre enseigne certains traits fondamentaux d’une personnalité trouve son répondant au niveau des sociétés : on a certes l’arbre et la forêt de son histoire, mais celle de l’inconscient collectif ne peut plus rester, ici, à l’arrière-plan. Car la question de la culpabilité foncière à l’égard du monde des arbres est loin d’être résolue. Elle fait son chemin sous de nouveau visages, chez les nouveaux prophètes de la Terre pour la Terre, toute justice chez les hommes devenue contingence encombrante du retour aux supposées lois naturelles. Aussi peut-on peut craindre de nouveaux sacrifices.

Ces histoires ne se prêtent, à l’évidence, à aucune conclusion. Nul, d’ailleurs, si ce n’est dans l’ordre de la croyance, ne saurait proposer une lecture tout à fait intelligible de l’être qui l’est le moins, irréductiblement double dans ses partages profonds tant du côté obscur que dans la clarté, de surcroît privilégié jusqu’à la gloire dans les vassalités du temps. Accomplissement d’ambiguïté, aussi retenu par ses quêtes sans fin dans l’inconnaissable que capable d’effusion dans la connivence des oiseaux, témoin d’absolue confiance mais exposé au foudroiement, l’arbre, dans son essence, est de tous les objets terrestres celui qui s’apparente le plus à la psyché humaine. Qu’il ait tenu lieu, dans bien des sociétés, de père (ou de mère) des hommes, n’est pas une attribution plus étonnante que son rôle dans le cabinet du psychologue, où il intervient de surcroît dans l’essai de compréhension de l’enfant. Il ne faudrait cependant pas négliger une fonction essentielle de l’arbre-symbole, si rarement énoncée qu’on pourrait s’interroger sur les raisons de cette censure même : il nous enseigne que la psychologie des profondeurs ne peut aller sans celle des hauteurs, dont on laisse à tort l’exclusivité à la métaphysique.

Déraciné de l’ombre, débranché du ciel, collaborateur estimé d’une société responsable, compagnon de boulevard, patriarche de square, l’arbre n’en est pas pour autant civilisé. Apprivoisé comme individu, il reste sauvage comme peuple (fût-il tenu en bon ordre). Et aussi longtemps que nous serons capables de crainte, ce peuple-là aura son mot à dire dans les pactes de l’âme et du monde, où rien n’a jamais été acquis dans l’illusion paradisiaque. La cruauté des premiers sacrifices est sans commune mesure avec celle qui parraine le cours des valeurs boursières, dont les rituels négateurs de vie ne sont jamais très éloignés de la corbeille. Entre la régression vers les uns et l’acquiescement implicite aux autres, il y a une réflexion toujours et plus que jamais nécessaire, dans la dialectique originelle du noir et de la clarté, dans la poétique d’un arbre libéré des mythes anciens, laissé à sa puissance de production d’images, capable de fournir à notre temps de nouveaux repères dans l’obscur.

Il est important pour notre paix que la forêt demeure terrible, qu’on y lutte sans fin contre le dragon, car il veut passer une fois pour toutes la lisière et s’installer parmi les hommes. Le costume trois-pièces lui va aussi bien que la tunique de l’ascète imprécateur.

Pierre Lieutaghi.

 

Ethnobotaniste et écrivain.

Il a créé pour le prieuré de Salagon, dans les Alpes de Haute Provence, un jardin ethnobotanique à plusieurs facettes, véritable conservatoire des plantes ou herbes qui sont utilisées depuis des siècles.

Il a publié une dizaine de livres dont Le livre des arbres, arbustes et arbrisseaux, ou encore, Le livre des bonnes herbes, tous deux chez Actes Sud.

https://sniadecki.wordpress.com/2013/06/16/lieutaghi-foret/ 

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Notes:

[1] Pline, Hist. nat., 16, 6. César, au siècle précédent, dit que cette « forêt hercynienne », qui « commence à la frontière des Helvètes […], et, en suivant la ligne du Danube », va vers l’est, « a une largeur équivalente à huit journées de marche d’un voyageur légèrement équipé ». Quant à son étendue, « il n’est personne, dans cette partie de la Germanie, qui puisse dire qu’il en a atteint l’extrémité, après soixante jours de marche, ou qu’il sait en quel lieu elle se termine » (Guerre des Gaules, 6, 25 ; trad. L.-A. Constans, Les Belles Lettres, 1967).

[2] Pline, Hist. nat., 16, 6.

[3] Virgile, Enéide, VIII, 314s., trad. J. Perret, Folio, 1993, p. 254.

[4] À la fin du XIXe siècle, encore, « c’est du tronc d’un chêne que les enfants piémontais les plus naïfs [s’imaginaient] avoir été retirés par leur mère », tandis qu’en Allemagne « les petits enfants se [croyaient] sortis d’un arbre creux, ou d’une vieille souche » (Gubernatis, Mythologie des pi, 1, p. 9). Ces arbres qui engendrent des hommes se retrouvent dans un grand nombre de cultures.

[5] Grec, drus, « chêne ». À l’origine, arbre en général : les dryades habitent alors les arbres de toute espèce, non seulement les chênes. Si drus se spécialise de bonne heure en Grèce, ainsi chez Homère où il désigne l’arbre par excellence, c’est un mot construit sur une racine indo-européenne bien antérieure, qui dit la confiance, le respect, la loyauté (cf. l’anglais trust, « confiance », l’allemand treu, « fidèle », etc.). Ce n’est donc pas l’arbre au bois solide qui suscite métaphoriquement les concepts de fermeté, résistance, fidélité, mais ces qualités de l’âme qui seront un jour transférées au chêne, dans le sud-est de l’Europe (cf. É. Benveniste, Le vocabulaire des institutions indo-européennes, 8, éd. de Minuit, 1969, p. 103).

[6] Odyssée, 14, 328-29, trad. M. Dufour, J. Raison, Classiques Garnier, 1988.

[7] Hérodote, L’enquête, 2, 55.

[8] Vues du bord des conquérants, les alliances avec les dieux sont naturellement interchangeables.

[9] De numen,-inis, « divinité, puissance divine ». Ce qui appartient à l’indicible, au terrible, aux volontés supérieures – où se reconnaît le divin. Terme fréquent chez C.G. Jung.

[10] P. Gallais & J. Thomas, « L’arbre et la forêt dans l’Enéide et l’Eneas », 2, p. 159.

[11] P. Grimai, Les jardins romains, Fayard, 1984, p. 68, p. 170. « Nemus, à mi-chemin entre le sacré et l’esthétique, finit par désigner tous les bosquets de jardins qui, eux non plus, ne sont jamais purement profanes. »

[12] On rappellera que la langue française, en manière de dérision quelque peu cathartique, qualifie de « dragon » une femme considérée comme terrible.

[13] Toutes les citations de ce paragraphe sont tirées de H. Broise et J. Scheid, « Etude d’un cas : le lucus deae Diae à Rome », in Les bois sacrés, Actes du colloque international de Naples, Collection du Centre Jean Bérard, n° 10, Naples, 1993.

[14] D. Briquel, « Les voix oraculaires », dans Les bois sacrés, loc. cit., p. 77-90, 1993.

[15] Ovide, Les métamorphoses, 8, 738-843s., trad. J. Lafaye, Les Belles Lettres, 1970.

[16] R. Graves, Les mythes grecs, 24, b, note 4.

[17] Beitin, près de Ramallah, en Cisjordanie. Bethel est vraisemblablement un doublet du sémitique bétyle, « maison de dieu », pierre dressée qui témoigne de l’échange entre l’homme et la divinité. L’alliance de la pierre et de l’arbre est une constante des anciens cultes, qui ne peut être développée ici. Josué, cité plus bas, dresse ce genre de borne-menhir près du chêne de Sichem.

[18] Respectivement : Genèse, 12, 6/18, 1/35, 4/35, 8 ; Josué, 24, 26.

[19] Respectivement : Osée, 4, 12-13 ; Isaïe, 57, 5.

[20] Il y a peu de grands chênes en Palestine/Israël. Le plus notable est sans doute le chêne du Mont Thabor, Quercus ithaburensis, arbre semi-persistant du groupe œgylops. Mais c’est aussi, et surtout peut-être, à ce Q. calliprinos, ou « chêne de Palestine », proche du chêne kermès, susceptible de parvenir à un âge très avancé, que s’appliquent à la fois « chêne touffu » et « arbre verdoyant ».

[21] J.-L. Brunaux, loc.cit., p. 61, 1993.

[22] Ou Irminsul, « la colonne universelle ».

[23] Adam de Brème, Descriptio insularum aquilonis, 26, 27. Cité par J.-L. Brunaux, ibid. Upsal (Uppsala) est sur la limite nord de l’aire du chêne pédoncule, mais d’autres essences peuvent avoir été impliquées dans ces rituels.

[24] J.-L. Brunaux, Les bois sacrés, p. 62, 1993 [citation d’Hérodote : L’enquête, 4, 64].

[25] J.-L. Brunaux, ibid.

[26] À ce titre, la croix chrétienne n’est pas non plus sans un rôle d’instrument à descendre chez les morts, où il est dit que le Christ séjourna pendant trois jours avant la résurrection. Et beaucoup de figurations du tombeau d’où il va resurgir évoquent la grotte oraculaire où l’on entend la voix des dieux profonds.

[27] Hérodote, L’enquête, 6, 76 (trad. A. Barguet, La Pléiade, 1964). Les choses se passent entre 500 et 495. Le sacrilège (parmi d’autres) n’est pas sans punition : à son retour à Sparte, Cléomène devient fou et finit par se suicider par auto-lacération.

[28] Lucain, Pharsale, 3, 399-428.

[29] Edouard Salin, La civilisation mérovingienne d’après les sépultures, les textes et le laboratoire, 4 vol., Paris, 1950-59, 4, p. 52.

[30] Ibid., p. 482-83.Nimidas est à rapporter au latin nemus.

[31] Thuriet, Trad, popul. Hte-Saône et Jura, p. 350, 1892.

[32] Sébillot, Folkl. Fr., La flore, pp. 83-84.

[33] Renan, Souvenirs d’enfance, chapitre 2.

[34] Sans doute pas un ascète maigrichon : d’après le Dictionnaire des Saints de Dom Philippe Rouillard (R. Morel, 1962), il tuait les ours à coups de poings.

[35] À la Révolution, on avait tenté d’abattre ce chêne, mais « le fer ne put y faire que des entailles insignifiantes » (M. Crampon, Le culte des arbres et de la forêt en Picardie, p. 191,1936).

[36] Les espaces aménagés des fragments de forêts primaires qui subsistent de nos jours dans des pays développés comme les États-Unis, le Canada ou la Nouvelle-Zélande, ont une sorte de fonction de narthex du temple végétal ; mais on doit se tenir dans ces vestibules ; le nouvel espace consacré interdit l’accès à la forêt-vestige, laissée au bon vouloir du temps. Le soin extrême qui préside à l’installation des sentiers ou des édicules, les barrières qui interdisent l’approche des plus vieux arbres, valent comme actes de célébration implicites – parfois à quelques mètres seulement des zones entièrement déboisées.

mardi, septembre 15 2015

Fragmentation des écosystèmes : les effets seront pires que prévu

La fragmentation d’un écosystème naturel consiste en la division du paysage (bois, plaines, forêts…) en lieux plus petits et isolés, séparés par des paysages transformés par l’Homme (champs agricoles, villes, canaux, etc.). Une étude à grande échelle révèle que ce processus est une véritable bombe à retardement : la division des habitats naturels aura des effets négatifs à long terme non seulement sur la biodiversité des écosystèmes mais aussi sur leur fonctionnement. Contrairement à ce que pensaient les biologistes jusqu’à maintenant, les conséquences les plus visibles des fragmentations en cours ne seront détectables que dans 15 à 20 ans…

Pour cette étude de grande envergure, une équipe internationale a d’abord analysé l’évolution du couvert forestier terrestre en se basant sur des données satellitaires mondiales. Cette équipe est composée d’une trentaine de scientifiques issus de sept pays (France, États-Unis, Canada, Brésil…) et menés par un consortium international de chercheurs, comprenant Jean Clobert de la Station d’écologie expérimentale du CNRS à Moulis (Ariège).

Leurs résultats sont alarmants : ils révèlent que dans plus de 70 % des cas, où que l’on soit dans la forêt, la lisière (limite entre deux milieux, par exemple entre une forêt et une prairie, une clairière, une plage…) se situe à moins d’un kilomètre. La lisière présente des conditions microclimatiques et écologiques particulières et parfois des micro-habitats spécifiques, favorables ou au contraire défavorables aux espèces des milieux adjacents. Elle est pour cette raison, soumise à une dynamique écopaysagère propre. On parle d’« effet-lisière » (ou « effet-bordure ») qui induit tout un ensemble d’effets négatifs notamment sur les espèces originelles dont le nombre peut chuter à la faveur, entre autres, de l’arrivée d’espèces envahissantes.

Le Métatron est un des sept dispositifs expérimentaux grâce auxquels les auteurs de l’étude ont pu obtenir des données pour leur analyse des effets de la fragmentation sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. Cet équipement unique au monde dépend de la Station d’écologie expérimentale du CNRS de Moulis. Il est implanté en Ariège. © CNRS Photothèque, Quentin Benard (photo de gauche), Dominique Joly (photo de droite)
Le Métatron est un des sept dispositifs expérimentaux grâce auxquels les auteurs de l’étude ont pu obtenir des données pour leur analyse des effets de la fragmentation sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. Cet équipement unique au monde dépend de la Station d’écologie expérimentale du CNRS de Moulis. Il est implanté en Ariège. © CNRS Photothèque, Quentin Benard (photo de gauche), Dominique Joly (photo de droite)

Réduction de la biodiversité de 13 à 75 %

L’équipe a ensuite étudié les données recueillies de 10 expériences de fragmentations à long terme, dont certaines sont en cours depuis plus de 35 ans. Celles-ci sont menées sur des espaces grandeur nature sur divers types d’écosystèmes (forêts, plaines…). Les chercheurs se sont surtout intéressés à l’évolution du nombre d’espèces vivant sur ces parcelles au fil des années. Là encore, le constat est inquiétant. La fragmentation, notamment due à la déforestation dans les régions tempérées et tropicales, réduit la biodiversité de 13 à 75 % et détériore des fonctions clés des écosystèmes comme le recyclage de la matière organique.

Les effets sont plus marqués dans les fragments les plus petits et les plus isolés et s’amplifient avec le temps. « Plus que jamais, il est urgent d’adopter des mesures de conservation et de restauration des milieux naturels confrontés à la fragmentation. Cela est crucial pour endiguer les problématiques d’extinctions d’espèces et maintenir le bon fonctionnement des écosystèmes », insiste Jean Clobert, directeur de la Station d’écologie expérimentale du CNRS à Moulis.

Afin de déterminer plus rapidement les causes des effets à long terme de la fragmentation (en 2-3 ans contre 15 à 20 ans) et d’étudier l’interaction entre fragmentation et ","matchindex":"\u221ee5d0f022526809f711848941c0ffbb4e\u221e","matchcontent":"r\u00e9chauffement climatique"}" fs:xt:clicktype="N" fs:xt:clickname="clic-content::definition::13827-Rechauffement-climatique">réchauffement climatique, les chercheurs préconisent l’utilisation de modèles de fragmentations plus petits que les expérimentations grandeur nature. Le modèle « Métatron », développé par l’équipe de Jean Clobert sur la Station d’écologie du CNRS à Moulis, fera partie des outils expérimentaux choisis pour prévoir ces effets à long terme.

Source : http://www.futura-sciences.com/magazines/nature/infos/actu/d/foret-fragmentation-ecosystemes-effets-seront-pires-prevu-58248/

dimanche, mai 31 2015

Récifs artificiels : la fin de l'immersion des pneus en mer

Durant les années 1960, des millions de pneus ont été immergés près des côtes et ce pour la bonne cause : créer des récifs artificiels devenant des havres de vie. Mais l'idée n'était pas bonne car les animaux marins n'apprécient guère les hydrocarbures dont sont imprégnés les pneumatiques. La France se met au diapason pour repêcher ceux qui gisent encore en Méditerranée.



Une partie des 25.000 pneus immergés en Méditerranée entre Cannes et Antibes dans les années 1980 est en train d'être retirée à l'initiative de l'Agence des aires marines protégées, une première pour cet établissement dépendant du ministère de l'Écologie. L'opération pilote, qui porte sur quelque 2.500 pneus et qui se déroule sur un site classé Natura 2000, sera évaluée avant un éventuel retrait de l'ensemble des pneumatiques, en 2016, afin de « restaurer le milieu marin », selon l'agence basée à Brest.

Ils avaient été immergés sur ce site, le plus important en France, afin de développer la production halieutique et soutenir la pêche professionnelle artisanale en recréant un habitat artificiel dans une zone qui en était dépourvue. On pensait alors que les pneus étaient « non polluants » et même « totalement inertes », rappelle l'agence brestoise. Le récif, comme d'autres dans le monde constitués de pneus attachés les uns aux autres, n'a cependant pas résisté à la houle et aux courants et les pneus se sont éparpillés, détériorant le paysage sous-marin et les écosystèmes voisins. Ces récifs « présentent une colonisation nettement moindre que les récifs en béton (40 % de moins) », assure en outre l'agence.

« Si la colonisation n'a jamais eu lieu, c'est parce que les pneus usagés sont recouverts d'hydrocarbures et que leur décomposition progressive libère dans l'environnement des métaux lourds toxiques pour les organismes marins », explique à l'AFP Jacky Bonnemain, porte-parole de l'association écologiste Robin des Bois. « Les pneus ne font pas partie du milieu marin ! » lance, comme une évidence, Gérard Véron, du laboratoire des ressources halieutiques de l'Ifremer (l'institut français de recherche pour l'Exploitation de la mer), mentionnant les « produits toxiques » qui en émanent.

Un exemple vieux de trois mille ans

L'idée semblait bonne, d'autant le déclin des récifs coralliens est préoccupant. Les récifs artificiels ont été utilisés de tout temps dans de nombreuses régions du monde, selon l'Organisation maritime internationale (OMI), qui pointait en 2009 ceux créés il y a environ trois mille ans en Méditerranée : les pierres servant à lester les cages à filet utilisées pour la pêche au thon étaient abandonnées et, avec le temps, s’accumulaient et formaient des sites attirant les poissons. La France a relancé le principe en 1968, notamment sur la façade méditerranéenne, afin d'augmenter la ressource. Pour cela, certains matériaux usagés y ont été recyclés comme des poteaux électriques, des cages d'escalier en béton, des épaves ou, plus tard, des pneumatiques. On compte actuellement 90.000 m3 de récifs artificiels au large des côtes de l'Hexagone, selon l'Agence des aires marines.

Le Japon est cependant au premier rang mondial pour les volumes immergés, avec plus de 20 millions de m3, essentiellement dans un objectif halieutique. Les États-Unis arrivent en deuxième position avec plus de 1.000 sites aménagés dans un objectif récréatif cette fois. En Floride, ce sont ainsi près de deux millions de pneus qui ont été immergés au large de Fort Lauderdale en 1972, sur proposition du géant américain du pneumatique Goodyear. En France, ce sont quelque 350.000 tonnes de pneus usés qui arrivent en fin de vie chaque année, selon des chiffres de 2014 du ministère de l'Écologie. Leur stockage a posé problème jusqu'à l'organisation d'une filière de recyclage en 2003.

« Goodyear avait dit "ça va être utile aux pêcheurs et à la mer" », se souvient Jacky Bonnemain. « C'était pour donner à une action volontaire d'abandon de déchets dans l'environnement un vernis d'utilité », estime l'écologiste. Or, en Floride comme ailleurs, suite aux nombreuses tempêtes et ouragans, les pneus ont fini par se défaire de leurs liens et sont venus s'échouer sur les plages tout en endommageant les récifs coralliens environnants. « La menace est sérieuse », indique le département de protection de l'environnement de l'État de Floride sur son site Internet, dans une présentation de l'opération menée entre 2007 et 2010 pour en retirer une partie, reconnaissant cependant « la complexité » et « l'ampleur du défi ».

Source :http://www.futura-sciences.com/magazines/environnement/infos/actu/d/ocean-recifs-artificiels-fin-immersion-pneus-mer-58205/

mercredi, juin 18 2014

L’Etat brade les forêts françaises aux multinationales

Les services de l’Etat, chargés de conserver et développer les ressources de nos forêts, succombent aux sirènes du lobby industriel : dans le Lot, soixante-dix hectares de vergers à graines forestiers vont être vendus pour destruction à une multinationale. C’est l’avenir des forêts françaises et européennes qui se joue dans cette tractation opaque et malsaine.

Soixante-dix hectares de vergers à graines forestiers, gérés par l’ONF sur la commune de Lavercantière (46) pour les principaux partenaires de la forêt française, sont en passe d’être cédés pour destruction à Imérys Ceramics France-Quartz.

Cette multinationale doit en effet satisfaire à tout prix l’appétit de ses actionnaires et exploiter jusqu’au dernier les galets de quartz situés sous ces vergers. Imérys invoque « des marchés stables, porteurs et la nécessité de sécuriser ses clients ». Les services de l’Etat, pour leur part, ont l’ambition d’en retirer des compensations financières.

Et l’intérêt général, comme celui de la forêt française, où est-il dans tout cela ?

Après avoir déjà détruit une grosse part des landes du FRAU, milieu écologiquement fragile et riche en diversité biologique, et s’en être pris aux restes d’un patrimoine historique médiéval très prisé localement, IMERYS s’apprête maintenant à faire disparaitre le patrimoine biologique et scientifique inestimable que représentent ces vergers à graines forestiers.

Il aura en effet fallu plus de quarante ans aux chercheurs de l’INRA et de l’IRSTEA, en collaboration avec l’ONF et d’autres partenaires de la forêt française, pour les créer. Ce fut de plus un investissement majeur de plusieurs dizaines de millions d’euros consenti durant toutes ces années aux frais du contribuable.

Ces vergers à graines forestiers, à quoi servent-ils ?

- Ils produisent les semences forestières améliorées indispensables à la réalisation de reboisements de qualité. Ils ont déjà fourni près de dix tonnes de graines permettant l’établissement de plus de 150.000 hectares de plantations forestières.

- Ils permettent la conservation de génotypes forestiers remarquables, aujourd’hui disparus en forêt naturelle, à partir desquels des forêts détruites ou dégradées peuvent être reconstituées.

- Ils servent de support à une activité de recherche et de développement dans le secteur forestier, dans le cadre d’une fructueuse coopération européenne.

C’est l’avenir des forêts françaises et européennes qui se joue dans cette tractation opaque et malsaine. Nous, citoyens, avons le devoir de résister individuellement et collectivement à cet abandon du patrimoine national au profit d’une multinationale qui n’a d’autre ambition que le profit.

http://www.reporterre.net/spip.php?article5996

dimanche, février 17 2013

Les herbonautes : Participez au premier herbier numérique !

Suite à la numérisation de l’Herbier du Muséum national d’Histoire naturelle et dans le cadre du programme E-ReColNat, le premier site de sciences participatives consacré aux collections d’herbiers vient d'ouvrir ! Rendez-vous sur : lesherbonautes.mnhn.fr.

Quel est l’objectif ?

Le site « Les herbonautes » propose au grand public de contribuer à la création d'une base de données scientifique à partir des millions de photos des plantes de l'Herbier national situé au Muséum national d'Histoire naturelle à Paris. Avec l’aide des internautes, le site souhaite faire d’une banque d’images une base de données accessible à tous.

Quel est le principe ?

Le site « Les herbonautes » propose des « missions ». Chacune d’entre elles comporte entre 250 et 2500 images de spécimens qui répondent à une question scientifique. L’internaute choisit au hasard une image qu’il devra identifier et renseigner. Il explore alors l’image de la plante et son étiquette et détermine où et par quels botanistes elle a été récoltée.
Afin de valider les données, chacune de ces images sera proposée plusieurs fois sur le site. En cas de contradiction, un forum permet aux participants de discuter et de choisir la donnée la plus pertinente.
A l’issue de la mission, un compte-rendu est diffusé sur le site et les informations sont incorporées à la base de données Sonnerat (base du réseau des herbiers de France), et va alimenter celles de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (http://inpn.mnhn.fr), ainsi que les grandes bases internationales sur la biodiversité (GBIF). L’animation des communautés d’herbonautes se fait en collaboration avec l’association Tela Botanica.

Rien qu’à l’Herbier national, plus de 6 millions de photos sont disponibles. Ce nombredoublera en incluant les autres herbiers de France. Une seule personne mettrait 500 ans pour informatiser la totalité…

Après la numérisation des planches d’herbiers, pourquoi l’informatisation ?

Tout comme un livre dans une bibliothèque, le report des informations d’un spécimen dans une base de données permet de pouvoir l’exploiter de façon optimale.
Les données trouvées sont des éléments précieux pour améliorer la connaissance de la biodiversité et de sa dynamique : cela peut notamment aider à mesurer l'érosion de la diversité végétale, ce qui est important dans le contexte de crise d'extinction actuelle.

Qui peut participer ?

L’herbonaute peut-être un passionné de sciences naturelles, un amateur de géographie, un féru de paléographie ou juste un accro des « enquêtes » qui va consacrer un peu de son temps pour aider à l’informatisation des herbiers. Et ceci de façon ludique et instructive ! Il n’est pas nécessaire d’être compétent en botanique. Il suffit juste d’être un peu curieux…
Concernant l’incontournable inquiétude de l’internaute du « je vais me tromper », elle n’a pas lieu d’être. Toutes les informations sont croisées et recoupées avant d’être validées.

http://lesherbonautes.mnhn.fr

mercredi, décembre 19 2012

Les leçons de l’Histoire ne sont décidément jamais retenues !

SECONDE PARTIE 

Quand l’homme s’aidait des prédateurs naturels

S’il est de bon ton aujourd’hui de massacrer partout, au nom du productivisme, les prédateurs biologiques classiques pourtant associés à la chaîne alimentaire, ce ne fut pas toujours le cas... Ainsi, l’homme a su utiliser des espèces animales pour lutter contre les espèces nuisibles, notamment les lapins et les rongeurs ! C’est ainsi que dès l’Antiquité on a domestiqué de petits carnivores prédateurs, notamment des Mustellidés ! Grecs et Romains avaient vite compris que certaines espèces « sauvages » étaient de précieuses alliées car elles les débarrassaient de nombreux petits animaux aux effets particulièrement dévastateurs sur les récoltes...

La genette d'Europe (Genetta genetta felina) ramenée d’Afrique par les Grecs, puis les Maures

Hérodote aurait déjà évoqué la présence de la genette domestiquée dans les maisons pour lutter contre les rongeurs. On soupçonne depuis longtemps le fait que les populations européennes actuelles aient comme origine des genettes introduites et naturalisées par les Romains ou les Maures pour défendre les récoltes contre les rongeurs. De plus, son aire de répartition très limitée laissait supposer que sa survie aurait pu avoir été favorisée dans ces régions par l'Homme.

Il est symptomatique de constater que l’aire de répartition de la genette d’Europe coïncide très exactement avec celle de l’occupation hispano-mauresque, à l’exception d’une extension plus récente au XVIII ème puis à la fin XIX ème siècle, vers l’Est et la vallée du Rhône associée au développement des ouvrages d’art et notamment les ponts qui ont permis à la genette de franchir les grosses rivières!

Une étude du génome mitochondrial a montré que la genette dite « européenne » était génétiquement proche des genettes du Maghreb.

On peut penser que la dynastie des Almohades pourrait avoir été à l'origine - au XIIe siècle - de son introduction dans le califat de Cordoue, car la diversité génétique de la genette européenne est plus élevée dans les zones conquises par les Maures et où ils ont longtemps vécu (Baléares, Espagne méridionale et Catalogne). Mais quelques introductions plus précoces seraient également possibles.

Après avoir été abandonnée par l’homme au profit du chat dès la fin du Moyen Age, puis avoir été classée comme nuisible et chassée pour sa fourrure en tant qu’espèce à « sauvagine », la genette d’Europe à la queue si spectaculaire (presque aussi longue que le corps !) figure enfin aujourd’hui au nombre des espèces protégées !






vert: genette africaine

rouge : genette d'Europe

                                                  

                                                                                                                                répartition suivant points rouges

 

                                                                                                                                                                           

 


La fouine, domestiquée déjà par les Romains, puis dans toute l’Europe au Moyen Age

Fouine : Martes foina

Les fouines sont des animaux solitaires, comme la plupart des autres espèces de martres. Elles évitent leurs congénères en dehors des périodes de reproduction. Il s'agit d'animaux territoriaux qui marquent leur territoire avec des secrétions et le défendent au moins contre d'autres fouines de même sexe.

La grandeur du territoire de chasse varie notablement de 15 à 200 hectares. Il est plus petit en hiver qu’en été et plus important pour les mâles que pour les femelles. Il reste inférieur à celui de sa cousine la martre des pins qui est strictement arboricole alors que la fouine est typiquement terrestre.

La fouine se déplacera d’autant plus que la nourriture est plus rare... Son activité est surtout nocturne. Elle est opportuniste et se nourrit selon les saisons, de petits mammifères, de fruits, d'oiseaux, de déchets trouvés près des habitations. Il lui arrive de dévaster un poulailler lorsqu'elle est à la recherche d'œufs. Excitée par la panique créée chez les poules, elle tue alors tout ce qui bouge...

Utilisée depuis l’antiquité pour détruire les rongeurs et les chasser des maisons, la fouine a été comme les autres mustélidés domestiqués abandonnée à la fin du Moyen Age, au profit du chat...

Sur les constructions du Moyen Age on notera souvent la présence de larmiers, en saillie à mi-hauteur des murs, pour empêcher les fouines et les belettes de monter investir les combles... On retrouve également ce dispositif architectural, là appelé randière, sur les pigeonniers pour interdire l’accès de ces carnivores aux boulins...

La fouine aujourd’hui est naturellement considérée comme nuisible, ce qui permet sa destruction sans restriction tout au long de l’année...

Ce qui prive aussi le biotope d’un auxiliaire précieux dans la lutte contre les rongeurs si réellement nuisibles !




                                                                                                   Martre d’Europe (dite M. des pins) : Martes martes



                                                         Randière du pigeonnier de Saint Blin (52)

 

La belette ( Mustelle nivalis)

La belette est l’un des principaux régulateur des populations de rongeurs, au point que la régulation de ses populations (hors méfaits de l’activité humaine) est directement corrélée à la pullulation des rongeurs champêtres. Elle ne dédaigne pas non plus les batraciens et les petits lapins. Bonne grimpeuse elle s’attaque aussi aux nids.

C’est un chasseur redoutable à l’activité infatigable.

C’est sans doute la raison pour laquelle la belette fut introduite en Nouvelle Zélande pour lutter contre la pullulation des rats et souris, importés involontairement par l’homme !

Inutile d’évoquer les dégâts irrémédiables occasionnés par sa présence sur la faune locale marsupiale endémique ! La belette a aussi été introduite en Amérique du Nord... avec les mêmes effets...


La belette est évidemment classée comme « nuisible », non seulement parce qu’elle commet des ravages parfois dans les poulaillers, mais aussi parce qu’elle n’hésite pas à s’attaquer aux perdreaux et autres gallinacés faisant l’objet de lâchers de gibier, ce qui ne fait pas l’affaire des chasseurs...

Pourtant la belette a des prédateurs naturels qui assurent une régulation certaine de ses populations :

l’hermine, le renard et les rapaces, sans parler des chats et des chiens...

Mais encore faudrait-il respecter ces prédateurs...

L'Hermine


Grand régulateur de populations de rongeurs, (rats et lapins) l’hermine a été aussi importée en Nouvelle Zélande avec les conséquences catastrophiques sur la faune endémique marsupiale qu’on peut imaginer !L’hermine est aussi un prédateur de la belette, ce qui en fait un agent régulateur de ses populations. On pourrait continuer longtemps, en insistant notamment sur les catastrophes occasionnées par l’introduction d’espèces étrangères dans notre faune européenne...



Hermines en robe d'été et d'hiver

Le bout de la queue reste toujours noir, ce qui permet de la distinguer de la belette



Le vison d’Amérique

En rouge : région d’origine

En rosé : régions d’introduction


Plus gros que l’européen, il est aujourd’hui endémique en Europe à la suite de la multiplication d’individus échappés de cage, élevés en France et dans d’autres pays occidentaux pour sa fourrure, il entre en concurrence avec le vison d’Europe, endémique, maintenant, lui, carrément en voie de disparition !



Le furet et le putois (Mustea pustorius)

Le furet n'existe pas naturellement à l'état sauvage. Traditionnellement utilisé pour la chasse aux rongeurs près des habitations et au lapin dans les terriers, le furet est également élevé pour sa fourrure et comme animal de laboratoire. Il est de nos jours apprécié aussi comme animal de compagnie.

Il existe deux grandes variétés de furets : le furet albinos (absence de pigmentation) et le furet putoisé (pigmenté).

Le furet de chasse est employé pour déloger les lapins au terrier où il peut s’avérer être un redoutable destructeur de portées.


Il a été très utilisé par les femmes à qui ce type de chasse, comme la fauconnerie, était autorisé...

Le furet putoisé apparait plus tardivement, au XIXème siècle, il est alors décrit comme étant un hybride entre un furet albinos traditionnel et un putois sauvage. Il a (re)pris à celui-ci un caractère parfois plus vindicatif et...éventuellement volontiers mordeur si on le manipule sans précautions ce qui lui avait valu la méfiance des chasseurs...

On voit donc que parfois sans grand discernement quant à ses réintroductions, l’homme utilisé certains prédateurs pour sa capacité à détruire d’autres espèces, notamment lapins et rongeurs.

Pourtant, il n’hésite pas paradoxalement à chercher aujourd’hui à les exterminer sans pitié, confiant dans la capacité bien illusoire de ses pièges, de ses poisons et des chasseurs pour éradiquer les rongeurs indésirables... Et cela ne marche pas toujours ! Malgré leur inépuisable capacité de destruction, les agriculteurs, si prompts à vouloir éradiquer les « nuisibles » se trouvent parfois dans l’incapacité de juguler la pullulation des rats des champs ou des lapins...

Mais ils ont tous les culots : au lieu de comprendre la leçon et de laisser les « nuisibles » faire leur travail, ils n’hésitent pas alors à s’en prendre... aux chasseurs jugés « incapables » de contrôler ces populations...

C’est d’autant plus comique que la plupart du temps en milieu rural, les chasseurs locaux sont... les agriculteurs du coin ! Mais qu’à cela ne tienne : s’en prendre aux chasseurs permet aux agriculteurs de toucher des Sociétés de Chasses de substantielles « réparations » financières pour les dégâts causés par le gibier ! Ce qui s’appelle « gagner sur les deux tableaux » ! C’est exactement ce qui vient d’arriver en Charente-Maritime : un vigneron a déposé une plainte contre les chasseurs, il leur reproche la prolifération des lapins, responsables d’importants dégâts aux cultures.

La grande idée des agriculteurs est aujourd’hui d’expliquer que les chasseurs favorisent les populations d’animaux qu’ils jugent nuisibles aux cultures pour le plaisir de la chasse... On reparlera des sangliers toujours incriminés, mais c’est évidemment aussi le cas des lapins. C’est vrai que les agriculteurs préfèrent employer la myxomatose qu’ils répandent saison après saison avec délectation sans que des mesures efficaces de rétorsion soient prises à leur encontre...

S’ils commençaient par se souvenir du rôle autrefois si justement prisé par leurs ancêtres, des fameux « nuisibles », et par accepter de nouveau leur présence, nous n’en serions pas là !

Claude Timmerman

mercredi, décembre 12 2012

Les leçons de l’Histoire ne sont décidément jamais retenues !

PREMIERE PARTIE :

Le poisson chat

Chacun connaît cette histoire allégorique de l’empereur de chine qui ordonna de tuer tous les oiseaux parce qu’ils mangeaient une partie des récoltes... jusqu’à ce que celles-ci fussent totalement ravagées par les insectes... Alors on protégea les oiseaux, les seuls capables de débarrasser les récoltes des insectes ravageurs... Et l’empereur de Chine comprit qu’il fallait respecter un équilibre entre les espèces, et laisser une place aux acteurs de la Nature pour que l’homme et ses activités puissent s’y insérer harmonieusement...

L’homme a partout saccagé les milieux naturels, tant par ses destructions que par l’introduction irréfléchie d’espèces exogènes. L’Histoire fourmille d’affaires anciennes plus ou moins dramatiques, aux conséquences toujours actuelles, ayant toutes comme point commun le refus du respect des équilibres naturels et l’incroyable fatuité de l’être humain qui s’estime évidemment capable de les « corriger » à son avantage... Ce qui n’est pourtant jamais le cas !

En son temps chacun s’était récrié devant le fameux « plan de réorganisation de la nature» promulgué par Staline après la guerre... Si Staline a disparu, ce plan a hélas partiellement été mis en œuvre - au moins pour ce qui concerne l’irrigation des états cotonniers comme l’Ouzbékistan - avec comme premier résultat le détournement des eaux des fleuves alimentant la mer d’Aral qui s’est rétrécie comme peau de chagrin dans l’indifférence générale, et qui va disparaître totalement d’ici trente ans... On aura ainsi créé à moyen terme, à la place d’une zone naturelle florissante, un nouveau désert...

L’introduction d’espèces allogènes par l’homme a été la source de drames sans précédents...

Faute de prédateurs idoines inexistant dans le milieu naturel avant leur introduction, ces espèces se reproduisent sans frein et constituent rapidement une menace pour les équilibres biologiques locaux. Le cas de l’introduction des mammifères placentaires au milieu de la faune marsupiale en Australie et Nouvelle Zélande est surtout connu par les ravages du lapin devenu menace nationale prioritaire qui coûte des millions de dollars chaque année...



On ignore trop souvent le cas des troupeaux de chevaux sauvages (« brumbies », équivalents biologiques des mustangs américains) et les hardes de dromadaires, qui, importés au XIX ème siècle pour les besoins des hommes, puis abandonnés et retournés à l’état sauvage, ont proliféré et entrent aujourd’hui en compétition avec les animaux d’élevage sur les terres de pacage. Soit environ 1 million de dromadaires (zone orangée sur la carte ci-contre).

Alors l’homme se venge de sa propre bêtise en employant la seule technique qu’il connaisse : le massacre aveugle ! Il en profite au passage  pour éradiquer la faune locale originelle: c’est ce à quoi on assiste avec l’impitoyable massacre qualifié de « chasse » des grands kangourous par les éleveurs, le sport national...


En Nouvelle Zélande, l’introduction du cerf destiné aux joies de la chasse pour les immigrants a été un cataclysme écologique pour les forêts... Et on ne parlera pas du chat ou de l’opossum à fourrure...

Partout, on constate que la modification par l’homme des équilibres biologiques naturels conduit à des catastrophes non maîtrisées... Notre pays n’y échappe pas ! Ainsi, le ragondin (myocastor) espèce sud-américaine, et l’ondatra (rat musqué) espèce nord-américaine, ont été tous deux volontairement importés pour leur fourrure au XIX ème siècle. Ces espèces amphibies sont très prolifiques. Elles se sont reproduites à partir d’individus échappés ou volontairement relâchés d’élevages en faillite, et, redevenus sauvages, elles constituent aujourd’hui, à cause des galeries que ces animaux creusent, une très grave menace pour les berges et les digues !

 



Ragondin 


Ondatra








La tortue de Floride ou la grenouille taureau, qui prolifèrent dans nos cours d’eau à la suite du relâché d’individus provenant de terrarium, constituent aujourd’hui une menace très grave pour l’équilibre de la faune endémique indigène des milieux humides. On pourrait multiplier les exemples...

Certaines espèces sont heureusement moins envahissantes (moins invasives) et ne menacent pas les équilibres biologiques, on peut ainsi citer :

- Les « kangourous » de la forêt de Rambouillet (en réalité des wallabies gris à cou rouge, échappés initialement du parc d’Emancé) qui ont fait souche (une cinquantaine d’individus) et qui commencent à coloniser la vallée de Chevreuse pour le plus amusement des riverains...

- Les chevreuils des marais dits « hydropotes » (H. inermis)

Ces petits cervidés originaires d’Asie sont proches des chevrotains porte-musc et comme eux présentent deux canines supérieures démesurées.

Pesant une quinzaine de kilos pour environ 1 m, ces petits herbivores très pacifiques semblent affectionner les troupeaux de bovins auxquels ils se mêlent sans problème

On en connaît une petite population sauvage d’une quinzaine d’individus qui semble avoir fait souche dans l’est du Limousin issue d’individus évadés d’un parc animalier...


  - Le chien viverrin (Nyctereutes procyonoide)

Originaire de Sibérie orientale (rives de l’Amour),  cet étrange chien nocturne, proche du raton laveur, d’environ 60 cm, a été volontairement introduit pour sa fourrure en Russie d’Europe à l’époque de la guerre (40/ 50)...On suit depuis la migration vers l’ouest de cet étrange canidé (le seul à hiberner !) qui après avoir envahi l’Allemagne il y a une dizaine d’années, arrive maintenant en France !Pour faire plaisir aux chasseurs on l’a aussitôt déclaré nuisible... Peut être même pourrait-il être enragé ?




Le milieu aquatique n’échappe pas aux problèmes invasifs d’origine humaine, même là où son isolement relatif pouvait constituer une certaine protection, comme les lacs et jusqu’à un certain point les rivières...

C’était compter sans les pêcheurs qui depuis des décennies, pour le plaisir de la « prise », ont modifié de façon conséquente la faune des milieux dulçaquicoles.

Orconectes limosus

Originaire d’Amérique Orientale, cette écrevisse a été importée en Europe vers 1880 car elle est plus grosse, et peu exigeante. Elle tolère des températures basses (voisines de 0°c) et est très prolifique. Elle a très vite envahi tous les cours d’eau, ravage tout  et menace l’écrevisse indigène.

Du coup, considérée comme nuisible - le mot magique - elle peut être pêchée toute l’année sans aucune contrainte de taille ! Un rêve pour les pêcheurs non ?

 

Le principal problème d’équilibre des espèces en rivières était jusqu’ici lié à la pêche à la truite !

La truite est en effet un poisson qui « résiste », ce qui donne au pêcheur l’illusion d’un combat subtil...

Du coup, la pêche en étant très prisée, pour satisfaire les « pêcheurs sportifs » les sociétés de pêche procèdent à des lâchés de truites périodiques dans les cours d’eau, pour la plus grande satisfaction de leur clientèle...

Or la truite est un carnassier et un prédateur redoutable à qui rien ne résiste : ni les poissons ni les alevins, ni les têtards ni les petits amphibiens, ni les crustacés ni les insectes... Une rivière « à truite » est rapidement un milieu totalement ravagé voire sinistré si la densité de truites est trop forte !

Imaginons que la truite ait quatre pattes, ce serait au moins un renard, sinon un loup (qui serait plutôt le brochet dans l’histoire). Imagineriez-vous voir des populations de renards d’élevage lâchés en forêt, mois après mois, au prétexte que cela fait plaisir aux chasseurs ?

C’est exactement ce qui se pratique avec les truites...

Entre l’écrevisse américaine et la truite, on a plus besoin de la pollution pour ravager efficacement les rivières !

Les seuls cours d’eau où le milieu est à peu près conservé et respecté aujourd’hui sont ceux qui sont à l’abri des truites : des milieux d’eau plutôt dormante où la truite ne se plaît pas vraiment et où le grand prédateur de fond est le brochet, qui a ailleurs disparu chassé de son habitat par la truite !

Mais l’imagination des pêcheurs est sans limites...

Certains d’entre eux connaissaient les silures glanes d’Europe Orientale, ceux des bords de la mer Caspienne et de la mer d’Azov, ou ceux des bords de la mer Noire, notamment ceux de l’estuaire du Danube...

Ils rêvaient de prises record, de ces spécimens de plus de deux cents, voire proches de trois cents kilos...

On savait que les espèces de silures étaient assez invasives et s’attaquaient aux rivières occidentales par le biais des interconnections des voies navigables et des canaux qui leur permettaient de progresser vers l’ouest...

Depuis la Volga et le Danube, des spécimens se retrouvaient déjà dans le Rhin il y a cinquante ans...

Alors pourquoi ne pas « devancer » la nature et importer tout de suite dans la Loire ces animaux qui peuvent couramment dépasser deux mètres et plus de cent kilos ? Un rêve pour les pêcheurs sportifs d’eau douce !

On en connaissait bien de petits spécimens dans le bassin du Doubs depuis le milieu du XIX ème siècle.

Aussi, dès les années soixante, on lâcha de petits silures glanes, dans le bassin de la Seine, qui essaimèrent jusqu’au Rhône. Et nos rivières déjà ravagées par les truites et la pollution ont découvert le plus grand prédateur d’eau douce qui soit sous nos cieux européens !*

Là à l’échelle du cours d’eau, si la truite est un renard, le silure est un dinosaure ! Il avale n’importe quoi avec sa gueule énorme (qui peut faire jusqu’à un tiers du corps !). Sa bouche, garnie de petites dents, n’est pas redoutable pour sa morsure. Mais il avale tout ce qui passe à sa portée, même à l’extérieur au bord de l’eau, en milieu terrestre. C’est le plus efficace ravageur dulçaquicole.


Une « découverte » pour nos chercheurs qui doivent décidément passer plus de temps en bibliothèque que sur le terrain : en Europe orientale, tous les riverains savent qu’un gros silure de plus de 100 kg, sortant de l’eau la gueule ouverte, peut s’en prendre à un agneau, à un cochon, à un canard ou à un chien...

Cela n’a rien d’original ni de rare, mais c’est apparemment totalement ignoré de nos scientifiques hexagonaux qui vont se précipiter pour rédiger des communications. Car, quelle n’a pas été la stupeur de nos fonctionnaires du CNRS que de voir des silures, dans le Tarn, attraper à Albi les pigeons sur les berges, à l’affût, tels des orques chassant l’otarie sur les grèves en Nouvelle Galle du Sud !

Voir ici : http://www.ladepeche.fr/article/2012/12/07/1508520-albi-quand-les-silures-du-tarn-mangent-des-pigeons.html

D’ici peu, ils vont découvrir que ce sont des ravageurs impénitents, et que dans nos cours d’eau, la faune a disparu. Du coup les sociétés de pêche vont être moins contentes...

Trop tard : le mal est fait  et il est irréversible ! Il ne fallait pas jouer à l’apprenti sorcier !

Une consolation pour les pêcheurs: les silures d’Amérique du sud sont souvent venimeux, il en existe même une espèce dont la piqûre peut être mortelle. Ce n’est pas le cas des silures d’Europe...

Faute de faune dans nos rivières, on gardera nos pêcheurs...

On essayera de s’en contenter.


Claude Timmerman



*Distribution actuelle du Silure glane :


- originelle continentale (rouge)

- dans les eaux côtières (bleu)

- récemment introduit depuis trente ans (orange)

lundi, août 20 2012

300 millions d’oiseaux disparus en 30 ans

Le 13 juillet, la Commission européenne et la nouvelle Présidence chypriote de l'Union européenne (UE) organise une conférence pour traiter de la Politique Agricole Commune (PAC).

Face aux craintes croissantes à l'égard de cette « réforme verte de la PAC » qui pourrait ne pas tenir ses promesses, une étude scientifique récente montre que 300 millions d'oiseaux communs des milieux agricoles ont disparu depuis 1980. Des résultats qui devraient nous interpeller et nous rappeler ce qui est en jeu.

Le 13 juillet, un important débat de la société civile, organisé par la Commission européenne, devrait permettre de faire le point sur ce qu'attendent les ONG de la nouvelle Politique Agricole Commune, dont la proposition de la Commission est actuellement en discussion au sein du Conseil et du Parlement européen.

L'actuelle PAC encourage des pratiques agricoles qui nuisent à l'environnement, telles que l'intensification des cultures, qui s'accompagne d'une sur-utilisation de produits chimiques et la perte de la diversité des paysages.

Cette politique est donc une des principales causes de destruction de nombreux écosystèmes de milieux agricoles dans toute l'Europe, impactant directement les populations d'oiseaux des espaces agricoles. Selon les données récoltées par BirdLife international et la Conseil européen pour le recensement des oiseaux, le déclin de ces populations se poursuit : 300 millions d'oiseaux ont disparu des milieux agricoles depuis 1980[1].

Or, les oiseaux sont l'un des meilleurs indicateurs disponibles pour mesurer la santé des écosystèmes, et ces nouvelles données montrent que les populations de nombreuses espèces sont à leur plus bas niveau depuis que ce suivi existe [2]. Au-delà des oiseaux, il est également désormais reconnu que la perte de biodiversité affecte directement et indirectement nos vies et nos économies via la perte d'une série de services écosystémiques dont nous dépendons tous.

Aujourd'hui, le verdissement annoncé de la PAC est en train de tourner au greenwashing. Ces nouvelles données devraient nous aider à recentrer le débat sur les priorités : les décideurs doivent avoir la volonté politique d'inverser la tendance pour la biodiversité des milieux agricoles.

La LPO (représentant de BirdLife en France) maintient que ces orientations ne peuvent être modifiées que si le verdissement est appliqué à l'ensemble de la PAC. Cela implique donc de fixer des critères d'éco-conditionnalité au versement de l'ensemble des subventions :

  • les paiements directs devraient être liés à de bonnes pratiques agronomiques
  • les agriculteurs qui vont au-delà des bonnes pratiques de base et mettent en œuvre une gestion spécifique pour améliorer l'environnement devraient être récompensés

De telles réformes devraient permettre de garantir une PAC qui offre une meilleure rentabilité économique, un attrait non négligeable en période de crise financière à l'heure où les citoyens européens attendent que chaque euro soit dépensé à bon escient.

La LPO/BirdLife France espère que cette information va permettre d'aider les décideurs et les parties prenantes à s'engager pour une meilleure PAC. Le débat qui va avoir lieu le 13 juillet devrait favoriser de vrais échanges entre les décideurs et les citoyens européens, pour avancer vers une Politique agricole commune plus durable et garante d'une sécurité alimentaire sur le long-terme, tout en respectant l'environnement.

Notes

[1]Le programme paneuropéen de suivi des oiseaux communs (Pan-European Common Bird Monitoring Scheme, PECBMS) est une initiative conjointe du Conseil européen de suivi des oiseaux (European Bird Census Council, EBCC) et de BirdLife International initiée en 2002 et soutenu financièrement par la RSPB/BirdLife Rouyaume-Uni et la Commission européenne.

Le PECBMS a produit de nombreux autres indicateurs supranationaux qui sont disponibles sur :

http://www.ebcc.info/indicators2012.html

http://www.ebcc.info/trends2012.html

[2] L'indicateur des oiseaux des milieux agricoles combine les tendances globales des populations de 37 espèces classées en tant qu'oiseaux des milieux agricoles. Parmi elles, 22 sont en déclin contre seulement 6 en augmentation, 6 autres sont stables et 3 ont des tendances incertaines. Plus généralement, l'indicateur montre un déclin de 52% depuis 1980. Ceci équivaut à une perte de plus de 300 millions d'oiseaux des milieux agricoles sur les trente dernières années et ce, malgré les efforts de nombreux agriculteurs respectueux de la nature et des organisations de protection.

Pour avoir une idée du déclin des espèces autrefois communes des milieux agricoles européens, voici quelques exemples :

  • Alouette des champs (Alauda arvensis) : 39 millions d'oiseaux disparus, un déclin de 2% par an en moyenne
  • Pipit Farlouse (Anthus pratensis) : 12 millions d'oiseaux disparus, un déclin de 2% par an en moyenne
  • Linotte mélodieuse (Carduelis cannabina) : 25 millions d'oiseaux disparus, un déclin de 3% par an en moyenne
  • Bruant jaune (Emberiza citrinella) : 21 millions d'oiseaux disparus, un déclin de 2% par an en moyenne
  • Moineau Friquet (Passer montanus) : 40 millions d'oiseaux disparus, un déclin de 1% par an en moyenne
  • Vanneau huppé (Vanellus vanellus) : 2 millions d'oiseaux disparus, un déclin de 2% par an en moyenne

Bien que certaines espèces déclinent moins dans les nouveaux pays de l'UE ou y sont en croissance (comme le moineau), les tendances les moins négatives dans ces pays ne peuvent compenser le dramatique déclin global des oiseaux communs des milieux agricoles de l'UE.

Les données proviennent des suivis des oiseaux nicheurs de 23 pays de l'UE (Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, république Tchèque, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République d'Irlande, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie et Suède, collectées et analysées via le Programme paneuropéen de suivi des oiseaux communs (PECBMS).

Source : http://www.lpo.fr/communiqu%C3%A9/300-millions-doiseaux-disparus-en-30-ans-quelle-pac-pour-demain

lundi, février 13 2012

La terre vue du sol

Microbiologistes, Claude et Lydia Bourguignon alertent depuis plus de trente ans sur l'appauvrissement des terres causé par l'agriculture intensive.

Autrefois, dit Claude Bourguignon, je goûtais la terre, comme les Anciens. Maintenant, je n'ose plus. Elle pue ! " Côtoyer Claude et Lydia Bourguignon, c'est entrer en révolte. Car à ceux qui veulent bien les entendre, ces deux scientifiques, orateurs volubiles et passionnés, assènent des vérités insupportables. " Nous avons détruit notre terre, épuisé nos sols, notre civilisation est en train de s'écrouler ", martèlent-ils, en étayant leurs propos de constats et chiffres affolants. Microbiologistes du sol, les Bourguignon auscultent et analysent les terres, essentiellement agricoles, à la demande des cultivateurs, éleveurs ou vignerons. Pour le couple, le sol est, littéralement, la base de tout. " Etymologiquement, "humanité", comme "humilité", provient de "humus", aiment-ils à rappeler, c'est là qu'est la vie, le bouillon primordial. Le sol contient 80 % de la biomasse animale de la terre, mais tout le monde s'en fout. " Pourtant, disent-ils, pas d'eau ni d'air purs sans un sol sain. Pas d'agriculture viable, nutritive ou durable sans un sol vivant, peuplé de vers de terre, acariens, champignons et microbes en pagaille. " Les plantes ne savent pas se nourrir toutes seules dans la terre, explique Lydia Bourguignon. Grâce à leurs racines plongeantes, elles donnent du sucre (issu de la photosynthèse) aux micro-organismes qui, en retour, transforment les éléments minéraux et organiques pour les rendre assimilables par la plante. Il y a un dialogue constant entre la plante et le sol, à condition que celui-ci soit vivant. "

Claude Bourguignon, né à Paris d'une famille de scientifiques (et petit frère de l'actrice Anémone), et Lydia Gabucci, née en Bourgogne de parents italiens, se sont rencontrés à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Dijon, section microbiologie, à 25 et 27 ans. Chercheurs érudits et bons vivants, ils tombent amoureux, et unissent leur pensée et leurs méthodologies, complémentaires. Rapidement, ils s'intéressent à l'agriculture biologique et biodynamique, et enseignent, le week-end, au premier collège d'agrobiologie fondé à Beaujeu (Rhône) par Suzanne et Victor Michon. Une activité annexe mal perçue par l'INRA, qui, à l'époque, ne fait aucun cas du bio. " Dans les années 1980, cet institut public a commencé à être de plus en plus subventionné par les multinationales... Résultat ? Les recherches étaient commanditées et effectuées par et pour les compagnies, et non plus dans l'intérêt public. " Les Bourguignon se marient, quittent l'INRA et fondent, en 1990, leur propre laboratoire indépendant, le Laboratoire d'analyses microbiologiques des sols (LAMS), au nord de Dijon. " Ce fut dur, confie Lydia, et nous nous sommes fait beaucoup d'ennemis. Heureusement que nous nous avons l'un l'autre, sans quoi nous n'aurions pas tenu ! "

Ensemble, ils ont parcouru la planète, du Laos au Brésil, d'Haïti à Madagascar. En vingt ans, ils ont sondé et étudié plus de 6 000 types de sol. Autant dire qu'ils ont vu " à peu près toutes les écologies du monde ". S'il existe une poignée d'autres laboratoires d'analyse des sols, personne ne fait, ni ne sait faire, le travail des Bourguignon (hormis leur fils, Emmanuel, qui les a rejoints au LAMS). Ce sont les seuls à se déplacer sur le terrain, pour étudier non seulement la composition et l'agencement des " horizons " (les différentes strates du sol allant de la surface à la roche-mère) mais aussi le rapport des plantes et des racines à leur environnement. Pour ce faire, les Bourguignon creusent des trous, parfois jusqu'à deux mètres de profondeur, afin de se retrouver nez à nez avec l'humus et la vie qui grouille (ou pas) sous nos pieds. Une fois ces premières observations in situ réalisées, ils poursuivent leurs analyses physiques, chimiques et microbiologiques en laboratoire (l'analyse complète avec conseils et suivi coûte 1 050 euros HT). " L'observation initiale sur le terrain est essentielle, explique Claude Bourguignon, car elle nous permet d'établir un diagnostic des sols. C'est la différence entre un laborantin, qui analyse un échantillon d'urine, et un docteur, qui vous ausculte en personne. On ne peut déterminer les problèmes et trouver des solutions qu'en ayant une appréhension totale du sol. " Et les problèmes, il y en a. Les Bourguignon estiment que seulement 1 % des sols cultivés de la planète est encore " en bon état ". Pour le reste : disparition de la faune et mésofaune, pollution par métaux lourds, asphyxie, salinisation, dessèchement, érosion... " Depuis qu'ils cultivent la terre, souligne Claude, les hommes ont causé la désertification de deux milliards d'hectares, dont un milliard au seul xxe siècle. " Les causes de ce désastre accéléré ? " Les méthodes de l'agriculture intensive et l'utilisation à outrance des engrais et produits dits phytosanitaires. " Apolitiques (ils n'ont croisé José Bové qu'une fois lors d'une manifestation), Claude et Lydia Bourguignon sont depuis toujours en croisade contre les forces " sataniques " des multinationales, type Monsanto ou Cargill, qui dictent aujourd'hui les modes de développement de l'agriculture mondiale puisqu'elles " fabriquent à la fois les semences, les engrais, les pesticides, et les médicaments censés soigner les maladies provoquées par les pesticides ".

Comment sortir de cette spirale infernale ? Les Bourguignon conseillent une -réduction progressive de l'utilisation des produits chimiques, jusqu'au passage en agriculture biologique. Mais attention : " On ne peut pas changer du jour au lendemain. Faire du bio sur des sols malades, ce serait comme demander à un patient alité et sous perfusion d'aller courir un 100 mètres, il se casserait la gueule tout de suite ! " Pour restaurer les terres, ils préconisent avant tout l'abandon du labour (qui " viole ", expose et asphyxie les sols), l'instauration de rotations de cultures et l'implantation d'un " couvert végétal " entre deux cultures, qui étouffe les mauvaises herbes, protège de l'érosion et nourrit la terre (c'est ce qui s'appelle le " semis sous couvert "). Des méthodes qui, si elles diminuent le rendement (de 10 à 20 %), permettent à l'agriculteur de réduire ses coûts (en machines, main-d'oeuvre et produits), donc de dégager des bénéfices équivalents, voire supérieurs, à ceux d'une exploitation conventionnelle. Surtout, des méthodes qui redonnent vie à la terre, santé à celui qui la cultive, et goût aux produits cultivés... " Beaucoup d'agriculteurs ont soif de changement, constate Claude, ils en ont marre d'être des exploitants agricoles (qui exploitent la terre) et veulent redevenir des paysans (qui font le pays). " Pourtant, bien que 50 000 agriculteurs aient assisté à l'une de leurs conférences, peu ont franchi le pas, et les Bourguignon ne comptent aujourd'hui qu'une dizaine d'agriculteurs parmi leurs clients. " Les obstacles au changement ne sont pas seulement financiers, constate Lydia ; il y a un blocage psychologique et sociologique. Les paysans qui ne labourent plus ou qui n'optimisent pas leurs rendements sont souvent déconsidérés par leurs pairs. " Et Claude de rugir : " Le rendement, le rendement ! Mais à quoi ça sert de faire du volume, si les légumes sont insipides, bourrés de flotte et sans valeur nutritive ? " Claude et Lydia Bourguignon, faute de financements, ont récemment parlé de cesser leur activité et de fermer leur laboratoire. Ils envisagent de créer une fondation.

C'est du côté de la viticulture qu'on peut trouver un peu d'espoir... et de nouveaux modèles. La majorité des clients des Bourguignon sont aujourd'hui des vignerons. 6 % des vignobles français sont passés au bio en moins de vingt ans. Le couple a analysé et soutenu l'évolution vers le naturel de nombreux vins célèbres, à commencer par la romanée-conti d'Aubert de Villaine, le puligny-montrachet d'Anne-Claude Leflaive ou le fameux champagne d'Anselme Selosse, qui sont tous cultivés désormais en biodynamie. Cette méthode de culture, tout auréolée de mystique qu'elle soit, avec ses cycles lunaires et ses décoctions de bouse de corne, étonne par ses résultats, d'autant qu'elle ne coûte rien. " En tant que scientifique, témoigne Claude, je ne peux pas expliquer les énergies actionnées par la biodynamie... Tout ce que je constate, c'est que les sols sont extrêmement actifs. "

Si on se soucie plus du sol des vignes que de celui des champs de blé, c'est aussi parce que, plus que tout autre produit, le vin est associé au terroir - grande fierté du vigneron. Et, pour les Bourguignon, le terroir se niche d'abord dans les profondeurs. " Pour parler d'un vin de terroir, il faut que les racines plongent au contact des argiles et de la roche-mère, sinon c'est de l'usurpation ", précise Lydia Bourguignon, elle-même oenologue et capable de décrypter, en dégustant un vin, la composition du sol dans lequel il a poussé. S'interrogeant sur la complexe parcellisation de la Bourgogne réalisée du temps des bénédictins, les Bourguignon sont parvenus à prouver qu'il y a des sols adaptés au vin blanc ou au vin rouge. " Les sols ont une vocation, insistent-ils. Certains sont bons pour les céréales, d'autres pour les fraises, d'autres pour la vigne. Il faut arrêter de planter n'importe quoi n'importe où ! " Les Bourguignon militent, en passant, pour la biodiversité, et pour que les vignobles étrangers cessent d'essayer de faire du cabernet ou du chardonnay plutôt que leurs cépages autochtones. Pour eux, un vin qui excelle, dans sa minéralité comme dans sa complexité aromatique, c'est forcément un vin en parfaite symbiose avec son sol, reflétant sa richesse, nourri de sa vigueur.

Ce n'est pas un hasard si, épuisés par tant de batailles, ils s'imaginent parfois aller planter des vignes quelque part aux alentours de Cahors, et contempler les " jeunes plants qui sortent leurs petites feuilles toutes roses, dans le matin fumant ".

http://www.lemonde.fr/m/article/2012/01/27/la-terre-vue-du-sol_1634713_1575563.html

Vidéo  : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=CGZtf_Srkqo

mercredi, septembre 14 2011

Lobbying agricole, désinformation ou endoctrinement ?

Seconde partie 



Des pesticides, OGM aux farines animales …

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vendredi, août 12 2011

« Lobbying » agricole : désinformation ou endoctrinement ?

 Première partie

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jeudi, juillet 7 2011

Famine ou agrochimie, le chantage indécent.

Sous le signe du soleil, exactement.

Depuis nos origines de cueilleurs-chasseurs, puis de cultivateurs-éleveurs, c´est l´énergie solaire qui décidait par photosynthèse de ce que nous pouvions manger, et qui induisait donc notre démographie. Si nous n´avions pas eu le malheur de connaître le pétrole, notre économie serait restée sagement et exactement sous le signe du soleil, nous ne serions que deux ou trois milliards de Terriens. Et deux ou trois milliards, c´est déjà considérable pour l´effectif mondial d´un grand mammifère. La récente industrialisation de l´agriculture, qui nous a projetés au niveau démographique et aux exigences alimentaires que l´on sait, est essentiellement due aux engrais (issus du gaz naturel), aux biocides (tirés du pétrole) et à la motorisation (engins, irrigation, transports). La consommation énergétique s´est ainsi accrue pour produire jusqu´à cent fois plus et depuis le milieu du siècle dernier, nous ne faisons que « manger » du pétrole.

Alors que la découverte de nouveaux gisements est en baisse et que nous entamons une dégringolade qui se superpose à l´épuisement des meilleurs sites d´énergies fossiles, alors que la crise de l´eau est déjà vécue par de nombreuses nations, l´agriculture moderne doit poursuivre une croissance apte à nourrir chaque décade un milliard de bouches supplémentaires. Cette révolution verte concerne donc une agriculture intensive non durable qui va tout droit à la faillite. La fin des énergies fossiles ayant pour corollaire la fin des intrants agricoles que sont les engrais azotés, seulement deux de la dizaine de milliards de Terriens attendus pour l´après 2050 pourront tirer leur épingle du jeu et subsister, selon les experts les plus sérieux. Suite à cet effondrement des rendements agricoles, imaginons donc une famine de 6 ou 7 milliards d´humains. La sélection ne se fera pas en douceur et les pires hostilités présideront à une telle crise. Les mieux nantis devront reconstruire des châteaux forts pour se préserver des gueux, châteaux-forts aux nouvelles dimensions de la virtualité et de la mondialisation.

La bouche en coeur.

Quant aux rumeurs bien intentionnées prétendant qu´une Terre nourricière non boostée artificiellement pourrait nourrir la population humaine d´aujourd´hui et de demain, mais qu´il faut seulement apprendre à partager, c´est d´un cynisme fou. D´abord parce que le mammifère humain est psychanalytiquement un gros con avide, mégalo et cupide en raison de son égo très perso (regarde-les avec leurs costards-cravates !) Ensuite parce qu´exhortation au partage et à l´altruisme fut le coup des morales religieuses depuis la nuit des temps et qu´elle n´eut comme application que de donner bonne conscience par delà les pires guerres. Enfin, parce qu´être seulement humaniste et fondamentalement anthropocentriste est illusoire : notre surnombre fait reculer les autres espèces et Homo sapiens ne survivra pas seul une planète sans fleurs et sans oiseaux. C´est nier les interdépendances. Ce point de vue naïf et idéaliste est cependant celui de gens que j´aime, tels ceux d´Attac ou de la Décroissance. Dommage qu´ils pensent comme des économistes, sans mettre une note de naturalisme dans leur Robot sapiens (sapiens de moins en moins en ces temps). Et puis quoi et jusqu´où ? Après 7 milliards, on dira 9, puis 10, puis 15 : il suffit de partager ? Les gens qui nichent à quinze dans une pièce, ils partagent aussi. Joyeux partage, y´a de la joie dans le ghetto !

Famine ou agrochimie, c´est le chantage indécent : avez-vous remarqué ? La multiplication des bouches fait l´affaire de tous les Rockefeller de ce système pourri !

Surnatalité et productivisme agricole est un tandem infernal, sciemment provoqué par un choix de société. Arguer de l´alibi du grand nombre de bouches à nourrir, de la souveraineté alimentaire, avec l´épouvantail de la famine, pour exploiter chaque fois plus les sols et entretenir chez les populations une idéologie de la reproduction, relève d´un chantage diabolique. On peut faire l´analogie avec le nucléaire dont toute contestation embraye une menace d´obscurité ! La spirale ainsi enclenchée par un capitalisme insidieux et sans conscience fait que notre monde deviendra à moyen terme invivable. Alors, pour éviter les guerres d´appropriations, d´ailleurs déjà entamées, et ce, notamment pour les énergies fossiles en voie de tarissement, il faudra bien envisager une dépopulation. Un enfant par couple, c´est bien. Vous en voulez plus ?


Michel R. TARRIER
Écologue, écosophe

http://www.amazon.fr/Enfants-Tue-Planete-Tarrier-Michel/dp/2360260197
http://www.amazon.fr/Dictature-verte-Tarrier-Michel/dp/2812701404

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mardi, juin 28 2011

Le frelon à pattes jaunes fait trembler l’apiculture européenne

Prédateur d’abeilles redouté, le frelon à pattes jaunes (Vespa velutina nigrithorax)  compte parmi les nombreuses menaces qui pèsent sur l’apiculture européenne. Venu d’Asie, il fut introduit en France avant 2004 et s’est, depuis lors, répandu dans 39 départements français. Sa présence a également été signalée en Corée avant 2006 et en Espagne en 2010. Issues notamment du CNRS et du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), trois équipes de chercheurs ont mené une étude de modélisation écologique afin de déterminer les zones d’acclimatation potentielles de ce frelon invasif. En s’appuyant sur les aires d’origine et d’invasion de la variété nigrithorax, les scientifiques estiment que la plupart des pays d’Europe présentent un risque non négligeable de voir le Frelon à pattes jaunes s’acclimater chez eux. La probabilité se fait encore plus forte le long des côtes atlantiques et du nord de la Méditerranée. Dans le futur, d’autres régions d’Europe, comme la Péninsule des Balkans et la Turquie, pourraient également être envahies. Enfin, plusieurs régions du monde (Afrique du sud, Australie, Nouvelle Zélande, Sud-ouest de l’Amérique du nord et du sud) sont aussi potentiellement menacées, dans la mesure où le scénario d’importation de ces frelons via le commerce international peut facilement se répéter.

Depuis 2006, tous les signalements de nids de Vespa velutina nigrithorax envoyés au Muséum sont enregistrés sur la base de données de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel. Le signalement peut être fait en ligne ou par le biais d’une fiche téléchargeable depuis le site Internet (1). L’éradication des frelons asiatiques étant largement compromise du fait de l’importance de leurs populations en France, les efforts menés tendent aujourd’hui à limiter son impact sur la biodiversité et l’activité apicole. Outre le prélèvement des abeilles, les frelons à pattes jaunes ont un fort impact sur les ruchers, leur présence permanente devant les ruches provoquant un arrêt de l’activité de butinage.

Cécile Cassier

Source : http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=4725

Le recueil des signalements peut être fait en ligne ou par le biais d’une fiche téléchargeable sur ce site
: http://inpn.mnhn.fr/isb/accueil/index

mardi, juin 21 2011

Jardiner avec le peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée).

Ceci sera l’article le plus phénoménal que vous aurez jamais lu. Il traite d’une chose aussi simple que le H2O2 (peroxyde d’hydrogène) inoffensif pour toutes les bonnes choses. J’ai jardiné durant environ 40 ans et étais étonné de la raison pour laquelle il faut un insecticide spécifique pour contrôler les insectes nuisibles. J’avais inhalé de l’eau oxygénée pour les plaies, les douleurs et les allergies et elle semblait permettre le contrôle de chacune.

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lundi, mai 9 2011

“Piquette d’ortie Ministérielle”

Le Ministère invente « La Piquette d’Ortie » pour mieux interdire « Le Purin d’Ortie ».

1. L’arrêté publié le 28 avril¹ pour « autoriser le purin d’ortie » a pour effet d’interdire la commercialisation de tout purin d’ortie correctement préparé. En effet, les producteurs de purin d’ortie ne suivent pas le procédé de fabrication rendue obligatoire par cet arrêté, car ce n’est pas le bon procédé de fabrication. Ils ne pourront toujours pas commercialiser leur production. Le seul « purin » autorisé par l’arrêté est une « piquette d’ortie », recette de Pif le Chien.

2.   Cet arrêté est un passe droit ministériel visant uniquement à jeter de la poudre aux yeux aux élus de la majorité ou de l’opposition qui sont de plus en plus nombreux à critiquer l’action du Ministère de l’agriculture :
Dans un arrêté du 8 décembre 2009, le ministre a défini des procédures inadaptées pour l’autorisation des PNPP. Mais il n’a pas été capable de les appliquer pour le purin d’ortie. En publiant l’arrêté d’autorisation, il ne respecte donc pas la réglementation qu’il a lui même mis en place, ainsi que l’atteste l’avis de l’ANSES du 27 janvier 2011. Trois mois après et contrairement aux pratiques de l’ANSES, cet avis n’est toujours pas rendu public sur son site !

Tout ceci met en évidence le bien fondé des critiques que nous formulons à l’encontre de la réglementation mise en place par le ministère de l’agriculture²C’est pour ces mêmes raisons que la loi sur l’eau votée par le parlement le 12 décembre 2006 dit que les PNPP ne relèvent pas de la réglementation des pesticides. Le décret du 23 juin 2009 définissant les PNPP et l’arrêté d’application du 8 décembre 2009 ne respectent pas cette loi ni le vote des parlementaires parce qu’ils situent les PNPP parmi les pesticides.

Le nouveau décret publié le 28 avril dernier ne respecte pas la loi du 30/12/2006, ni le décret du 23/06/2009, ni l’arrêté du 8/12/2009,avec pour conséquences les tours de passe passe ministériels pour annoncer une fausse autorisation du purin d’ortie.

En continuant à commercialiser et à utiliser du vrai purin d’ortie*, préparé suivant les bons usages en vigueur, nous respectons la loi mais ne respectons pas les règlements qui ne respectent pas la loi. Nous demandons au ministre de respecter lui aussi la loi et de modifier en conséquence son décret et son arrêté d’application. Nous lui suggérons de s’inspirer pour cela des réglementations en vigueur en Allemagne, Autriche ou Espagne, pays qui autorisent largement les PNPP tout en respectant la même règlementation européenne que nous.

Le ministre déclare vouloir réduire les pesticides. En même temps il continue de bloquer les alternatives comme nous le voyons avec la nouvelle « Piquette d’Ortie », alors qu’il a accordé 74 dérogations pour autoriser la commercialisation et l’utilisation des pesticides interdits reconnus très toxiques en 2010.

Source : http://www.aspro-pnpp.org/

Lire aussi : http://terrefuture.blog.free.fr/index.php?post/2009/12/20/L-affaire-du-%22purin-d-orties%22

 

 

jeudi, février 24 2011

Mort du bocage faute de haies

La glorification de l’Agriculture, par « Concours agricole » interposé (autrement nommé « Salon International de l'Agriculture »), nous amène à revenir sur les bouleversements entraînés par la « Révolution verte » consécutive à la Loi d’Orientation Pisani de 1962 et à ses conséquences : le productivisme à outrance, l’empoisonnement conscient des sols par la chimie des pesticides (organochlorés et organophosphorés) et de celle des engrais (nitrates) et la disparition des paysages traditionnels, conséquence d’un remembrement irraisonné « imposé pour les besoins de la mécanisation ».


Pour un citadin, la disparition du bocage a été la première conséquence, visuelle, de cette révolution dont les effets catastrophiques ne sont pas encore tous pleinement mesurés.

Contrairement à ce que l’on croit en général, le remembrement - c'est-à-dire le rapprochement et la fusion des parcelles appartenant à une même exploitation pour en accroître la surface et faciliter le travail – ne date pas de 1962 mais a été prévu dès 1940 par l’État français, à la demande du maréchal Pétain. Mais alors il n’était question que d’améliorer la productivité (les rendements à l’hectare) et non d’industrialiser à outrance…

L’apparition - depuis une vingtaine d’années à cette époque - de tracteurs, machines développant une puissance de quelques dizaines de chevaux vapeur (les moteurs étant  à huile ou à pétrole encore le plus souvent), laissait cependant supposer un futur essor de la mécanisation, qui nécessiterait des surfaces d’exploitation plus importantes pour être efficace et rentable... La taille des parcelles, préconisée, fut alors... de 4 hectares. Ce qui laisse évidemment rêveur aujourd’hui !

Mais la question se pose de savoir pourquoi le monde rural avait développé le « bocage », autrement dit le cloisonnement des terres par des haies ?

L’idée de planter des haies répondit dès la fin du Moyen Age aux besoins du cadastre et de l’édification de clôtures. La métallurgie était alors embryonnaire, artisanale (maréchaux grossiers* aux techniques relativement rudimentaires) ; en outre les techniques de tréfilage n’existaient pas : le fil de fer (plus encore barbelé) était inconnu. Les palissades de perches et de lattes de bois en usage pour entourer les potagers étaient incapables de contenir le bétail en divagation. On chercha donc à utiliser des végétaux alignés pour délimiter les propriétés et surtout pour individualiser des parcelles afin d’éviter le fastidieux travail de gardiennage du bétail, comme du temps de la fameuse vaine pâture, de règle sous la féodalité.

Le bocage s’est donc développé partout où l’élevage était important, notamment dans le centre et tout le grand Ouest,  et fut toujours historiquement absent des plaines consacrées traditionnellement aux cultures céréalières comme la Beauce, la Brie ou la Champagne... Limitant la propriété, les parcelles étaient redivisées par de nouvelles haies, plantées au fil des successions, au point de dessiner au bout de quelques siècles une mosaïque de petites parcelles  dont la taille dépassait rarement dans certaines zones quatre à cinq vergées (en gros un demi-hectare !).

Le Haut Moyen Age avait parfaitement compris qu’il était nécessaire de maintenir un équilibre entre le monde naturel et le monde cultivé. Si elle était privilège de la noblesse, la chasse était interdite au peuple essentiellement pour préserver les espèces sauvages d’une éradication totale...

[On retrouve ce souci de préserver les espèces des excès de prédation de l’homme dans toutes les civilisations : ainsi, aux Indes, la vache sacralisée fut utilisée aux fins de préserver le bétail de l’extinction lors des fréquentes famines...]

Les paysans étaient astreints à replanter des arbres lorsqu’ils étaient autorisés à en couper : c’était une richesse à préserver. Les arbres fournissaient le bois de chauffage, le charbon de bois des forges, et le bois d’œuvre, certains aussi leurs fruits. La flore forestière et la faune associées purent ainsi se perpétrer… Les haies constituèrent également une alternative heureuse aux déboisements liés aux nouveaux défrichements nécessaires aux besoins de l’extension agricole au XVIIIe siècle.

Elles s’ordonnaient le plus souvent autour d’une ossature d’arbres (ormes, châtaigniers, charmes, merisiers, frênes, acacias, etc. suivant les régions) alternant avec des arbustes (saules en zones humides, cormiers, noisetiers, cornouillers, etc.) et surtout avec des épineux propres à décourager les animaux les plus téméraires comme les ajoncs et les épines, (aubépine ou épine blanche, prunellier ou épine noire) notamment.

Ces haies s’enrichissaient spontanément d’une flore locale de plantes grimpantes comme la clématite ou le chèvrefeuille, auxquelles s’adjoignaient des ronces et une foule de végétaux herbacés et ligneux. Le tout, entremêlé, siège de greffes par approche, constituait des barrières touffues et infranchissables. Plusieurs thèses, consacrées à la flore des haies, recensent dans chaque région  plus d’une cinquantaine d’espèces couramment rencontrées, spécifiquement liées à la flore locale!

Limitées par une taille qui en assurait l’épaississement par rejets à la base, ces haies larges de 2 voire 3 mètres et hautes d’autant, assuraient aussi les bornages : les géomètres se basaient sur les arbres et sur les épines noires car selon l’adage  « l’épine ne rejette pas ». Ces véritables réserves végétales assuraient le gîte et le couvert à toutes sortes d’oiseaux et de petits mammifères et se sont avérées de véritables conservatoires des faunes locales, offrant un abri efficace contre les prédateurs. Leur implantation était en outre étudiée en fonction du relief.

Constituant d’excellents coupe-vents (et par conséquent lutte contre l’érosion éolienne) et présentant de bons ombrages, les haies servaient d’abris au bétail ; elles pompaient l’eau du sol en excédant dans les pâtures et limitaient le ruissellement en canalisant à leur pied l’écoulement des eaux, en facilitant son infiltration par leurs systèmes radiculaires. Dans les zones à importante pluviométrie, ou au sol très imperméable, les haies furent même plantées à dessein sur des petites levées de terre : les « banques ». C’est ainsi que fut composé, au fil des siècles, le paysage bocager de nos campagnes qui associait harmonieusement l’aménagement du sol, l’activité agricole, le maintien d’une biodiversité naturelle et l’aménagement naturellement esthétique des paysages (pensons par exemple au charme inouï des « chemins creux » !). Il concourt aux usages et aux coutumes locales, et des traces multiples s’en retrouvent dans la toponymie et le folklore régional en Normandie, en Bretagne, en Auvergne, etc.

La seconde guerre mondiale fut l’occasion des premières atteintes au bocage.

Dans la zone occupée, dès 1942, les troupes allemandes abattirent de nombreux arbres dans les vergers et les haies (notamment les pommiers à cidre en Normandie) pour planter de véritables champs de piquets destinés à interdire l’atterrissage des planeurs de troupes aéroportées. Le débarquement allié fit de la destruction des haies une priorité dans la plaine de Caen puis dans la poche de Falaise : en effet même les chars Sherman ne parvenaient pas à les franchir !

Mais c’est le remembrement définitivement imposé dans les années 60 qui sonna définitivement l’heure d’un massacre qui perdure depuis cinquante ans !

Dans les domaines remembrés, toutes les haies furent abattues, les banques arasées pour les besoins de la mécanisation agricole. Il fut même instauré une « bourse aux arbres » afin de dédommager lors des échanges de terres, les « bénéficiaires » de parcelles ayant moins d’arbres que celles qu’ils avaient dû abandonner : il n’y a pas de petit profit ! L’imagination des ordonnateurs de ce massacre à la tronçonneuse fut sans limites !

Face au problème de la rétention de l’eau qui n’était plus pompée par les haies, on répondit par le drainage qui permet de drainer et d’assécher les zones humides, ce qui provoque le non remplissage de la nappe phréatique, et ce qui eut aussi pour conséquence de susciter le débordement des ruisseaux, puis des rivières, dont le cours est inadapté à de brusques apports aussi brutaux que considérables d’eaux de ruissellement  canalisées inopportunément vers le réseau hydrographique. Les habitants de Morlaix ont gardé en sinistre mémoire l’inondation de leur ville en 1960 quand la destruction du bocage a fait arriver en six heures les eaux provenant des monts d’Arrée là où elles mettaient trois semaines auparavant ! La réponse trouvée à cet « inconvénient » inattendu fut bien évidemment le bétonnage des rivières pour leur interdire de sortir de leur lit…

Mais faute d’humidité suffisante dans des sols dorénavant trop bien drainés, on répondit en généralisant l’arrosage qui  entraîne l’été le quasi assèchement par pompage non contrôlé de maint cours d’eau, et au-delà, fait dangereusement baisser (notamment par des forages multiples et intempestifs surtout dans les zones de cultures du maïs, soit la façade ouest du pays) le niveau de la nappe phréatique laquelle n’est plus suffisamment réapprovisionnée !

Près de 90% des terres dites en « nature de prés » furent depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale retournées et mises en culture de céréales destinées à l’alimentation du bétail,  accentuant de cette façon un ruissellement désastreux  en particulier  pendant l’hiver, sur des terres mises à nu, laissées sans couvert végétal des mois durant. Des régions entières furent ainsi défigurées. En Bretagne, nos bons énarques, du fond de leurs douillets bureaux, décidèrent de faire des territoires à bocage « une nouvelle Beauce » (sic) !

Privées de brise-vent, des zones entières y sont maintenant la proie des effets destructifs des tempêtes... Là, les bureaux d’étude s’émurent et « on » encouragea... à replanter ! On vit de cette façon apparaître dans les rapports officiels la formule suivante édictée dans la novlangue des experts : « Il faudra veiller dans les zones remembrées à faire accroître la progression des linéaires plantés » (re-sic) ! Ce qui se traduit en français courant par : « il faut de toute urgence replanter des alignements végétaux ! »…

Mais une haie,  n’est pas un « alignement » et elle n’est pas plantée n’importe où, n’importe comment avec n’importe quoi. La haie est un biotope en soi qui doit sa cohésion, doit le plein exercice de ses « fonctionnalités » à sa vivacité, à son épaisseur et à l’adaptation de ses espèces au milieu où elle se trouve ! On ne parle évidemment pas de la disparition de la biodiversité associée : avec la disparition de la flore, la destruction de leur habitat a fait disparaître aussi les animaux... Qui s’en soucie ?

Et contrairement à ce que certains pouvaient espérer, la raison ne l’a pas emporté sur les dispositions administratives : le transfert de l’entretien des haies bordantes des routes et chemins, jusque là assuré par les cantonniers communaux, aux propriétaires des parcelles limitrophes, scella beaucoup plus sûrement le sort des haies que la politique de remembrement elle-même !

Les agriculteurs peu soucieux de devoir accomplir ces tâches supplémentaires préférèrent... arracher les haies, et ce d’autant plus facilement que les tracteurs développaient maintenant des puissances très supérieures à 100 chevaux... Alors pourquoi s’en priver ? D’autant qu’ils touchaient parfois même des subventions pour le faire, et que l’emprise en largeur de la haie était immédiatement reconvertie en surface de terre cultivée, source d’autres  subventions (certes il n’y a pas de petits profits), à défaut de revenu agricole réel.

Ajoutons à cela une pratique sécuritaire dévoyée qui laissa croire que les haies dans les virages seraient la cause d’un manque de visibilité pour les automobilistes et que par-là, elles seraient éminemment   accidentogènes... On supprima donc des milliers de kilomètres de haies le long des routes sous ce fallacieux prétexte ! D’ailleurs les broyeuses élagueuses sont toujours aujourd’hui en action, même sur les routes les plus désertes au plus profond des bois… Pour  conduire des actions inutiles, voire profondément nuisibles - il faut ici encore en faire l’amer constat - l’argent public est toujours là !

Ne vit-on pas un certain préfet du Sud-Ouest ordonner de l’abattage, sur des Kilomètres des platanes centenaires bordant les routes de son département, au prétexte qu’ils constituaient un danger pour les automobilistes ? En vérité les exemples de cette folie d’éradication sont innombrables partout en France où les routes ont été systématiquement défigurées au prétexte de sécurité comme si les arbres sautaient spontanément sur les véhicules. Sur ce sujet précis et sur l’imbécillité bureaucratique en général il y aurait  trop long à dire…

Mais le pire était encore en effet à venir : le broyage !

Si la plupart des chemins ont disparu dans les remembrements avec les haies qui les bordaient, il reste encore des haies dans les régions dites bocagères, d’autant que les autorités locales exigent aujourd’hui leur maintien partout, ne serait-ce que pour le développement des activités touristiques qui sont infiniment plus créatrices d’emploi et génératrices de profits qu’une agriculture subventionnée, en surproduction chronique, dans ce doux pays de France visité chaque année par plusieurs millions d’étrangers !

Pour tailler les haies agricoles, la mécanisation a donc inventé un broyeur, adaptable sur tout tracteur : un bras articulé hydraulique portant un boîtier garni de dizaines de couteaux verticaux qui hachent la végétation en tournant à grande vitesse. Cet engin permet de « tailler » n’importe quelle haie au cordeau ! Rien ne lui résiste : les baliveaux sont littéralement hachés, les branches et brindilles pulvérisées. Les haies rurales se présentent donc aujourd’hui rognées de façon standard : rectilignes, elles sont taillées au tracteur par le bras à environ 1,20 m de haut à la largeur du boîtier pour n’effectuer qu’un passage, soit (environ 70 cm). Mais en fin de compte, pourquoi se donner tant de mal et ne pas tout bétonner tout de suite ?

La première conséquence en est que ces haies n’assurent plus leur fonction de coupe-vent.

Mais comme on ne voit plus d’animaux dans les champs, lesquels sont majoritairement confinés aujourd’hui en stabulation, il n’est plus nécessaire d’avoir des abris dans les prés qui existent encore, n’est-ce pas ?

La seconde, c’est que n’ayant plus ni hauteur ni épaisseur, ces nouvelles « formations végétales » n’offrent plus d’accueil à la faune, notamment aux nids des oiseaux, les petites branches n’ayant pas repoussé de la taille à la sortie de l’hiver, lors de la nidification... La troisième est que cette rectitude artificielle ne donne plus d’échappatoire aux animaux (oiseaux ou lapins) lorsqu’ils sont poursuivis par les rapaces qui planent et piquent parallèlement aux haies pour se saisir de leurs proies celles-ci ne pouvant plus utiliser les sinuosités (disparues !) de la haie pour échapper à leur prédateur...

La dernière conséquence, beaucoup plus grave, tient à ce que les arbustes et les végétaux ligneux, rognés année après années, sont réduits à l’état de bonzaï... Leurs branches, blessées, hachées par les couteaux du broyeur, ne parviennent plus à produire de bourgeonnements. À terme, peu d’espèces résistent à ce régime... La variété des essences s’en ressent, les haies s’appauvrissent. Peu de végétaux y reprennent au printemps. Les ronces prolifèrent, repoussent en laissant après chaque taille des boisseaux de tiges sèches, mortes, qui étouffent les végétaux qui s’efforcent de repartir du sol... Des trous apparaissent dans ces « alignements » fragilisés et s’accentuent d’année en année...

Dans dix ans, à ce régime, si rien n’est fait, ces haies résiduelles, considérées comme « sauvegardées » aujourd’hui, auront pratiquement toutes disparu ! Pour sauver les haies, et les lisières des bois et forêts le long des routes, de chemins et des sentiers  il y a urgence : arrêter d’abord cette pratique de la taille par broyage !


Claude Timmerman

20 février 2011

 

* Le « maréchal grossier » - à la différence du maréchal-ferrant - forgeait les grosses pièces et est à l'origine de la diversification de la métallurgie ! Depuis les barres forgées du XIVe siècle qui, assemblées, formaient le fût des bombardes, jusqu'aux premières ancres de marine (dont le fût était en bois!) jusqu'à l'usage des premiers marteaux-pilons actionnés par des arbres à cames de moulins à eau, les maréchaux grossiers ont dompté le travail du fer et ont été les premiers à constituer des ateliers et manufactures de forges dès la fin du XVe... Il en découlera le taillandier (outils de coupe agricole) comme le forgeron-ferronnier, et jusqu'à un certain  point le platier (travail de la tôle) éventuellement adapté à l'armement...à commencer par les fameuses "armures" dites de plates au XVe...D'où le nom d'armurier qui leur sera alors donné. Au XVIIIe L'encyclopédie de Diderot consacrera avec raison tout un article au "maréchal grossier", tout comme son travail avait été précédemment  longuement évoqué par exemple dans “Le Parfait maréchal” de François de Garsault !

"Petit" débroussaillage avant l'hiver !




 





vendredi, février 18 2011

Claude BOURGUIGNON Microbiologiste des Sols

lundi 23 juin 2003

A ce stade de la complexité des questions soulevées par notre rapport actuel à l’environnement, à l’Agriculture, il est utile d’écouter maintenant ce que Claude Bourguignon nous expliqua en 1991, lors d’une rencontre-entretien réenrichie en 1994.

Claude Bourguignon est docteur es-sciences, directeur du Laboratoire d’Analyse Microbiologique des sols (analyse sur le terrain et au laboratoire, sur le plan chimique et biologique des sols agricoles afin d’aider les agriculteurs dans leur gestion sol en France, en Europe, en Amérique et en Afrique), ingénieur agronome (INA PG), membre de la Société d’Ecologie, membre de la Société Américaine de Microbiologie, enseignant à la première Chaire Française de Pédologie et de Microbiologie du sol (Beaujeu), auteur du livre : "Le sol, la terre et les champs" (Ed. La Manufacture/Sang de la Terre. 1989.), expert du sol auprès de la CEE. Le passage constant du terrain au laboratoire, de la politique au fondamental, lui permet d’avoir une approche globale du sol.

En tant que spécialiste de la vie des sols, pouvez-vous estimer le pourcentage des sols de France atteints par la pollution (et dans quelle proportion) ?

-  Claude Bourguignon  : 10% des sols sont pollués par des métaux lourds. 60% sont frappés d’érosion. 90% ont une activité biologique trop faible et en particulier un taux de champignons trop bas. Idem dans le monde. De plus le phénomène de fatigue des sols (chute de rendements) se fait sentir en maraîchage et en culture betteravière.

Qu’est-ce que c’est pour vous, un sol ?

-  C. Bourguignon : Le sol est une matière vivante complexe, plus complexe encore que l’eau ou l’atmosphère qui sont des milieux relativement simples. Vous savez, le sol est un milieu minoritaire sur notre planète : il n’a que 30 centimètres d’épaisseur en moyenne. C’est le seul milieu qui provienne de la fusion du monde minéral des roches-mères et du monde organique de la surface - les humus. Je vais être obligé d’être un peu technique pour vous expliquer...

Sur trente centimêtres d’épaisseur, le sol héberge 8O % de la biomasse vivante du globe. Et dans ce sol, très mince, il y a beaucoup plus d’êtres vivants que sur le reste de la surface de la terre. Cela ne se voit pas. C’est un monde microbien que l’on a d’autant plus négligé qu’il ne coûte rien...Un énorme tabou pèse sur le microbe. Il est extrement mal vu dans notre société. Il est source centrale de mort dans la vision pasteurienne. Les microbes sont fondamentaux pour la vie. Sans ces intermédiaires, les plantes ne peuvent pas se nourrir. L’industrie de l’homme, dans son fonctionnement, ne fait que copier le microbe. Le problème, c’est l’énergie phénoménale que cela coûte. Les bactéries des sols fixent l’azote de l’air pour faire des nitrates. Gratuitement ! L’homme, lui, utilise 10 tonnes de pétrole pour fixer une tonne d’azote. Qu’il vend. Cher. En oubliant de dire que les molécules chimiques ne fabriquent pas un sol. C’est le paysan qui la fabrique de ses mains, ce sol. Alors évidemment, l’industrie a eu intérêt à remplacer le modèle traditionnel de l’agriculture Française... Et, lorsque j’ai mis au point ma méthode de mesure de l’activité biologique des sols, je me suis rendu compte de la réalité. Les agriculteurs biologiques ou biodynamiques ont des sols beaucoup plus actifs que ceux qui travaillent en conventionnel. Des sols vivants.

-  C’est le moment où vos ennuis commencent avec l’Inra ?

-  Claude Bourguignon : Exactement. L’Inra a rejeté en bloc l’agriculture biologique, bio-dynamique, sans l’avoir jamais étudiée ! C’est une faute professionnelle grave de la part de cet Institut face à la déontologie scientifique. C’est là où il a perdu sa liberté. Ce n’est plus réellement un Institut d’état. C’est un Institut au service des grandes entreprises marchandes d’engrais. Plus de la moitié des commandes de thèses de l’Inra proviennent d’elles. Et il n’y a pas que l’Inra. L’ensemble des instituts mondiaux se sont finalement laissés dominer par les marchands. Mais cela ne veut pas dire que les chercheurs de l’Inra soient heureux. Un certain nombre d’ailleurs le vivent mal... Aujourd’hui, l’Inra prend peur parce que le monde agricole, entre autres, lui réclame des comptes. Hier, les recherches favorisant l’environnement n’étaient pas un créneau porteur. Aujourd’hui elles le sont puisqu’il y a des budgets CEE et des marchés à saisir. Je pense que dans dix ans l’Inra affirmera qu’il a toujours été pour l’agriculture biologique. Dans trente ans, il rappellera qu’il a toujours soutenu la bio-dynamie.Et tant mieux. Ce sera la preuve que nous serons enfin parvenus à travailler ensemble pour régler le vrai problème : la pollution de la planète.

Quelle a été votre démarche au début de vos recherches ?

-  Claude Bourguignon  : J’ai essayé de comprendre pourquoi certains sols étaient plus vivants que d’autres. Cela varie en fonction des modes de cultures choisis.Traditionnellement, on fertilisait le sol avec de l’humus, l’argile était marnée et on utilisait un liant, le calcium souvent. On mélangeait l’ensemble au compost que l’on répandait sur le sol. Les engrais verts, eux, favorisaient les microbes minéralisateurs. Les microbes "intermédiaires" vivants près des racines des plantes étaient fertilisés par la rotation des espèces végétales cultivées. Enfin les microbes vivants près des roches mères étaient stimulés par les roches broyées. Aujourd’hui, ces étapes n’existent plus. On donne dans la monoculture... On ne pratique plus la fertilisation. Ce mode de production nie la vie microbienne. Et aujourd’hui, la production stagne quand elle ne régresse pas. Mes relevés d’activité biologique indiquent que les sols cultivés avec les engrais chimiques meurent, peu à peu.

Quelle est votre vision du rapport de l’homme à la terre, et à l’agriculture ?

-  Claude Bourguignon  : L’agriculture est d’abord l’histoire tragique de 15 000 ans de famine. Dans la période de la cueillette, l’homme respecte la terre comme sa mère nourricière. Plus tard naît l’agriculture. Mais elle ne commence à nourrir les hommes qu’au XVIIIe siècle. L’empire romain naît puis disparaît, ses sols détruits. Cinq siècles plus tard, l’Europe s’unifie sous Charlemagne et s’attaque alors à son grand bloc forestier à peu près intact, de la Gaule à la Pologne. En peu de temps, 70 % des forêts disparaissent... Des tas de manuscrits du début du XIVe siècle décrivent des orages terrifiants venant de la mer, provoqués par la disparition des forêts qui tamponnaient le climat. Au XVIIe siècle, l’Europe sort de ce cauchemar écologique à travers la pratique du labourage et du pasturage. On remplace les jachères par la culture des légumineuses qui fixent l’azote. Chose que l’on ne savait pas à l’époque. Cela donne un abondant fourrage qui va nourrir le bétail. Mais il faut le garder pour qu’il cesse d’errer sur les terres cultivées. Alors on invente la haie. Les haies ont un rôle remarquable de rééquilibrage du climat. En fait, on crée la forêt maillée. Et de ces bêtes immobilisées dans les champs on récupère les excréments qui, mélangés à la paille des céréales, donnent le fumier. Ce fumier est composté puis répandu sur les terres. C’est ce qu’on appelle l’amendement de la terre. On cesse alors de mourir de faim en Europe.

Mais au me moment où l’on résout le problème écologique en réintroduisant l’animal dans le système agricole, l’industrie arrive et fout tout par terre. Aujourd’hui, nous perdons en moyenne 10 tonnes de sol par hectare et par an. Les paysans Français utilisaient 120 millions de tonnes de fumier pour 30 millions d’hectares. 4 tonnes de fumier par hectare donnent 2 tonnes d’humus. La tâche de liaison avec l’argile est assurée. Les sols sont équilibrés et continuent à s’améliorer au fil des ans.

Le sol est une matière vivante. Aujourd’hui nous perdons en moyenne 10 tonnes de sol par hectare et par an. Vous faites le calcul et dans trois siècles, c’est le Sahara. Il faut réagir maintenant. La nature réagit très fortement. Ce n’est pas grave. Ce n’est pas la fin du monde. Je ne crois pas aux fins du monde. Il y a des civilisations qui naissent, atteignent leur apogée et meurent. D’autres prennent la relève. Je crois que telle que cette civilisation est structurée, elle sera incapable de faire face au problème numéro 1 qui est le problème de l’Environnement et de la Terre. Avant le problème était celui des choix politiques, de l’homme, de l’existence des classes sociales. Mais notre grand problème à nous est unique. C’est la Terre. Et la civilisation ne change pas, me face à sa mort prochaine.

Continuer à nier ce fait nous mène droit à la catastrophe. L’agriculture écologique au plan mondial est la garantie d’un rapport juste entre l’homme et son environnement, pour une alimentation saine et une juste rétribution du travail de chacun. Et la culture bio-dynamique, ça veut dire sauver les pays du Tiers-Monde de la famine, oui les sauver !!! Mais actuellement, cela va trop vite. Un Ministre de l’Environnement ne peut rien faire face à Rhône-Poulenc qui cherche à vendre ses molécules de synthèse. Il faut les amortir. Dans la recherche c’est très net. Vous êtes payés par des contrats. Imaginez que j’aille chez Rhône-Poulenc pour leur dire : J’ai un projet de recherches que j’aimerais que vous financiez et qui montre que vos produits détruisent la vie des sols...Ils éclateraient de rire !!! Mais s’ils connaissaient le coût réel de leur éclat de rire, ils reprendraient leur sérieux et ils accepteraient tout de suite...

Un autre problème soulevé est la capacité de retraitement de l’azote industriel par l’activité microbienne du sol...

CB  : Le problème de la circulation d’un élément dans le sol est lié à sa concentration. Si la concentration d’un élément est très faible, par exemple s’il n’y a plus d’azote dans les sols, la mobilité de l’élément sera surtout une mobilité biologique c’est-à-dire que la Vie va se jeter dessus parce qu’il est rare. La vie ne va surtout pas le laisser passer. Par contre, si un élément devient très abondant, il y aura une mobilité physique dominante, c’est- à dire qu’il peut suivre l’eau tout simplement. Parce que la vie en a trop, elle ne va pas s’amuser à tout prendre ! Donc elle laisse passer et l’environnement se trouve pollué. L’avantage du microbe c’est qu’il travaille au fur et à mesure des besoins de la plante puisqu’il travaille en me temps que la plante. Quand le sol est sec les microbes s’arrêtent et les plantes ne pompent plus le sol. Quand il fait trop froid, les microbes ne travaillent pas mais les plantes ne poussent pas. Comme c’est un système vivant, que les bactéries sont aussi des plantes, ils travaillent en symbiose totale. L’homme de l’agriculture chimique met son azote à n’importe quelle saison ; il ne le fractionne pas comme le microbe, donc il pollue. Ce qui fait que, "curieusement", la grande majorité des agronomes ne connaissent rien à la microbiologie des sols. Parce qu’il n’y a pas d’enseignement. Il n’y a aucune chaire officielle de microbiologie des sols en France depuis la disparition du secteur microbiologie des sols de l’Institut Pasteur. l’Inra a confié son secteur à un professeur qui s’intéressait surtout à la microbiologie industrielle qui est très à la mode, d’où l’ignorance des agronomes en matière de cycles microbiens, pour la plupart.Pour eux, sans engrais chimiques, sans NPK, c’est la mort ... du sol ! Pour eux, le sol est d’ailleurs un simple support inerte sur lequel il suffit de répandre des solutions chimiques magiques ! Alors que le fondateur de l’agriculture chimique, Justus Van Liebig n’a jamais dit ça. On a mal interprété ses paroles. Ses écrits ont été complètement déformés par l’industrie des produits chimiques.

Liebig a montré sous quelles formes les plantes absorbaient les éléments ; il a montré que la plante ne pouvait pas prendre l’azote autrement que sous la forme nitrates, forme fabriquée par les microbes. Il n’a jamais dit qu’il fallait mettre des nitrates dans les sols. Il a montré que la plante attendait que les microbes aient fabriqué des nitrates pour les prendre. Il a montré qu’elle attendait la forme phosphate, sulfate. Les plantes attendent toujours des formes électronégatives et cela, pour des problèmes de stratégie d’absorption. Contrairement à nous, le gros ennui de la plante c’est qu’elle se nourrit d’un support d’origine minérale où domine essentiellement la silice (56% des roches mères), le fer, l’aluminium. La plante, elle, est très pauvre en fer, en silice et en aluminium. Par contre la plante est riche en azote, en phosphore et en sulfate, éléments qui manquent dans la terre. La plante est donc obligée de développer une stratégie très astucieuse d’absorption, "l’absorption active". Elle ne peut se laisser traverser par les lois de la chimie qui disent que toute substance tend à s’égaliser de part et d’autre d’une membrane vivante. Si la plante se laissait faire par cette loi là, elle aurait la meme concentration que le sol. Ce qui n’est pas du tout le cas.

Alors comment fait-elle ? Elle utilise un système d’une remarquable intelligence, système utilisé d’ailleurs par l’ensemble de la vie dès qu’il y a des problèmes d’échange électrique à opérer. La première série des éléments du tableau de Mendeleieff sont ce qu’on appelle les cations monoatomiques. Ce sont des atomes qui sont porteurs d’une charge positive. Ces éléments ne sont jamais constitutifs du matériel vivant sauf l’hydrogène qu’on met en dehors du tableau de Mendeleieff parce qu’il possède un comportement très spécial.

C’est un peu de la triche, lui ! C’est le Numéro 1 ! L’Hydrogène !

-  CB  : Oui c’est le numéro 1. Et bien sûr il fonctionne différemment. Mais si vous prenez lithium, sodium, potassium, rubidium, césium, ils sont tous parfaitement équivalents et ils servent à la plante à se charger positivement. Donc la plante a des pompes qui consomment de l’énergie accumulée en quantité par la photosynthèse. Elle dépense son énergie pour charger ses cellules racinaires positivement avec ses cations monoatomiques qui ne fabriquent aucune molécule vivante. Il n’existe aucune cellule vivante contenant du potassium, contenant du sodium, du lithium. Mais par contre, cela rentre très facilement à travers les membranes. D’ailleurs cela fait partie des très rares atomes que nous pouvons manger, nous les humains, à l’état pur, sans passer par la forme organique. Il en est de me pour l’avant-dernière colonne du tableau de Mendeleieff, celle des anions monoatomiques (chlore, fluor, iode). Tous ces éléments nous pouvons les manger purs. Nous pouvons manger du NaCl - du sel - et nous l’absorberons très bien. Nous pouvons prendre du chlorure de potassium, idem. Ce sont les seules formes et tous les êtres vivants peuvent le faire.

Donc la plante se charge positivement et une fois qu’elle est plus, que fait-elle ? Une fois qu’elle est devenue une pile positive, elle attend que les microbes fabriquent du "moins". Cela va pouvoir entrer me si les concentrations sont faibles à l’extérieur parce qu’elle va créer une force électrique tellement forte que ça va attirer un ion négatif alors qu’il est très rare à l’extérieur et c’est ainsi que les plantes se nourrissent.

Alors les microbes ont deux techniques pour fabriquer des éléments négatifs. Ils ont la technique de l’oxydation. Ils oxydent l’azote en nitrate, le phosphore en phosphate, le soufre en sulfate, le sélénium en sélénate, le calcium en oxyde de calcium, etc. Mais il y a des éléments oxydés qui sont insolubles, tel l’oxyde de fer. Comment la Vie a-t-elle résolu ce problème ? Par un système très astucieux : la chélation de l’élément ... par le microbe !Il prend l’élément et l’attache sur une molécule organique. Quelle molécule organique utilise-t-il ? Un acide organique qui est une fonction chimique de type CO-O, fonction négative qui pourra rentrer dans la plante. C’est une sorte de pince si vous voulez qui va entraîner l’élément dans la plante, qu’elle capte électriquement. On appelle cela la "chélation".

Nous ne faisons que copier la Nature. Avec industrie et finances en prime. Justus Van Liebig avait pourtant rappelé que la boîte de conserves de Nicolas Appert était une nourriture militaire, pour temps de guerre, d’épreuves, transitoire mais nullement préférable à une nourriture fraîche.

-  CB  : Oui, de secours. D’ailleurs que l’on ait extrait de l’huile à chaud pendant la dernière guerre mondiale, parce qu’on n’avait pas d’huile à donner aux Français, on comprend tout à fait. Mais que les huiliers aient gardé le procédé d’extraction à chaud alors que c’était interdit avant la guerre, là c’est scandaleux. Là, ils font de l’argent sur le dos des gens et cela ne correspond plus du tout à un problème de survie. C’est devenu un problème de gros sous.

C’est exactement comme à la sortie de la guerre de 14-18. Pourquoi a-t-on violé les agriculteurs avec les nitrates ? C’est que les nitrates avaient été fabriqués par Haber, en 1913. Haber trouve enfin la technique qui permet de prendre l’azote de l’air et de fabriquer des nitrates. C’est cette découverte qui permet à l’Allemagne de déclencher une puissance de feu phénoménale : les nitrates de synthèse permettent de fabriquer des bombes en remplaçant le salpêtre. L’Allemagne va avoir de l’azote à profusion, tant qu’elle veut. L’azote, c’est 79% de l’atmosphère. La vie microbienne du sol et certaines plantes captent l’azote de l’air, gratuitement. L’industrie, elle, développe ses usines qui coûtent horriblement chères. Et l’Occident va ainsi fabriquer ces nitrates avec ces techniques et cela va être une grande guerre mondiale. A la sortie de cette guerre, il va bien falloir pacifier ces usines qui ont coûté si chères. On ne peut pas les fermer comme ça ! Il faut les amortir !! Et comme Justus Van Liebig avait montré que c’est sous la forme de nitrates que les plantes se nourrissent, ils ont fait tout de suite l’interface.Et au début on a été raisonnable, comme dans la plupart des interventions humaines. Entre les deux guerres, on préconise 20 à 30 kilos d’azote à l’hectare. On ne viole pas les sols. Les rendements augmentent de façon spectaculaire. Et puis la loi du commerce augmentant, on est passé à 50, puis 100, et maintenant on en est à 248 kilos d’azote à l’hectare Aujourd’hui, c’est du délire.Je n’ai pas les positions extras des tenants les plus radicaux de l’Agriculture Biologique. Je trouve normal que par son intelligence l’homme comprenne les mécanismes vivants et les perfectionne. Mais quand on en arrive à mettre 248 kg d’azote à l’hectare sur le blé on délire. Du délire commercial. On abîme l’environnement et on abîme la santé des gens. Et là je ne suis plus d’accord. Et en tant que scientifique, je m’oppose à cette pratique là. On doit demander à un sol ce qu’il est capable de produire en fonction de sa fertilité naturelle. Tout le monde veut faire 100 quintaux à l’hectare en France. Cela ne tient pas debout ! On ne roule pas à 240 km/h avec une 2 CV !!C’est pareil avec les sols. La première chose : regardons notre sol et travaillons en fonction de son potentiel de départ.

C’est là où vous intervenez. Comment évaluez-vous la fertilité d’un sol ?

-  CB  : J’ai développé cette technique à partir d’une idée fort simple : le sol est un système dynamique souvent profond d’environ trente centimètres, ce qui n’est pas très épais. Parfois, on analyse des sols qui sortent directement de la roche-mère, que l’on touche en sondant le sol. Mais d’autres sols sont si profonds qu’on ne peut pas toucher la roche-mère, tel Roissy où trente-trois mètres de profondeur de limons fertiles ont été recouverts par du béton et du goudron !

Bon. Quand vous étes en Bourgogne, sur la Côte d’Or, si vous voulez reconnaître l’état d’un sol, vous allez jusqu’à la roche mère. Je prélève le sol à différentes profondeurs et emplacements. Je vais jusqu’à la roche et je prélève les différentes couches. Pour moi, les différentes couches du sol c’est un peu comme des strates dans une forêt équatoriale avec ses différents niveaux écologiques et ses microbes variés. De multiples situations biologiques. Je peux alors étudier l’évolution des argiles, leur qualité, leur surface interne de la roche mère jusque vers la surface. Je compare avec la partie travaillée par l’agriculteur. Je compare le travail accompli par la Nature et celui de l’homme. Je vais comparer la qualité des argiles. En analyse chimique, je vais comparer les choses classiques (degré d’acidité en pH, pHO, pHKCL). Je vais comparer la capacité des charges captioniques. Je vais regarder l’activité biologique des sols. Comment elle évolue dans la profondeur du sol.

Je connais aujourd’hui beaucoup de sols sur tous les continents de notre planète. La conclusion générale est la suivante : normalement, les sols en bon équilibre ont une activité biologique qui baisse avec la profondeur jusqu’à environ 30 centimètres, pour ensuite rester parallèle à la roche mère. On a deux grands groupes microbiens : en surface ceux de la matière organique. On est en présence de l’atmosphère. On a les groupes les plus actifs, le gros de l’énergie vivante qui se déploie. Ensuite, la seconde couche, des profondeurs, aboutit un substrat purement minéral jusqu’aux organismes dévoreurs de pierres, les chimio-lithotropes.

Avec l’ensemble de cette approche physique, chimique et biologique entre ce que fait l’agriculteur, ce qu’il a donné au sol, je peux déterminer le dynamisme du sol à venir. Si par exemple je vois de bonnes argiles au fond et que je ne retrouve que de mauvaises argiles à la surface ? Le sol est en train de s’abîmer. Les humus sont de mauvaises qualités. Mon activité biologique n’est pas plus forte en surface que dans la partie minérale ? Mon sol est en train de se minéraliser jusqu’à la surface. Ce sol est mort.

C’est en faisant ces relevés et comparaisons que j’ai constaté des faits importants. Tout le monde constate que la matière organique baisse dans les sols. Mais personne ne s’est jamais occupé de la qualité de cette matière organique. J’ai étudié la capacité de charge cationique des agricultures conventionnelles. Elle est deux ou trois fois plus importante. Hélas cet aspect qualitatif est peu étudié car nous sommes encore dans une société du quantitatif qui se refuse encore à comprendre que les sols sont en train de mourir en Occident. Ce sont eux qui nous nourrissent, ne l’oublions pas. Alors si votre sol est déséquilibré, ce n’est pas en lui apportant les éléments NPK que vous allez recharger les choses. La plante prend environ 28 éléments dans le sol. Ce n’est pas en lui en apportant trois que vous allez lui rendre la santé. Alors la plante tombe malade. Le NPK fait grossir la plante par les éléments de la turgescence. C’est d’ailleurs pour cela que ces 3 éléments ont été retenus. Mais ils ne suffisent pas à la plante. La nature est sans pitié. Dès qu’il y a quelque chose de carencé, les parasites se jettent dessus pour l’éliminer. Il ne doit pas faire de progéniture, il doit disparaître. Donc les plantes tombent malades. Que font les agriculteurs ? Ils traitent. Comme ils traitent, ils massacrent le peu de microflore et microfaune qui reste dans le sol. Les plantes sont encore plus carencées. L’agriculteur rachète encore plus de pesticides.Et comme ce sont les mes firmes qui font les engrais, les pesticides, et qui ensuite font les médicaments. Alors pour les gens qui mangent ces plantes carencées ce n’est pas prêt de s’arrêter. D’autant que les marchands d’engrais ont des marges de plus en plus faibles sur leurs engrais et que les vraies marges, c’est sur les pesticides et les produits phytosanitaires qu’ils les font. Donc, ils n’ont pas du tout envie, pas du tout du tout, que cette manne s’arrête. Rééquilibrer nos sols, rééquilibrer nos plantes, ça voudrait dire aussi baisser les charges de Sécurité Sociale dans les sociétés occidentales. Ce que personne ne veut voir ! Parce que toute l’industrie pharmaceutique est là . Absurde.

Si on laisse faire, quelle est la perspective ?

-  CB  : Nul besoin d’être prophète. Tout ce que les écologistes sérieux ont avancé depuis trente ans se vérifie aujourd’hui. Nous jouons à l’heure actuelle l’avenir de notre civilisation. Nous sommes en train de vivre l’Austerlitz de l’Occident. Que va-t-il se passer si on laisse faire ? L’Occident va s’écrouler parce qu’il n’y a plus de critiques, plus de remises en cause. Et nous allons mourir comme toutes les civilisations par destruction des sols. Comme l’empire romain, les mayas...

L’humus c’est le mot humanité. Nous avons surtout notre malheur en nous-mêmes. C’est notre civilisation qui est dangereuse car elle porte sa mort en elle. Elle est en train de s’auto-détruire en criant un grand cocorico de victoire. La science peut nous tuer car la morale ne suit pas. Nous avons une morale biblique et une technologie du XXIe siècle. Les scientifiques sont devenus les nouveaux prêtres., au XIIe siècle ils étaient moines !! Le commun des mortels est coupé de la culture scientifique, technique et industrielle que manipulent les spécialistes distanciés. Et cela fait très peur. Regardez le pilote d’avion qui dirige sa bombe avec un laser sur des objectifs ! Il fait une guerre propre. La preuve ? Il ne voit pas le résultat de son geste sur son écran T.V. !!! La science occidentale moderne distancie essentiellement les choses. Elle le fait de tout.

Et au niveau alimentaire de l’Occident ?

-  CB  : La distanciation au niveau alimentaire est claire. Les gens ne veulent plus savoir qu’ils mangent la mort d’un animal. En conséquence, on leur propose une espèce de viande carnée, congelée, mise en sachet dans un bac. Les poissons ? Ils sont déjà panés. Les abattoirs sont présentés comme très hygiéniques. Les bêtes n’y souffrent plus... Il n’y a plus la moindre trace de meurtre. La personne peut donc manger la viande comme si c’était de la purée. Elle n’a pas l’impression de participer à un crime. Le steak haché type hamburger il faut beaucoup d’imagination pour rapprocher cela de la viande. Donc l’homme se sent complètement déculpabilisé et à ce moment il peut accepter que les bêtes soient élevées comme elles le sont : dans des camps de concentration absolument monstrueux. J’estime que tous les lycéens de France devraient aller voir au moins une fois comment on traite les cochons, les poulets, les veaux, etc. dans l’industrie intensive. Et ils devraient aller ensuite visiter un abattoir. C’est très impressionnant de voir des bêtes qui arrivent vivantes et qui, en moins de 15 mètres,sont déjà complètement saignées. La vitesse de transformation de la bête vivante.

C’est extraordinairement choquant !
Sans faire du passé un âge d’or, la notion de fête est perdue. Autrefois, la mort d’un animal était rare et festive. L’animal était un compagnon et sa mort était vécue, acceptée, transcendée, transformée par un acte touchant la vie et la mort. La source du sacré. L’animal était complice de la vie de l’homme, lorsque ceux-ci entretenaient un rapport d’amour respectueux de la nature. Maintenant la viande est devenue un produit totalement banal et pour pouvoir donner de la viande de façon banale à tout le monde, tous les jours de la semaine, on fait des camps d’élevage atroces. Les bêtes sont piquées tous les jours. Si on ne pique pas les cochons industriels aux tranquillisants ils meurent de crise cardiaque, etc. Ce qu’on arrive à faire dans les élevages industriels, c’est à vomir. A vomir. Et c’est accepté en toute impunité de la science, de l’hygiène, de la technologie. Vous savez je pense qu’une société qui traite la vie comme cela ne peut pas se traiter elle-même correctement. La société fait des guerres propres. C’est comme l’agriculteur qui passe dans son champ avec ses produits de mort à 400 grammes l’hectare. Après il a un champ nickel-chrome. Il n’y a plus un seul coquelicot pour le blé. Plus une mauvaise herbe. Propre. Rationnel. Enfin quelque chose de propre ! La mort est d’une grande beauté...

Quelles solutions alors ?

-  CB  : Comme le disait très bien Kant, une chose est morale quand elle est généralisable à l’ensemble de l’humanité. Notre agriculture industrielle n’est pas généralisable. S’il fallait simplement pour l’azote industriel apporter à l’ensemble des terres cultivées la quantité d’azote que mange la France, la totalité de la flotte mondiale ne suffirait pas transporter l’azote en question. C’est impossible. Ce n’est pas généralisable. Donc il faut changer d’agriculture. Car on se garde bien de dire aux Français qu’avec notre système alimentaire il faut un hectare de terre cultivée pour manger dans les pays riches. Tandis qu’il ne reste que 2600 m2 de terres cultivées par habitant. Alors ? Si nous consommons un hectare, c’est qu’il y a des êtres humains qui ne mangent pas. C’est une simple mathématique, mais elle est vraie. Et il faut continuer. Il reste 3 hectares par habitant à l’heure actuelle sur la planète Terre, toutes terres confondues, Sahara, Pôles. Tout. Sur ces trois hectares on prélève de quoi s’habiller, faire notre maison, notre voiture, etc. Et sur ces terres il reste 2600m2 cultivés, pour manger. Et il en disparaît à l’heure actuelle l’équivalent de la surface de la France tous les ans par érosion. Les rendements sont en train de stagner en Europe. On parle de fatigue des sols. Avant c’était tranquille, les engrais solubles étaient déversés et on augmentait de 3 quintaux/hectare/an. Tout le monde criait victoire. L’INRA annonçaitdéjà150quintauxàl’hectaredans le début des années 80. Aujourd’hui, on remet sérieusement en doute cela. On voit des agriculteurs habitués à leurs 100 quintaux qui tombent à 40 quintaux. Par fatigue des sols...Or si vous comparez la teneur en éléments des sols telle qu’elle se pratique dans les méthodes d’analyse conventionnelle, les sols d’agriculture biologique ont souvent moins d’éléments solides que les sols en conventionnel ; donc selon les critères retenus par l’agriculture conventionnelle, ils sont moins fertiles. Par contre en tant que milieu "sol", les sols en agriculture conventionnelle sont déséquilibrés. Cela dit, il y a des gens en "Bio" qui travaillent très mal. Certains ont simplement remplacé les engrais chimiques par des engrais organiques. Ce n’est pas cela l’agriculture.L’agriculture vivante est celle qui amende ses sols.Amender ? Restituer. C’est l’équivalent pour l’agriculteur de l’entretien du matériel productif par l’industriel ; le sol est ce qui produit, donc il faut l’entretenir.La fertilisation (ou l’amendement donc) possède trois volets. Traditionnellement, on fabriquait de l’humus en compostant. Pour les argiles, on marnait : on apportait des argiles calcaires et on les mélangeait à un liant, la plupart du temps le calcium. Le tout était mélangé au compost et on épandait sur le sol. On entretenait ainsi tous les ans son matériel de production. Et on l’améliorait.

Second volet de l’amendement : la fertilisation des microbes. Les microbes vont nourrir les plantes, donc il faut les fertiliser. On fertilise les deux grands groupes : le groupe de la matière organique et celui de la chimie lithotrophe. Le groupe de la matière organique se divise en trois.
- a) le groupe de l’humification que l’on fertilise par le compost.
- b) le groupe de la minéralisation qui est fertilisé par les engrais verts.
- c) le groupe de la rhizosphère (les microbes qui vivent contre les racines des plantes et qui les nourrissent), est entretenu par la rotation des cultures. En effet, chaque espèce de plantes stimule une certaine microflore. Et enfin il y a le groupe des chimiolithotrophes, c’est-àdire celui des roches mères. On les nourrit par des roches broyées. Si on est en terrain calcaire, on broie du granit et on équilibre ce que la géologie a mal distribué.Et puis enfin le dernier volet : la fertilisation des plantes. Elle consiste à apporter ce que l’on a exporté pour ne pas appauvrir son sol en éléments nutritifs. Vous prélevez 50 kg d’azote ? Vous restituez 50 kg d’azote. Maintenant avec l’agriculture industrielle, les deux premiers volets n’existent plus. On fait de la monoculture. On ne fait plus que la fertilisation des plantes. Et dès qu’on a un système non généralisable qui se généralise c’est la mort garantie à très brève échéance, dans n’importe quel groupe humain. On ne donne pas trente ans à cette civilisation en analysant les sols.

Quand vous voyez l’Afrique, c’est affolant ! Les pays comme l’Ethiopie et le Soudan ont coupé 95% de leur surface forestière depuis 1960 ! Négociés en 30 ans ! Et maintenant c’est une marée humaine de crève-la-faim. Les boat people vont être le gros problème de l’Occident. On ne pourra pas faire face, surtout si on limite à la peur, le rejet et la force. Allez en Indes, c’est le cauchemar l’Inde ! Et on a fait croire que le problème allait être résolu techniquement. Mais le problème n’est pas technique. Le problème est bien plus subtil que cela. La Terre est quelque chose de très subtil. Nourrir les hommes, ce n’est pas simple.

On a cru qu’en vendant des engrais aux Hindous et en mettant des variétés à haut rendement, on allait régler le problème. On a érodé des millions d’hectares aux Indes depuis les années 70 par les techniques dites de la Révolution Verte. Les résultats de cette Révolution Verte qui a valu à son promoteur, Norbert Borlaug, un prix Nobel, s’annoncent aujourd’hui en toute clarté : des millions de vies exterminées par cette Révolution Verte.Tous les pays du Maghreb étaient à peu près autosuffisants jusqu’en 1945. Ils sont maintenant importateurs à 85% de leur alimentation. Alors ils s’amusent à faire pousser de la luzerne dans le désert sous plastique noir. Je veux bien ! En Arabie Saoudite, on fait pousser du blé dans le désert qui coûte 45 fois le prix mondial, quelque chose comme Marie-Antoinette qui fait la promenade des moutons. Inepte. Indigne de l’homme et de la Femme. Non. La seule chose qui puisse sauver l’humanité des grandes catastrophes c’est l’agriculture biologique & la biodynamie. L’Amour. Un nouvel Art de la Science. Le Bon Sens.

Quelles sont les solutions adaptées que vous préconisez ?

-  CB  : Il faut :
a) Replanter des haies en maillage de 20 hectares.
b) Reboiser les zones sensibles.
c) Gérer la matière organique des villes à part des gadoues industrielles afin de pouvoir remonter le taux de matière organique des sols.

La biodynamie ?

-  CB  : Je pense qu’à l’heure actuelle la seule et unique solution pour le Tiers-Monde est l’agriculture biodynamique. L’agriculture biodynamique ne coûte rien. Elle se fait uniquement avec des préparations manuelles. Elle peut être enrichie des savoir locaux. Elle est d’une simplicité extraordinaire. L’agriculture biodynamique correspond de plus parfaitement à la mentalité des pays du Tiers-Monde qui ne sont pas choqués de travailler avec des notions de forces cosmiques.

Mon point de vue scientifique sur l’agriculture biodynamique c’est que d’évidence c’est spécial. Les préparations biodynamiques font plus penser à des grimoires médiévaux de recettes de sorcellerie qu’à de la science propre. Et pourtant, j’ai étudié quelques préparations et il y en a qui m’ont totalement époustouflé. En particulier la préparation de bouses de cornes.

La bouse de cornes au microscope c’est hallucinant ce que cela peut entretenir comme vie microbienne ! Or, normalement, dans la bouse de vache il n’y a pas grand chose. Et Steiner lui nous fait enterrer une corne de génisse à la St Michel, puis la déterrer à la St Jean. C’est carrément de la sorcellerie du Moyen-Age. Ou d’antiques connaissances, d’anciennes sciences de la nature. Et ensuite ce qui est hallucinant, c’est le résultat.

Qu’est-ce qui se passe ? Je n’en sais rien du tout. Je ne sais pas quel type d’énergie touche la biodynamie mais en tant que scientifique je me garde bien d’en rire. Je dis simplement que je n’ai pas d’explication. Mes appareils de mesure ne voient rien, n’ont pas accès à la fréquence des énergies actionnées par la biodynamie. La seule chose que j’observe c’est que leurs sols sont plus actifs. Par exemple les composts évoluent trois semaines plus tôt quand ils sont traités avec les préparations biodynamiques de Rudolf Steiner. Et effectivement, il y a des préparations qui ont des activités biologiques remarquables. C’est tout ce que je peux dire. Mais je ne peux pas mesurer les activités de la biodynamie. Si j’étais à la tète d’un Institut, je ferai faire des expériences pour voir ce qu’il y a derrière cela. Avec une vision scientifique. Telles la naissance ces dix dernières années de plusieurs chaires de biodynamie dans un certain nombre d’universités américaines, et également allemandes. Le dossier de l’agriculture biologique débouche sur la vision de la naissance de véritables universités écologiques rurales et urbaines.

La grande fracture dissimulée là par toute notre histoire culturelle est le rapport à la Terre, à la Femme. La Terre a besoin de respect. La Terre manque de bras pour être cultivée avec le soin qu’elle demande mais hélas les hommes ne veulent plus la travailler car être paysan est devenu dégradant. La destruction des sols agricoles est le problème majeur auquel l’humanité va être confrontée au siècle prochain. Il faut arrêter l’érosion des sols cultivés. L’urgence de l’urgence c’est la vie des sols

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samedi, janvier 29 2011

Gaz de schiste : miracle et/ou calamité écologique ?

gaz-de-schiste.jpg Un gaz non conventionnel à coût élevé et qui exige d’énormes quantités d’eau...

Depuis quelques années, une «nouvelle ancienne» énergie a fait son apparition dans les pays développés, au départ aux Etats-Unis : les gaz de schiste ou «shales gas» boostés il est vrai par les prix élevés du pétrole et l’essor de la technologie du forage horizontal et l’amélioration des techniques de fracturation des roches qui ont rendu possible son exploitation. Il est vrai aussi que nous nous dirigeons inévitablement vers un épuisement des réserves d’énergies fossiles : pétrole, gaz et charbon manqueront complètement à l’horizon de la fin de ce siècle.

D’après l’AIE, le peakoil aurait été dépassé en 2006, nous serions inéluctablement sur le déclin... Quelques éléments pourraient cependant provisoirement, changer le cours des choses et ralentir ce phénomène de déplétion. Cette nouvelle manne est vue dans les pays occidentaux comme une réponse à l’hégémonie des pays du Sud et de la Russie sur le gaz. Il s’agit bien du même produit que le gaz dit conventionnel : pour l’essentiel du méthane, mais ici séquestré dans des roches (des schistes donc), de façon diffuse, ce qui en rend difficile son extraction.

«Le gaz naturel, » écrit Eric Delhaye président de Cap 21.2010, « va probablement occuper une place importante dans les décennies à venir pour accompagner cette transition. On estime ainsi que la consommation mondiale de gaz devrait passer de 3 Téramètres cubes en 2007 à 4,4 Téramètres cubes en 2030. Alors que les réserves de gaz naturel conventionnel décroissent (estimation à 60 ans de consommation), un certain nombre de pays se tournent de plus en plus vers l’extraction de gaz non conventionnels qui permettent de réévaluer les réserves mondiales de gaz de 60 à 250%, selon Petroleum Economist.

Pour certains, c’est la promesse d’un nouvel eldorado économique d’autant plus que les gisements sont disséminés dans de nombreux bassins sédimentaires dans le monde, notamment aux États-Unis et en Europe, de quoi s’affranchir de contextes géopolitiques parfois instables. Rappelons en effet, que 4 pays contrôlent aujourd’hui 55% des réserves de gaz naturel conventionnel : Russie, Iran, Qatar et Arabie Saoudite. Les réserves de gaz de schistes sont estimées à 666 Teram3 contre 185 Teram3 de gaz naturel. Le prix d’extraction est de 140 à 210 dollars par milliers de m3. Avec les gaz non conventionnels, la Russie a perdu en 2009 son statut de premier producteur mondial de gaz au profit des Etats-Unis où la production a progressé de 4% pour atteindre 601 Gm3 contre 575 Gm3 pour la Russie.»(1)

Peak oil

Pierre Veya citant le rapport de l’Agence internationale de l’énergie sur les perspectives 2009, rapporte que les réserves mondiales de gaz sont sans doute, beaucoup plus importantes que prévues. «Jusqu’ici, il était communément admis que la planète pourrait satisfaire ses besoins en gaz pour les 60 prochaines années, en puisant dans les réserves de trois pays (Russie, Iran, Qatar) qui se partagent une bonne moitié des réserves. Or, en réalité, ce potentiel pourraient couvrir deux siècles de consommation si l’on cumule les gaz non conventionnels, en particulier les gaz contenus dans les schistes et les zones de transition (gaz de charbon, réservoirs en grandes profondeurs).

Les schistes à porosité très faible, piègent de grandes quantités de gaz provenant de la décomposition de bactéries et de matières organiques. Ils suscitent aujourd’hui, une frénésie d’investissements. Car les gaz de schiste sont de plus en plus exploitables grâce à des techniques de fracturation des roches par l’envoi d’eau et de sable pour libérer les hydrocarbures. C’est aux Etats-Unis, à partir du début des années 90, qu’un «rush» sur ces gisements a démarré avec la mise en service d’une cinquantaine de puits. On en dénombre aujourd’hui, des milliers et les experts prévoient qu’à l’horizon 2030, 60% de la production américaine (la deuxième plus grosse production mondiale après la Russie) pourraient provenir de forages profonds et horizontaux, couvrant de larges territoires. » (2)

« (...) L’Europe, qui redoute de devenir de plus en plus dépendante vis-à-vis de la Russie, trouverait des ressources non exploitées pour desserrer l’étau qui se referme sur elle. (...) Cette perspective expliquerait en partie les difficultés de financement rencontrées par les promoteurs des nouvelles routes de gaz et, contribue sans aucun doute, à fragiliser les grands projets de gaz liquéfiés qui doivent permettre aux Etats-Unis et à l’Europe de diversifier leurs sources d’approvisionnement.»(2)

Bref, c’est une manne céleste ; même la France revendique sa part. «Rangez les éoliennes! » écrit Laurent Carpentier« Au placard l’énergie solaire! Oubliées nos bonnes résolutions en termes d’émissions de CO2. Nous sommes sauvés : voici le gaz de schiste...La France serait en effet assise sur d’importantes réserves de ce gaz naturel en tout point semblable à celui que l’on connait sauf qu’au lieu d’être concentré au sein de poches souterraines, celui-ci est disséminé dans ces argiles profondes et imperméables.

Le principe est simple : après avoir foré verticalement, on pénètre horizontalement les schistes, dans lesquels on envoie à forte pression des milliers de litres d’eau, de sable et un cocktail d’adjuvants chimiques pour ouvrir la roche. On appelle cela la «fracturation hydraulique». Lourde de conséquences pour l’environnement, cette technologie est la clé à la fois géniale et monstrueuse d’une révolution énergétique qui a déjà propulsé les Etats-Unis en première place de la production mondiale de gaz naturel.»(3)

Manne ou malédiction ?

«Les gaz de schiste connaissent présentement, un essor extraordinaire aux États-Unis. En Europe, les compagnies pétrolières commencent à s’intéresser sérieusement à cette ressource de gaz non conventionnels. Leur exploitation causant une dégradation environnementale incommensurable, les écologistes et environnementalistes sont en alerte. (..) La révélation de tels gisements exploitables représente, pour la société énergivore d’un nouvel âge que l’on qualifie d’Oléocène, une manne considérable... Des décennies de gaspillage énergétique sont enfin possibles sans recours aux énergies alternatives et renouvelables, de quoi nous combler, nous enchanter! Une telle exploitation ravageuse n’est rendue possible que grâce à la technique de fracturation hydraulique des roches, ainsi qu’à une récente amélioration des méthodes d’extraction, en particulier par forage horizontal. Les gaz de schiste étant dispersés dans la roche imperméable, il est donc nécessaire de forer d’innombrables puits en fracturant la roche. Chaque puits exploitable ne l’est que brièvement, un suivant doit donc être foré quelques centaines de mètres plus loin, et ainsi de suite...À deux ou trois mille mètres de profondeur, la réunion des micro-poches à l’aide d’un explosif détonné pour chacune des brèches occasionne un véritable séisme. La fracturation se fait par un mélange d’eau en grande quantité, de sable et de redoutables produits chimiques propulsés à très haute pression (600 bars), méthode qui génère la remontée du gaz à la surface avec une partie du redoutable liquide de fracturation. Chaque “fraturation” nécessite quasiment 15.000 mètres cubes d’eau (soit 7 à 15 millions de litres), un puits pouvant être fracturé jusqu’à 14 fois. »(4)

« L’impact environnemental n’est donc pas neutre. L’eau utilisée doit être ensuite traitée car elle est souvent salée et contient des métaux lourds. La multiplication des forages et des réseaux de pipes affectent gravement les paysages, d’autant plus que la zone de drainage autour des puits étant faible, il peut y avoir un puits tous les 500 mètres. Selon un rapport réalisé l’an dernier par l’EPA (Agence de protection de l’environnement américaine), l’activité du gisement de Barnett Shale, dans le nord du Texas, pollue plus que le trafic automobile de cette ville de 725.000 habitants. Suivant notre devise d’exploiter la Terre jusqu’à la moelle, nous allons droit à un emballement herculéen de la si vaste et si complexe machine climatique, et la France ne va pas s’épargner d’y participer. A la clé : une indépendance énergétique qui vaut bien une catastrophe environnementale finale et réussie.»(4)

«Ces techniques », pense Eric Delahaye, « ne sont pas sans poser de lourdes conséquences pour l’environnement. La fracturation hydraulique requiert en premier lieu d’importantes quantités d’eau, plusieurs millions de litres d’eau pour chaque gisement exploité. Elle utilise de nombreux produits chimiques dont on ne connaît d’ailleurs pas la liste exhaustive. On trouve, notamment des produits gélifiants, des antibactériens, des acides...Selon le Département de la protection de l’environnement en Pennsylvanie, c’est un véritable cocktail chimique qui est utilisé par l’industrie avec des composés souvent hautement cancérogènes, et toxiques pour les milieux aquatiques. Ont été identifiés entre autres, le benzène et ses dérivés, les éthers de glycol, des acides, du formaldéhyde, du toluène, du xylène, du naphtalène, des amides et amines... Une partie seulement de l’eau utilisée est récupérée (50 à 90%?) dans de vastes bassins de récupération et nécessite d’être traitée. Les stations d’épuration urbaines ne savent pas traiter ces effluents. Le gaz de schiste est exploité depuis plusieurs années aux Etats-Unis. On y compte près de 500.000 puits d’exploitation dans 31 Etats. » (1)

« En 2009, le gaz non conventionnel a ainsi représenté la moitié de la production gazière américaine, et il en assurerait 60% en 2030, selon les dernières projections de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). L’extraction gazière s’est accompagnée d’activités sismiques anormales dans certaines régions au Nord du Texas. Un article paru dans la revue Scientific American souligne aussi des contaminations radioactives à partir de données du Department of environmental conservation (DEC) de New York qui aurait analysé 13 prélèvements d’eaux usées de forage à des centaines de pieds de profondeur. On a trouvé dans les eaux usées du radium 226, à des concentrations dépassant 267 fois la limite permise aux déversements dans la nature, mille fois la limite permise dans l’eau potable.»(1)

Rady Ananda va dans le même sens et décrit les dégâts faits à l’environnement en Arkansas, notamment aux oiseaux qui meurent par milliers. «Au cours des quatre derniers mois de 2010, près de 500 tremblements de terre ont secoué Guy en Arkansas. En 2009, 38 séismes ont eu lieu dans tout l’État. Le point culminant de la fréquence des séismes a été atteint le 30 décembre, avant et pendant la mort de 100.000 poissons, sur une distance de 20 milles au long de la rivière Arkansas, incluant Roseville Township. La nuit suivante, 5000 carouges à épaulettes et étourneaux sansonnets sont morts subitement et sont tombés du ciel à Beebe. Le coupable le plus probable de ces trois événements serait la fracturation hydraulique, puisqu’elle provoque des tremblements de terre entraînant la libération de substances toxiques dans l’environnement.»(5) «Un examen de l’histoire des séismes et du forage en Arkansas révèle une hausse consternante de la fréquence des tremblements de terre après un forage avancé. Le nombre de séismes en 2010 équivaut presque à celui enregistré pour tout le XXe siècle. L’industrie du pétrole et du gaz nie toute corrélation. En décembre seulement, plus de 150 tremblements de terre ont ébranlé l’Arkansas. Le flot de séismes à Guy est probablement le résultat de six années de forage intense ». Guy se situe au coeur de la formation de schiste de Fayetteville, qui, selon l’Arkansas Geological Survey (AGS), est «le foyer actuel d’un programme de développement et d’exploration régional des gaz de schiste».« Un milliard de pieds cubes de gaz a été produit dans cette zone depuis 2004. Beebe, là où sont morts les oiseaux, est dans White County et Guy est à l’extrême nord de Faulkner, Co., où les séismes anormaux ont toujours lieu. Les carouges à épaulettes se reposent en groupe pouvant contenir jusqu’à un million d’oiseaux ou plus, incluant souvent d’autres espèces, comme les étourneaux sansonnets et les vachers (Dans les années 1950 et 1960, les dortoirs pouvaient compter 20 millions d’oiseaux). » (5)

« Les carouges préfèrent un couvert végétal bas et dense dans les marécages ou près des ruisseaux. (...) Un tremblement de terre, peu importe à quelle échelle, peut libérer un flux d’aérosols ou un nuage de gaz et de produits chimiques issus de la fracturation. Cela peut facilement expliquer pourquoi des oiseaux endormis s’envoleraient soudainement pour ensuite mourir rapidement en succombant aux fumées toxiques.»(5)

« Le géologue canadien Jack Century est en croisade contre la sismicité induite par le forage irresponsable. La fracturation provoque non seulement de l’agitation microsismique pouvant compromettre l’intégrité des tubages de puits, mais aussi de forts tremblements de terre allant de 5 à 7 sur l’échelle de Richter et causant des décès (...) Étant donné la partialité du gouvernement en faveur des géants de l’énergie - la destruction du golfe du Mexique par BP est un bon exemple - il se peut que davantage d’actions directes soient requises de la part des citoyens si l’on compte sauver l’environnement et la santé humaine de l’industrie du combustible fossile.»(5)

Comme on le voit, l’extraction des gaz non conventionnels n’est pas sans risque. Les gouvernements, obnubilés par une boulimie énergétique, ont un comportement énigmatique. D’un côté, on parle de changements climatiques, de la nécessité d’aller vers des énergies renouvelables pour ne pas dépasser le seuil de non-retour en termes de changements climatiques. De l’autre, une véritable frénésie s’est emparée des pays industrialisés pour traquer la moindre bulle de gaz et même la moindre goutte de pétrole, comme on le voit par exemple, avec BP (Beyond Pétroleum) qui s’en va en Alaska polluer pour retirer cet «excrément du diable» même si elle démolit l’environnement comme elle l’a fait dans le golfe du Mexique.

Ne vaut-il pas mieux au lieu de foncer tête baissée dans cette aventure, faire une étude pour analyser sérieusement les risques environnementaux, comme le rapporte Louis-Gilles Francoeur à propos du Québec? L’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (Aqlpa) a proposé, en effet, une «feuille de route» en quatre points qui permettrait justement, à Québec de déterminer d’une manière rigoureuse et socialement acceptable «s’il est souhaitable que le Québec s’engage ou non dans la production de gaz de schiste». « Selon ce plan, Québec prendrait trois ans pour déterminer les risques pour l’environnement et la santé humaine.»(6)

1. Eric Delhaye, président délégué de CAP21 : Les autres dégâts réels. 6 décembre 2010 2. Pierre Veya : Gaz : le scénario qui change tout. Les gaz non conventionnels modifient la donne énergétique mondiale http://www.letemps.ch/Page/Uuid/1bc... 3. Laurent Carpentier : Gaz de schiste Le Monde Magazine 22.01.11 4. Gaz de schiste : une bataille mondiale d’ampleur inédite, une nouvelle catastrophe pour l’environnement www.notreplanète.info <http://ww.xn--notreplante-69a.info> 17.12.2010 5. Rady Ananda : Fracturation hydraulique, produits chimiques toxiques et augmentation de l’activité tellurique http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=228081 6.01.2011 6. Louis Francoeur : Quebec : Gaz de schiste : urgence d’exploiter? Mondialisation.ca, 30.11.2010

Professeur Chems Eddine CHITOUR- Ecole Polytechnique

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Sarkozy veut imiter l’Amérique dans ce qu’elle a de pire !

Sans aucune information, ni consultation, le gouvernement de Nicolas Sarkozy vient d’offrir en pâture 1% du territoire français aux appétits des gaziers et pétroliers. En accordant des permis de recherche exclusifs à des fins d’exploitation de gaz non conventionnel, dits "gaz de schiste", l’État a livré aux multinationales Total, EGL (European Gas Limited), Hess/Toreador, Schuepbach Energy et GDF Suez, des hectares entiers de terres dans le Bassin Parisien, en Rhône Alpes, PACA, Nord Pas de Calais, Lorraine et Franche Comté…

En Picardie, la société Toreador, le quatrième producteur de pétrole français, et son partenaire Hess devraient entamer un programme de six forages dans une zone supposée riche en huiles de schiste s’étendant sur 779 km2 autour de Château-Thierry (Aisne). L’américain Schuepbach Energy, associé à GDF Suez, est parti à la découverte de gisements de gaz de schiste en Lozère et en Ardèche où il détient deux autorisations de recherche sur des zones de 931 et 4414 km2. Tandis que Total et Devon Energy entendent fouiller une région de 4327 km2 près de Montélimar (Drôme)…

Et ce n’est qu’un début car plusieurs autres permis d’exploration seront attribués dans les prochains mois. En tout, 65 000 km2 du territoire français seront bientôt livrés aux prospecteurs de gaz et huiles de schiste. Les conséquences peuvent pourtant s'avérer lourdes car la technique utilisée est non seulement polluante et dangereuse pour l'écosystème, mais en plus, très grosse consommatrice d'eau.

La « fracturation hydraulique horizontale », consiste en effet à provoquer des failles à l’aide d’un liquide envoyé à très forte pression, pour libérer le gaz et le pétrole pris dans la roche compacte, à environ 2000 ou 3000 mètres de profondeur. Trois ingrédients sont nécessaires pour créer ces mini séismes : des quantités énormes d’eau, plusieurs centaines de produits chimiques (plus de 500) pour attaquer la roche et des micro-billes pour maintenir ouvertes les failles. Chaque puits peut être ainsi fracturé entre 15 et 20 fois, chaque fracturation consommant entre 7 et 28 millions de litres d'eau, dont seule la moitié est récupérée. Où sera pompée toute cette eau ?

Une fois de plus, on est bien loin du Grenelle qui devait par son article 27 préserver les ressources en eau ! Et comment seront acheminés les volumes de gaz ainsi extraits vers les usines de retraitement ?

L’exemple catastrophique de l’Arkansas

Aux Etats-Unis, le bilan de l’extraction de ces énergies fossiles est catastrophique : pollution massive des nappes phréatiques et de l’air, destruction des paysages et de milieux naturels, etc.

Au cours des quatre derniers mois de 2010, près de 500 tremblements de terre ont secoué Guy en Arkansas. En 2009, 38 séismes ont eu lieu dans tout l’État. Le point culminant de la fréquence des séismes a été atteint le 30 décembre, avant et pendant la mort de 100 000 poissons, sur une distance de 20 milles au long de la rivière Arkansas, incluant Roseville Township. La nuit suivante, 5000 carouges à épaulettes et étourneaux sansonnets sont morts subitement en tombant du ciel à Beebe. Le coupable le plus probable de ces trois événements serait la fracturation hydraulique, puisqu’elle provoque des tremblements de terre entraînant la libération de substances toxiques dans l’environnement.

Un examen de l’histoire des séismes et du forage en Arkansas révèle une hausse consternante de la fréquence des tremblements de terre après un forage avancé. Le nombre de séismes en 2010 équivaut presque à celui enregistré pour tout le 20e siècle ! L’industrie du pétrole et du gaz nie bien sûr toute corrélation mais l’avènement d’hydrofraction suivie de séismes est une histoire qui se répète à travers le pays. En 1996, la production de gaz de schiste aux États-Unis comptait pour 2% de toute la production nationale de gaz naturel. Certains analystes de l’industrie prévoient que le gaz de schiste représentera la moitié de la production nationale de gaz dans les 10 prochaines années. En 2000, les estimations des réserves de gaz des États-Unis étaient de 177 billions de pieds cubes, mais elles ont grimpé jusqu'à 245 billions de pieds cubes en 2008. Ces nouvelles technologies incitent les experts à multiplier par neuf les estimations des réserves mondiales de gaz !

Pour un gel immédiat des prospections sur l’ensemble du territoire français.

L’exploitation dans les différentes régions françaises conduirait inéluctablement à des dégâts considérables ainsi qu’à des émissions accrues de gaz à effet de serre, alors même que notre pays s’est engagé à les diviser par quatre.

C'est pourquoi, du Larzac à la Drôme en passant par les Cévennes et l'Ardèche, des collectifs composés d'associations, de syndicats, de partis politiques se lèvent contre ce mode d'exploitation et dénoncent : - l'absence d'information et de débats publics,- les conséquences environnementales désastreuses (pollution des réserves d'eau potable, du sol et des sous-sols),- l'aberration énergétique et la fuite en avant que ce choix représente à l'heure de la lutte contre le changement climatique,- les ravages en termes socio-économiques (agriculture, tourisme,...)- les atteintes irréversibles à la santé (produits mutagènes, reprotoxiques ou cancérigènes). D’après un géologue, la Fontaine de Vaucluse, première source de France pour les volumes débités risquerai d'être polluée. Elle est classée cinquième au rang mondial avec un débit d'eau annuel oscillant entre 630 et 700 millions de m³. La source est l'unique point de sortie d'un bassin souterrain de 1 100 km² récupérant les eaux du Mont Ventoux, des monts de Vaucluse, du plateau d'Albion et de la montagne de Lure. Pour toutes ces raisons, il est urgent d’avoir un débat public avec la société civile, les élus locaux et nationaux, pour dresser un inventaire complet des conséquences environnementales, sanitaires, économiques et sociales de cette nouvelle folie industrielle.

http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/gaz-de-schiste-sarkozy-veut-copier-87893

gazde.jpg DOCUMENTAIRE : GasLand

http://www.dailymotion.com/playlist/x1hp08_SlipKoRnT_gasland/1#videoId=xg7g0q

jeudi, janvier 13 2011

Le pouvoir mondialisé de l’agro-industrie

Entretien avec Pierre Yves Rougeyron du Cercle aristote.

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P.Y. Rougeyron : Quelles sont selon vous les principales forces qui résistent au lobby agro-alimentaire américain (mouvements, partis associations, groupes de pression) dans le monde ?

Jean-Michel Vernochet : Il est évidemment impossible d’énumérer ou pire, de détailler toutes les forces latentes ou actives s’opposant ou freinant le rouleau compresseur des consortiums de l’agro-industrie. Par agro-industrie entendons – pour circonscrire le sujet - les semenciers au premier rang des quels les transnationales américaines Monsanto, Dupont, Pionneer Hi-Bred, filiale de DuPont de Nemours, la suissesse Sygenta, la coopérative française Limagrain … Ces groupes pèsent respectivement 4274 milliards d’€uros, 2668 milliards €, 1638 md. € et 893 md. €, ce qui donne une petite idée de leurs capacités d’impactage économique et sociétal (leur bargaining power en terme d’investissements, d’emplois, de fixation des prix et des cours, etc.) se traduisant par un fort pouvoir d’influence sur les gouvernements, les administrations, les institutions et le personnel politique en général. À cela viennent évidemment s’ajouter les géants de la chimie, omniprésents dans le domaine agricole, parmi lesquels en Europe Arkema, BASF, Bayer, Dow, DuPont, ExxonMobil Chemical, Shell Chemicals et Solvay… Liste évidemment non exhaustive ! Alors qui résistent à la pression exercée par ces puissantes machines financiaro-industrielles ? Volens nolens les gouvernements sous la pression de l’opinion publique, des syndicats agricoles non totalement inféodés et des associations environnementalistes militantes : on voit ces acteurs à l’œuvre en France et d’autres pays de l’Union européenne.

Deusio, la Force de la tradition lorsque le bon sens paysan n’a pas été entièrement tué par la « modernité » - ce montre bien un passage du documentaire de Marie-Monique Robin «Le monde selon Monsanto » - comme chez ces paysans de l’Altiplano ou du Venezuela qui font la différence entre les variétés rustiques, endémiques de maïs naturellement résistantes aux ravageurs, et les hybrides génétiquement modifiés de Monsanto. L’expérience, et la communication de cette expérience – la confrontation entre agriculture traditionnelle et agro-industrie productiviste - surtout quand elle est malheureuse, via les multiples canaux dématérialisés dont nous disposons, va très vite aujourd’hui et crée des résistances naturelles.

De ce point de vue les vagues de suicides dans la paysannerie du sud de l’Inde à amplement montré et informé ce qu’il en était des rêves d’abondance censés se réaliser grâce aux semences génétiquement modifiés de Monsanto, rêves qui se sont rapidement transformés en un vrai cauchemar… Autorisées depuis 2002, les cultures OGM recouvrent aujourd'hui 90% des surfaces cotonnières de l’Inde. Au départ la firme Monsanto promettait le triplement des rendements, jusqu'à 1500 Kg par hectare tout réduisant les coûts en limitant l’utilisation de pesticides. Or, les semences OGM coûtent en 2010 près de cent fois plus que les graines naturelles, et en 2009, le rendement moyen n’atteignait guère plus que 512 Kg par hectare, très loin des pharamineux résultats annoncés. Pire, le développement de résistances développées par les ravageurs contraignent les cultivateurs à faire aujourd’hui un usage intensif de pesticides. Résultat, on avance le chiffre extravagant de 200.000 suicides durant la dernière décennie (25 000 pour les années 90) parmi les paysans indiens s’étant massivement laissés séduire par la « biotech ».

Point n’est donc besoin d’être grand clerc pour voir qu’à terme les conséquences dévastatrices de l’agro-industrie seront de plus en plus difficiles à masquer et qu’à partir de là les coopératives agricoles et tous les groupements agricoles qui rassemblent ou fusionnent producteurs et distributeurs partout à travers le monde, de même que les exploitants confrontés aux carcans juridiques imposés par les transnationales (les OGM étant brevetés, toute dissémination, même naturelle, est considérée par la firme comme une « copie » illicite et par conséquent susceptible de procès) opposeront une résistance certaine à la progressive, mais encore pour l’instant irrésistible, capture des marchés alimentaires par les transnationales.

P.Y. R : Quelles sont leurs faiblesses ?

J.M. V : Leur dimension. Ce qui constitue dans un premier temps un indéniable avantage pour réaliser des économies d’échelle, autrement dit réduire les coûts grâce à une production massive, et aussi pour avoir une réelle capacité en « recherche et développement » (ce qui nécessite souvent d’investir des fonds considérables sur des durées longues avant d’espérer un « retour sur investissement »), bref tout ce qui procure pour les firmes agro-industrielles d’authentiques avantages comparés (avantages conférés par le gigantisme même de ce type d’entreprises), finit ou finira en général par se retourner contre elles ! Ce n’est ni un « vœu » ni une prophétie, c’est une logique élémentaire qui nous l’indique.

La vie économique nous donne maints exemples de ces monstres industriels qui finissent par s’effondrer sous leur propre masse : extension, diversification, gestion posent à terme des limites difficiles à dépasser comme l’industrie automobile, ou auparavant la sidérurgie l’ont amplement illustré ; c’est une « loi » inhérente à tous les systèmes qui peinent à trouver une stabilité dynamique au-delà d’une certaine « taille »…

Ce à quoi s’ajoutent toutes sortes de résistances, étatiques ou non, privées ou publiques ainsi que précédemment évoqué, celles-ci pouvant le cas échéant porter des coups sévères à l’expansion au départ sans limites des groupes. Corrigeons cependant notre propos en observant que la tendance – lourde – actuelle reste à l’hyperconcentration et aux restructurations qui les accompagnent au sein du processus - en cours - d’unification du Marché global… Il faut également tenir compte de la crise économique et financière latente, de la constitution de nouveaux « blocs » géoéconomiques et l’émergence de nouveaux pôles de puissance qui redistribue la donne méga industrielle à travers le monde…

P.Y. R : Comment évalueriez-vous leur impact réel ?

J.M. V : Là encore nous devons nous contenter de généralités ! Les trans-multinationales de l’agroalimentaires couplées aux géants de la distribution impactent de façon désastreuse l’agriculture traditionnelle là où elle existe encore et tend à faire des paysanneries un prolétariat agricole au service des semenciers, des oligopoles de la chimie, des industries mécaniques et des grands circuits commerciaux. L’indépendance de l’exploitant agricole n’est plus dans bien des cas qu’une fiction : celui-ci reste certes propriétaires de ses terres mais plus encore, propriétaire de ses dettes ; en tant que sous-traitant il se contente d’exécuter les programmes de production que lui imposent ses fournisseurs d’intrants (engrais, phytosanitaires), sa banque, le Marché avec ses concurrences sauvages et ses constantes fluctuations…

Ce à quoi était parvenu – et à quel prix humain – le collectivisme des démocraties dites populaires, l’hypercapitalisme y est quasiment parvenu à bas bruit dans le domaine de l’agro-alimentaire en créant de nouvelles formes up to date de servitude. L’Inde aura été à ce titre un tragique laboratoire d’un passage tragique de la tradition à une modernité animée par l’obsession compulsive du productivisme, des rendements financiers, toute chose éminemment destructrice des hommes, des patrimoines traditionnels et naturels au premier rang desquels la forêt et les sols, les nappes aquifères, l’air que nous respirons chargé maintenant d’aérosols d’organophosphorés… Des terres et des milieux qui avaient permis aux hommes de vivre tant bien que mal, parfois libres, jusqu’à présent, jusqu’à la dictature non encore radicalement dénoncée de l’agro-industrie et de ses méfaits évidents.

De ce point de vue l’impact humain et environnemental de l’agro-bizness et des agro-industries s’avère être particulièrement négatif ; à la mesure des ambitions affichées de vouloir nourrir à terme 9 milliards d’hommes tout en stérilisant massivement les terres extensivement mais dans le même temps, intensivement cultivées c’est-à-dire surexploitées et épuisées. Sans oublier la prétention de vouloir remplir les réservoirs de nos voitures avec des agrocarburants dont le premier effet est la disparition dans l’Union européenne des terres laissées en jachères, pour le plus grand bénéfice de l’environnement et par conséquent des hommes, où la disparition programmée de cet essentiel réservoir de biodiversité qu’est le bassin de l’Amazone, ou last but not least les forêts primaires d’Indonésie remplacées par des océans de palmiers à huile… P.Y. R : Sur quelle stratégie pourrait s'appuyer la France ou l'Europe pour contrer la pénétration de l'agro-alimentaire américain ?

J.M. V : Il faudrait commencer par le commencement et opérer une révolution intellectuelle et morale. Cela au niveau collectif et individuel bien entendu. Renoncer une fois pour toutes à la production massive et corrélativement aux gâchis massifs liés à de très mauvaises habitudes de surconsommation débridée.

Revenir à des productions locales, cesser d’importer depuis les antipodes (de Chine et alentours) ce que nous produisions hier, chez nous, à la perfection. Des importations qui ont ruiné puis éradiqué nos propres producteurs… La grande stratégie en ce domaine consisterait à sortir l’agriculture de l’OMC (l’Organisation Mondiale du Commerce) en partant de l’idée que l’agriculture – ce qui nourrit les hommes – n’est pas une industrie, qu’elle est avant tout une manipulation du vivant et non pas une transformation de matière inerte. Qu’à ce titre, les produits agricoles ne peuvent êtres formatés (standardisés), forcés, façonnées comme de vulgaires produits manufacturés : entendons par-là que les vaches à 50 litres quotidiens de lait, les veaux aux hormones de croissance, le bétail cloné, les surrendements à l’hectare grâce au génie génétique, tout cela revient à jouer aux apprentis sorciers et aboutira peut-être, in fine, à un désastre pour l’espèce humaine : la crise de l’encéphalopathie spongiforme bovine, (ESB dite de la « vache folle »), les grandes épizooties qui ont frappé l’Europe occidentale et le monde cette première décennie du siècle, fièvre aphteuse, peste porcine, grippe aviaire (H5N1), cette dernière constituant toujours une menace sérieuse pour les populations humaines, ou les suicides de masse de l’Andhra Pradesh, du Kerala, du Penjab, sont autant de signes avant coureurs de plus amples catastrophes sanitaires et humaines à venir, toutes étroitement liées à l’industrialisation lourde de nos modes de productions alimentaires. Ajoutons, parmi les stratégies à adopter de toute urgence, qu’il conviendrait de rétablir une autonomie alimentaire substantielle, gage et garantie de la souveraineté des États. Il est vrai que la capacité pour les nations et les peuples à décider par eux-mêmes de leurs propres destinées n’est pas une idée au goût du jour… le concept de « souveraineté » étant à l’heure actuelle entaché de suspicion, et, à mon humble avis, à grand tort.

Regardez la crise alimentaire qui a touché, en 2009, au lendemain du dévissage de Wall Street le 16 septembre 2008, nombre de pays d’Asie et d’Afrique particulièrement, un continent pourtant épargné par la crise financière ; crise alimentaire engendrée par la spéculation sur les cours des matières premières et cette marchandisation excessive de l’agriculture dans le cadre d’économies devenues trop dépendantes d’importations de biens et de denrées qu’hier elles produisaient encore.

Des voix se sont élevées pour réclamer le retour des cultures vivrières, pour la réacquisition d’une certaine autosubsistance, pour la limitation par conséquent de la dépendance alimentaire et de celle des cultures de rentes… Ce qui revient à parler d’une limitation de la dictature déguisée ou non des marchés…

Ces recettes, il va de soi que nous devrions nous les appliquer à nous-mêmes au moins dans ce secteur « stratégique » qu’est l’alimentation, un domaine très étroitement lié à la santé publique.

Une tendance relativement nouvelle, ici en Europe (laquelle s’affirme chaque jour davantage), pousse d’ailleurs à un regain de l’agriculture traditionnelle au sein d’une entreprise agricole, sinon artisanale, au moins à dimension humaine ; cette tendance est bien entendu celle de l’agriculture « biologique », il s’agit tout bonnement d’une agriculture « naturelle » dans et par laquelle les veaux tètent leur mère, les ruminants broutent de l’herbe et mâchent du foin, où les fruits et légumes retrouvent un peu de leurs saveurs d’antan au lieu et place des produits maraîchers issus des serres espagnoles, sans goût, gavés de pesticide et sans aucune des qualités organoleptiques d’antan… Les consommateurs sont appelés à voter ici, comme souvent d’ailleurs, avec leurs pieds en faveur de la stratégie « bio ». Celle-ci, dès lors qu’elle se traduira par des politiques adéquates, pourra certainement contribuer à inverser la tendance pour, finalement, remettre l’agro-industrie et tous ses désastreux effets, à leur juste place !

mercredi, janvier 5 2011

Pluies d'oiseaux morts !

''Le même phénomène a été observé en moins de 24 heures le jour de la Saint-Sylvestre dans deux villes, l’une dans l’état de l’Arkansas et l’autre à Conception, au Chili. Les explications officielles ne “tiennent pas la route” !...

Le 4 janvier 2011 une nouvelle “pluie” d’oiseaux morts est annoncée, cette fois au Kentucky...

Curieusement le cinéma “apocalyptique” a souvent utilisé les “pluies d’oiseaux morts” comme signes avant-coureurs de grands cataclysmes !?''

0487196.jpg Le 31 décembre quelque cinq mille oiseaux sont tombés raides morts dans les rues d'une petite ville du sud des Etats-Unis. Les autorités locales déclarent qu’ils seraient “morts de peur”...

Une scène digne de la fin du monde. Vendredi, une demi-heure avant minuit, le soir de la Saint-sylvestre, 5000 oiseaux morts se sont abattus dans les rues de Beebe, dans l'Arkansas aux Etats-Unis. Sur deux kilomètres de cette localité de 5000 habitants, les rues étaient jonchées de cadavres ou de volatiles agonisants. Il s'agit de carouges à épaulettes, reconnaissables à leurs taches rouges à la base des ailes, et d'étourneaux. Lundi, un responsable des services vétérinaires de l'Etat, George Badley, a expliqué que cette hécatombe était certainement due à la frayeur.



Un habitant a indiqué avoir entendu une vingtaine de détonations ce soir là - peut-être des feux d'artifice ou des coups de canons utilisés pour se débarrasser des oiseaux nuisibles - suivies par le vol erratique d'une grande quantité d'oiseaux. Celui-ci aurait “entendu les battements d'ailes des carouges voltigeant dans tous les sens en heurtant des obstacles». Les carouges à épaulettes ont une mauvaise vision nocturne pourraient ainsi s’être tuées en heurtant les maisons et les arbres dans leur frayeur.



L'Etat a cependant décidé de mener une enquête pour être sûr qu'ils n'ont pas été victimes d'empoisonnement ou de maladie, d'autant qu'une autre événement a alerté les services environnementaux de l'Arkansas. A 200 kilomètres de Beebe, 100000 poissons, en majorité des malachigans, ont été retrouvés flottant à la surface de la rivière Arkansas, sur une étendue de 30 kilomètres. Cette hécatombe de poissons et l'incident de Beebe sont distincts, assurent les autorités. Les vagues de décès massifs chez les poissons sont fréquentes : maladie, eau eutrophisée trop pauvre en oxygène et/ou trop chaude… Il n’en reste pas moins que l'ampleur du phénomène est tout à fait inhabituelle. Soulignons le fait qu'une seule espèce de poisson a été atteinte ce qui pourrait indiquer qu’une maladie spécifique aurait affecté cette espèce qui se nourrit exclusivement sur le fond des cours d'eau. Des spécimens encore vivants mais affaiblis ont été retrouvés et envoyés en laboratoire.



Source: http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/01/03/01008-20110103ARTFIG00423-une-pluie-d-oiseaux-morts-s-abat-sur-l-arkansas.php



Pluie d'oiseaux morts au Chili : http://www.youtube.com/watch?v=gdKUcF5RPoA



http://www.youtube.com/watch?v=PVawqaOOxXk&feature=recentlik

Carte mondiale des incidents : http://maps.google.fr/maps/ms?ie=UTF8&hl=fr&msa=0&msid=204770086983442352659.00049ac4499c4bb46cfac&ll=43.068888,105.46875&spn=147.90909,96.679688&z=2

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