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lundi, octobre 2 2017

Pour en finir avec le « mythe » de la licorne

On fabrique des licornes domestiques, et on a encore tué une, sauvage, en août 2014

La licorne fait partie de ces « animaux fabuleux » qui hantent l’imaginaire populaire et émaillent les récits depuis la plus haute antiquité. Très présente dans la littérature du Moyen Age, immortalisée dans l’iconographie par les célèbres ensembles de tapisseries dits de « La chasse à la licorne » et de « La dame à la licorne », tissés sur les métiers des Flandres durant la seconde moitié du XVeme siècle, la licorne tient une place de choix dans les divers bestiaires connus qui parsèment la littérature et les bas-reliefs depuis l’antiquité babylonienne et chinoise.

Des descriptions graphiques ou scripturales qui reprennent évidemment, par besoin d’analogie pour la compréhension, des comparaisons avec des animaux existants, ce qui laisse une large part à l’interprétation personnelle des rédacteurs… Et des lecteurs ultérieurement.

Des animaux auxquels se rattachent symbolique, mystique, ésotérisme, etc…

Les diverses descriptions qui sont y recensées présentent globalement les caractéristiques suivantes :

  • Une allure générale d’Équidé ou de Cervidé

  • Un corps de Cervidé (de plus ou moins grande taille du cerf au chevreuil)

  • Des pieds à sabots « fendus » ou non(1)

  • Un appendice frontal de plus ou moins grande taille désigné comme « corne ».

A cela s’ajoute l’existence éventuelle d’une toison laineuse, présente dans certaines descriptions.

(Ci-dessus une enluminure du Hainaut de 1285, où la licorne est figurée avec un corps de mouton.)

Il n’y aurait donc pas, d’après les descriptions, une espèce « licorne » mais des animaux, zoologiquement divers, reliés artificiellement du fait de ce seul caractère commun : la « corne (2)». Mais tous cependant, présentant des sabots, se rattacheraient finalement aux Mammifères Ongulés. Une équivoque qu’illustre parfaitement la terminologie d'« unicorne » considérée par beaucoup comme synonyme de licorne.    

Pour la commodité de l’exposé, nous n’évoquerons pas dans un premier temps les licornes d’Extrême Orient mais le lecteur comprendra finalement qu’elles s’inscrivent pleinement dans notre propos !

Nous pouvons en première approximation regrouper tous ces animaux, suivant la classification simplifiée, en :

  • animaux à un nombre impair de doigts, 1 ou 3, dits Mésaxoniens ou Périssodactyles

  • animaux à nombre pair de doigts, 2 ou 4, (généralement 2 en appui) dits Paraxoniens ou Artiodactyle

C’est sur cette base que nous allons pouvoir raisonner pour mettre en adéquation mythe et réalité.

Il importe alors de s’interroger sur deux points clefs de nos descriptions :

  • la nature possible de la « corne » décrite.

  • le nombre réel de doigts des membres de l’animal.

Ces deux éléments devraient suffire à préciser la position zoologique de ces animaux, car nous verrons qu’ils sont directement liés.

I – La dent du narval

Les représentations classiques de la licorne montrent très souvent une « corne » frontale implantée sur le haut du crâne au niveau de la ligne des orifices auriculaires (attaches des oreilles externes).

La « corne » présente la couleur, la forme et la spiralisation caractéristique de la dent de narval (Cétacé marin).

C’est donc une formation en ivoire, ce que l’on appelle communément une « défense » telle qu’on les trouve chez d’autres Mammifères, tels les morses ou les Proboscibiens (Éléphants).

Zoologiquement, il s’agit de l’incisive médiane supérieure gauche de l’animal qui atteint souvent plus de 1,5 m et dont l’hypertrophie peut exceptionnellement dépasser 2,5 m !

On observe d’ailleurs assez souvent la croissance, plus limitée, de l’incisive supérieure droite symétrique.

Dans de très rares cas, on a même affaire à des animaux aux deux incisives quasi symétriques (ce qui leur dénie alors forcément leur nom de « Licorne de mer » !).

Ce sont ces incisives de narval qui ont classiquement servi de modèle à la majorité des représentations de la « corne » des licornes terrestres.


























La question à se poser est alors de savoir si la disposition d’implantation « au milieu du crâne », telle qu’elle est représentée chez les licornes terrestres, est imaginable concernant une dent.

L’anatomie comparée des Mammifères, même si certains par ignorance remettent stérilement en cause ces constats, nous montre qu’à la différence de Vertébrés dits inférieurs, les dents des Mammifères sont exclusivement cantonnées aux os maxillaires (pour les dents du haut) et à la mandibule (pour les dents du bas).

Ceci ne souffre aucune exception et se justifie clairement pour des raisons cytologiques et embryologiques que nous ne développerons pas ici pour ne pas alourdir l’exposé(3).

Il s’en suit que l’on ne peut observer de dent « sur un crâne » !

Les défenses classiquement connues sont toutes des incisives ou des canines hypertrophiées, dont le développement et la croissance modifient d’ailleurs la structure crâniale de façon plus ou moins significative, et qui se développent toujours à l’extérieur de celui-ci.

On connaît de rarissimes cas anormaux de croissance inversée comme celui, célèbre, de certains éléphants d’Asie où le germe dentaire orienté vers l’arrière conduit au développement de défenses dirigées vers le corps !

(Ce qui évidemment pose question quant au devenir de l’animal si la croissance se poursuit jusqu’au ventre et aux membres. Il est évident qu’alors l’existence même de l’animal sera menacée, mais c’est une autre question…)

Le seul cas connu où des dents paraissent « sortir du crâne » s’observe chez le babiroussa, un porc sauvage des Célèbes dont la canine supérieure traverse l’os dentaire vers le haut et semble « pousser au milieu du groin ».

Mais seul l’os dentaire est en cause : la boîte crânienne n’est pas impliquée et le palais n’est pas traversé. Ce qui se voit très clairement sur le squelette.


L’idée d’une dent implantée en arrière de la ligne des yeux, « traversant » la boîte crânienne est donc une fiction !

L’ivoire de licorne est donc un mythe, même si la préciosité associée à la défense de narval a conduit à de remarquables œuvres d’art (trône, crosses d’évêques, pieds de ciboires, de calices, de coupes, ostensoirs, sceptres, cannes, etc.)

[Une dent de narval figure même parmi les « objets inaliénables de la maison de Habsbourg » : une "corne de licorne" connue sous le nom de Ainkhürn, offerte par le roi de Pologne Sigismond II à l'empereur Ferdinand Ier en 1540.)

II – Périssodactyles : les Rhinocéototidae

L’une des hypothèses majeures concernant l’appartenance zoologique des licornes concerne les Rhinocéridés, une hypothèse qui repose essentiellement sur l’existence d’une « corne » nasale unique implantée dans le plan médian, voire deux « cornes » alignées dans ce même plan chez, par exemple, les rhinocéros africains…





























Une hypothèse qui a été remise au goût du jour au début du XX
eme siècle avec les travaux paléontologiques pratiqués sur un groupe de fossile de Rhinocéridés (Rhinocerotidae) laineux, découverts en Sibérie, Chine et Asie centrale : les Elamosthérium.

(Ce groupe suscite aujourd’hui un engouement médiatique délirant et des supputations stupides depuis que de récentes réévaluations de datation ramèneraient son extinction à – 26 000 ans. Tout ce tapage parce qu’il aurait été « contemporain de l’homme », au paléolithique, ce qui n’a vraiment aucune importance zoologique !)

Les représentations, glabres au début du XXeme siècle mais aujourd’hui devenues velues, varient notablement au gré de la fantaisie des auteurs.

En fait, ce qu’il importe de savoir c’est que l’Elasmotherium est un Rhinocéridé typique, aux membres à trois doigts, d’une hauteur de 2 m environ pour un poids de 4 à 5 T. Cela est avéré, le reste n’est que fantasme ou littérature…

Il est doté d’une « corne » massive unique en position ligne des yeux dont aucun exemplaire n’a été retrouvé, ce qui est prévisible si on admet en bonne logique que cet appendice est de même nature que ceux que l’on rencontre chez les Rhinocéros actuels : de la kératine pratiquement jamais fossilisée.




Les représentations, glabres au début du XXemesiècle mais aujourd’hui devenues velues, varient notablement au gré de la fantaisie des auteurs. En fait, ce qu’il importe de savoir c’est que l’Elasmotherium est un Rhinocéridé typique, aux membres à trois doigts, d’une hauteur de 2 m environ pour un poids de 4 à 5 T. Cela est avéré, le reste n’est que fantasme ou littérature…

Il est doté d’une « corne » massive unique en position ligne des yeux dont aucun exemplaire n’a été retrouvé, ce qui est prévisible si on admet en bonne logique que cet appendice est de même nature que ceux que l’on rencontre chez les Rhinocéros actuels : de la kératine pratiquement jamais fossilisée.

Un appendice nasal qui n’est pas une corne !

La ou les « cornes nasales » des Rhinocéros ne résultent pas d’une structure homologue aux cornes d’autres mammifères qunous allons voir ensuite. Ces « cornes », qui existent toujours chez les deux sexes, sont constituées de l'agglomération de longues fibres de kératine insérées dans une gangue de kératine amorphe. On parle souvent sous forme imagée de « poils agglomérés ».

C’est donc une formation dermique sans lien avec le squelette sous-jacent à laquelle elle n’est solidarisée que par la peau et le tissu conjonctif sous-jacent.

C’est flagrant si on se réfère au célèbre squelette d'un spécimen femelle de rhinocéros blanc (Ceratotherium simum) rapporté par l'explorateur Adulphe Delorgue en 1844. Pour la mise en valeur des « cornes » et la beauté de la présentation, les taxidermistes du temps ont poli les « cornes » et les ont débarrassées des fibrilles kératinisées périphériques basales !

Les « cornes » apparaissent ainsi « posées », totalement désolidarisées du squelette.

(Ce squelette fut acquis par le Muséum national d'histoire naturelle de Paris en 1846 et il est exposé aujourd'hui à la galerie d'Anatomie comparée.

Nous sommes donc toujours loin des descriptions récurrentes de pieds à « sabot fendus »…





Nous sommes loin aussi d’un corps d’Équidé ou de Cervidé.

Qu’on le veuille ou non, si on s’en tient aux descriptions, les Rhinocéridés ne sauraient sérieusement prétendre être à l’origine des licornes !

Cette « corme » - qui est donc anatomiquement une « structure fibreuse de type poil » - se présente sous forme d’une plaque kératinisée pseudo-circulaire (plus ou moins recouverte secondairement par l’épiderme au fil de sa croissance) qui développe une excroissance en son milieu. [voir photo ci-dessus]

Le diamètre du fût ainsi constitué n’excédera pas la moitié de celui de la plaque-assise kératinisée d’où il émerge, s’amincissant vers le haut.

(C’est en négligeant cette réalité anatomique que l’on voit aujourd’hui des descriptions et pire, des représentations, d’Elasmotherium auxquelles on attribue « une corne dont le diamètre est celui d’un torse d’homme » sic !

En fait si on tient compte du diamètre de base de la plaque socle, qui ne peut évidemment excéder la largeur du chanfrein, le fût de la corne d’Elasmotherium ne devrait pas excéder un diamètre de 40 cm vers la base pour une longueur atteignant moins de 2 m… Ce qui n’est déjà pas si mal !)

La croissance de cette « corne » est continue tout au long de la vie du rhinocéros, de l’ordre de 5 à 7 cm par an.

(Le record mondial répertorié de longueur est une « corne » de 1,58 m de long !)

Les rhinocéros indiens, unicornes, sont à l’origine de la fameuse description de « l’enclos des licornes » du Devisement du monde de Marco Polo rédigé en 1298.

Ils ont longtemps nourri un certain imaginaire de la licorne, même si la corne en position nasale ne correspondait pas franchement avec le mythe de la corne en position frontale.

Plus de deux siècles plus tard, le premier rhinocéros indien vivant vu en Occident, débarqué à Lisbonne en 1515, conduira à des descriptions parfois assez précises qui amèneront Albrecht Dürer – qui ne vit jamais l’animal de ses propres yeux – à sa célèbre gravure sur bois que l’on peut comparer aujourd’hui avec profit à une photo de l’animal.

Les rhinocéros bicornes africains ne sont pas en reste et seront même à l’origine de représentations de licornes « à deux cornes » mais qui conserveront toujours des membres à trois doigts…

III. Artiodactyles à cornes vraies : les Bovidae

a) La corne

L’os qui compose le cornillon, est alvéolaire : c’est un os pneumatique, percé en son centre d’un sinus qui communique avec le système des sinus frontaux. Sur le cornillon, les couches épithéliales germinatives secrètent un revêtement kératinisé en étui : la corne proprement dite. Elle s’accroît depuis sa base par anneaux successifs qui permettent de repérer l’âge de l’animal. Elle est évidemment persistante. Le cornillon est susceptible de fossilisation comme tous les os et se retrouvera donc lors des fouilles paléontologiques.

L’écornage des Bovidés conduit à une modification notable de la morphologie latérale crânienne qui va transformer le crâne dont le diamètre temporal se trouvera notablement réduit. La comparaison de deux demi crânes sensiblement de même âge et de même taille montre, côté écorné, la spectaculaire modification induite.


(D’après Demeter – groupement suisse d’éleveurs de bovins)

On comprend que la disparition d’un cornillon latéral provoque un remaniement de la paroi de l’os frontal et du réseau de sinus qui s’y trouve et conduit morphologiquement à un os géométriquement comparable à celui des Cervidés…

Un élément essentiel pour comprendre la transition morphologique chez les Bovidés, depuis deux cornillons issus de boutons germinatifs latéraux, à un seul cornillon central, cas prévisible de l’animal unicorne.


b) L’équivoque dagorne

Selon l’abbé Prévost en 1767 : « la dagorne est une vache qui n'a qu'une corne - qu'elle l'ait perdue naturellement ou qu'on la lui ait coupée. » On constate ainsi qu’il existe donc une équivoque très ancienne dans la terminologie descriptive, entre le bovin unicorne latéral suite à accident et l’éventuelle licorne bovine à potentielle corne centrale.

On ne saurait négliger ce problème descriptif qui rejoint l’équivoque antique du bas-relief, toujours gravé de profil, particulièrement ceux où sont figurées des « licornes ».

Il ne s’agit pas ici de nier l’existence de licornes (unicornes frontales vraies) mais de comprendre qu’une indiscutable confusion s’est créée dès l’origine de la mention, littéraire comme graphique, des unicornes : licorne ou unicorne latérale ? De ce fait, certains témoignages sont à prendre avec prudence, sinon circonspection.

Ainsi Le grand orientaliste Étienne Marc Quatremer notait en 1845 : « Les vaches unicornes apparaissent dès 1525 dans les récits du voyageur Varthema. Il les situe sur la côte de Zeïla et leur donne des cornes rouges. »

Au début du XIXeme siècle, la dagorne est bien toujours considérée aussi dans la littérature comme unicorne latérale :

« D'une vache en jouant ayant rompu la corne

Le berger l'en priait de n'en rien dire. — Hélas !

Et quand je m'en tairais, lui répond la dagorne,

Mon front déshonoré ne le dirait-il pas ? »

(J.-B.-A. Clédon, Poésies diverses, tome Ier, Fables, livre IV, IV: Le berger et la vache ; Delaunay libraire, Paris, 1811, page 88)

Notons enfin que la littérature regorge de récits de combats animaux où le vainqueur est un unicorne latéral capable d’utiliser sa seule corne comme une arme, bien plus redoutable que la paire dont il disposait à l’origine.

Les bovidés ont d’ailleurs toujours une corne maîtresse dont ils usent préférentiellement pour tel ou tel mouvement.

Ceci repose sur de simples observations comportementales.

C’est par exemple le but du préambule du premier tercio de la corrida, que de tester à travers des passes de cape quelle est la corne maîtresse de l’animal, qualifié alors de « droitier » ou de « gaucher ».

D’un point de vue morphologique enfin, il existe une corrélation certaine entre la forme du corps et la taille des cornes : plus le corps est élancé, plus les cornes sont imposantes et inversement, plus le corps est trapu, moins les cornes sont développées. Il suffit pour s’en persuader de comparer par exemple un bœuf Watusi et un taureau charolais…

(On comprend de ce fait qu’un corps de bovidé en mouvement, s’il est svelte, puisse se confondre avec un corps de cervidé pour un observateur lointain non averti… Une grande antilope à crinière a d’ailleurs été dénommée « antilope-cheval » à cause de la morphologie de son corps : l’hippotrague !


c) Des licornes domestiques ?

Dans son ouvrage « Histoire naturelle des Licornes » le professeur Chris Lavers [Chris Lavers est biologiste, professeur d'écologie et de biogéographie à l'Université de Nottingham en Grande Bretagne. Il a consigné ses nombreuses recherches sur les licornes dans un ouvrage très connu outre-Atlantique : “The Natural History of Unicorns”Chris Laver – USA : William Morris. (2009)] note :

« Pourtant, des expériences faites sur du bétail afin de manipuler les cornes pour qu'elles n'en forment plus qu'une, tendent à montrer que c'est le fait de n'avoir qu'une corne frontale qui donne à l'animal plus de leadership. En effet une corne frontale, rend l'animal qui charge beaucoup plus redoutable que s'il en avait deux. Il peut s'en servir pour soulever des barrières et s'imposer au reste du troupeau. C'est la corne unique qui fait qu'il devient le chef, et pas l'inverse ! »

Il fait référence ici à des techniques déjà évoquées plus de deux siècles plus tôt par le naturaliste français François Le Vaillant, découvertes lors de son périple en Afrique du sud (François Le Vaillant (1753 – 1824). Il est envoyé en exploration par la Compagnie néerlandaise des Indes Occidentales en Afrique du Sud. Dans les années 1780 – 1785, il découvrira nombre d’espèces d’oiseaux - notamment de perroquets - et est à l’origine des appellations de l’aigle « bateleur » et de l’aigle pêcheur africain dit « vocifer ». Il décrira également la vie et les mœurs et techniques des populations indigènes locales, notamment durant son second périple où on cherchait à produire des taureaux unicornes pour en faire des chefs de troupeaux.

La qualité de l'unicorne était donc reconnue et déjà recherchée en élevage en Afrique, ce qui nous conduit à considérer autrement les récits des observations faites en Afrique de l'est, historiquement déjà connue pour sa pratique de lélevage essentiellement bovin ou caprin.

d) Les travaux de Franklin Dove, expériences et théorie

William Franklin Dove (1897 – 1972) biologiste américain, chercheur à l’université du Maine s’est spécialisé dans l’étude de la sélection des animaux d’élevage, et de l’amélioration de la nutrition animale. Son nom est resté attaché à sa théorie sur l’origine et la migration des disques germinatifs des cornes, et ses travaux sur la création expérimentale des licornes bovines. : “The Physiology of Horn Growth” in the Journal of Experimental Zoology (Jan 1935, Vol 69, No 3) Artificial Production of the Fabulous Unicorn” in Scientific Monthly (May 1936, Volume 42; pages 431-436).

Dove a connaissance des récits de Vaillant sur la « manipulation des cornes » en élevage en Afrique du sud et également de descriptions sur la présence de moutons « manipulés » devenus unicornes, fréquemment employés comme chefs de troupeaux au Népal…

Anatomiquement il constate que la corne résulte du développement d’un disque germinatif lui-même résultant de la présence d’un bourgeon initial. C’est la destruction de ce bourgeon (en général par brûlage) qui provoque l’écornage.

Il procède d’abord au prélèvement de ces bourgeons, en les décollant bien à plat de l’os sous-jacent, et les réimplante en zone périostique, ailleurs sur l’os frontal. Il constate alors le développement de nouveaux disques germanitifs générateurs de futurs cornillons et donc des cornes qui y seront liés.

Il émet alors l’hypothèse que puisqu’ils sont transportables de la sorte, et ré-implantables sur l’os, sans greffe inclusive proprement dite, ces bourgeons germinatifs ne sont pas de nature proprement osseuse mais qu’interagissant avec l’os support sous-jacent ils induisent la formation du cornillon.

Ceci est évidemment vrai en position frontale médiane.

Il se propose alors de réaliser une « licorne » en implantant côte à côte les deux bourgeons prélevés. Il constate que les deux bourgeons vont fusionner, produisant un seul disque germinatif mais plus important, générateur d’une corne unique qui sera plus massive que les cornes originellement produites naturellement par chacun des bourgeons germinatifs. Il poursuit ses expérimentations sur des chèvres et des moutons avec des résultats toujours positifs.

Unibull


En mars 1933, Dove réalise une opération déterminante auquel son nom restera attaché : sur un veau Airshire d’un jour, il prélève les deux bourgeons germinatifs et les réimplante côte à côte sur l’os frontal, dans le plan médian au-dessus de la ligne des yeux.

Il se contente de rectifier leur forme subcirculaire au niveau de la tangence pour accroître la zone de contact entre les deux…

Il observe effectivement le développement d’un disque embryonnaire sur le périoste sous-jacent, très large, qui induira un important cornillon et donnera effectivement naissance à une corne massive parfaitement constituée résultant de la « fusion » des deux cornes par la conjonction des deux amas germinatifs initiaux.

C’est un plein succès connu sous de nom de « Unibull », le taureau-licorne !

Un animal parfaitement viable à l’activité tout à fait normale, qui sera connu dans tous les USA et qui vivra son existence de bovin avec toutes les particularités comportementales de leader exposées ci-dessus par Lavers.



Théorie

En mai 1936, Dove expose officiellement sa théorie à l’Université du Maine :

« Les bourgeons germinatifs des cornes ne sont pas de nature proprement osseuse, mais leur présence sur toute zone périostique va induire un cornillon et la corne associée, en une réaction complexe avec l’os sous-jacent.

Ces bourgeons sont susceptibles de répartition aléatoire, bien que soumis comme le reste de la structure crâniale où ils se trouvent au déterminisme de l’architecture de l’animal.

En particulier, si pour un motif quelconque ces deux bourgeons exceptionnellement ne se séparaient pas au stade embryonnaire suivant le plan bilatéral classique de l’organisme, ou bien s’ils restaient accolés accidentellement dans le plan médian une fois séparés, sans migrer vers les zones temporales, ils induiraient par fusion une corne unique massive en position frontale. »

Cette théorie, jamais réfutée à ce jour, s’applique à priori au mécanisme d’apparition et de croissance des cornes de tous les animaux qui en sont pourvus.

Cela intéresse donc tous les Bovidae sauvages, en particuliers gazelles et antilopes, inexistantes en Europe occidentale mais fréquentes en Orient, Afrique ou Asie, susceptibles de développer exceptionnellement des spécimens de « licorne ».

Une réalité à rapprocher des témoignages rapportés par les descriptions de licorne tant en Europe de l’est qu’en Asie, en particulier à prendre en compte pour les licornes chinoises !

Pour être complet, nous mentionnerons l’existence dans la ménagerie du cirque Barnum d’une « harde de licornes » : des chèvres opérées suivant la technique élaborée par Dove.

Des animaux qui furent interdits finalement d’exposition au milieu des années 80, à la suite de l’intervention d’instances de protection animale arguant de ce que l’opération de ces chevreaux pour les rendre unicorne s’apparentait à de la maltraitance…


IV. Les Artiodactyles à « bois » : les Cervidae

- Les espèces concernées

Les Cervidae sont les représentants les plus importants de la faune sauvage artiodactyle européenne qui ne compte guère que quelques espèces, surtout montagnardes, de petits Bovidae (chamois, mouflons, bouquetins, chèvres diverses).

Si le nombre d’espèces présentes est assez limité, leurs populations ont toujours été importantes et les Cervidae ont évidemment - au-delà de l’art cynégétique, notamment la vénerie - largement été évoqués dans l’iconographie et la littérature notamment du monde chrétien médiéval : essentiellement cerfs et chevreuils.

Des populations relictuelles d’élans ont survécu jusqu’au Moyen Âge, au moins dans les plaines humides en France, en Belgique, mais aussi en Suisse et en Allemagne avant que la chasse (pour la viande et les trophées) ne les élimine de ces contrées. Cela est attesté par des textes ou des fossiles récents en France à l’époque gauloise jusqu’à l’an 250. Elles subsistent en Alsace au moins jusqu’au IXeme siècle.

Un texte mentionne un élan tué en 764 par deux seigneurs de la suite de Pépin le Bref à Nordlingen (Bavière).

Il est signalé comme encore commun en Suisse jusque vers l’an mille. Dans le Comté de Flandre où les zones humides étaient encore nombreuses avant les grands drainages médiévaux, les derniers élans auraient été tués vers l’an 900.

On ne peut donc exclure l’élan de la mythologie de la licorne.

Pas plus que les daims originaires d’Asie mineure, connus et importés en occident dès l’antiquité gréco-romaine.

(Néanmoins la présence de palmure sur les bois des élans et des daims semblerait les rendre moins susceptibles de donner naissance à des licornes.)

En revanche, les rennes strictement nordiques seraient à exclure ici de notre propos, de même que le sera la multitude des Cervidae asiatiques auxquels notre analyse pourra ensuite évidemment s’étendre.


- Le « bois »

Le bois est caractéristique des Cervidae et n’est porté que par les mâles (sauf chez les rennes).

C’est donc aussi un caractère sexuel secondaire pour lequel les hormones (notamment la testostérone) jouent un rôle déterminant. Nous évoquerons ici brièvement le cas du cerf, le plus emblématique et aussi le plus étudié.

La vénerie a, au fil des siècles, développé un vocabulaire spécifique que nous limiterons ici à ses termes les plus courants indispensables à la compréhension du processus de croissance et renouvellement des bois.

Tout comme chez les Bovidae, le « bois » est issu d’un organite osseux implanté sur l’os frontal : le pivot.

Ce pivot provient également d’un bourgeon germinatif.

La différence d’avec le cornillon des Bovidae est que ce pivot, structure osseuse frontale permanente, va avoir une taille très limitée et produira le « bois », caduque et renouvelé annuellement, qu’il va sécréter et nourrir grâce à une très riche vascularisation qui se poursuit extérieurement dans le velours, tissu cutané qui entoure l’os spongieux secrété et qui se desséchera et desquamera en lambeaux plus ou moins sanguinolents visibles en fin de la croissance.

La rapidité de la pousse osseuse des « bois » (en trois mois en moyenne) chez les Cervidés, est sans égale dans le règne animal. Ainsi le « bois » des Cervidae est anatomiquement un os véritable!

Les bois d’un cerf adulte vont peser entre deux et trois kilos : il s’en suit une déperdition considérable de calcium pour l’animal – qui le puise dans son squelette - lors de la calcification des bois, ce qui occasionne quasiment un syndrome d’ostéoporose. Le cerf devra donc compenser cette perte par alimentation, après chaque repousse des bois !

Corne et bois ne sont donc pas histologiquement et anatomiquement comparables.

Si la corne est un étui kératinisé permanent qui enveloppe le cornillon fait d’un os pneumatique (ou alvéolaire), le bois est un os spongieux, caduque, ramifié et calcifié en fin de croissance, qui pousse sur le pivot (p) de l’os frontal.

Sur le bois, caduc, on distingue à la base la meule (c) entourée d’excroissances dont la taille augmente avec l’âge de l’animal : les pierrures. Au-dessus, la hampe (b) ou merrain entouré des perlures (d’autant plus grosses que le bois poussé cette année-là est plus important), portera les andouillers et/ou cors et se terminera ramifié en empaumure.

Cette croissance, son arrêt, la chute des bois sont sous l’influence des variations cycliques de sécrétion de testostérone.

 

 

 






Ce qu’il importe se savoir ici est que tant que l’os est en croissance et recouvert du velours qui le nourrit, il reste relativement mou et fragile et est donc susceptible d’accidents, de heurts notamment aux branches, susceptibles d’altérer sa croissance et son développement, voire le supprimer complètement. Il en résulte une ramure asymétrique nommée « tête bizarde », si fréquente que la vénerie lui a décernée une sonnerie de trompe spéciale.

Mais tant que le pivot n’est pas altéré, la repousse pourra s’effectuer normalement l’année suivante.

Si le pivot est accidenté on pourra même avoir un animal portant un seul bois, ce qui n’est pas sans rappeler les dagornes précédemment évoquées….










Cette situation s’observe également chez le chevreuil bien que les bois n’étant pas aussi ramifiés, cela soit moins spectaculaire.

Si nous avons évoqué ici largement la question de l’asymétrie de la ramure par altération accidentelle du velours ou du pivot, la question de l’unicorne frontale reste posée.

Autrement dit, à l’image de la non séparation ou non dissémination frontale des bourgeons germinatifs générateurs des cornillons, peut-on imaginer, en suivant la théorie de Dove la non séparation des bourgeons germinatifs des pivots ?

La réponse est affirmative !

- Le chevreuil « Nicorne » de Prato

« Licorne » est photographié ici en 2008, à un an. C’est un chevreuil, « unicorne » centrale, né au parc naturel du Prato (Toscane).

Sa mère avait été heurtée par une voiture dans le parc pendant la gestation. Cela ne l’a pas empêché de donner naissance à deux faons parfaitement bien portants. (A la différence des cerfs où les biches n’ont qu’un faon par portée, les chevreuils en ont classiquement deux, parfois trois…)

« Licorne » a donc un frère : il est tout à fait normal, et sa ramure a deux bois bien symétriques.

Les spécialistes s’interrogent sur cette anomalie tout en soulignant que les chevreuils unicornes ne sont pas rares, mais pratiquement toujours en position latérales : ces têtes bizarres liées à un accident de ramure déjà évoquées.

Il est certain que « Licorne » vivant en parc naturel, très surveillé, permettra des analyses, entre autres génétiques, intéressantes qui pourraient éclairer la question. Cependant la normalité de son frère ne présage pas de découverte fructueuse dans ce domaine.

Il est clair que nous avons probablement ici un de ces cas rarissimes de fusion des bourgeons des pivots… Cela est-il dû au choc reçu par sa mère? Nous ne le saurons sans doute jamais, mais cela prouve que tels animaux existent bien…


















- La licorne de Slovénie

Le trophée ci-contre provient d’un chevreuil malencontreusement tué en Slovénie au mois d’août 2014.

On remarquera le fort développement du bois unique central, déjà âgé, la présence d’un très gros pivot qui a permis le développement d’une meule unique à grosses pierrures qui recouvre tout l’os frontal.

La scientifique slovène Boštjan Pokorny a authentifié la pièce comme étant bien un crâne de chevreuil âgé à ramure aberrante.

Selon elle : « La déformation du "chevreuil-licorne" n'avait en rien entravé sa croissance. En effet, l'animal était déjà âgé, et même plus lourd que la moyenne, quand le chasseur l'a tué. »

Kip Adams, directeur de la QDMA (organisme canadien de gestion raisonnée des populations de cervidés) et des meilleurs spécialistes du chevreuil n’a pas hésité à dire :

"Dans le cas de cet étrange mâle, les deux pédicules (On notera ici l’emploi canadien du mot « pédicule » au lieu de « pivot » utilisé classiquement) qui devraient être séparés, ont grandi ensemble en une grande pédicule »

C’est mot pour mot ce qu’aurait dit Franklin Dove : près de 80 ans après l’énoncé de sa théorie, c’est la justification physique appliquée aux Cervidae… Une rapide enquête conduit d’ailleurs à constater que ce cas n’est pas du tout unique, précisément dans les forêts slovènes.

Faut-il en déduire qu’un phénomène de dérive génétique est possible dans cette région ? La question reste ouverte…

 

En guise de conclusion…

Parvenus au terme de notre enquête, nous pouvons affirmer que les licornes existent et ont toujours existé.

La plupart des récits et représentations permettent de cliver très clairement ces animaux en deux types suivant la taille qui correspondent tout à fait aux situations évoquées tant en Europe qu’en Asie :

  • Grandes licornes au corps assimilé à « un cheval à tête de cerf » dont les grands Cervidés et les antilopes pourraient être à l’origine.

  • Petites licornes au corps assimilé à un âne ou une chèvre, dont les chevreuils et autres cervidés de petite taille, ou les gazelles pourraient être à l’origine, comme les ovins et caprins sauvages…

Si le narval n’est pas en cause, sa dent a enflammé l’imagination des peuples et a contribué à matérialiser le caractère fabuleux de ces animaux.

Pour ceux qui resteraient convaincus de la participation des Rhinoceridae à cette histoire, je les renvoie aux recommandations de Sainte Hildegarde de Bingen à propos des vertus curatives de la licorne.

Dans son ouvrage Physica, sive Subtilitatum diversarum naturarum creaturarum libri novem, sive Liber simplicis medicinae (1151-1158) elle recommande l’usage de la peau de licorne pour lutter contre fièvre et peste :

« …il te faut faire une ceinture de sa peau, t’en ceindre à même la peau et aucune peste et aucune fièvre ne pourra t’affecter. Fais aussi des chaussures avec sa peau et porte les : tu auras toujours les pieds sains… »

Si le façonnage de la peau de cervidé ou de bovidé ne pose guère de problème, on imaginera volontiers les difficultés insurmontables liées à la mise en forme d’une peau de pachyderme de près de 2 cm d’épaisseur en chaussures, surtout génératrices alors d’ampoules pour celui qui s’aventurerait à essayer de les porter !

Claude Timmerman

Notes :

1. L’appellation de « sabot fendu » comme celle de « pied fendu » sont particulièrement maladroites, sinon malheureuses, et zoologiquement totalement inexactes, fussent-elles originellement bibliques.

Il n’existe pas, sauf accident ou pathologie, de « sabot fendu » : le sabot est une enveloppe cornée (kératinisée) protectrice, qui enveloppe plus ou moins complètement la dernière phalange d’un doigt…

Pas plus qu’il n’existe normalement de « pied fendu ».

Il existe chez les Ongulés aux membres à nombre pair de doigts, la plupart n’ayant d’ailleurs que deux doigts en appui normal au sol, une symétrie axiale du pied qui apparaît donc extérieurement « fourchu » alors qu’il est terminé par deux sabots parfaitement entiers - parfois appelés « onglons » notamment chez les Ruminants de petite taille (caprins, ovins, gazelles) - qui ne sont nullement « fendus ». Il suffit pour s’en convaincre de regarder ci-dessous les sabots des doigts d’appui des membres antérieurs d’un bovin !


2. Faute de terme global adéquat pour désigner les diverses structures étudiées, nous avons repris - pour la clarté de l’exposé - le terme usuellement employé de « corne », que nous noterons partout entre guillemets dès qu’il désignera un appendice autre que la corne vraie, caractéristique du groupe des Bovidae comme nous l’exposerons.

3.  Pour les lecteurs intéressés on consultera avec profit, par exemple :

Zoologie II Vertébrés - GRASSE, Pierre-P & DEVILLERS, Charles- Masson et Cie Editeurs, Paris, 1965 ;

Biologie Animale- Zoologie II – Fasc 2- Mammifères – Anatomie comparée des Vertébrés - H Boué et R Chanton – Doin, Paris ;

Biologie animale  - Les Cordés, anatomie comparée des Vertébrést. 3, Beaumont A. et Cassier P., Paris, Dunod université, 1987.

Des ouvrages, certes aujourd’hui un peu anciens mais qui font toujours autorité, qui datent d’une époque où la rigueur de l’analyse n’était pas systématiquement manipulée pour s’inscrire dans une vision doctrinale et justifier certains récents délires évolutionnistes.

samedi, septembre 16 2017

La santé des patients passe-t-elle par leur protection contre les médecins ?

Telle est bien la question qui doit se poser aujourd’hui à tout « patient ».

L’évolution latine du sens même du mot illustre parfaitement notre propos et montre que la problématique est loin d’être nouvelle. « Patient » vient du verbe déponent latin patior, pati, passus sum dont le sens a évolué dès l’époque romaine:

  • A l’époque républicaine, sous la plume de Cicéron, ce verbe signifie : endurer, souffrir, supporter

  • A l’époque impériale, sous la plume de Suétone, le sens va dériver en : être victime, subir.

Et c’est à l’équivoque qu’illustre cette dérive sémantique que l’on doit s’attacher, affection, ou médecin ?

  • Quoi ou qui subit le « patient » ?

  • De quoi ou de qui le « patient » est-il victime ?

Le simple fait que la question se pose, et que les scandales atteignent une ampleur telle qu’elle ne peut plus être masquée, démontre l’effarante dérive dont tant la médecine que le « monde médical » sont les acteurs : de discipline sanitaire de base objet du préventif et du curatif, elle a muté aujourd’hui en un médico-fascisme intolérable dont tout un chacun devient la victime, obligée sinon consentante, à travers les oukases aujourd’hui émis même par les états, sous l’égide de l’Organisation mondiale de Maltraitance Sanitaire.

Le patient aujourd’hui est aussi, sinon d’abord, la victime de la caste des praticiens.

Depuis Molière fustigeant les Diafoirus, les sciences biologiques ont énormément progressé, la physiologie n’est pas en reste, surtout depuis la fin des années soixante-dix où les laboratoires se sont enfin affranchis de la dictature des médecins dont la formation n’est pas nécessairement la plus adaptée à la recherche…

Comme me l’a personnellement dit, et répété, le professeur Christian De Duwe (prix Nobel pour ses travaux sur les lysosomes) :

« C’est lorsque j’ai compris que je devais m’attacher à une vision scientifique des problèmes, et que je devais m’affranchir des conceptions médicales, que j’ai pu commencer sérieusement mes travaux de recherche. »

Dommage que nombre de ses collègues « chercheurs » en médecine et pharmacologie - mais nettement moins talentueux il est vrai ! - n’y aient réfléchi : cela éviterait tellement de bêtises, de diagnostics sans fond, d’études « médicales » statistiquement idiotes ou faussées par simple méconnaissance méthodologique, et par voie de conséquence, de mise sur le marché du médicament de produits au mieux inopérants et donc inutiles, au pire carrément nocifs pour la santé, voire mortels à terme, comme l'on en découvre certains aujourd’hui…

C’est devant l’ampleur du scandale que représentait le désastre croissant imputable au monde médical, sous la pression de l’opinion publique relayée par le monde politique, que fut élaborée et promulguée la loi no 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, dite « loi Kouchner », qui reconnaissait enfin des droits au patient - entre autre celui d’accéder à ses propres données médicales jusque-là classées comme confidentielles et accessibles aux seuls médecins (ce qui en dit long sur le mépris viscéral des praticiens pour les patients considérés comme systématiquement incapables de comprendre…mais qui risquaient aussi de se renseigner ailleurs ce qui aurait pu être dangereux pour eux !) - et obligeait les médecins, pour ceux qui y sont liés, à dévoiler leurs liens, techniques et/ou financiers, avec les laboratoires pharmaceutiques…

Jusque-là, systématiquement protégés par L’Ordre des Médecins, structure corporative, à la fois juge et partie ce qui est commode, les praticiens pouvaient faire quasiment ce qu’ils voulaient en toute impunité…

Au titre IV la loi reconnaît enfin de facto la faillibilité médicale en instituant l’Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux ! (ONIAM)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Office_national_d%27indemnisation_des_accidents_m%C3%A9dicaux

Pour la première fois la responsabilité des médecins, dans les « bévues » médicales et sanitaires, est enfin désignée et légalement reconnue.

Mais rassurons-nous : le processus législatif, instauré par le docteur Kouchner, assure une quasi impunité au praticien qui aura ainsi grâce à ses assurances, la certitude d’éviter toute sanction convertie en indemnités sonnantes et trébuchantes qui ne sortiront donc pas même de sa poche !

La loi prévoit en effet une indemnisation de l'aléa thérapeutique : c'est-à-dire d'un accident médical sans faute du professionnel ! (sic!)

Là, on a eu peur : pour un peu un médecin aurait pu être considéré comme pénalement responsable de ses actes, mais nous n’en sommes pas encore là !

Chaque fois qu’un praticien sera clairement en cause il faudra encore toujours passer par la voie judiciaire pour espérer le voir mis hors d’état de nuire. Il est vrai, qu’on aura la chance d’avoir désormais une oreille un peu plus complaisante, car jusqu’ici un procès contre un médecin tournait toujours en exercice de style montrant – à grand renfort d’expertises et de témoignages unanimes émanant tous de collègues - le bien-fondé de l’attitude du praticien en cause.

Les mentalités commencent enfin à changer… dans le monde judiciaire aussi !

L’Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux (ONI AM) prévoit donc une indemnisation amiable des victimesdans les cas avérés, limités à l’origine aux cas suivants:

  • infections nosocomiales graves (contamination en milieu hospitalier)

  • accidents médicaux résultant de mesures sanitaires d'urgence, de vaccinations obligatoires

  • dommages transfusionnels résultant de contamination par le virus VIH

  • empoisonnement au benfluorex, principe actif du Médiator

Les victimes sont indemnisées soit par le laboratoire en cause ou son assureur, soit par l’ONIAM, lorsque ce laboratoire ou cet assureur refuse de présenter une offre d’indemnisation ou propose à la victime une offre « manifestement insuffisante ». L’ONIAM peut se retourner ensuite contre le laboratoire ou l’assureur concernés.

C’est aujourd’hui ce qui se passe avec l’affaire du Mediator où le laboratoire Servier a dépensé des fortunes en honoraires d’avocat pour monter des manœuvres dilatoires afin de retarder l’échéance de son inéluctable condamnation.

Seule contre tous, la pneumologue Irène Frachon vient enfin d’obtenir, après plus de six ans de procédure, le renvoi en correctionnelle du laboratoire Servier et de l’Agence du Médicament !

On notera au passage dans cette affaire la façon scandaleuse dont le corps médical – Ordre en tête évidemment – s’est défaussé de sa responsabilité patente sur le dos du laboratoire : c’est qu’un petit malin avait découvert que le Médiator avait un effet « coupe faim » très efficace et il fut surtout prescrit pour cela !

De fait, 80% des prescriptions, une écrasante majorité, ne concernaient pas des patients diabétiques alors que le médicament avait été conçu spécifiquement à leur intention !

Où est la déontologie médicale quand la prescription a d’abord un but pécuniaire : engranger des honoraires en satisfaisant une clientèle dont la pathologie se résume au désir plus ou moins hystérique d’amaigrissement ?

Devant ce scandale, l’état a évidemment dû durcir son contrôle et sa politique de délivrance d’autorisation de mise sur le marché des médicaments en créant l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM) aux pouvoirs plus étendus que ceux de la précédente agence nationale chargée du médicament…

http://ansm.sante.fr

Reste à savoir si elle sera capable d’étouffer le nouveau scandale qui se profile et qu’elle tente de limiter, voire de nier : celui du Levothyrox !

Un régulateur thyroïdien dont la molécule active ne serait pas en cause, mais dont la formulation a changé, ce qui a conduit à voir aujourd’hui plus d’un pour cent des utilisateurs présenter des effets secondaires indésirables.

Une pétition réunissant plus de 170 000 signatures circule pour exiger le retrait de cette nouvelle formulation.

Pas sûr que cela suffise à impressionner le laboratoire responsable ni surtout l’agence qui a donné son aval à cette nouvelle formulation. Tant qu’il n’y a pas mort d’homme…

La presse rapporte cependant les réactions multiples des utilisateurs-cobayes forcés et souligne:

« Si le Levothyrox n’est pas le cas le plus emblématique d'un point de vue sanitaire, il met en lumière les lacunes de la pharmacovigilance à la française. Pour le professeur Jean-David Zeitoun, auteur de plusieurs travaux sur le sujet, "le lien n’a pas pu être établi à 100%" entre les cas d’effets secondaires et le nouveau médicament. "On ne comprend pas pourquoi il y a des effets négatifs alors qu’il ne devrait pas y en avoir." »

http://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/levothyrox-pourquoi-le-systeme-dalerte-pose-probleme_2360169.html

Vous avez bien lu, ce monument doctement énoncé du professeur Zeitoun :

"On ne comprend pas pourquoi il y a des effets négatifs alors qu’il ne devrait pas y en avoir."

Ahurissant !

Il faut au moins signer des travaux et être professeur de médecine pour l’avoir sortie celle-là: c’est vrai qu’on aurait pu mettre directement sur le marché un produit aux effets secondaires déjà constatés et connus…

(Cela aurait évité des surprises et ces questions incongrues aujourd’hui posées aux chercheurs et aux praticiens…)

Plus difficile est le combat mené aujourd’hui contre la population pour rendre la vaccination obligatoire.

L’affaire, initiée par Marisol Touraine en application d’un oukase de l’OMS, éclate aujourd’hui au grand jour avec Agnès Buzyn qui s’empresse de se plier à ces exigences.

Imposer 11 vaccins – rien que cela – aux enfants de moins de deux ans !

Et l’argument de fond invoqué est aussi grotesque que ce caprice bureaucratique : « Ne pas se faire vacciner, c’est faire courir un risque à la collectivité »!

Superbe slogan ! Culpabiliser le récalcitrant au nom de sa responsabilité vis-à-vis de la collectivité ! Que voilà quelque chose de profondément « citoyen » !

Sauf qu’il faudrait arrêter de prendre systématiquement le citoyen pour un imbécile, car de deux choses l’une :

  • ou bien la vaccination est efficace, opérante et donc justifiée, et alors tous ceux qui sont traités sont à l’abri d’une contamination potentielle, même liée au « récalcitrant » atteint qui servirait de réservoir potentiellement propagateur.

  • ou bien un risque de propagation épidémique existe effectivement et l’effet protecteur escompté ne sera pas observé, ce qui implique que la vaccination n’est pas efficace et n’a donc pas lieu d’être !

Mais la logique, même la plus élémentaire, n’a jamais présidé aux décisions officielles.

La question qui se pose d’abord est celle de l’inoculation de l’aluminium utilisé comme adjuvant dans de (très) nombreux vaccins…

D’une manière générale, le problème est celui de l’ingestion de l’aluminium et de ses effets sur l’organisme ; ce qui met déjà en jeu des intérêts économiques énormes dans le domaine des contenants agro-alimentaires, du matériel culinaire, etc…

https://www.senat.fr/questions/base/2010/qSEQ10111091S.html

Les réponses officielles, quelque peu dilatoires, montrent que la question est loin d’être réglée !

Pour les vaccins aussi où l’adjuvant aluminium s’avère assez incontournable…

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/04/25/24892-vaccins-linterminable-debat-sur-adjuvants-base-daluminium

Et il s’avère que le risque pathologique est loin d’être négligeable : la myofasciite à macrophages l’illustre.

http://www.asso-e3m.fr/myofasciite-a-macrophages/quest-m-f-m/

Même si cela mobilise l’attention des chercheurs dans de nombreux pays, et si en France l’hôpital Henri Mondor est particulièrement actif sur la question, les autorités sanitaires, confortées dans cette voie par l’OMS, se cantonnent dans le négationnisme le plus entêté…

On n’hésite pas alors à appeler l’Ordre des Médecins à la rescousse qui n’hésitera pas, solidarité oblige, à radier de l’ordre le professeur Joyeux coupable de non allégeance à l’orthodoxie vaccinale !

Selon la chambre disciplinaire, le professeur Joyeux « a commis des manquements d’une extrême gravité au code de déontologie », et a enfreint la loi, notamment « en indiquant des dangers pour la santé de suivre les recommandations du Haut Conseil de la santé publique ». (Sic)

Il n’a pas non plus respecté l’article stipulant que « le médecin doit apporter son concours à l’action entreprise par les autorités compétentes en vue de la protection de la santé et de l’éducation sanitaire » et qu’« il participe aux actions de vigilance sanitaire ».

http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/07/09/vaccination-henri-joyeux-radie-par-l-ordre-des-medecins_4966962_3224.htmldic!)

Aujourd’hui des pétitions et des manifestations fleurissent un peu partout contre ce fascisme médical…

Mais il y a tellement d’intérêts financiers en jeu dans l’industrie pharmaceutique…

Dans l’intervalle, comme au temps de Molière, on trouve toujours plus de déclarations médicales étonnantes où l’ignorance le dispute à la bêtise, avec bien sûr toute la suffisance qui sied aux détenteurs de ce titre de « docteur » qui impose le respect obligé des acteurs sociaux et la soumission aveugle des patients dont le rôle se limite à acquiescer sans limites à leurs prescriptions…

Récemment, l’une des plus belles âneries sortie concerne, en Italie, un cas de paludisme, mortel des suites de ses complications neurologiques, dont une fillette a été victime.

https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2017/09/05/italie-une-fillette-de-quatre-ans-meurt-de-paludisme-autochtone_849964

« Quelques heures après son hospitalisation, la fillette est tombée dans le coma malgré le traitement antipaludique prescrit par les spécialistes qui ont effectué le diagnostic sur la base des examens sanguins. Transférée en réanimation pédiatrique dimanche matin à Brescia, la petite fille est morte dans la nuit de dimanche à lundi ». « Il s'agit d'un cas extrêmement rare et étonnant car cette maladie est transmise par un type de moustique qui ne vit pas en Italie et nous ne savons rien sur le type de transmission du virus dans ce cas précis », estime Giovanni Rezza, épidémiologiste et médecin chef du département de maladies infectieuses de l'Institut supérieur de la santé.

L'hypothèse des changements climatiques et d'une sorte de mutation des moustiques est déjà envisagée. «L'été a été extrêmement chaud et tous les scénarios sont ouverts. Nous allons prélever des échantillons de moustiques et les examiner. Il s'agit de toutes les façons d'un cas extrêmement rare notamment dans la région de Trente qui n'a jamais été touchée par le paludisme en raison de sa latitude », a expliqué un expert.

Autre explication possible : un moustique aurait été « importé » dans une valise par un passager en provenance d'une zone à risque et aurait pu se reproduire avec un moustique autochtone en créant une espèce hybride. »

On en reste sans voix !

Le pire ce n’est pas la densité des imbécillités énoncées ici, le pire est qu’elles émanent apparemment d’un spécialiste et haut responsable médical italien, et qu’elles soient reproduites – sans la moindre réserve - dans « Le Quotidien du Médecin ».

Et encore, plus angoissant, alors qu’on pouvait légitimement attendre une pluie de commentaires indignés de la part de professionnels… Il n’y a pratiquement eu aucune réaction !

Deux commentaires ineptes montrant clairement la totale méconnaissance des mécanismes les plus simples de la génétique et de la parasitologie, avant, enfin, une remarque laconique signalant qu’un sporozoaire (sans indiquer lequel ne soyons pas trop exigeants) n’est pas … un virus !

L’article date d’il y a trois jours et plus personne n’a ajouté de commentaire depuis sa publication…

Il faut le voir pour le croire !

Rappelons pour nos lecteurs qui ne se revendiquent pas forcément, eux, être des spécialistes :

  • que les Sporozoaires sont des Protozoaires parasites intracellulaires à cycle généralement dixène (deux hôtes) dont l’hôte accessoire est ici un moustique Anophèle, comme pour tous les Plasmodium responsables des fièvres récurrentes dont le paludisme.

  • que le paludisme - aujourd’hui déclaré éradiqué en Italie, notamment depuis l’assèchement des marais débuté lors de la politique de grands travaux instaurée par Mussolini (ce n’est pas politiquement correct de l’indiquer, mais la réalité historique oblige à le dire) - a toujours été endémique dans le pays.

  • que les Anophèles vecteurs sont des moustiques indigènes en Italie, notamment du sud, et qu’il n’y a nul besoin d’aller inventer une quelconque « mutation » ou l’effet du réchauffement climatique pour en trouver !

N’importe quel élève de première année de cycle biologique apprend cela !

Apparemment les « professeurs de médecine » en sont dispensés…

Et c’est à des gens comme cela qu’on nous impose de confier notre vie sans la moindre arrière-pensée !

Claude Timmerman

Sur la journaleuse :

https://www.lequotidiendumedecin.fr/auteur/ariel-f-dumont_156746?sort_by=comment_count&sort_order=DESC

Correspondante à Rome de multiples parutions, sévissant de Marianne au Matin de Lausanne, traitant souvent du monde de la santé, Ariel Dumont affiche ses positions très médicalement correctes, soutenant l’action tant de Marisol Touraine que d’Agnès Buzyn et ne manquant pas par exemple de dénoncer les médecines alternatives, de fustiger des médecins homéopathes déjà persécutés, des praticiens anti vaccination et tous ceux qui s’opposent à quelque degré que cela soit à l’instauration de ce « dogmatisme sanitaire en marche » qui règne sans partage à Rome comme à Paris…

samedi, juillet 29 2017

Chênes et chênaies dans l’histoire des croyances et des cultes

Dans nos pays, où toute trace de la forêt feuillue originelle est effacée, la rêverie seule peut s’aventurer sous les chênes des temps anciens, quand l’homme ne s’éloignait des lisières que dans la coulée de l’auroch ou du cerf, seul sentier alors offert à l’audace comme à la peur. Elle rassemblera les images du mythe, du conte, des récits les plus anciens, comme celles des peintres et des graveurs de la forêt terrible, d’Altdorfer à Gustave Doré, des photographies de jungle équatoriale et quelques séquences « d’enfer vert » (sans aucun souci de cohérence écologique), les paroles de l’oiseau à ce pauvre ahuri de Siegfried, la pénombre orchestrale où Golaud va vers la fontaine qui empoisonne l’espérance. Les leçons prudentes des historiens n’ont rien à faire là-dedans : la forêt disparue rejette sans fin dans l’imaginaire. Il suffit d’une promenade d’enfance dans les grands bois, fût-ce entre des lignes de Perrault, pour (ré)amorcer un cheminement de pensée où l’on quitte aussitôt les chemins raisonnables, attiré par le vertige de cette ombre vivante qui promet une lumière plus vive que celle des routes communes, une paix à la mesure de l’effroi – sinon, car la tentation est ambiguë, quelque pacte pour un savoir dont on sait seulement qu’il s’approfondira dans le renoncement au jour.

La forêt, c’est là où l’on se perd. Qui en a fait l’expérience sait ce que dérouté veut dire : plus d’échappée. On est dans un désert fait d’une surabondance de signes. Notre attention n’est pas à leur mesure, qui veut le regard aigu du chasseur ancien, ou l’instinct dans sa parfaite légèreté. Tant de repères et aucun repère. On se souvient alors des recettes scoutes : on cherche le nord à l’épaisseur des mousses sur les troncs – mais encore faut-il avoir un semblant de carte en tête. On aimerait bien grimper à l’arbre le plus haut, quitte à ne découvrir qu’une lumière inquiétante ; mais l’arbre le plus haut a dix mètres de fût complètement lisse. Alors on avance au hasard, comme le chevalier ou la petite gardeuse d’oies. Il arrive qu’on voie passer des bêtes, qu’on envie : elles connaissent toutes un chemin. Bientôt, et c’est une loi du genre, les arbres qui nous accompagnaient immobiles se mettent à marcher avec nous ; c’est tout un peuple qui nous cerne et nous précède, reconstituant sans cesse ce territoire peut-être infime où nous avançons infiniment. La forêt dessine un labyrinthe primordial plus terrible que celui des mythologies, car c’est l’infinité des repères qui piège.

Comme le mirage des sables c’est l’eau, celui des forêts c’est la lumière. Celle d’en haut, une ironie : on veut une lumière à hauteur d’homme, saisissable enfin à pleins bras quand on écartera les derniers branchages. Le mirage des forêts, c’est la fenêtre éclairée, de l’ermite ou de l’ogre, ou bien le regard du bord de source dont on peut craindre qu’il nous damne. Car tout ici est trahison. Parce que la forêt n’est rien d’autre qu’une immense noria du noir d’en bas qui se déverse dans le défaut des éclaircies, même en plein midi. La forêt tire des lacs entiers d’obscurité de la nuit des profondeurs. Et ce que nous attendons fébrilement dès lors que nous sommes perdus dans les bois, c’est la prairie ou le champ, au pire la clairière, en tout cas un lieu où il n’y aura pas d’arbres, c’est-à-dire pas de vecteurs d’ombre, pas de verticalité complice. Civiliser, serait-ce alors combler tous ces puits d’ombre dans le jour, établir un territoire pour l’accomplissement calme des yeux, dénier au ciel son amusement de nous voir marionnettes au bout des fils de soleil, au fond d’un théâtre d’arbres marmonnant d’éternelles histoires d’ombre ?

Quand les premiers agriculteurs s’en prennent à l’espace forestier d’Europe occidentale, plaines, collines et basses montagnes sont pour une bonne part sous la domination des arbres. Les pins, qui ont connu leur phase d’extension maximum vers -8000, ont alors cédé les meilleures places aux feuillus, et ceux-ci vont connaître un apogée trois fois millénaire sous la dynastie des chênes. Mais qu’on n’imagine pas la forêt primitive comme une sorte de Tronçais en moins propre. C’est un mélange d’essences de tous âges, où le chêne, dominant, est associé à d’autres grands arbres comme l’orme, le frêne, le tilleul, le merisier, parfois le charme, les érables, le hêtre. Cette forêt, plus ou moins dense selon les conditions de milieu, dominée par des arbres très âgés, est trouée d’éclaircies là où les plus vieux sujets se sont abattus, où les tempêtes ont couché des chablis. Il arrive aussi que la foudre allume des incendies qui offrent des espaces bienvenus au semis et à la pousse des essences de lumière – incendies qui ne sont sans doute pas tous naturels : des feux d’origine humaine, feux de rabatteurs en particulier, ont pu survenir bien avant les défrichements des agriculteurs. De leur côté, les grands herbivores forestiers ont un impact non négligeable sur le maintien, voire sur l’extension des espaces ouverts. Il n’en reste pas moins que, dans leur plénitude, les massifs ont une allure de forêt confuse, nullement accessible comme nos futaies, pleine d’obstacles au sol où le bois mort s’empile. Un sous-étage d’arbustes et de lianes, où souvent le noisetier abonde, accompagné par l’aubépine, le houx, la bourdaine, le chèvrefeuille, les ronces, le lierre, est doublé d’une strate arborescente intermédiaire peu homogène, à la croissance régulée par les vieux arbres dominants aux cimes plus ou moins clairsemées.

Forêt de Białowieża, ancienne forêt primaire d'Europe

Les chênes n’y ont pas la physionomie trapue qu’affichent de nos jours de vieux sujets isolés (après avoir inspiré les graveurs du XIXe siècle). La plupart d’entre-eux sont des arbres à fût élevé, dégagé, très propres à décourager les Petit Poucet. Celui qui fut sorti du Rhône au début du siècle, avec ses 42 m de longueur subsistante et son fût de près de 2,90 m de diamètre à la base, témoigne sans doute de ce que pouvaient être les grands arbres de la vieille forêt feuillue primaire de l’Europe moyenne. Les druides n’avaient pas le vertige. « L’énormité des chênes de la forêt hercynienne (ancienne Germanie occidentale) dépasse toute merveille, dit Pline, (leurs) racines, se rencontrant et se repoussant, soulèvent de (véritables) collines ou bien, si la terre ne suit pas, s’arc-boutent comme des lutteurs pour former des arcs jusqu’à hauteur des branches mêmes, ainsi que des portes béantes où peuvent passer des escadrons de cavalerie » [1]. Dans le Sud, la chênaie pubescente originelle s’apparentait sans doute davantage aux images romantiques de la forêt des contes : le chêne blanc, même en forme libre, conserve en général un fût assez court ; s’il s’élève, il est peu régulier ; avec l’âge, ses branches maîtresses, qui peuvent devenir énormes, tendent à s’étaler. Le chêne vert, qui fait des forêts sombres, étiole ses basses branches et peut développer, avec les siècles, un fût dégagé relativement élevé. Chez les feuillus de nos climats, ses peuplements les plus anciens sont ceux où règne dans son plus « religieux mystère » l’obscurité de la « forêt-cathédrale », même si les troncs sont loin d’avoir l’élan des grands chênes caduci-foliés.

Fréquentée par les chasseurs-cueilleurs, qui s’y repèrent grâce à leur attention constante aux signes de l’environnement, signes qu’ils complètent au besoin en semant des traces de leur passage, la forêt n’est habitée que de façon provisoire, lors des campements de chasse ou de cueillette. Il n’est pas impossible qu’on y ait ouvert volontairement, brandon en main, des trouées pour favoriser des plantes à baies amies des clairières, voire des affûts où surprendre des ruminants sylvestres attirés par l’herbe haute. Les groupes humains vivent dans les espaces ouverts, à l’adret des collines, sur les terrasses alluviales près des rivières ou encore au bord des lacs, de la mer. On vit plus près de l’eau et du rocher que de l’arbre. En même temps que le bois est requis par toutes les techniques (on a parlé à juste titre du Néolithique comme de « l’Age du bois »), pour les cabanes, les palissades, les pirogues, les pontons, et la plupart des objets de la vie quotidienne, qu’il assure la pérennité du feu, les sociétés s’édifient le dos tourné à la forêt. Assurées de réserves inépuisables derrière elles, c’est dans le territoire accessible aux regards qu’elles construisent le futur.

Est-il possible d’imaginer comment, au début des temps néolithiques, les hommes considèrent la forêt ? Quelles traces interpréter ? Les premiers témoignages écrits, déjà bien tardifs, qui évoquent une association entre l’arbre, les croyances et les cultes, peuvent-ils aider à entrevoir une perception originelle, dont la nature et l’expression restent forcément hypothétiques ? Les bois sacrés de l’Antiquité, dont la présence est aussi bien attestée chez les « barbares » que dans les mondes grec et latin, sont-ils comme le saint des saints d’un espace forestier qui, à l’origine, eût relevé tout entier du sacré ? Sont-ils les vestiges d’une dévotion depuis longtemps perdue sous sa forme première ? Dans quelle mesure ces espaces préservés ont-ils contribué, dans une fonction d’alibi, au recul général du manteau forestier ? Est-ce au renversement des relations à la terre qui s’opère à l’avènement de l’agriculture qu’on doit la prise en compte formelle de l’arbre et de la forêt comme lieux du sacré ? On ne voit jamais de représentations d’arbres, ni d’aucun végétal, dans l’art pariétal du Paléolithique supérieur, époque où les grands froids du Wûrm ont beaucoup fait régresser le couvert forestier, où la chasse est l’activité majeure de ceux qui occupent, en Europe, les zones méridionales et occidentales préservées des glaces. Le retour en force de là forêt, à l’Holocène, aurait-il pu alimenter une mémoire collective de l’arbre comme ennemi des sociétés, défenseur du monde animal dont la chasse devient alors plus difficile que dans les milieux ouverts ? Mais l’arbre n’est pas davantage présent dans l’art de la plupart des sociétés qui ont été, et sont parfois encore, en contact étroit avec la forêt « vierge » : c’est l’animal qui occupe toute la scène des représentations plastiques, et une bonne part de celle des mythes. L’arbre et la forêt auraient-ils eu davantage fonction de décor, au mieux de témoin, que d’acteur à part entière dans le jeu des croyances ?

L’un des paradoxes premiers des relations entre les sociétés occidentales et le monde des arbres tient à l’affirmation (sans doute tardive, mais c’est elle qui fait encore l’arrière-plan de nos représentations modernes de l’espace forestier) d’une sacralité qui a pour corollaires majeurs, dans les faits, la précocité comme l’étendue des défrichements. Que les temps chrétiens aient mis la dernière main à l’œuvre du paganisme, cela s’accorde à leur volonté d’éradiquer celui-ci en même temps que son territoire d’élection (supposé) ; mais la destruction de la forêt primaire était en grande partie accomplie dans le sud et l’ouest de l’Europe lorsque les moines du Haut Moyen Âge empoignent une vertueuse cognée. Comment comprendre, dans le monde antique, la « mise en défens » de certains espaces forestiers reconnus comme sacrés, en rapport direct avec le divin, et alors rigoureusement intouchables ou accessibles seulement après un laissez-passer sacrificiel, dans un contexte de déforestation intense, où les récits de conflits et de conquêtes font souvent état d’abattages massifs de forêts et même des bois sacrés de l’ennemi ? Nulle part il n’est jamais dit que la forêt ni les arbres soient « aimés » pour eux-mêmes, dans le sens que nous accordons aujourd’hui à ce verbe. Tout au contraire, la perception antique de la forêt « sauvage » s’apparente à la répulsion et à l’effroi. Sentiments qui, sans doute, ne vont pas sans l’appréhension d’une dimension sacrée, mais n’appellent aucune reconnaissance, aucun respect qui ne soit en même temps défensif. Aussi peut-on penser que l’arbre a très tôt caché la (défaite de la) forêt. La persistance de beaucoup de vieux chênes dans l’espace rural, à travers les siècles, certains jusqu’en notre temps, malgré la transformation profonde du manteau forestier subsistant, semble bien attester aussi que la fonction de garant symbolique du respect ou de la crainte a primé sur un respect qui aurait pu concerner le monde des arbres pour lui-même, dans sa manifestation de « force » indivisible. Nos ancêtres néolithiques n’étaient en rien des écologistes avant la lettre. On constatera plutôt que l’agriculture ne peut aller sans la séparation de l’arbre et de la forêt, celle-ci reculant alors vers l’originel et la « sauvagerie », état qui ne se reconnaît jamais qu’à distance – l’arbre, lui, se faisant allié de dévotion, et un jour simplement amical, dès lors qu’il s’intègre à l’espace humanisé, campagne ou village. S’il reste des chênes christianisés au cœur des forêts (où ils tiennent lieu de rappels rassurants de l’ordre extérieur), bien plus nombreux sont ceux qui, au bord des chemins ou dans les hameaux, confortent la rupture instituée depuis des millénaires à l’égard des confusions de l’inculte.

Prodigieuse auprès de la nôtre, la longévité des grands chênes en fait des familiers du temps. Statut qui suscite la déférence dans des sociétés où le vieillard (celui qui dépasse la quarantaine) devient un détenteur vénéré de la mémoire du groupe, une voix de sagesse. Respect, donc, mais doublé de crainte, voire de soupçon ; car ces arbres infiniment éloignés des contingences humaines, déjà capables de renaître à chaque printemps après avoir vécu la déroute solaire jusqu’aux portes de la mort, quelle histoire perdue ont-ils accompagnée ? Plus vieux que la mémoire, ce sont les témoins vivants du passé mythique, à « la condition presque immortelle, respectés par le temps et contemporains de l’origine du monde » [2]. Ils se confondent avec les pères anciens, cette « race d’hommes sortie du tronc des chênes durs, (sans) traditions ni usages », qui furent les premiers habitants du Latium, selon le récit d’Évandre à Enée [3]. C’est dans leur forêt profuse des bords du Tibre que l’héritier de Troie va fonder Rome, s’assurant un territoire en continuité temporelle avec les Immortels, via l’être terrestre qui leur est le plus étroitement apparenté, et sa progéniture ambiguë [4].

Les chênes sont aussi parmi les plus grands arbres de nos climats. Aucun feuillu ne s’aventure aussi haut dans le domaine des dieux et des oiseaux. Privilège qui leur est lourdement compté les jours de fureur céleste : bien plus que les autres essences, le chêne est foudroyé – sans qu’on puisse encore en trouver des raisons écologiques ou biologiques satisfaisantes. Les décomptes des forestiers le placent largement en tête sur les échelles de sensibilité à la foudre. Cette vulnérabilité particulière, qui ne pouvait échapper à l’homme ancien, associait d’emblée le chêne et l’éclair, attestait une relation, aussi énigmatique fût-elle, entre l’arbre et les puissances du feu céleste. Chez les Germains, les chênes sacrés étaient des arbres marqués de leur sceau.

Mais ce feu qui frappe l’arbre est d’une étrange nature, quasi double : son éclat, où le ciel semble se fendre, ouvre le passage aux pluies les plus généreuses, sinon les plus dévastatrices. Et le chêne majeur des bois sacrés s’élève au voisinage d’une source, en un lieu où se relient les éléments, où se résolvent les contraires. Ses esprits compagnons, les dryades [5], nymphes des forêts, et les hamadryades qui vivent dans le chêne même et meurent avec lui, sont de nature féminine. Association contradictoire ou complémentaire ? Car l’arbre déjà désigné par le dieu tonnant est aussi, par ses fruits, l’image du sexe mâle : balanos ou glans, les mots grec et latin, de même étymologie, qui désignent le gland, s’appliquent aussi à celui de l’homme. Les temps historiques, offerts à un dieu mâle, auraient-ils censuré l’anima du chêne ? Dans les langues latines modernes, la forêt appartient toujours au genre féminin, tandis que l’arbre est masculin. Dans les mondes grec et latin antiques, l’arbre est féminin, ses fruits sont neutres, si ce n’est le gland, lui-même féminin ! « L’arbre qui cache la forêt », serait-ce donc plus qu’une locution proverbiale ? Car l’arbre mâle, l’arbre moderne pourrait-on dire, dans sa verticalité rassurante tendue vers le jour sublime, a bel et bien fait écran devant l’horizontalité profonde, sans fin, de la forêt qui se dilue dans l’obscur. S’il en est le principe fondateur, l’arbre est aussi une quasi-antithèse de la forêt. Cette opposition, qui s’ajoute à la dualité de sa propre nature, doit rester à l’arrière-plan de tous les essais de compréhension de leur histoire commune.

L’oracle le plus ancien du monde grec, Dodone en Epire, était associé à un chêne. Ulysse s’y rendit afin « d’entendre signifier par la haute chevelure du divin chêne le conseil de Zeus : comment retourner au gras pays d’Ithaque » [6]. Le dieu parlait dans un bruissement de feuilles, que trois officiantes interprétaient. Une colombe noire venue d’Egypte, dit la légende, s’était posée dans les branches de l’arbre sacré. « Parlant avec une voix humaine (elle aurait déclaré) qu’il fallait établir en cet endroit un oracle de Zeus » – tandis qu’un oiseau-sœur se rendait en Lybie, initiant un oracle d’Ammon. Hérodote, qui conte l’histoire dans son habituelle distance critique à l’égard des fables, attribue à des prêtresses égyptiennes, capturées et vendues comme esclaves en des temps reculés, l’instauration du culte prophétique ; d’autant plus, dit-il, que « les règles de l’art divinatoire appliquées à Thèbes en Egypte et à Dodone se trouvent fort ressemblantes ». Le hâle et les cheveux noirs de ces femmes, leur langage étranger « semblable au ramage des oiseaux », auraient fondé la légende des colombes [7]. Les mythologues modernes optent pour des commentaires plus subtils, car les colombes interviennent en d’autres lieux de l’histoire compliquée des Olympiens. À Dodone, le culte à un Zeus prophétique s’était substitué à celui d’une divinité féminine, Dioné (plus tard latinisée en Diane), déesse du chêne et de ses colombes, pour les uns avatar de Rhéa, mère de Zeus et déesse du chêne, pour d’autres épouse ou fille du dieu. L’important, ici, est de rappeler l’antériorité des figures féminines du chêne sur l’image mâle qui reste associée à « l’arbre de Jupiter » : c’est vraisemblablement une déesse-mère qui habite la forêt originelle ; son arbre d’élection, qui reste cependant du genre féminin dans la langue grecque (drus), lui a été dérobé par le dieu mâle tard venu. L’Artémis pure et sanguinaire en perpétuera tardivement la virginité et la sauvagerie natives. Qu’on ne l’imagine pas sous les traits d’une matrone bienveillante : la Grande Mère des forêts préside aux rites du renouvellement des cycles cosmiques, longtemps demandeurs de sacrifices humains. Elle parraine le meurtre annuel du « roi-chêne » des plus anciens cultes de la végétation, éphémère époux de la déesse, dont le sang et les membres iront féconder la terre cultivée gagnée sur la défaite des arbres. La mauvaise fée, la sorcière mangeuse d’enfants, femmes de la forêt, sont de sa lignée.

L’appréhension commune de l’arbre « sacré », dans nos cultures, reste sous l’influence majeure du romantisme allemand et de son imaginaire des forêts comme lieu fondateur de l’émotion, du sentiment poétique et de l’élan vers le divin. Notre vision de l’arbre en représentant accompli des forces essentielles de la nature s’invente une origine dans l’image supposée d’un arbre adoré pour lui-même ; elle s’apparente à des représentations qui ont eu cours (et persistent çà et là) dans des sociétés en contact étroit avec la forêt ; elle conserve une dynamique spirituelle dont on aurait tort de sourire ; mais elle néglige l’arbre dans sa situation majeure d’intermédiaire entre l’en-bas et l’en-haut, de médiateur attentif dans l’étendue de ses quêtes vers la nuit et le jour. Ce qu’on voit privilégier, dans la logique d’un temps de sacralisation de la nature pour elle-même, c’est l’arbre-être divin qui serait par lui-même un interlocuteur, l’un de ces sages non-humains vers lesquels se tourne une société sans repères de sagesse chez les hommes. Tenter de comprendre le rapport ancien avec les arbres appelle ce réajustement préalable : ce n’est pas l’arbre qu’on a vénéré, mais la puissance qui le traversait ; c’est la forêt plus que l’arbre lui-même qui est la demeure des dieux, où les dieux trouvent une démesure à leur mesure.

Et cela sous-entend l’aptitude à la substitution, puisque beaucoup d’arbres, dans la catégorie qui intéresse une croyance, sont des vecteurs potentiels de la communication avec les êtres surnaturels. La multiplicité des mêmes arbres, des chênes en particulier, n’est pas pour rien dans le paradoxe sacralité/destruction : la divinité ou les divinités qui se manifestent à travers les arbres auraient-elle besoin de tous ces intercesseurs alors qu’on voit bien que les plus vieux arbres eux-mêmes sont mortels, qu’ils finissent par s’effondrer ? Si le dieu ou la déesse est unique dans son champ d’influence, ses porte-parole sont potentiellement infinis. Il suffit qu’il reste assez d’arbres pour constituer un territoire idéal que la divinité se devra de fréquenter, incapable qu’elle est de contourner la restriction de l’ordre symbolique inventé, comme en toute innocence, par les hommes. Infiniment ancienne est notre aptitude à convertir l’inatteignable en une représentation, idole ou symbole, qui libère (ou du moins favorise) l’accès à la réalité où l’inatteignable s’incarne, forêt, fleuve, océan, veines des métaux profonds. Tout en aidant à l’appropriation du monde, le stratagème, en syllabes de pierre, d’os, d’ocre pilé, de corde pincée, suscite l’art, outre-discours, poursuite d’un dialogue interdit aux paroles communes – et en même temps leurre, miroir oblique où le dieu, sous sa propre image qui se brouille, voit l’homme, dès la première invocation, déjà tourné vers ailleurs. Il en résulte le couple religion/spoliation dont l’histoire des forêts, en Occident, est l’une des chroniques les plus fidèles.

La forêt, qui est pourtant tout autre chose que la somme de ses arbres, en devient donc divisible : quelques arbres, dans les cultes, peuvent résumer la forêt ; les arbres sont moins importants que la voix susceptible de les traverser. Reconnus comme la résidence préférée des dieux, ou bien désignés au dieu qui ne peut faire autrement que de les préférer puisque leur charge de foi les distingue désormais de tous les autres arbres, ces intermédiaires rassemblent la société dans une même adhésion, non à un quelconque pouvoir de l’arbre lui-même mais à une nécessaire fonction médiatrice. Celle-ci sera le plus souvent requise dans des cultes étrangers, du moins au premier degré, au domaine propre des arbres – ainsi, on s’adresse à Cérès, déesse des moissons, par l’intermédiaire d’un chêne. L’arbre consacré est un investissement social, et les sociétés gagnent beaucoup dans l’affaire : la garantie de communication avec le divin, un gage majeur d’identité (nos dieux nous appartiennent), et la liberté d’étendre leur territoire sur l’espace forestier implicitement désacralisé. Car les privilèges reconnus à l’arbre ne vont jamais sans un recul de la forêt dans la reconnaissance des peuples. Qui attente à l’arbre attentera en même temps au dieu et à la société qui l’invoque. On comprend alors la désinvolture des conquérants : les dieux amis de nos ennemis sont nos ennemis [8].

« Silua (la forêt) est devenue lucus, bois sacré, ou nemus. Les trois termes relèvent du sacer [sacré] ; mais silua est du côté du tremendum (du sauvage, du non encore exploité par l’homme) ; alors que lucus, lui, est toujours consacré par l’homme : reconnu comme numineux [9], et vénéré comme tel, il est déjà du côté de l’ordo rerum [ordre des choses] » [10]. Lucus s’apparente à lucere, « briller », « éclairer », et fait allusion à la clairière. Dans l’antiquité italique, ce terme évoque toutefois un lieu sombre, effrayant, qu’il était interdit de modifier de quelque façon que ce fût. Tandis que le nemus est « le bois sacré “humanisé” de la tradition hellénique et hellénistique », « dans lequel, du moins à l’époque impériale, l’élément sacré est en régression devant l’élément esthétique » [11]. Nemus dérive du verbe grec némô, « partager », « attribuer à un troupeau la partie du pâturage où l’on mène paître », « conduire au pâturage » (d’où, aussi, « nomade »). Chez plusieurs auteurs latins, nemus désigne clairement la forêt pâturée. On retrouve ici la relation : ouverture des forêts par les sociétés pastorales / définition d’un territoire semi-forestier humanisé / instauration d’un lucus qui, à l’origine, est un reste de la forêt primitive. Et l’on ne peut que s’interroger sur cette conversion de la clairière sacrilège, gagnée par l’incendie ou l’abattage sur la silua première, sœur des temps d’avant l’homme, en une enclave-témoin des confusions de l’inculte au beau milieu du territoire calme du berger et du laboureur, sinon dans l’espace urbanisé. Lieu sombre paradoxal dans un espace ouvert, résumé de la forêt terrifiante très à distance de celle-ci, le lucus est une sorte de condensé d’originel. Clairière inverse, il réintroduit dans l’espace humanisé un lieu d’effroi sacré dont il est vraisemblable de penser qu’il répète l’obscurité fondatrice, la terreur première, celles qu’il fallait surmonter pour transformer le monde.

Pourquoi jouer à se faire peur ? Pourquoi conserver des témoins de l’état ancien ? S’agit-il de rappeler les terreurs ancestrales ? D’affirmer le prix de la distance chèrement acquise de la futaie à la cité, de consolider périodiquement, par le sacrifice, des limites dont on sait qu’elles ne sont jamais infrangibles ? Et qu’en est-il du grand holocauste du peuple des arbres ? Est-il définitivement oblitéré par cette sorte de fétichisme qui fait conserver des traces de la victime là où l’avenir se construit, justement, dans l’opposition la plus radicale à sa mémoire ? Fétichisme et culpabilité s’apparient volontiers. Ne faudrait-il pas, alors, faire la part d’un remords secret des défricheurs : il a une place vraisemblable dans la genèse des croyances et des cultes en rapport avec les arbres. Remords qui ne peut tenir au seul fait d’avoir détruit, par nécessité, la demeure des dieux anciens, mais qui touche aussi au refoulement d’un meurtre obscurément voulu et savouré. Car n’est-il pas intolérable que les pères survivent à leurs enfants de façon aussi ostensible, tout en gardant leur sagesse pour eux, ne la partageant que dans l’énigme, dans l’éparpillement des feuilles ? Le sacrifice saisonnier d’un adolescent à la mère, généreuse et terrible, des gibiers et des moissons premières, n’aurait pas eu alors pour seule fonction de garantir par un sang jeune la pérennité des cycles, la permanence des fécondités, mais aussi de payer les intérêts d’une dette originelle que son énormité empêche de nommer. Le dragon des contes, au souffle de feu, qui réclame le tribut (parfois hebdomadaire) d’une jeune fille, est un être des forêts. Serait-il né de l’incendie des possessions anciennes de la Grande Mère, dont il perpétuerait la colère dans les siècles ? Il exige, lui, une nourriture féminine et vierge, seule à même de s’incorporer à la substance de l’esprit des terres sauvages, de compenser le vieillissement du monde [12]. Si l’on fait taire un instant le remue-ménage des dieux, à la fois régi et amplifié par les cultes, il est peut-être possible d’entendre comme la sourde et interminable réplique du séisme originel : le viol et le meurtre de la forêt-mère, préalables obligés de l’appropriation de la nature, du règne d’un temps humanisé.

Forêt de la Sainte Baume

Dans l’antiquité méditerranéenne, la répétition des sacrifices et des rituels associés, soit aux nouveaux défrichements, soit à la coupe périodique des taillis du nemus, soit à la célébration de la divinité du lucus, évoque, bien en-deçà de l’adresse aux dieux, la réminiscence des actes fondateurs de la déforestation. Une véritable codification de la relation au domaine boisé ou à ses vestiges consacrés est mise en place ; certains gestes y répètent l’abattage originel. Dans la Rome des premiers siècles de notre ère, le culte annuel rendu à la déesse Dia (Cérès) impliquait un (ré-) éclaircissement préalable du lucus, lequel « est autant une aire permanente au sein d’un bois, que le résultat d’un élagage qui s’imposait à chaque fois que l’on voulait rencontrer la divinité dans son bois sacré ». Comme il est probable que « les prêtres ne touchaient pas à cette clairière avant le sacrifice de Dia suivant, elle devait être envahie de nouvelles pousses et de branches […]. Ainsi l’établissement de la clairière était une nécessité et un préalable au sacrifice célébré dans le lucus. » Avant d’entrer dans le bois, où l’on sait que croissaient au moins des chênes verts et des lauriers, et d’accomplir l’éclaircie, le magister de la confrérie dévolue au culte de la déesse immolait deux jeunes truies sur l’autel situé à l’entrée du bois, afin d’expier et l’émondage, et « le travail à faire ». Laissé toute l’année à la seule disposition de la divinité, ce bois n’était pénétré que par les prêtres, soit à des fins sacrificielles, soit pour un entretien en relation avec le culte, comme l’enlèvement du bois mort, qu’on brûlait lors des sacrifices. Toute souillure, notamment par des cadavres, était proscrite. Comme les données relatives au temple de Dia ont leur analogue à propos d’autres sites latins, on peut « considérer qu’elles correspondent aux règles concernant tous les bois sacrés du monde italique et à la description du bois sacré comme un lieu touffu et impénétrable ». Le culte à Dea Dia durait trois jours, les deux premiers dans un sanctuaire urbain, le troisième dans le lucus. Ce que l’on sait des modalités du culte dans la ville même montre qu’il n’y avait pas de sacrifice expiatoire, que les célébrants « s’adressent à la divinité comme à un concitoyen alors que, dans son bois sacré, ils la rencontrent en tant que divinité, dans toute son altérité. C’est de la tension entre ces deux types d’approche des dieux que naissait la représentation de (leur) nature, éminemment supérieure aux hommes, mais pourtant accessible, et partie prenante dans la respublica » [13].

Dynamique du sacré qui conduit à la question de son origine : les dieux n’auraient-ils, ici, trouvé leur définition que dans l’établissement du lucus initial (c’est-à-dire par le défrichement) ; la simplification, sinon la mise en ordre de l’espace forestier « civilisant » les divinités, leur octroyant une parole saisissable par les hommes ? Perçue comme « numineuse », la forêt n’en est pas moins impénétrable comme sens autant que comme milieu. Il arrive, parfois, qu’elle parle, annonçant par une voix mystérieuse l’imminence d’un événement grave pour la vie de la cité, ou délivrant un oracle. Chez les Latins, c’est le plus notable des pouvoirs du dieu Faunus, à la nature et au sexe indécis, parfois mâle, parfois femelle, expert aussi en mauvais tours – car il s’amuse à effrayer les humains par ses apparitions-surprise, par des voix de nulle part qui restent souvent incompréhensibles. Certaines de ses formes représentent une menace pour la jeune mère et son enfant. Capables de prophétisme, oracles premiers, ces dieux archaïques de la forêt sont cependant trop capricieux pour qu’on puisse les mettre à contribution dans l’opération de jalonnage de l’avenir où, à travers l’acte divinatoire, les sociétés antiques investissent une bonne part de leur énergie cultuelle. Quand on ne s’en fait pas des alliés en leur offrant un espace de rencontre ritualisé, c’est-à-dire un temple où le dialogue devient possible dans les normes de l’invocation et du sacrifice, il importe de les tenir à distance : « pour que l’homme puisse habiter sans risque sur le sol de la cité, il fallait préalablement que soient expulsés les démons encombrants qui pouvaient s’y trouver. Cette libération était une condition nécessaire de la naissance de la cité, de l’émergence de la civilisation. Elle représentait un des aspects du passage du monde sauvage au monde civilisé. » [14].

Ce partage de l’espace forestier vaut pour beaucoup de sociétés à dominante agraire, et se perpétue jusqu’en notre temps : la réserve naturelle forestière tient plus que jamais lieu d’alibi dans un monde qui, globalement, déboise bien plus qu’il ne conserve ou replante. Dans les cultures du type chasse/cueillette, le système de troc avec les esprits tutélaires ne mettait pas en cause leur hégémonie. Pour que l’agriculture et les civilisations associées prospèrent dans l’espace et le temps, il fallait à l’inverse, nécessairement, faire sortir les dieux de la forêt, jusqu’à les reloger dans des demeures de pierre où la part de l’arbre passe dans l’ordre symbolique (les colonnes) ou bien ne réside plus que dans le matériau bois, qui rappelle la part prise par la forêt à l’élaboration des croyances.

Dans le partage ancien de la forêt tel qu’il est établi par l’instauration d’un lucus consacré, l’interdit est à la mesure de la spoliation qu’il autorise : qui attente aux arbres consacrés s’expose à la mort, et souvent de la façon la plus atroce – comme s’il fallait alors expier non seulement l’outrage à la divinité, mais aussi la destruction de tous ces arbres laissés pour compte du sacré, indirectement sacrifiés aux divinités des moissons. Certains récits mythiques semblent révéler, d’ailleurs, un profond espace de culpabilité entre l’arbre et la terre cultivée, évoquant peut-être aussi, en manière de parabole, les effets de la déforestation sur ce qu’on nommera un jour les équilibres écologiques. Ainsi de l’histoire d’Erysichthon, fils de Triopas, roi de Thessalie, telle que la raconte Ovide : « assez fou pour mépriser la puissance des dieux », il a « profané un temple de Cérès, une hache à la main » et « porté un fer sacrilège sur […] un chêne immense, au tronc séculaire, entouré de bandelettes, de tablettes commémoratives et de guirlandes, témoignages de vœux satisfaits ». Sous les premiers coups de hache, l’arbre pousse un gémissement et son écorce saigne ; l’un des assistants, qui retient le bras destructeur, est décapité ; l’arbre immense finit par s’effondrer à la consternation des dryades qui vont demander à Cérès le châtiment du criminel. La déesse décide « qu’elle déchirera son corps en le livrant aux tourments de la faim » ; mais, comme « les destins ne permettent pas que Cérès et la Faim se rencontrent », c’est une oréade, nymphe des montagnes, qui ira porter l’ordre divin à la Faim, « à l’extrémité de la Scythie […], un pays désolé, une terre stérile, sans moissons, sans arbres ». Depuis le « champ pierreux (où elle) arrachait avec ses ongles et avec ses dents quelques rares brins d’herbes » [15], la Faim, portée par le vent, gagne la couche d’Érysichthon endormi et son baiser lui insuffle une boulimie incoercible.

Indépendamment des diverses interprétations possibles du mythe, il y a ce paradoxe, déjà évoqué : un chêne témoin de la forêt originelle est consacré à la déesse des moissons, la Déméter des Grecs. Et de « quels vœux satisfaits » témoignent les bandelettes et autres ex-voto qui ornent son tronc ? S’agit-il de prières pour de bonnes récoltes, et si c’est le cas, pourquoi ce passage par l’intermédiaire des forces à l’œuvre du bord de l’inculte ? Faudrait-il déceler, dans ce curieux trafic d’influences, la preuve d’un savoir sous-jacent où la forêt, à travers l’arbre qui la résume, reste le territoire d’origine du don de nourriture ? Le champ gagné sur la forêt défrichée reste sous sa dépendance symbolique, la déesse des céréales allant même résider, à l’occasion, là où demeuraient les dieux du monde sauvage. Mais le lien pourrait s’étendre, au-delà du symbole, jusqu’aux relations de nécessités où le champ reçoit de la forêt l’eau des sources, l’abri contre le vent, la fumure du troupeau qui paît le sous-bois du nemus. L’arbre de Cérès abattu, c’est le champ qui est menacé, puisque la punition du bûcheron sacrilège ressemble fort à la famine, la description du pays de la Faim à la terre épuisée par l’incurie des sociétés paysannes méditerranéennes. Dès lors, la fable d’Érysichthon tiendrait lieu de substitut cathartique à la culpabilité des défricheurs. La faim terrible qui est la punition du destructeur de la forêt contribue à nous préserver des famines. Il peut convertir tout son patrimoine en nourriture, aller jusqu’à vendre sa fille (c’est-à-dire l’avenir), finir sa vie en mendiant affamé fouillant les ordures : c’est de dilapidation du monde qu’il s’agit, et de son corollaire ultime, la misère. Robert Graves avance que le nom d’Érysichthon signifiant « celui qui déchire la terre », cela « indique que son véritable crime était d’avoir osé labourer sans l’autorisation de Déméter » [16]; d’où la punition par la faim. Il me semble qu’on peut entendre la métaphore de plus près, et voir dans l’acte du bûcheron mythique non seulement l’offense aux divinités du territoire humanisé, mais aussi l’image de la déchirure initiale où le vêtement originel de la Grande Déesse a été mis en pièces, où le champ s’est instauré par le sacrilège tandis que le pouvoir de semer, qui octroyait aux sociétés certaines prérogatives des dieux, initiait en même temps le péril de famine.

Désormais bien distinct de la divinité protéiforme des grandes forêts, aux innombrables métamorphoses, le bois sacré peut finir par se résoudre à un seul arbre intercesseur, intermédiaire entre la supplique des hommes et l’attention évasive d’un dieu détourné de l’ombre, devenu céleste. Au centre de l’enclos sacré, l’arbre se fait axe de transmission du dialogue mystique. Faut-il entériner pour autant l’image, par excellence romantique, d’une forêt modèle des cathédrales, où les piliers rappelleraient les troncs, les voûtes des branches en arceaux, les vitraux ces fragments de jour qui tombent des frondaisons ? Quels que soient les modèles qui inspirent, consciemment ou non, les premiers bâtisseurs de temples, on remarquera que les églises chrétiennes, surtout médiévales, et même quand la technologie du verre autoriserait une relative clarté, rétablissent en elles l’obscurité des anciennes forêts. Est-ce pour faire désirer davantage la petite lumière que l’autel propose à hauteur d’homme, tel un signe de la lisière bienvenue ? Cependant, de nos jours encore, l’image de la déesse-mère se distingue, dans la pénombre, à son buisson de flammes sans cesse rajeuni.

Le chêne, dont on sait qu’il est l’élément essentiel de l’alsos grec comme du lucus latin, est également présent dès les origines de la tradition judéo-chrétienne. Abraham fait étape « au lieu saint de Sichem (Naplouse), au chêne de Moré ». Plus tard, YHWH (« Yahvé ») choisit de lui apparaître « au chêne de Mambré » (Hébron). C’est sous « le chêne qui est près de Sichem que Jacob enfouit « tous les dieux étrangers » de sa famille avant de monter à Béthel [17], l’ancienne Luz, où Debora, la nourrice de Rebecca, mourut et fut ensevelie « au-dessous de Bethel, sous le chêne ». Il s’agit d’arbres connus, vénérés, enclos sacrés pré-judaïques dont la mention ne tient en rien de l’anecdote. Les Patriarches connaissent leur importance dans le peuple et doivent, ou y faire d’une certaine façon acte d’allégeance, ou les intégrer à la nouvelle foi – et Yahvé lui-même se manifeste sur ce territoire des dieux païens. Si Jacob enterre les idoles sous le chêne, c’est parce qu’il sait que nul n’osera aller les exhumer en ce lieu voué aux manifestations des forces supérieures, quelles qu’elles soient. Il restitue les signes païens au territoire des divinités anciennes ; acte néanmoins ambigu, qui laisse deviner un reste d’attention pour leurs prérogatives – car pourquoi ne pas avoir détruit les images ? C’est encore ici un moment de transition, où l’arbre est le témoin actif d’une passation de pouvoirs divins ; sa fonction se perpétue dans la substitution des croyances. Les mises à mort de chênes sacrés n’auront lieu que bien plus tard. Aussi, « sous le chêne qui est dans le sanctuaire de Yahvé », toujours à Sichem, Josué pourra-t-il dresser une stèle en témoignage du pacte de Dieu et d’Israël, accepté par le peuple [18]. L’arbre y reste vecteur d’attention divine.

Il n’empêche : les anciens dieux ont la vie dure, et la faim cruelle. En témoignent les rites « païens » associés aux arbres, que dénoncent les Prophètes en d’autres lieux de l’Ancien Testament. Au VIIIe siècle avant J.C., s’indignant aux crimes d’Israël, Osée dénonce une dévotion aux arbres où l’aspect divinatoire, évoqué sur le mode de la dérision, rappelle cependant la fonction du chêne oraculaire : « Mon peuple consulte son morceau de bois et c’est son bâton qui le renseigne […] ; ils sacrifient sur le sommet des montagnes, ils brûlent leurs offrandes sur les collines, sous le chêne, le peuplier, le térébinthe ; on est si bien sous leurs ombrages ! » Au VIe siècle, Isaïe s’indigne d’un culte des arbres, ou en rapport avec l’alliance arbre / rocher / grotte, culte associé à des sacrifices humains – alors que ces pratiques avaient probablement disparu dans la Grèce contemporaine : « Vous qui vous excitez près des térébinthes, sous tout arbre verdoyant, immolant des enfants dans les ravins, les fissures des rochers ». Son contemporain Ézéchiel annonce leur châtiment : « Vous saurez que je suis YHWH quand leurs cadavres, percés de coups, seront là parmi leurs idoles, tout autour de leurs autels, sur toute colline élevée […], sous tout arbre verdoyant, sous tout chêne touffu, là où ils offrent un parfum d’apaisement à toutes leurs divinités » [19]. L’allusion aux « arbres verdoyants » fait supposer une préférence pour les sempervirents comme le pistachier lentisque et le chêne Quercus calliprinos [20]. Au temps d’Eusèbe de Césarée (IIIe-IVe siècles) et de Saint Basile (IVe siècle), on venait en pèlerinage à un chêne de Mambré, supposé témoin de la Genèse. Au XIVe siècle, John Mandeville, voyageur anglais, dit avoir vu sur le Mont Mambré les restes d’un vieux chêne contemporain d’Abraham, desséché à la mort du Christ. Et c’est bien cet événement-là qui, en Occident, décide de la fin de l’arbre intercesseur comme confident des saisons païennes : il a une fois pour toutes légué son pouvoir et ses alliances à la Croix, cet arbre du sacrifice qui deviendra le repère absolu d’une renaissance libérée des cycles.

Dans les mythes et les cultes des peuples non-méditerranéens, Germains en particulier, le chêne tient une place tout aussi importante, et s’y retrouve souvent associé à un dieu tonnant, double boréal de Zeus, dont le Thor germanique est la forme la plus connue. Le bois sacré des Germains et des peuples nordiques, comme sans doute celui des Latins, est un vestige probable de la forêt primaire. Là, le chêne « est la présence du dieu sans être ce dieu lui-même, comme l’indique clairement l’adoration plus particulière qu’avaient les Germains pour les chênes foudroyés et qui en portaient la marque. Si le tonnerre est le langage de Zeus, l’arbre brisé est le témoignage permanent de cette parole fugace. » [21] Au point qu’on vénère comme pilier cosmique et axe du monde un tronc de chêne ainsi désigné par les puissances célestes, arbre mort taillé en colonne ou en pyramide. En 772, Charlemagne abattit cet Irmensul des Saxons [22] – lequel, aussi bien que le menhir ou l’obélisque, n’est pas sans préfigurer le clocher de l’église chrétienne. Au XIe siècle, on pratiquait encore des sacrifices humains dans le sanctuaire d’Upsal, au sud de la Suède : « Pendant neuf jours, on immolait chaque jour six victimes dont chaque fois un homme. Les dépouilles étaient immédiatement suspendues aux arbres du bois sacré qui entouraient le temple » [23]. Dans le domaine celtique du nord de la Gaule, ce sont des arbres coupés et replantés, voire des poteaux, qui tiennent lieu d’enclos sacré. On y suspend des trophées : corps et armes des ennemis tués au combat, ou sacrifiés. Dans les sanctuaires de Gournay-sur-Aronde et de Saint-Maur, le lieu central du sacrifice « est une grande fosse où se faisaient les offrandes animales, et où surtout elles pourrissaient » ; ce qui laisse entendre un culte « tourné vers le bas », vers les forces souterraines. Non attestées antérieurement au IIIe siècle avant J.C., ces pratiques originaires de l’Asie centrale et septentrionale semblent avoir été importées des régions du sud-est de l’Europe et de l’Asie Mineure par des peuples migrants, dont les Belges faisaient partie. « Seul l’usage du bois importait ; à défaut d’arbre sur place, et pour permettre le déplacement, une simple perche pouvait être utilisée. Le trophée se transformait alors en un étrange épouvantail humain, comme en décrit Hérodote […] à propos des Scythes » [24] – comme l’est aussi, d’une certaine façon, la croix des suppliciés, où l’arbre schématisé n’est plus dressé que comme l’image terrorisante du pouvoir judiciaire, militaire ou politique.

Dans le cas des rituels qui se satisfont de l’arbre mort ou de sa représentation symbolique, la fonction de bois de justice laissée dans son registre propre, il n’est pas sans intérêt de souligner leur lien, fût-il circonscrit dans l’espace et le temps, avec la dévotion aux forces souterraines : un arbre coupé ou un poteau ont perdu leur pouvoir naturel de relier avec l’en-haut. Par contre, l’acte même de les enfoncer en terre peut affirmer une volonté de communiquer avec l’en-bas. En ce qui concerne la Gaule septentrionale, ces pratiques ont lieu dans une région en grande partie déboisée depuis au moins le début de l’âge du fer, où il n’est peut-être pas étonnant qu’une société sédentarisée dans un paysage ouvert par l’agriculture ait perpétué des traditions cultuelles de gens des steppes. « C’est un bien curieux rôle que joue l’arbre dans le trophée celtique. Il n’est plus seulement moyen de communication du bas vers le haut, des hommes aux dieux. Il est, au sens littéral, porteur de message, message qui serait une offrande lui collant à l’écorce. » [25] Mais, si l’adresse aux dieux célestes reste possible, la plantation de l’arbre ou du pieu à trophées semble avoir une forte connotation chthonienne, la dépouille dont le sang s’égoutte sur le sol remplaçant le feu sacrificiel dont la fumée s’élève dans les branches vivantes [26].

Qu’il s’agisse, en Grèce ancienne, d’affirmer la suprématie d’un pouvoir ou d’un régime politique sur un autre, chez les Latins d’étendre une hégémonie fondée sur la consommation du monde, ou bien, pour les chrétiens, d’asseoir la primauté d’un nouveau dieu débarrassé de tout intercesseur parmi les êtres naturels, faisant de l’homme même son temple, cela s’exprime dans la destruction pure et simple du bois ou de l’arbre sacrés. Comme on l’a déjà vu, le problème du relogement des dieux n’encombre guère les conquérants. Au Ve siècle, Hérodote raconte que le Spartiate Cléomène, après avoir massacré les Argiens qui s’étaient réfugiés dans le sanctuaire d’Argos, « sans respect pour le bois sacré lui-même, l’avait fait incendier » [27]. Lucain, au Ier siècle avant J.-C, conte, lui, la terreur des soldats forcés d’abattre le bois sacré des Messaliotes, si vive que le général de César lui-même dut donner l’exemple et prendre la cognée, assumant seul la responsabilité du sacrilège : il fallait du bois de charpente pour bâtir les instruments du siège de Marseille (en 49), et le pays était déjà entièrement déboisé [28].

Pendant les premiers siècles chrétiens, les cultes associés aux vieux arbres traversaient sans peine les larges mailles des premiers réseaux de la foi nouvelle, dont les propagateurs mirent bien du temps à extirper un paganisme aussi solidement enraciné que les chênes eux-mêmes, et toujours prêt à rejeter de souche. Les chrétiens ne furent pas les derniers à s’adonner ou à revenir au culte du feu, des arbres, des fontaines. En 443 (ou 452), le deuxième concile d’Arles met en garde ces égarés, et même leurs évêques : « Si, sur le territoire placé sous la juridiction d’un évêque, des infidèles allument des torches, s’ils vénèrent des arbres, des fontaines ou des pierres et que l’évêque néglige de déraciner ces pratiques, qu’il se sache prévenu de sacrilège » [29]. Dans le capitulaire de Leipzig de 743, le « culte des forêts que l’on nomme Nimidas » est condamné comme superstition [30]. À l’apogée du Moyen Âge, en Europe occidentale, même si la dévotion ouverte à des divinités associées à la forêt semble révolue, il subsiste, outre un fonds de croyances populaires très vivace, des recours insidieux à l’image du chêne à l’intérieur même des églises gothiques. En Angleterre, feuilles et glands sont souvent représentés sur les croisées d’ogives, les chapiteaux, ou en d’autres lieux peu accessibles aux regards.

Au début du XIXe siècle encore, à Cuse, dans le Doubs, on allait en pèlerinage jusqu’à « une douzaine de chênes énormes […] nommés par le peuple les Chênes bénits ». On y dressait un reposoir à la Fête-Dieu. Bien que « plusieurs de ces arbres vénérés [eussent] été ornés de croix et de madones », on peut supposer une mémoire de bois sacré païen, car, après sa destruction en 1832 sur ordre de « l’Administration », il n’y eut plus jamais de vendanges ni de récoltes aussi bonnes qu’auparavant [31] constat où les gens du pays reconnaissaient implicitement la relation immémoriale entre ces arbres consacrés et la fécondité du sol. Évocation de lucus, aussi, que le « chêne beignet » qui existait encore à Neuillé (Maine-et-Loire) au milieu du XIXe siècle : il était entouré d’un cercle de grosses pierres ; tous les ans, à la Chandeleur, les bergères, qui apportaient chacune œufs, huile ou farine, y faisaient des crêpes ou des beignets, survivance possible d’anciennes offrandes d’un culte lunaire associé à la fête celte du printemps de début février, et dansaient jusqu’à la nuit dans le vieil enclos magique [32]. En Lithuanie comme en Lettonie, où le christianisme ne pénétra qu’au XIVe siècle, des cérémonies associées au culte des morts, dans des bois à caractère sacré, survivaient encore à la fin du XXe. Et les « arbres à clous », où l’on vient ficher son vœu à coups de marteau, comme ceux, souvent des chênes, qui endossent les maux représentés par des morceaux d’étoffe, voire des pansements, se rencontrent toujours çà et là dans nos pays, certains aussi visités que des sanctuaires de guérison, remémorant, aussi bien que le « chêne beignet », l’arbre abattu par Érysichthon l’impie.

Les saints ermites des premiers temps du christianisme usèrent de divers stratagèmes pour détourner le peuple des croyances associées aux arbres, non sans se rappeler les méthodes expéditives des conquérants latins. Dans les pays de tradition celtique, des saints Colman, Colomban, Ronan et quelques autres, n’hésitèrent pas à bâtir leur hutte sous les vieux chênes consacrés par les rituels druidiques, prouvant par là que leur dieu, non seulement ne craignait pas la concurrence des divinités du haut feuillage (ou du sous-sol), mais saurait bien les réduire au silence – ne serait-ce qu’en s’en faisant des alliés. Fût-ce après la mort du propagateur de la nouvelle foi : Ronan (Ve ou VIe siècle), vénéré en Armorique, conduisit lui-même, défunt, un chariot tiré par quatre bœufs « au centre de la forêt, où étaient les plus grands chênes […]. On comprit ; on enterra le saint et on bâtit son église en ce lieu. » [33] Preuve parmi bien d’autres du recouvrement des cultes, et déjà dans la simple occupation du sol consacré. Colomban [34], lui, de son vivant (VIIe siècle), habitait sous un chêne. L’arbre était si redouté que, lorsqu’un orage l’abattit après la mort du saint, personne n’osa porter la main sur sa dépouille, sauf un tanneur peu scrupuleux qui, avec l’écorce, traita un cuir dont il se fit des souliers. Mal lui en prit car, les ayant chaussés, il fut envahi par la lèpre. Ce genre de punition, fréquent dans l’hagiographie en relation avec l’arbre, évoque tout à fait les rancœurs habituelles aux dieux de la mythologie : au saint la vertu, la charité, le pardon ; à l’arbre (des païens) la basse vengeance. Au VIIe siècle encore, en Pays de Caux, saint Valéry, « farouche destructeur d’arbres sacrés », abattit un chêne « sculpté d’images superstitieuses ».

Tous ces apôtres de la foi s’appliquèrent à démontrer à leurs catéchumènes que les divinités alliées aux arbres n’étaient autres que des démons – ce qui revenait, en rompant les alliances, à « déciviliser » le monde végétal. Cela prit du temps. Les vieux chênes qui avaient survécu au zèle des missionnaires furent christianisés. On ficha des croix sur les arbres ; mais ce furent surtout des images de la Madone qui remplacèrent les divinités sylvestres dans le creux des vieux troncs ou à même l’écorce, le chêne retrouvant ainsi, tout naturellement, sa probable alliance originelle avec la Grande Déesse. Souvent, quand il ne s’agissait pas d’apparition entraînant un culte, on « trouvait » une statue cachée dans les branches. Il arrivait aussi que, les années passant, une figure fixée au tronc se fasse recouvrir, et à la longue absorber entièrement par le bois, préparant la découverte future, lors d’un abattage, d’une vierge miraculeuse. La dendrophilie de Marie se manifestait par une obstination têtue à regagner « son » chêne (ou son hêtre, son orme, voire son sapin), lorsque des fidèles, trouvant le gîte indigne de la mère de Dieu, rapportaient sa statue dans une maison particulière ou dans une église. Ainsi de la vierge associée au chêne de Dury, en Picardie, arbre mort vers 1900, où l’on avait découvert anciennement une statue de la Vierge remontant au Moyen Age : cette statue était retournée d’elle même près de l’arbre [35]. Tout comme la Grande Mère des anciennes forêts, ou la Cérès latine, Marie punissait ceux qui attentaient à ses arbres ou dérobaient ses images votives. Mais aussi, à la façon de ses aïeules païennes, elle savait mettre en garde le bûcheron sacrilège : les arbres (re-)consacrés saignaient quand on les frappait de la hache, ou bien leur bois tranché montrait l’image de la croix.

Peu à peu, entre déboisements et domination absolue de la religion chrétienne, relayée par une raison instituée aussi soupçonneuse à son égard qu’envers les anciens cultes, les dernières traces de dévotion ostensible associée aux arbres se perdirent. Expulsés de leur demeure d’écorce, passés à l’anonymat, interdits de toute expression, les esprits de la forêt continuèrent cependant de hanter les territoires dont ils étaient dépossédés, se réfugiant au besoin dans ceux de l’inconscient – où il semble vain d’espérer les dépister jamais tout à fait. L’Église abattit les dieux anciens, mais ne put contenir la prolifération dans les siècles d’une vaste descendance de fées, enchanteurs, sorcières, gnomes et autres créatures plus ou moins fréquentables, dont l’univers du conte fait toujours sa population favorite. C’est que, image éternelle dans l’imaginaire, l’arbre, tout désacralisé qu’il est, reste un objet (un être) éminemment sacralisable. Par lui-même, sans aucune caution supérieure manifeste, il produit de l’étonnement, de l’émotion, une ébauche de vertige métaphysique en accord avec son aptitude à résumer le cosmos, de l’inquiétude aussi ; et c’est un creuset très apte à la genèse de la ferveur, autant que de la frayeur.

Aussi, un peu partout en Europe, la mémoire du chêne, sinon comme intermédiaire du sacré, du moins dans son rôle de vecteur « d’énergie », mémoire qui se renouvelle sans cesse dans la rencontre avec l’arbre même, a-t-elle traversé les siècles et perdure-t-elle de nos jours. S’il est peu probable qu’on cueille encore des feuilles sur les sujets frappés par la foudre, pour les garder sur soi en talismans protecteurs et gagner en « force », certains continuent d’aller dans les bois pour étreindre un grand chêne, ou s’appuyer à son tronc un long moment, afin que la vigueur et le calme de l’arbre les pénètre et les conforte. Rencontre d’arbre à homme, sans contingences divines reconnues, petite cérémonie à soi seul où s’instaurerait peut-être un dialogue dédramatisé avec le symbole retourné à son essence. Mais la soif inextinguible de ritualisation, de théâtralité cultuelle ouverte à tous les jeux hiérarchiques, ressuscite çà et là des cultes forestiers du week-end, où le druide le dispute au chaman à grands renforts d’aubes pur lin et d’encens garanti sans additifs de synthèse. Ce qui a peu d’effet sur la trans-amazonienne, le sacrifice au dragon japonais de toutes les forêts primaires du pourtour pacifique, ou la gestion à courte vue de bien des massifs européens.

Certains ont avancé que la christianisation, dans son obsession à convertir les esprits des bois en démons, aurait fini par substituer la crainte à une quasi-familiarité initiale permise par l’instauration du lucus consacré, où le sacrifice, préalable à toute activité en forêt, écartait d’avance la menace : au sens strict, on laissait sa peur aux lisières. À l’inverse de son prédécesseur, l’arbre support de dévotion chrétienne aurait ainsi fermé l’accès à la forêt (si ce n’est à l’ermite, aux réprouvés et aux bandits), forêt dont il s’est ostensiblement détaché. Si l’histoire est sans doute moins simple, il reste que, au seuil du troisième millénaire, le citoyen qui navigue sur Internet ne s’aventure pas seul, la nuit, dans un bosquet – et même, en plein jour, on le surprendrait plus d’une fois à jeter des coups d’œil inquiets en arrière. Si l’on déploie volontiers la table de pique-nique, le dimanche, au bord des allées ou dans les aires aménagées des forêts suburbaines, on s’empresse quand le soir vient de plier bagages, et pas seulement à cause des risques d’agression (le mal-intentionné restant, passé une certaine heure, le seul occupant humain des bois). Car les rôles officiels de « poumon vert » et « de forêt de loisir » ne découragent en rien les esprits malins passés du fourré sylvestre à celui, au moins aussi accueillant, du mental. Cette crainte essentielle, dont les enracinements majeurs suivent ceux des arbres, est sans analogue dans nos relations à la nature, en Occident : ni la mer ni le désert ni la montagne ne nourrissent des peurs aussi profondes que celles de la forêt, dernier lieu de rencontre objective avec nos monstres – hors l’espace habité dont on sait la richesse, déjà, en succédanés de cavernes et de labyrinthes.

À la fin des années 1980, le chêne-chapelle d’Allouville attirait à peu près 200 000 visiteurs chaque année. Comme l’arbre présentait de sérieux signes de dépérissement, certaines instances administratives envisageaient, en cas d’inefficacité des traitements de survie, d’assurer sa conservation par injection de résines de synthèse. On dira : mort, le chêne sacré des Germains restait bien vénéré ; pourquoi pas l’arbre élevé au rang de monument historique ? La question reste toutefois posée de ce qui est vu de l’arbre, de ce que son image révèle ou recouvre pour l’homme des villes au nouveau détour des millénaires, alors que tout un courant de pensée, dans les sociétés industrialisées, amorce un regain d’alliance de l’arbre et du sacré, sur des modes pour le moins confus et surtout régressifs. Ceci intervenant dans un contexte qui rappelle celui du plein temps des cultes associés aux forêts, dans nos contrées : ils entérinaient les succès d’une civilisation issue des grands défrichements, capable d’avoir instauré de véritables parcs naturels des dieux ; ils ressuscitent sous de nouvelles formes au moment où la déforestation accélérée des zones intertropicales, comme l’éradication, moins connue mais tout aussi brutale, des dernières forêts primaires tempérées de l’Hémisphère Nord, en même temps que l’extension de la forêt-usine à bois, semblent vouloir conclure par le désert, ou la simplification ultime des milieux, l’histoire ambiguë des relations de l’homme et de l’arbre.

Dans le centre de l’Ile de Vancouver, sur la côte ouest du Canada, les compagnies forestières qui traitent la couverture boisée comme champ de maïs (mais abandonné, après la coupe rase, au seul bon vouloir des pluies), ont fait don à l’Etat de Colombie Britannique d’un peuplement relique de douglas énormes, vestige de la forêt primaire au milieu de la dévastation des coupes à blanc. Cette « Cathedral grove » (futaie-cathédrale), lieu de promenade extatique sanctifié par un appareil d’ex-voto (parfaitement intégré au site) qui célèbre tout autant l’ancienneté prodigieuse des arbres que la générosité de la mafia arboricide, s’apparente au lucus de l’Antiquité méditerranéenne. On laisse à l’entrée l’ostentation grotesque du 4×4 aux jantes chromées ; on baisse la voix ; on prend garde de n’abandonner aucune souillure, fût-elle témoin, comme la boîte de Coca-cola, du raffinement atteint par les processus civilisateurs ; on dame malgré tout le sol, car l’accès n’est pas réglementé comme dans les parcs nationaux aux cheminements définis avec rigueur [36] mais que l’asphyxie des racines finisse par tuer les arbres, les nouvelles divinités du week-end s’offusqueraient-elles d’une mort par excès de dévotion ? Cette halte routière aménagée, qui donne vraiment accès au temps d’avant la conquête, d’avant la ville et la consommation du monde, assure à la cité encombrée de temples contradictoires un arrière-plan de simplicité unificatrice, dans la connivence avec les puissances natives, où le jogging ne contredit pas le « resourcement », ni le caméscope la conscience rassurante de la permanence des témoins d’origine, bienveillants, tellement capables de passé qu’ils en confortent l’avenir. Illusion pareille à celle qui, hors du lucus intouchable, ne voyait que civilisation là où la dévastation préparait la fin des empires.

À un pôle, la pseudo-sacralisation consumériste des garants d’origine, l’embaumement de l’arbre pharaonique en limite de décrépitude, qu’il n’est pas exclu de voir un jour feuillu de plastique, sorte de diorama de plein-air à la gloire du chêne « sacré », la reconstitution valant pour réalité quand celle-ci est suffisamment vertigineuse. De l’autre, le saccage effréné des forêts primaires dans l’écho dérisoire des conférences de Rio et d’ailleurs – et l’écologie mystique comme alternative au recul des arbres, assimilé à celui des âmes. Y a-t-il alors quelque part pour l’arbre, en notre temps, une place qui ne soit ni fictive, ni évasive (le paysage, l’ornemental, l’arbre urbain), ni menacée, ni faussée ? Peut-on prêter attention au devenir du monde quand on ignore les arbres ? Peut-on ne pas douter de l’homme quand on les célèbre à l’excès ? Le test dans lequel l’arbre enseigne certains traits fondamentaux d’une personnalité trouve son répondant au niveau des sociétés : on a certes l’arbre et la forêt de son histoire, mais celle de l’inconscient collectif ne peut plus rester, ici, à l’arrière-plan. Car la question de la culpabilité foncière à l’égard du monde des arbres est loin d’être résolue. Elle fait son chemin sous de nouveau visages, chez les nouveaux prophètes de la Terre pour la Terre, toute justice chez les hommes devenue contingence encombrante du retour aux supposées lois naturelles. Aussi peut-on peut craindre de nouveaux sacrifices.

Ces histoires ne se prêtent, à l’évidence, à aucune conclusion. Nul, d’ailleurs, si ce n’est dans l’ordre de la croyance, ne saurait proposer une lecture tout à fait intelligible de l’être qui l’est le moins, irréductiblement double dans ses partages profonds tant du côté obscur que dans la clarté, de surcroît privilégié jusqu’à la gloire dans les vassalités du temps. Accomplissement d’ambiguïté, aussi retenu par ses quêtes sans fin dans l’inconnaissable que capable d’effusion dans la connivence des oiseaux, témoin d’absolue confiance mais exposé au foudroiement, l’arbre, dans son essence, est de tous les objets terrestres celui qui s’apparente le plus à la psyché humaine. Qu’il ait tenu lieu, dans bien des sociétés, de père (ou de mère) des hommes, n’est pas une attribution plus étonnante que son rôle dans le cabinet du psychologue, où il intervient de surcroît dans l’essai de compréhension de l’enfant. Il ne faudrait cependant pas négliger une fonction essentielle de l’arbre-symbole, si rarement énoncée qu’on pourrait s’interroger sur les raisons de cette censure même : il nous enseigne que la psychologie des profondeurs ne peut aller sans celle des hauteurs, dont on laisse à tort l’exclusivité à la métaphysique.

Déraciné de l’ombre, débranché du ciel, collaborateur estimé d’une société responsable, compagnon de boulevard, patriarche de square, l’arbre n’en est pas pour autant civilisé. Apprivoisé comme individu, il reste sauvage comme peuple (fût-il tenu en bon ordre). Et aussi longtemps que nous serons capables de crainte, ce peuple-là aura son mot à dire dans les pactes de l’âme et du monde, où rien n’a jamais été acquis dans l’illusion paradisiaque. La cruauté des premiers sacrifices est sans commune mesure avec celle qui parraine le cours des valeurs boursières, dont les rituels négateurs de vie ne sont jamais très éloignés de la corbeille. Entre la régression vers les uns et l’acquiescement implicite aux autres, il y a une réflexion toujours et plus que jamais nécessaire, dans la dialectique originelle du noir et de la clarté, dans la poétique d’un arbre libéré des mythes anciens, laissé à sa puissance de production d’images, capable de fournir à notre temps de nouveaux repères dans l’obscur.

Il est important pour notre paix que la forêt demeure terrible, qu’on y lutte sans fin contre le dragon, car il veut passer une fois pour toutes la lisière et s’installer parmi les hommes. Le costume trois-pièces lui va aussi bien que la tunique de l’ascète imprécateur.

Pierre Lieutaghi.

 

Ethnobotaniste et écrivain.

Il a créé pour le prieuré de Salagon, dans les Alpes de Haute Provence, un jardin ethnobotanique à plusieurs facettes, véritable conservatoire des plantes ou herbes qui sont utilisées depuis des siècles.

Il a publié une dizaine de livres dont Le livre des arbres, arbustes et arbrisseaux, ou encore, Le livre des bonnes herbes, tous deux chez Actes Sud.

https://sniadecki.wordpress.com/2013/06/16/lieutaghi-foret/ 

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Notes:

[1] Pline, Hist. nat., 16, 6. César, au siècle précédent, dit que cette « forêt hercynienne », qui « commence à la frontière des Helvètes […], et, en suivant la ligne du Danube », va vers l’est, « a une largeur équivalente à huit journées de marche d’un voyageur légèrement équipé ». Quant à son étendue, « il n’est personne, dans cette partie de la Germanie, qui puisse dire qu’il en a atteint l’extrémité, après soixante jours de marche, ou qu’il sait en quel lieu elle se termine » (Guerre des Gaules, 6, 25 ; trad. L.-A. Constans, Les Belles Lettres, 1967).

[2] Pline, Hist. nat., 16, 6.

[3] Virgile, Enéide, VIII, 314s., trad. J. Perret, Folio, 1993, p. 254.

[4] À la fin du XIXe siècle, encore, « c’est du tronc d’un chêne que les enfants piémontais les plus naïfs [s’imaginaient] avoir été retirés par leur mère », tandis qu’en Allemagne « les petits enfants se [croyaient] sortis d’un arbre creux, ou d’une vieille souche » (Gubernatis, Mythologie des pi, 1, p. 9). Ces arbres qui engendrent des hommes se retrouvent dans un grand nombre de cultures.

[5] Grec, drus, « chêne ». À l’origine, arbre en général : les dryades habitent alors les arbres de toute espèce, non seulement les chênes. Si drus se spécialise de bonne heure en Grèce, ainsi chez Homère où il désigne l’arbre par excellence, c’est un mot construit sur une racine indo-européenne bien antérieure, qui dit la confiance, le respect, la loyauté (cf. l’anglais trust, « confiance », l’allemand treu, « fidèle », etc.). Ce n’est donc pas l’arbre au bois solide qui suscite métaphoriquement les concepts de fermeté, résistance, fidélité, mais ces qualités de l’âme qui seront un jour transférées au chêne, dans le sud-est de l’Europe (cf. É. Benveniste, Le vocabulaire des institutions indo-européennes, 8, éd. de Minuit, 1969, p. 103).

[6] Odyssée, 14, 328-29, trad. M. Dufour, J. Raison, Classiques Garnier, 1988.

[7] Hérodote, L’enquête, 2, 55.

[8] Vues du bord des conquérants, les alliances avec les dieux sont naturellement interchangeables.

[9] De numen,-inis, « divinité, puissance divine ». Ce qui appartient à l’indicible, au terrible, aux volontés supérieures – où se reconnaît le divin. Terme fréquent chez C.G. Jung.

[10] P. Gallais & J. Thomas, « L’arbre et la forêt dans l’Enéide et l’Eneas », 2, p. 159.

[11] P. Grimai, Les jardins romains, Fayard, 1984, p. 68, p. 170. « Nemus, à mi-chemin entre le sacré et l’esthétique, finit par désigner tous les bosquets de jardins qui, eux non plus, ne sont jamais purement profanes. »

[12] On rappellera que la langue française, en manière de dérision quelque peu cathartique, qualifie de « dragon » une femme considérée comme terrible.

[13] Toutes les citations de ce paragraphe sont tirées de H. Broise et J. Scheid, « Etude d’un cas : le lucus deae Diae à Rome », in Les bois sacrés, Actes du colloque international de Naples, Collection du Centre Jean Bérard, n° 10, Naples, 1993.

[14] D. Briquel, « Les voix oraculaires », dans Les bois sacrés, loc. cit., p. 77-90, 1993.

[15] Ovide, Les métamorphoses, 8, 738-843s., trad. J. Lafaye, Les Belles Lettres, 1970.

[16] R. Graves, Les mythes grecs, 24, b, note 4.

[17] Beitin, près de Ramallah, en Cisjordanie. Bethel est vraisemblablement un doublet du sémitique bétyle, « maison de dieu », pierre dressée qui témoigne de l’échange entre l’homme et la divinité. L’alliance de la pierre et de l’arbre est une constante des anciens cultes, qui ne peut être développée ici. Josué, cité plus bas, dresse ce genre de borne-menhir près du chêne de Sichem.

[18] Respectivement : Genèse, 12, 6/18, 1/35, 4/35, 8 ; Josué, 24, 26.

[19] Respectivement : Osée, 4, 12-13 ; Isaïe, 57, 5.

[20] Il y a peu de grands chênes en Palestine/Israël. Le plus notable est sans doute le chêne du Mont Thabor, Quercus ithaburensis, arbre semi-persistant du groupe œgylops. Mais c’est aussi, et surtout peut-être, à ce Q. calliprinos, ou « chêne de Palestine », proche du chêne kermès, susceptible de parvenir à un âge très avancé, que s’appliquent à la fois « chêne touffu » et « arbre verdoyant ».

[21] J.-L. Brunaux, loc.cit., p. 61, 1993.

[22] Ou Irminsul, « la colonne universelle ».

[23] Adam de Brème, Descriptio insularum aquilonis, 26, 27. Cité par J.-L. Brunaux, ibid. Upsal (Uppsala) est sur la limite nord de l’aire du chêne pédoncule, mais d’autres essences peuvent avoir été impliquées dans ces rituels.

[24] J.-L. Brunaux, Les bois sacrés, p. 62, 1993 [citation d’Hérodote : L’enquête, 4, 64].

[25] J.-L. Brunaux, ibid.

[26] À ce titre, la croix chrétienne n’est pas non plus sans un rôle d’instrument à descendre chez les morts, où il est dit que le Christ séjourna pendant trois jours avant la résurrection. Et beaucoup de figurations du tombeau d’où il va resurgir évoquent la grotte oraculaire où l’on entend la voix des dieux profonds.

[27] Hérodote, L’enquête, 6, 76 (trad. A. Barguet, La Pléiade, 1964). Les choses se passent entre 500 et 495. Le sacrilège (parmi d’autres) n’est pas sans punition : à son retour à Sparte, Cléomène devient fou et finit par se suicider par auto-lacération.

[28] Lucain, Pharsale, 3, 399-428.

[29] Edouard Salin, La civilisation mérovingienne d’après les sépultures, les textes et le laboratoire, 4 vol., Paris, 1950-59, 4, p. 52.

[30] Ibid., p. 482-83.Nimidas est à rapporter au latin nemus.

[31] Thuriet, Trad, popul. Hte-Saône et Jura, p. 350, 1892.

[32] Sébillot, Folkl. Fr., La flore, pp. 83-84.

[33] Renan, Souvenirs d’enfance, chapitre 2.

[34] Sans doute pas un ascète maigrichon : d’après le Dictionnaire des Saints de Dom Philippe Rouillard (R. Morel, 1962), il tuait les ours à coups de poings.

[35] À la Révolution, on avait tenté d’abattre ce chêne, mais « le fer ne put y faire que des entailles insignifiantes » (M. Crampon, Le culte des arbres et de la forêt en Picardie, p. 191,1936).

[36] Les espaces aménagés des fragments de forêts primaires qui subsistent de nos jours dans des pays développés comme les États-Unis, le Canada ou la Nouvelle-Zélande, ont une sorte de fonction de narthex du temple végétal ; mais on doit se tenir dans ces vestibules ; le nouvel espace consacré interdit l’accès à la forêt-vestige, laissée au bon vouloir du temps. Le soin extrême qui préside à l’installation des sentiers ou des édicules, les barrières qui interdisent l’approche des plus vieux arbres, valent comme actes de célébration implicites – parfois à quelques mètres seulement des zones entièrement déboisées.

vendredi, juin 9 2017

FAO : Fédération des « Ânes Obscurantistes »

Le cas du baobab

Par Claude Timmerman, ancien conseiller du Ministre du développement rural du Togo

Durant des siècles, des navigateurs, des géographes, des explorateurs, des voyageurs, des marchands ou des missionnaires, ont sillonné la planète en tous sens à la demande des rois, empereurs et papes et ont permis depuis Vasco de Gamma ou Yermak – pour ne citer, en occident, que ceux-là - d’acquérir une connaissance assez précise de notre planète : des  découvertes éparses et successives, faites par la vertu de l’observation, et qui se sont traduites par des multitudes de cartes, de récits, de descriptions géographiques et ethnologiques, de croquis, etc...

Les bibliothèques les plus illustres en sont pleines...

Mais il faut croire que de nos jours le progrès aidant, les techniques les plus nouvelles d’investigation en matière de cartographie, qui remplacent l’œil, l’alidade et la jumelle, font oublier ces siècles d’observations rangées apparemment aujourd’hui au rayon des curiosités.

L’observation directe et la collation des informations qui en découle sont devenues obsolètes !

C’est que les outils “modernes” permettent de travailler plus vite et avec plus de précision et de découvrir des éléments jusque-là ignorés!

Il faut cependant admettre que cela réserve quelques surprises, comme le déclare de façon péremptoire, et  sans rire, la FAO dans l’exemple qui est montré ici:

Les baobabs, ici au Sénégal, ne sont pas aisément repérables avec les outils classiques de la cartographie.” (sic!)[http://l.leparisien.fr/Mm6u-K1qr]


Et de justifier ainsi qu’on aurait aujourd’hui “découvert” grâce aux moyens d’investigation nouveaux, des centaines de millions d’hectares de forêts jusqu’ici “ignorées”!

Ne pas pouvoir repérer aujourd’hui des baobabs fait peser de grandes craintes sur l’avenir d’autres petites espèces végétales menacées tel que le séquoia géant d’Amérique... qui ont également dû échapper à la sagacité des experts de la FAO...

Cela étant le Baobab est clairement malmené, sinon ignoré, de ces technocrates peu cérébrés et visiblement quelque peu incultes notamment en matières botanique, historique et ethnologique; ce qui est particulièrement inquiétant pour des gens “experts reconnus” en matière d’agri-culture...

Un peu d’Histoire

Repéré, notamment par des graines, dans des tombes égyptiennes de plus de deux mille ans av JC, par les archéologues, le baobab y est décrit pour la première fois dans l’Ancien Empire.

En 1354 dans ses récits de voyages, Ibn Battuta, célèbre explorateur arabe, décrit cet arbre découvert dans le bassin du Niger et indique que les indigènes utilisent ses graines tant en farine qu’en décoction contre la fièvre. (Il semble que "ba hobab" provienne d’ailleurs de l’arabe "bu hibab", que l’on traduit par "fruit aux nombreuses graines".)

En 1592, le baobab fut décrit pour la première fois par un européen, Prospero Alpino, dans son ouvrage de botanique “De plantis Aegypti liber (Le Livre des plantes d’Égypte), nommé alors "ba hobab". Le nom en sera contracté en baobab au XVIIèmesiècle...

Toutes les explorations françaises et britanniques, préludes à la colonisation, évoqueront cet arbre en Afrique...

En 1750, Michel Adanson (1727-1806) a découvert une autre espèce de ces arbres, que l'on nommait alors "l'arbre aux calebasses" dans les îles du Cap-vert et au Sénégal, où il était commis de la Compagnie des Indes en poste à Saint-Louis du Sénégal durant cinq années. Ce botaniste français fut le premier à en publier une description botanique systématique exhaustive, ce qui amènera Linné, comme Jussieu, à le préférer à Alpino pour le désigner comme découvreur de l’espèce, et d’ailleurs du genre qui lui sera ensuite attaché : Adonsonia

On en connaît aujourd’hui huit espèces à travers l’Afrique, dont certaines ont été importées jusqu’en Australie...

Le pouvoir médicinal et l’usage nutritif de ces graines, de la taille d’une fève, est toujours bien connu...

Les fruits sont connus dans la littérature sous le nom de “pain de singe”. Tout est utilisé localement dans cet arbre, les feuilles, les fibres (textile), etc...[http://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/botanique-baobab-arbre-pharmacien-arbre-vie-666/page/2/]

Mais il faut croire que tout cela n’est pas parvenu à la connaissance de ces technocrates qui s’éloignent, il est vrai, le moins souvent possible de leurs bureaux feutrés romains, ou des grands hôtels lors de leurs déplacements...

L’obscurantisme des experts n’a souvent pas d’autres causes.

Je me souviens d’une anecdote, vécue, particulièrement savoureuse. Lors de son passage au Togo, au début des années 70, un expert de la FAO avait fait une conférence, à laquelle j’étais convié, en tant que conseiller du ministre de l’agriculture, sur “le devenir des céréales locales et l’intérêt de la systématisation de leur culture”. Un sujet particulièrement important pour le nord du pays qui est en pleine bordure sahélienne.

A cet effet il avait très justement évoqué le cas du fonio, une céréale aujourd’hui récemment mise à la mode en occident par les “nutritionnistes” car elle est sans gluten. Elle était jusque là quasi ignorée ailleurs que dans sa zone de culture traditionnelle et ancestrale. Le fonio produit de très petites graines de l’ordre de 1 à 2 mm !












C’est dans doute pourquoi, à Lomé, à huit cents kilomètres au sud de sa zone de culture, l’expert sans sourciller avait exposé, en démonstration durant sa conférence comme étant du fonio, un panier de graines de... baobab ! C’est vrai qu’il faut au moins être expert pour arriver à confondre ! (Ou si l’on préfère, il ne faut surtout pas être expert pour pouvoir faire la différence !)


Par charité chrétienne, je ne décrirai pas l’hilarité de l’assistance. Aujourd’hui, ce sont donc des peuplements forestiers de baobab qui auraient « disparu » des radars ! Décidément, la FAO et les baobabs ne font pas bon ménage !

dimanche, avril 30 2017

On le croyait disparu, le chien sauvage de Nouvelle-Guinée vient d’être observé un demi-siècle plus tard

Le chien sauvage des hauts plateaux de Nouvelle-Guinée avait-il disparu ? Il semblerait que non. Des chercheurs ont finalement confirmé l’existence d’une population en bonne santé, viable, cachée dans l’une des régions les plus reculées et inhospitalières de la planète. Le chien sauvage des hauts plateaux de Nouvelle-Guinée est une sous-espèce de loup gris. C’est à l’origine un chien domestique retourné très vite à l’état sauvage. Ce sont surtout les canidés les plus anciens et les plus primitifs du monde. Disparus ? Pas tout à fait. Une expédition récente au cœur des montagnes de Nouvelle-Guinée révélait il y a quelques jours la présence d’au moins quinze individus sauvages, y compris des mâles, des femelles et des petits en bonne santé et en plein isolement, loin de tout contact humain.


« La découverte et la confirmation de la présence de chiens sauvages dans les hauts plateaux pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle est non seulement passionnante, mais également une opportunité incroyable pour la science », se réjouit l’un des membres de la New Guinea Highland Wild Dog Foundation (NGHWDF). « L’expédition de 2016 aura permis de localiser, d’observer, de documenter et même de recueillir des échantillons biologiques confirmés par des tests d’ADN, une meute d’une quinzaine de spécimens qui vivent et se développent dans les hautes terres de Nouvelle-Guinée, à quelque 3 460 à 4 400 mètres au-dessus du niveau de la mer ».

Les échantillons fécaux ont également confirmé leurs liens avec les dingos australiens et les chiens chanteurs de Nouvelle-Guinée, des « variantes » élevées en captivité. Les pièges photographiques installés sur le site auront notamment permis de capturer plus de 140 images de ces canidés sauvages en seulement deux jours sur Puncak Jaya, l’une des plus hautes montagnes de la région. Physiquement, imaginez ce chien sauvage court sur pattes avec une tête large, mesurant en moyenne 31 à 46 cm de haut pour un poids allant de 9 à 14 kg. Il présente également deux pelages différents : certains spécimens sont noirs, d’autres sont roux.

L’étude et l’épluchage des données sont encore en cours, mais un document scientifique sur la découverte devrait être publié dans les prochains mois. Les chercheurs se disent « optimistes “quant aux chances de survie de l’animal dans les hauts plateaux. Les sociétés minières locales ont été chargées de prendre des mesures d’intendance environnementale pour protéger l’écosystème entourant leurs installations, ce qui signifie qu’ils ont ‘créé par inadvertance un sanctuaire dans lequel ces chiens sauvages pourraient prospérer’, explique l’un des chercheurs.

https://sciencepost.fr/2017/03/chien-sauvage-de-nouvelle-guinee-premiere-observation-plus-dun-demi-siecle/

dimanche, juillet 3 2016

Edgar Pisani, mort du fossoyeur de la paysannerie

Exit Edgar Pisani s’est éteint le 20 juin… Le futur ministre de l’agriculture de De Gaulle et grand fossoyeur de l’agriculture française sous couvert de modernisation, est né à Tunis en 1918 d’une famille maltaise supposée d’origine italienne. Le jeune Edgar, à dix-huit ans, monte à Paris pour suivre des études supérieures. Malgré son admission en khâgne au Lycée Louis le Grand, il n’intégrera aucune des prestigieuses grandes Écoles auxquelles il se prépare. Il sera tout bonnement licencié ès lettres. En juin 1940, fiancé à la fille du député de Paris, Le Troquer - le futur héros des « Ballets roses » de 1959 - fuyant la débâcle, il embarque avec son beau-père sur le « Massilia » en compagnie de vingt-sept courageux parlementaires socialo-communistes, dont Jean Zay, Pierre Mendès France, Georges Mendel, et Edouard Daladier... Débarqués sous les huées à Alger, ils durent être protégés manu militari contre la vindicte populaire.


Le résistant de la XXIe heure 

Revenu en France, il sera pion au Lycée Chaptal. L’on prétend qu’il aurait alors rejoint la Résistance. Arrêté avec ses parents en mars 1944, il est envoyé au Mont Dore comme « otage administratif » et sans qu’aucun lien avec la résistance ne soit établi. Évadé en juin 44, il rentre à Paris et intègre pour le coup le réseau dit « Nouvelle Administration Publique » chargé d’assurer la transition gouvernementale. Le 19 août, après la prise de la Préfecture de Police par les libérateurs, il intègre le cabinet du préfet. Propulsé sous-préfet à seulement 24 ans, il doit cependant faire face à l’hostilité que suscite ses origines : Maltais, il est en effet administrativement sujet britannique1… en incompatibilité avec sa nomination. Finalement francisé de papier, Pisani devient chef de cabinet du préfet de police, puis dircab de son ancien beau-père André Le Troquer, nommé ministre de l'Intérieur en 1946. Parce qu’entre temps Pisani a épousé en secondes noces, Fresnette Ferry, petite nièce de Jules Ferry. Le 1er août, il est bombardé préfet de Haute-Loire. Ce plus jeune préfet de France est âgé seulement de 28 ans. En janvier 1947, passé directeur de cabinet du ministre de la Défense, onze mois plus tard il est promu préfet de Haute Marne. Après s’être placé en congé administratif, il est élu sénateur de ce même département le 1er août 1954 et s'inscrit au groupe du Rassemblement des gauches républicaines et de la gauche démocratique présidé par François Mitterrand. 

Ministre gaulliste, vrai fossoyeur de la paysannerie

En 1961 il devient ministre de l'Agriculture du gouvernement de Michel Debré puis des gouvernements Pompidou successifs jusqu'en 1966. Il fait alors passer la loi complémentaire d'orientation agricole, celle-ci fait entrer notre agriculture dans le productivisme forcené et la quête débridée de débouchés extérieurs. Une loi qui, en raison de sa forte imprégnation marxiste, va s’avérer dévastatrice pour nos terroirs faisant essentiellement de la « terre » un « outil de travail » ou un « instrument de production ». Alexis Arette2 le dénoncera vigoureusement en 1994 dans son fameux ouvrage « Les damnés de la terre ».

Obsédé par la production, Pisani enferme l’agriculteur dans une seule fonction : produire ! Laissant la transformation génératrice de profits substantiels aux industries alimentaires alors en plein essor. Produire à tout va, n’importe comment, pourvu que ce soit peu onéreux, en quantité industrielle, facilement conservable et exportable. Pour ce faire, Pisani va trouver des alliés de choix : la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles [FNSEA], le très marxiste Centre national des jeunes agriculteurs [CNJA] et l’Institut national de la recherche agronomique [INRA]. Afin de produire massivement, l’on mécanise à outrance ce qui entraîne le remembrement extensif des parcelles cultivées. Quant au recours aux intrants chimiques, engrais et pesticides, il s’impose comme l’alpha et l’oméga de l’agrobizness naissant. Les Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural [SAFER] sont créées avec pour unique vocation de confisquer les terres arables au seul profit corporatif des agriculteurs.

Le saccage des terroirs et du patrimoine rural

L’INRA oriente ses recherches en fonction de ces nouveaux paramètres, détruisant des siècles de sélection rationnelle de variétés végétales dotées de grandes qualités organoleptiques (c’est-à-dire savoureuses), adaptées aux terroirs, afin de répondre aux contraintes de la commercialisation à grande échelle. Les élevages sont transformés en camps de concentration hors-sol tandis que l’essor de la zootechnie, puis de la génétique aura à son tour ses propres effets pervers. En vingt ans, le paysage de la France est bouleversé. Les réseaux hydrographiques sont arbitrairement, et souvent stupidement, reconfigurés ; le bocage et les haies coupe-vent rétentrices d’eau, sont massacrés... Avec toutes les conséquences que cela implique : destruction de la flore et de la faune. À l’arrivée, la France aurait perdu 25% de sa biodiversité. Inondations, déstabilisation des micro-climats sont devenus le lot commun d’un domaine forestier surexploité. Et l’on ne s’étendra pas sur les scandaleuses pratiques d’irrigation qui assèchent les rivières pour l’arrosage de cultures totalement inadaptées à nos sols et à nos climats, tel le maïs… ni de l’appauvrissement de terres dévitalisées par l’usage intensif des intrants, des terres quasiment « mortes » ! Des agronomes moins atteints de cécité intéressée tels Dufumier ou Bourguigon, seront expulsés de l’INRA pour s’être insurgés contre ce véritable assassinat de notre patrimoine agraire.

Exode rural et surproduction démentielle

Avec Pisani, la population agricole se trouve divisée par quatre entre 1965 et 1972, parallèlement le nombre de fonctionnaires agricoles sera, lui, multiplié par quatre. Jacques Delors, futur président de la Commission Européenne, chef de service au Commissariat Général au Plan, déclare alors cyniquement : «{Les agriculteurs, on les aura ! }». Au bout du compte, l’agriculteur est devenu sans s’en apercevoir un sous-traitant de l’industrie chimique, de l’industrie et des filières commerciales agricole. Un technicien qui ne décide de rien, applique des protocoles et s’apparente d’assez près au salarié d’un sovkhoze soviétique ayant la dimension de l’Hexagone. L’exploitant agricole est de la sorte devenu une sorte d’ilote travaillant presque exclusivement pour payer ses emprunts, ses machines rutilantes et les méga firmes chimiques dont les commerciaux viennent lui vanter les mérites de leurs intrants pour des récoltes surabondantes… et surtout sans effort. À tel enseigne que les pollutions agricoles engendrées par les nitrates et les pesticides atteignent des taux si catastrophiques qu’elles feront dire, vingt ans plus tard, à François Mitterrand lucide : «{Les agriculteurs sont les premiers pollueurs de France !}»

Car contrairement aux industriels sanctionnés à la moindre faute, les graves nuisances de l’agro-chimie ne sont jamais répertoriées ou sanctionnées : le couple pollueur/payeur n’existe pas dans le monde agricole. Quant à la production pléthorique, de médiocre qualité moyenne, standardisée, on ne sait plus qu’en faire. Les anciens se souviennent des « beurres d’intervention ». Dans de gigantesques entrepôts frigorifiques s’entassaient des centaines de tonnes de beurre, de carcasses de veau ; les prix s’effondrent et les revenus agricoles suivent. Cette surproduction se heurte évidemment à la concurrence mondiale - céréales ou viandes - en provenance de pays où les coûts sont moindre : mouton de Nouvelle-Zélande, d’Australie, bœuf argentin… Seul un homme de gauche ou un bureaucrate de la FNSEA est inapte à comprendre qu’un marché n’existe que s’il y a une demande… et que si l’offre proposée est concurrentielle.

En un mot l’agriculture productiviste née de et avec la loi d’orientation du sieur Pisani fut une catastrophe à tous points de vue : emploi, dégradation des sols et des écosystèmes, santé publique, biodiversité… or l’activité agricole est en lien étroit avec le vivant, il est insensé d’en vouloir faire une industrie comme une autre. Il est d’ailleurs des signes qui ne trompent pas. L’agro-industrie en quête de standardisation toujours plus poussée ne parle plus depuis longtemps de « produits agricoles » mais de « matières premières agricoles » ce qui en dit long sont le chemin parcouru. Ainsi, à la fin des années soixante-dix l’on apprit que l’usine Gloria de Lisieux - en cœur de zone laitière - était alimentée par trains entiers en lait danois ! Le récent scandale des usines Spanghéro, au-delà de l’escroquerie de la viande de cheval, montre que l’approvisionnement de l’agro-industrie relève d’abord de courtiers internationaux et s’est totalement affranchie des productions locales. Au demeurant, il s’agit d’un secteur aidé car la production agricole, sans valeur ajoutée de transformation, reste un secteur par définition non rentable. Subventionner à tour de bras le structurellement déficitaire sera le rôle dévolu à la Politique agricole commune, la PAC.

Le Mitterrandien acteur de la PAC

Devenu sénateur, Pisani lâche le gouvernement de Georges Pompidou en 68, s’enthousiasmant pour le mouvement révolutionnaire soutenu par son ami Rocard et votera la censure contre ses ex amis. Le « traître » fonde sans succès son propre parti, le MPR, et fait valoir ses droits à la retraite en tant que préfet. Soutien inconditionnel à la candidature de Michel Rocard dans la perspective de l’élection présidentielle de 1981, il n’est pas retenu comme ministre par François Mitterrand qui le fait cependant nommer Commissaire européen chargé du développement (1981-1984)… en remplacement de Claude Cheysson appelé, lui, au gouvernement. Il visite alors tous les pays d’Afrique à l'exception de l’Afrique du Sud, renégocie la Convention de Lomé et participe à la mise en place de la PAC instaurée par la Communauté économique européenne. Ceci en étroite collaboration avec Jacques Delors, ministre français des Finances. Son action aboutira à aggraver un peu plus la condition paysanne en privilégiant par le truchement des primes versées par les SAFER, à une véritable « course à la terre »… qui enclenchera une diminution du nombre des exploitations, au doublement moyen de leur surface, le tout rendant de plus en plus difficile l’installation des jeunes agriculteurs. Jacques Delors, promu président de la Commission Européenne en 1985 poursuivra activement dix ans durant cette dévastatrice politique technocratique.

Le Haut-Commissaire de Nouvelle Calédonie désavoué

En Nouvelle Calédonie, la poussée indépendantiste dirigée par Jean Marie Tjibaou, chef du Front de libération canaque [FLNKS], détermine Mitterrand à nommer fin 1984 Pisani Haut-Commissaire de la République. Après avoir rencontré le chef canaque, Pisani ébauche un accord relatif à une indépendance/association qui devait se traduire par l’organisation d’un référendum d’auto-détermination avant le 31 décembre 1987. Malgré cela, le 7 janvier, les violences redoublant à Nouméa, Pisani fait proclamer l’état d’urgence. L’irrédentiste canaque Éloi Machoro est abattu le 3 mai 1988 par le GIGN dans la grotte d’Ouvéa où il retenait 16 gendarmes en otages. Dépité et inutile, Pisani quitte la Nouvelle Calédonie en novembre 1985, rappelé à Paris par le Premier ministre Laurent Fabius.

Président révoqué de l’Institut du monde arabe

Pisani est nommé Président de l’Institut du monde arabe en 1986. Il réussit ce tour de force de se brouiller aussitôt avec tous les représentants de la Ligue arabe qui assurent quelque 40% du financement de l’Institut. Dès 1988, sa gestion a fait l'objet d'un rapport de la commission des Finances du Sénat à la suite d'un déficit d'exploitation cumulé de 38,5 millions d'euros. À cette époque, l'IMA est en « quasi cessation de paiement » après la défaillance des pays de la Ligue arabe. Prodigue, Pizani, n’a pas hésité à se lancer dans des projets surdimensionnés dont le plus fameux restera l’exposition « Désert » pour laquelle il fit nommer sa compagne du jour « conseillère scientifique » et loua force hélicoptères pour le repérage de sites remarquables. Autoproclamé médiateur à la veille de la guerre de 1991 contre l’Irak baasiste, Chirac excédé lui demande sa démission.

La FNSEA vient de fêter ses soixante-dix ans. Edgar Pisani s’en est allé en laissant derrière lui une somme de décombres qu’il reste aux générations futures d’inventorier. Lorsque l’actuel ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, apprit la nouvelle, il déclara en toute simplicité : « Aujourd'hui le monde agricole est orphelin d'Edgard Pisani, visionnaire, européen convaincu et grand humaniste »… Les agriculteurs en faillite et les familles des paysans suicidés apprécieront !

Romain Rocquancourt

1 - Depuis 1863 Le consul britannique Wood avait organisé une immigration coloniale maltaise en Tunisie où les Maltais purent acquérir des terres, le plus souvent en usant de prête noms tunisiens. Mais évidemment les décrets Crémieux de nationalisation des Juifs et leurs annexes pris dix ans plus tard pour l’Algérie, n’allaient pas leur être appliqué.

2 - Alexis Arette-Hourquet, ou Arette-Lendresse, est un agriculteur, écrivain, homme politique et poète français né en 1927. Ancien membre du Front national (FN), il a appartenu à l'Organisation armée secrète (OAS).

dimanche, novembre 22 2015

LE VIVANT (dernière partie)

LES MANIFESTATIONS DE LA MISE EN EVIDENCE D'UNE "CONSCIENCE"

C’est John Locke dans L’Essai sur l’entendement humain, publié en décembre 1689 qui va le premier affranchir l’idée de conscience, née au début du siècle, de son acception morale dont elle n’était pas habituellement dissociée par les philosophes du XVIIème siècle, les premiers à définir et à utiliser ce concept, inusité apparemment des philosophes gréco-romains.

L’Essai sur l’entendement humain traite des fondements de la connaissance et de la compréhension. Il décrit l’esprit à la naissance comme une table rase ensuite remplie par l’expérience. Constituant l’une des principales sources de l’empirisme en philosophie moderne, il s’appuie sur l’ensemble de théories philosophiques qui font de l'expérience sensible l'origine de toute connaissance valide, on peut dire que cette approche scientifique expérimentale remonte à Francis Bacon...

On pourra alors définir la conscience comme la faculté qui permet d'appréhender de façon subjective par celui qui les subit, les phénomènes extérieurs (par exemple, sous la forme de sensations) ou intérieurs (états émotionnels).

On ne fera pas ici référence à un aspect strictement mental de l’origine (ou du siège) de la conscience que d’aucuns qualifieraient aussitôt de « propre à l’homme », ce qui n’est pas le propos ici.

Il s’agit ici simplement de comprendre que tout être vivant est capable de manifestation en réponse à des stimuli, ce qui implique de sa part une capacité de détection, de reconnaissance, voire de réaction, donc de conscience de soi, une caractéristique fondamentale du « vivant » qui échappe totalement au paradigme physico-chimique !

Cette capacité d’une conscience de soi et des manifestations qui peuvent s’observer en réponse aux stimuli qu’elle peut percevoir, associée à un cheminement de type nerveux, est la caractéristique fondamentale non physico-chimique de tout être vivant.

Il ne s’agit pas pour le justifier de passer tout le monde vivant en revue, mais de fournir quelques exemples balayant tant le règne animal que le règne végétal, qui illustreront la réalité de ce propos.


Mise en évidence et détection de réponse aux stimuli même chez les végétaux

La sensitive :

Chacun sait qu’un coup sec donné à un rameau de la plante va provoquer le repliement des feuilles.

Les vrilles :

La chronophotographie (une image par minute ou par cinq minutes) montre que les vrilles se développent et s’allongent mues de mouvements apparemment aléatoires, jusqu’au moment où le stimulus de contact va provoquer l’enroulement autour du support rencontré.

http://www.snv.jussieu.fr/bmedia/mouvements/vrilles.htm

Les plantes carnivores :

La dionée secrète des substances capables d’attirer des insectes qu’elle emprisonne dès qu’ils pénètrent dans le piège.

L’acacia et les herbivores :

« Les acacias africains, bien protégés par leurs épines, utilisent des produits chimiques désagréables dans leurs feuilles comme une deuxième ligne de défense. De plus, et le plus remarquable, ils s’avertissent les uns les autres de ce qu'ils le font par émission d’éthylène qui s’exhale des pores des feuilles, en même temps qu’ils remplissent leurs feuilles avec de dérivés cyanhydriques. Les autres acacias, dans un rayon de cinquante mètres, sont alors en mesure de détecter cet avertissement chimique et ils se mettent à alors fabriquer du poison et de le distribuer à leurs feuilles. » (Attenborough 1995:70) (Attenborough, 1995, 70)

http://mysteres-verts.over-blog.com/article-acacia-appel-au-carnage-75223454.html

On peut donc parler :

- d’une prise de conscience de l’agression par le sujet (l’arbre).

- d’une réaction de défense en réponse, par sécrétion cyanogène du sujet

- d’une réaction d’avertissement du sujet aux autres arbres de la même espèce par émission d’éthanol

- d’une capacité de réception et reconnaissance du message éthylénique par les acacias voisins

- d’une capacité de réponse par sécrétion cyanosée

On a donc ici la preuve d’une conscience collective !

Plus de 3000 koudous au Transvaal ont ainsi été tués, intoxiqués par des acacias qui se trouvaient en situation de surpâturage !

Une enquête minutieuse a montré que le braconnage pouvait être exclu et que seuls les acacias étaient en cause.

Des organes des sens mal connus

Nous avons la suffisance, par anthropocentrisme, de considérer la perception comme limitée à cinq sens... La méconnaissance d’autres provient de l’éloignement de leur milieu par rapport au milieu où l’homme évolue. Il s’en suit une carence évidente de vocabulaire pour décrire et désigner des phénomènes de détection et de réaction que ne pouvons ni parfaitement appréhender, ni clairement comprendre...

Mais cette faiblesse humaine dans la détection ne doit pas conduire à la négation de leur existence, par paresse intellectuelle, ou pire par mépris justifié par la suffisance de notre supposée « supériorité mentale ». 

Nous connaissons peu de choses sur les éponges sur le plan sensoriel, à part l’existence de cils sur certaines cellules, dont le rôle visiblement tactile n’est pas clairement établi, mais dès les Cnidaires et les divers groupes de vers, l’existence de structures nerveuses de type chaîne et/ou ganglion est avérée.

Toucher un tubipore suffit à le faire rentrer dans son tube, preuve qu’il ressent et répond au stimulus.

 

Les bivalves répondent dès qu’on touche le manteau. On pourrait multiplier les exemples concernant l’organisation des sociétés d’insectes telles les abeilles ou les fourmis (et plus proches de nous les Oiseaux ou les Mammifères)

Nous citerons 4 organes des Vertébrés, plus directement accessibles à notre compréhension, parce que plus proches de notre environnement, ou déjà connus depuis longtemps :

- l’éco-location sens connu chez les chauves-souris, mais présente chez tous les Cétacés... sans compter chez tous ceux que l’on ne connaît pas...

- la propagation vibratoire terrestre, connue chez l’éléphant qui perçoit les ondes par les soles plantaires.

- la ligne latérale des poissons et des Anoures

- l’organe « électrique » des Myrmoridae (poissons éléphants) [0,5 à 1,5 m – eau douce- Nil]

Ces étranges poissons à long bec communiquent entre eux par émissions électriques, processus à bien séparer du système de défense électrique connu chez les gymnotes ou les raies torpilles par exemple.


Le système nerveux et sa « plasticité »

L’aplysie (Gastéropode marin Opisthobranche) connue sous le nom de « limace de mer » a un système nerveux particulièrement simple composé de quelques neurones :


L’expérience de Kandel (1970)

La queue a donc acquis sous l’influence de l’apprentissage de la réponse au stimulus une capacité de réception sensorielle nouvelle, reliée aux branchies : la présence du développement de nouveaux neurones (en vert) l’atteste !

La notion de plasticité 

On constate :

  • qu’il y a apprentissage puisque l’animal du fait de l’association entre stimulus mécanique et stimulus électrique (on connaît déjà cela dans le cas du réflexe de type pavlovien)

  • que cet apprentissage a une certaine rémanence dans le temps puisque l’animal continue à rétracter ses branchies, sans stimulus mécanique associé au stimulus électrique

  • que cette rémanence est d’autant plus importante que le stimulus nerveux est plus intense

  • que le circuit nerveux associé présente un plus grand nombre de connections neuroniques après l’apprentissage !


Ainsi l’apprentissage provoque la multiplication des connections neuronales.

C’est cette capacité d’auto-complexification de l’organe que l’on appelle la plasticité : la faculté du système nerveux à accroître ses connections, donc à augmenter ses capacités.

La croissance sans apprentissage va donc a contrario diminuer la capacité mentale potentielle d’acquisition de l’individu.

(Application à la volonté de non apprentissage actuel de l’"Educ Nat" au nom de l’égalitarisme !)

Biologiquement il s’agit bien d’institutionnaliser le conditionnement et la crétinisation massive de la population.


La production de déchets

Une caractéristique peu gratifiante du « vivant » !

Ne pas confondre là les déchets organiques inhérents au fonctionnement de la physiologie de l’individu....

Recyclés par d’autres organisme, les déchets du métabolisme d’un être vivant participent au développement des écosystèmes.

Ils sont par nature biodégradables :

- gaz carbonique : respiration

- eau et sels minéraux : sueur

- urine : déchets azotés

- feces : déchets azotés et divers glucides non assimilables

Avec les déchets associés au mode de vie et à l’activité des sociétés humaines...

Une photo vaut mieux qu’un long discours...


CONCLUSION

Au terme de cette analyse, nous voyons la nécessité objective d’user d’autres paramètres que ceux figurant dans le cadre du paradigme physico-chimique classique, pour définir le vivant.

Nous donnerons en conclusion la définition suivante :

- Un organisme vivant est un corps composé d’unités (les cellules) interconnectées en tissus capables de procéder à des synthèses biochimiques multiples, complexes et régulées, à partir de produits puisés dans son milieu de vie. (Il est organisé généralement de ce fait autour d’un « milieu intérieur » - au sens où Claude Bernard l’avait défini.)

- Un organisme vivant est capable de reproduction et est sujet au vieillissement.

Il est donc inféodé à un cycle de vie durant lequel il va assurer ou assumer ses fonctions essentielles : se nourrir, se développer, se reproduire et produire des déchets. (Métabolisme)

- Il dispose pour cela d’un système de détection et de transfert d’informations sur le milieu qui l’entoure qui lui confèrent une conscience de soi et du milieu où il évolue, qu’il va développer par apprentissage, ce qui le conduit à établir un contexte relationnel et comportemental tant avec ses congénères, qu’avec les autres êtres vivants qui se trouvent dans le milieu qu’il partage avec eux.

D’où la nécessité d’élaborer une épistémè capable de prendre en compte ces éléments en dépassant la seule approche physico-chimique incapable de le différencier clairement du « minéral ».

Il est clair que c’est l’aspect non biochimique de la conscience relationnelle qui va lui conférer ses caractéristiques les plus spécifiques et le démarquer totalement du minéral.


Claude Timmerman

lundi, novembre 9 2015

LE VIVANT (quatrième partie)

L’épigénétique : une discipline née avec le siècle


Une première approche

« L'épigénétique est l'étude des changements constatés d'activité des gènes — donc des changements de caractères — qui sont transmis au fil des divisions cellulaires ou des générations sans faire appel à des mutations de l'ADN. »

C’est lors du séquençage complet de plusieurs génomes - que l’on se trouvait dans l'incapacité de déchiffrer concrètement, et d'y trouver la totalité des effets phénotypiques observés - qu’on a mis en évidence une certaine variabilité de l’expression du génome en fonction des variations du milieu.

Ainsi un œuf de tortue, bien que disposant d’un génome bien défini, va être capable en fonction de la température de s’exprimer sous forme d’un individu mâle ou femelle. Pourquoi a-t-on des différences de devenir chez les abeilles issues de la même parthénogenèse ? Comment certains reptiles (Dragon de Komodo) sont susceptibles de reproduction monoparentale qui, à partir d’une femelle seule, ne va donner qu’une progéniture mâle !? Etc.

Ces difficultés - inattendues dans le cadre des ségrégations de caractères prévues par Landel et Morgan - évoquent l'idée d'une intervention externe au génome dans la réalisation de son expression phénotypique.

L'épigénétique revendique alors un rôle clef, et se veut un prolongement et un complément de la génétique classique, notamment dans le domaine de la nutrition, ou de la reproduction.

La simplicité de ce ver s'est imposée dans l'étude du vieillissement et de l'apoptose.

Une grande partie des cellules du ver (302) sont des cellules neuronales, permettant également l'étude du système nerveux. Soit 30% ! Ce qui est considérable !

En 1998 ce ver fut le premier dont le génome ait été totalement séquencé : 97 millions de paires de bases réparties en six chromosomes (organisme diploïde) codant 19.099 gènes.

Quarante pour cent d'entre eux auraient des équivalents dans le patrimoine génétique humain, ce qui confirme l’existence fondamentale de gènes de type organisateur dont le rôle dépasse les frontières des espèces.

Par exemple, une même larve d'abeille deviendra une reine ou une ouvrière en fonction de la façon dont elle est nourrie, et un même œuf de tortue peut éclore en mâle ou femelle en fonction de la température. Il s'agit bien de l’expression du même code génétique global, mais des facteurs environnementaux ont sélectionné une expression plutôt qu'une autre, chacune étant disponible dans la « base de donnée » génétique.

Autrement dit, l'épigénétique gouverne la façon dont le génotype est utilisé pour créer un phénotype.

L'épigénétique a donc des applications dans un large champ de disciplines biologiques, de la biologie du développement à l'agronomie et la nutrition en passant par la médecine, et notamment la recherche sur le cancer avec des perspectives thérapeutique nouvelles, notamment avec la création d' « épi-médicaments ».

En matière d'évolution, l'épigénétique permet d'expliquer comment des traits peuvent être acquis, éventuellement transmis d'une génération à l'autre ou encore perdus après avoir été hérités.

Il est curieux de constater que cette conception « post génétique » nous ramène à la conception initiale de Darwin combattue par tous les évolutionnistes qui se sont pourtant appuyés sur ses travaux : il défend l'idée que l'ensemble de l'organisme participe à l'hérédité, c'est ce qu'il nomme pangenèse en 1868.

Dans son ouvrage « La Filiation de l'Homme et la filiation liée au sexe », publié en 1871, Darwin distinguera deux facteurs importants dans l’hérédité :

- la transmission,

- l’actualisation, des caractères hérités.

Son idée était que certains des caractères transmis pouvaient ne pas être apparents chez les géniteurs au moment de la fécondation et qu'ils se manifesteraient au même moment du développement de la progéniture que chez les parents.

Pour être en accord avec sa théorie de la sélection sexuelle, il stipulait également que certains caractères transmis s'actualisaient différemment selon le sexe.

C’est exactement ce qu’illustre aujourd’hui l’épigénétique !


Les travaux de Sydney Brenner, John Sulston et Robert Horvitz (prix Nobel en 2002)

Ces biologistes travaillent sur un petit nématode libre (non parasite).

Caenorhabditis elegans

C’est un petit ver transparent d'environ un millimètre de longueur, menant une vie autonome dans le sol.

Son embryogenèse ne dure que 16 heures et peut être facilement observée in vitro.

La plupart des individus sont hermaphrodites (XX) et produisent à la fois des ovocytes et des spermatozoïdes. Il y a quelques mâles (XO).

Ce nématode se reproduit environ tous les trois jours, et sa durée de vie est d'environ trois semaines. Comme les autres nématodes et les Tardigrades, il se développe suivant le processus d’euthélie : à l’âge adulte, il s’accroît par gonflement des cellules en nombre fixe et non plus par multiplication cellulaire !

Anatomie 

Sexuation

- L'adulte hermaphrodite (99,5 % des individus) est composé de 959 noyaux somatiques.

- L'adulte mâle (0,5 % des individus) est formé de 1031 noyaux somatiques

- Le jeune est constitué de 1 090 noyaux somatiques.

On compte les noyaux et non pas les cellules car cet animal présente des structures syncytiales (un syncytium est un tissus composé d’une série de cellules confondues entre elles par disparition des membranes cellulaires). Le nombre de noyaux témoigne donc du nombre de cellules associé.

Le lignage des cellules est remarquablement invariant d'un individu à l'autre. Il a pu être établi pour toutes les cellules de l’œuf fécondé jusqu'au ver adulte. Au cours de la vie du ver, il y a multiplication au cours de sa croissance, puis mort par apoptose de 131 cellules (représentant la différence entre les 1 090 cellules du jeune et les 959 de l'adulte). Ces cellules se « suicident » à peu près au même moment et au même endroit dans tous les embryons !

C’est l’étude des mécanismes de l’apoptose qui conduisit ces 3 chercheurs au prix Nobel.

La prolifération de cet animal est importante et rapide. A 20 °C, il ne faut que 3 jours à un œuf, pondu par un adulte, pour donner à son tour un adulte capable de pondre des œufs. La croissance d’un individu se fait au travers de mues successives qui rythment les 4 stades larvaires. Chaque adulte peut pondre environ 300 œufs en seulement 5 jours. Par conséquent, un nématode peut engendrer en 10 jours une population de 90 000 animaux génétiquement identiques. Dans les conditions standards de laboratoire, les vers de génotype sauvage peuvent vivre jusqu’à 20 jour, mais il existe des mutations poussant cette limite à plus de 100 jours. Le plus remarquable est que les gènes dont les mutations accroissent la durée de vie du ver sont conservés chez les mammifères (Kenyon, 2010). En outre, si les œufs ne résistent pas au gel, les adultes sont congelables et se réveillent en quelques minutes (comme les Tardigrades) et sont capables de (re)pondre, dès le lendemain.

La simplicité de ce ver s'est imposée dans l'étude du vieillissement et de l'apoptose. Une grande partie des cellules du ver (302) sont des cellules neuronales, permettant également l'étude du système nerveux. Soit 30% ! Ce qui est considérable !

En 1998 ce ver fut le premier dont le génome ait été totalement séquencé : 97 millions de paires de bases réparties en six chromosomes (organisme diploïde) codant 19.099 gènes. Quarante pour cent d'entre eux auraient des équivalents dans le patrimoine génétique humain, ce qui confirme l’existence fondamentale de gènes de type organisateur dont le rôle dépasse les frontières des espèces.

Nous n’avons pas ici le loisir de développer le mécanisme de l’apoptose.(http://www.uvp5.univ-paris5.fr/wikinu/docvideos/Grenoble_1011/berger_francois/berger_francois_p01/berger_francois_p01.pdf)

Nous nous bornerons à dire qu’il s’agit d’un mode actif physico-chimique de destruction de la cellule par fragmentation, par opposition au mode passif qui serait la nécrose.

L’apoptose, mort sélective et programmée est à l’origine de la découpe de certains tissus embryonnaires, (voir syndactylie) et son dérèglement pourrait expliquer la prolifération dans élimination des cellules cancéreuses.

L’intérêt proprement épigénétique de l’animal est liée à la mise en évidence de la transmission de l'attirance pour une odeur acquise par l'expérience, transmise sur 3 générations, et reproduite jusqu'à 40 générations si cette caractéristique acquise est renforcée, d’autant que []l'épigénétique est associée à des modifications de longévité, transmises d'une génération à l'autre[].

L’épigénétique n’en est qu’à ses balbutiements, elle a fait des débuts plus que prometteurs et permet une synthèse entre des modèles physico-chimiques trop rigides auxquelles échappent certaines des manifestations de l’expression observée des gènes qui est influencée par le milieu et sans doute aussi les contraintes neurosensorielles.

Dans un article récent, François Gonon et Marie-pierre Moisan, « L’épigénétique, la nouvelle biologie de l’histoire individuelle ? » p. 21 -Revue française des affaires sociales 2013 – écrivent :

« Trois voies de transmission [des caractères] sont possibles : la transmission héréditaire par les cellules germinales, ovocyte et spermatozoïdes, l'imprégnation in utero et la transmission par les interactions sociales. »

On comprend ainsi – ce qui était intuitivement envisageable – que les mères porteuses ont par nature un impact direct certains sur l’acquisition de caractères par le fœtus - de source embryologiquement étrangère - qu’elles portent.

En 2010, Frances Champagne met en corrélation la malnutrition, le stress et l'exposition aux produits toxiques de la mère avec l'état de santé des enfants voire des petits enfants. Des études ont montré que les enfants de femmes enceintes durant les événements du 11 septembre 2001 possédaient un taux de cortisol plus élevé.

Ce contexte a déjà ouvert la voie à la manipulation et à l’exploitation idéologique :on peut déjà ainsi lire dans la même veine que « la mémoire traumatique de l’Holocauste se transmettrait génétiquement ». Il est précisé alors :« Il s’agit de la première démonstration de transmission d’un traumatisme parental à son enfant, associé à des changements épigénétiques[]».

Il fallait y penser !

Ces phénomènes impliqueraient que certaines maladies ne sont pas dues à mutations, c’est à dire à variations de la séquence d’ADN mais peut-être à des « épimutations ». Par exemple, une anomalie épigénétique serait impliquée dans plus de la moitié des cas de syndrome de Silver-Russel .


Mécanisme biochimique

L'ADN s'enroule en bobine autour des histones, protéines avec lesquelles il forme une structure à laquelle on a donné le nom de chromatine (quand on l'a observée au microscope grâce à une coloration chromatique).

On a déjà mis en évidence l’altération de l’ADN par le méthyle, ce que l’on appelle la méthylation ; plus précisément la méthylation de cytosine en 5-méthylcytosine des paires de base Cytosine-Guanine ; ce qui conduit à inhiber l'expression génétique d'un brin d'ADN :

- une faible méthylation se traduit le plus souvent par une forte expression du gène,

- alors qu'un haut niveau de méthylation inactive le gène.

Cependant, ce n’est pas général : il existe des exemples où une forte méthylation n'a pas de répercussions sur le niveau d'expression.

La méthylation de l'ADN est cependant l'acteur majeur de la mise en place de l'empreinte parentale, mécanisme par lequel l'expression d'un gène va dépendre de l'origine parentale. Par exemple, dans le cas d'un gène à expression maternelle, l'allèle paternel est méthylé et entièrement éteint alors que l'allèle maternel est non méthylé et entièrement exprimé.

Or il existe une interdépendance entre la méthylation de l'ADN et celle des histones : on a montré une interaction entre certaines protéines à activité de méthylation de l'ADN et un système de méthylation des histones. Nous sommes donc en présence d'un lien direct entre les activités enzymatiques responsables de deux mécanismes épigénétiques distincts.

L'épigénétique est donc un système régulateur fondamental au-delà de l'information contenue dans la séquence d'ADN.

Le gène défini par Mendel doit maintenant être considéré avec la chromatine qui l'entoure puisqu'elle joue un rôle primordial dans la régulation transcriptionnelle et que, de plus, elle est héréditaire tout comme les gènes mendéliens.

Nous n’en dirons pas plus ici : les données dont on dispose sont à l’évidence fragmentaires et peu nombreuses, c’est la conséquence de l’extrême jeunesse de cette discipline qui explique pourquoi les résultats de la transmission des caractères dits acquis échappent parfois aux modélisations prévues par la génétique.


Claude Timmerman


mardi, octobre 27 2015

LE VIVANT (troisième partie)

DES CARACTERISTIQUES PROPRES AU VIVANT


L’existence de protéines : composés chimiques complexes issus de la chimie du carbone, où dominent - outre le carbone – l’hydrogène H, l’oxygène 0, l’azote Z, le soufre S, le phosphore P auxquels s’ajoutent des éléments en petite quantité dits « oligoéléments » métaux ou métalloïdes.

L’idée que la taille considérable de ces molécules est une caractéristique du « vivant » est une erreur totale. Pour s’en persuader, il suffit de consulter par exemple les formules des minéraux argileux !

Pourtant il existe bien des caractéristiques bio-chimiques propres au vivant.

Les synthèses enzymatiques

Existence de catalyseurs biologiques multiples qui assurent la régulation de synthèses protéiques.

Toutes ces synthèses et toutes les activités de type proprement biologique ont une courbe d’activité de type sigmoïde qui conserve cette caractéristique en 4 phases :

- 1 - phase de latence jusqu’au seuil de réponse

- 2 - phase de croissance jusqu’au seuil de saturation

- 3 - phase plateau d’activité maximale jusqu’au seuil de toxicité

(les angles fluctuent évidemment en fonction des réactions spécifiques)

- 4 - phase de toxicité menant à la mort de façon plus ou moins brutale













On se souviendra là de la sentence de Paracelse :

«Le produit n’est rien, la dose fait tout.»

C’est bien le cas de l’arsenic dans le traitement de la ventilation pulmonaire ou celui du TNT e mployé en cardiologie sous le nom de trinitrine.

Ce qui caractérise les réactions chimiques observées dans le monde vivant c’est autant leur très grande complexité que leur fugacité : nombre de réactions mettent en jeu des produits d’une durée de vie qui va s’exprimer parfois en seconde !

C’est notamment le cas de tout ce qui concerne la synthèse et l’action des médiateurs chimiques et singulièrement des neuromédiateurs.

Par ailleurs, ce qui différencie majoritairement les substances biologiques par rapport aux non biologiques c’est leur sensibilité à la chaleur : elles sont presque toujours thermolabiles.

Au-delà des synthèses enzymatiques, toutes les réactions du monde biologiques suivent des courbes de ce type.


La cellule : expression fondamentale de l’architecture du vivant

Il s’agit seulement ici de brosser un tableau général de la structure cellulaire.

La cellule est la structure de base de l’architecture de tous les êtres vivants hormis les bactéries et les virus qui occupent une place quasiment intermédiaire entre le monde vivant et le monde minéral.

Nous dirons que la cellule est un ensemble composé :

- d’une membrane externe

- d’organites spécifiques des fonctions cellulaires (mitochondrie, chloroplastes, corps de Golgi, etc.)

- d’un cytoplasme potentiellement relié par les tubulures du réticulum endoplasmique aux cellules voisines et émaillé de vacuoles assurant la cohésion des regroupements en tissus.

- d’un noyau composé de chromatine en filaments - éventuellement contractée en chromosomes – limité par une membrane nucléaire.

Cellule animale


Cellule végétale


Ces cellules sont différenciées et associées en tissus liées à des fonctions spécifiques : soutien (squelette), nutrition, respiration, musculature, sécrétions (hormonales), excrétion, reproduction, relations (nerveux), etc.

La transmission génétique

Le matériel génétique : une spécificité uniquement terrestre ?

La présence des acides nucléiques et de ses composés annexes comme les bases puriques ou pyrimidiques est caractéristique de la chimie du monde biologique.

C’est pourquoi les résultats obtenus par les secondes analyses de la chondrite de Murchison sont si troublantes et si porteuses d’interrogations.

Une chondrite carbonatée tombée sur la toiture d’une maison en Australie du sud le 28 Septembre 1969. Environ 100 kg, dont 2% de carbone et 10% d’eau... Ce qui peut paraître inconcevable au vu de la calcination par frottement en traversant l’atmosphère dont tous les météorites sont le siège... La taille exceptionnelle de ce pavé parvenu peu fracturé lors de sa chute grâce au rôle d’amortissement de la maison permet d’expliquer qu’on ait pu déceler en son cœur des traces indiscutables de composés organiques non détruits.

Des analyses (reprises au début des années 2000) ont confirmé - à la stupeur des chercheurs - la présence de plus de plus de 70 acides aminés différents (dont une cinquantaine n’existe pas dans la biochimie de la Terre).

Y ont été identifiés, entre autres, l'alanine, la glycine, la valine, la leucine, l'isoleucine, la proline, l'acide aspartique et l'acide glutamique qui sont présents dans les protéines terrestres, notamment dans les acides nucléiques et des précurseurs de purines et des pyrimidines (bases azotées des codons du code génétique) ont également été trouvées.

Il s’agit bien là des précurseurs des maillons de l’ADN.

Malheureusement, comme pour le cas du moulinet de Tiahuanaco et pour des considérations idéologiques diamétralement opposées, ces résultats sont étouffés...

Pourtant, il n’est plus question aujourd’hui d’invoquer de quelconques artefacts de manipulation !

En 1980, un pêcheur du Tennessee, Dan Jones, découvrit un moulinet de canne à pêche incrusté dans la masse d’un rocher de la rivière. Cette roche caractéristique des Appalaches, la phyllithe, est donnée pour s’être formée lors de la séparation de l’Amérique et de l’Afrique, il y a 300 millions d’années ! Pourtant sa diagénisation autour d’un moulinet de pêche datant de moins de cinquante ans est avérée !

A la stupeur générale il a été déclaré officiellement qu’un tel objet géologique...n’existait pas ! (http://www.biorespire.com/2014/09/24/nouvel-article-de-blog/)

Mais l’origine ou l’existence d’un monde biologique non terrestre, ce qui devrait être une simple évidence statistique si on s’en tient aux paramètres du paradigme physico-chimique, n’est pas visiblement un concept près à être accepté, ce qui est pour le moins paradoxal de la part de ceux qui précisément, depuis l’idée de panmixie, ont voulu populariser l’idée d’une vie extraterrestre !

L’étude de la réplication de l’ADN a montré l’existence d’extrémités non codantes appelées Télomères.

Ces télomères garantissent que la réplication totale de l’information portée par le chromosome sera faite : sans ces extrémités plus au moins altérables lors du démarrage du processus de réplication, la partie codante, donc l’information génétique répliquée, pourrait être partiellement altérée voire perdue.


Les modélisations de transmission chromosomique des caractères (Rappels)

L’existence de chromosomes et de caractères transmissibles associés aux gènes a été mise en évidence bien après les premiers travaux qui ont mis en évidence la transmission de caractères entre générations.

Les travaux de Mendel (aux résultats hélas truqués) puis ceux de Morgan ont permis de comprendre le rôle des gènes et la manière dont ils se trouvent transmis au fil des générations successives.

Nous ne reprendrons pas ici les mécanismes classiques de la ségrégation des caractères associés aux gènes.

Nous soulignerons seulement les incohérences associées à une vision trop simpliste de la théorie chromosomique de l’hérédité.

- La conception linéaire classiquement encore enseignée issue d’une extrapolation des travaux de Morgan est un gros mensonge !

Mutation (donc changement allèle génique) → une nouvelle protéine → un caractère différent, cela n’existe pratiquement pas !

Le système est de type laticiel (maillage) et non pas linéaire !

Si on met plus spécifiquement un caractère modifié en lumière, associé à un certain gène muté repéré, on oublie trop facilement que ce gène muté a provoqué d’autres modifications, visibles ou non visibles, directement ou non directement détectables et de ce fait occultées...

Modifications qui se retrouvant combinées à celles d’autres gènes vont conduire à des modifications globales du génome totalement ingérable, même par ordinateur...

On touche là aux limites potentielles d’utilisation du modèle.
Morgan pourtant avait scrupuleusement noté qu’une mutation comme le célèbre caractère «aile vestigiale» était accompagné de modifications phénotypiques diverses, dont des poils modifiés sur les tarses des pattes...

Mais par souci de simplification et pour permettre une théorisation supposée cohérente, les évolutionnistes de la première moitié du XXème siècle – dont Huxley – ont soigneusement occulté cet aspect essentiel!

Rappelons, rapidement que le modèle classique de génétique des populations repose sur 4 postulats :

- «En l’absence d’effet extérieur et en admettant que tous les accouplements se passent de façon aléatoire, un allèle récessif conserve le même pourcentage de présence dans la population au fil des générations.»

(Loi de Hardy-Wenberg qui se démontre assez facilement en utilisant la récurrence des progressions géométriques.)

- Toute mutation d’un gène va se traduire par l’apparition d’un allèle nouveau qui va engendrer une sous population de ceux qui vont en être porteurs,

- L’existence d’un allèle favorable à la population dans un milieu donné va exercer une pression de sélection qui conduit à l’élimination graduelle des allèles comparativement moins favorables.

- La migration d’une partie de la population va engendrer une modification des fréquences alléliques dans la population résiduelle.

- La dérive génétique est l'évolution d'une population ou d'une espèce causée par des phénomènes aléatoires, impossible à prévoir. Du point de vue génétique, c'est la modification de la fréquence d'un allèle, ou d'un génotype, au sein d'une population, indépendamment des mutations, de la sélection naturelle et des migrations.

Elle conduit par le phénomène d’effet fondateur à la spéciation : les populations pionnières ne sont pas le reflet exact de la population de départ !


L’utilisation de ces diverses variables constitue l’armature de la modélisation de la génétique et de la génétique des populations.


Le clonage

Le clonage est une technique artificielle de reproduction à l’identique d’un individu en réalisant une «fausse fécondation» par implantation dans un ovocyte énucléé d’un noyau diploïde somatique de l’individu.

Le clonage offre donc la garantie théorique de conserver et de transmettre intégralement l’ensemble de la garniture chromosomique, donc l’ensemble de l’information portée par les gènes de l’individu...

 On voit clairement ici que la répartition et la forme des taches n’est pas exactement la même !

On observe les mêmes différences dans le cas du clonage vaches laitières hollandaises par exemple !

L’information génétique n’apparaît donc pas la seule responsable de l’expression phénotypique dans sa totalité!

La répartition et la taille des taches, expression phénotypique s’il en est, traduit une variabilité inexplicable selon la théorie chromosomique de l’hérédité.

Cette photo d’une douzaine de veaux clonés à partir d’un même sujet se passe de commentaires !

D’où la nécessité de prendre en compte d’autres facteurs, ce qui est l’objet de l’épigénétique.


Claude Timmerman


lundi, octobre 26 2015

LE VIVANT (seconde partie)

LE PRINCIPE DES "CAUSES ACTUELLES"


(Cinq mille ans de délires... auxquels les derrières observations astronomiques n’échappent pas !)

Le principe des «causes actuelles» stipule que les conditions générales physico-chimiques du milieu (de la planète) sont stables et sont restées inchangées dans le temps depuis les «origines».

Une stupidité qui a conduit à des absurdités qui semblent invraisemblables après réflexion mais ont conduit à des impasses scientifiques durables et qui conduisent encore à des élucubrations délirantes...

«Principe des causes actuelles» que de crimes (contre la pensée) commet-on (encore) en ton nom !


Les fluctuations de paramètres physiques

-  Jour et année :

L'évolution de la durée du jour au cours des époques géologiques a été vérifiée expérimentalement au XXe siècle en comptant les cercles de croissances des coraux fossiles.

Les coraux ont une croissance liée à l'éclairement diurne (formation du squelette calcaire uniquement le jour), mensuelle (coraux soumis aux marées) et annuelle (épaisseur des lignes de croissance différentes l'été et l'hiver).

 


Il est ainsi possible de déterminer le nombre de jours par an aux époques géologiques, comme pour les Rugosa, coraux du Dévonien datés par radio-chronologie de quatre cent millions d'années, qui montrent environ quatre-cent-dix lignes de croissance annuelles contre trois-cent-soixante-cinq pour les coraux actuels.

Sur d'autres coraux du Dévonien sont identifiées des bandes mensuelles équivalentes aux intervalles entre les phases de pleine lune et correspondant à treize mois lunaires par année dévonienne de trois cent quatre-vingt-dix-neuf jours.

D’où le tableau évolutif suivant :

La question n’est pas ici de discuter du bien-fondé de la datation absolue et de son découpage, mais bien de constater par ses effets biologiques que la durée du jour et la période de rotation de la terre ne sont pas constantes dans le temps et qu’apparemment la rotation terrestre est en ralentissement continu...


- Variations de la composition de l’atmosphère : oxygène


- Fluctuations de la teneur en gaz carbonique

On constate que le teneur en oxygène a varié en raison inverse de la teneur en gaz carbonique dans l’atmosphère.

En particulier la forte teneur en oxygène de la période secondaire permet d’expliquer la présence et le développement des dinosaures : la puissance musculaire est directement liée à la capacité métabolique des oxydations cellulaires largement augmentée lorsque la teneur en oxygène est accrue.

De ce fait les considérations biomécaniques qui ont conduit à penser que « ces animaux trop gros pour évoluer en milieu terrestre ne pouvaient se déplacer que dans des zones marécageuses pour bénéficier de la poussée d’Archimède » (sic!)

La stupidité de la chose n’a effleuré personne : l’enlisement est apparemment un concept non scientifique ! Les mêmes énonceront gravement que les bergers landais utilisaient des échasses pour surveiller les troupeaux en bordure des marais ! Cela traîne partout même dans les dépliants des offices de tourisme... J’attends que quelqu’un m’explique comment on peut évoluer quand on a ses deux échasses fichées dans la boue !

Il est donc clair que les paramètres physico-chimiques supposés «constants dans le temps» ne l’ont jamais été !


Les fruits de l’extrapolation du délire scientifico-médiatique 

Kepler 452 b - Ou comment confondre (une fois de plus !) «précision» et «certitude»

De quoi s’agit-il ?

De la découverte avérée, après examen de centaines de photos, d’une tache mouvante périodique sur la brillance d’une étoile, autrement dit de l’existence probable (mais pas même certaine !) d’une planète en orbite autour de cette étoile qui laisse - vue du télescope – une ombre sur la surface de l’étoile quand elle passe «devant»... Et c’est tout !

Qu’on en déduise par le calcul sa taille et sa masse potentielle à partir de son diamètre apparent et d’une supposée composition rocheuse moyenne «standard» est une chose déjà hasardeuse en soi, mais en déduire comme certains scientifiques le déclarent qu’il s’agirait d’une planète sœur de la terre propre à la vie (humaine) est aussi grotesque que stupide !

Oublierait-on sur Terre que la vie y était extrêmement difficile en milieu terrestre jusqu’à la fin du Silurien par suite de la composition de l’atmosphère ?

Oublierait-on aussi qu’envoyer des hommes à un million et demi d’années lumière n’a aucun sens !

(J’ajouterai enfin que si effectivement la gravité y est double de ce qu’elle est sur terre, on n’a aucune chance de pouvoir y envoyer des personnes du beau sexe... Quelle femme taillant un petit 38 accepterait de se réveiller là-bas le matin en sachant qu’elle pèse plus de cent kilos ?...)

Mais cela ne décourage pas les médias en délire souvent épaulés hélas par le milieu scientifique qui se répand en vidéos.  


On a même droit à des paysages !


On attend maintenant les premières photos des dinosaures (ou « trinosaures » ?) qui s’y trouvent !


L’eau sur Mars existe et elle est salée !

C’est nouveau, cela vient de sortir...avant hier ! 

A partir de cette photo, on déduit de ces variations de teinte l’existence de coulées périodiques d’eau salée.... Il est vrai que les photos déjà connues suggèrent un matériel géologique de type «galet», ce qu’on peut associer chez nous à des formations géologiques de type poudingue comme à Riez-Valensol.

Mais de là à en déduire l’existence d’une érosion et d’un remaniement de type fluvial il y a des limites !


Claude Timmerman


 


vendredi, octobre 23 2015

LE VIVANT

DES LIMITES DU PARADIGME PHYSICO-CHIMIQUE A L'EMERGENCE D'UNE EPISTEME PROPRE AU BIOLOGIQUE 


Le paradigme physico-chimique est insuffisant


La définition la plus simple et la plus complète du «vivant» se résumerait à ceci:

«La principale caractéristique d’un être vivant, par rapport au milieu minéral, est qu’il est un corps qui forme lui-même sa propre substance à partir de celles qu’il puise dans le milieu.

De ce phénomène d'assimilation, découlent tous les autres phénomènes propres au vivant:

- la régénération et le renouvellement de leurs tissus,

- la reproduction et le développement de l’organisme,

- l’évolution dans le temps par acquisition d’organes diversifiés et de facultés plus éminentes.

L’organisme vivant est inféodé au temps: il naît, vit et meurt.

Il se distingue également du minéral par le fait qu'il s'écarte durablement de l'équilibre thermodynamique selon un processus appelé homéostasie, phénomène par lequel un facteur clé (par exemple, température) est maintenu autour d'une valeur supposée bénéfique pour le système considéré, grâce à un processus de régulation

La question thermodynamique a longtemps hanté les physiciens dans la mesure où la vie semble, du moins en apparence, être contraire au second principe de la thermodynamique.

En substance, l'explication développée par Schrodinger consiste à rappeler qu'un système vivant n'est pas un système isolé et que donc s'il parvient à réduire ou maintenir constante son entropie, c'est parce qu'il exporte de l'entropie vers son environnement (typiquement donc, un organisme vivant produit des déchets).

Il a abordé le sujet en publiant en 1944 sur le sujet:«Qu'est-ce que la vie ?»


Reprenons point par point les caractéristiques précédentes à la lumière du paradigme physico-chimique.


Analyses des caractéristiques physico-chimiques considérées comme caractéristiques du vivant


Le phénomène d’assimilation et ses conséquences:

«L’être vivant forme sa propre substance à partir de celles qu’il puise dans le milieu.»

Est-ce une caractéristique du «vivant» ? La réponse est clairement non !


a) La croissance des cristaux

- Cristaux de sulfate de cuivre et autre.


La cristallisation et sa croissance est un phénomène si fréquent qu'elle conduit aujourd’hui à faire des jeux éducatifs et des concours scolaires voire universitaires !

 

- Cristaux de sélénite:

Il s’agit dans cet exemple particulièrement spectaculaire de cristaux géants de sulfate de calcium (gypse).

Grotte de Naica – Mine – Chihuahua – Mexique

300 m -  55° - 100% d’humidité

10 M 55T


Dans ce milieu, les cristaux connaissent une croissance continue.

Les personnages donnent l’échelle !

Pour la petite histoire, on notera que Jules Verne avait prévu (parmi tant d’autres !) la découverte de ce genre de structures décrites dans «Voyage au centre de la Terre». On connaît aussi des cristaux de quartz géants, etc.

Dans tous ces exemples, on notera cependant que si «l’être cristal puise effectivement sa substance dans le milieu environnant», il s’agit toujours de sa propre substance chimique présente sous un autre état physique: vapeur (grêle) ou liquide (composé chimique en solution).

Il n’y a pas là de «synthèse chimique»: il s’agit de la même substance sous deux états physiques !


b) les synthèses physico-chimiques

- L’œuf de Miller-Urey : à partir d’eau, méthane, ammoniac, hydrogène, on assiste sous l’impact de décharges électriques à la formation des premiers composés organiques azotés.

Formation de Acétylène, cyanoacétylène, etc.


Dans la nature, les gaz volcaniques sont constitués d'un mélange de différents gaz, essentiellement de la vapeur d'eau et du dioxyde de carbone ainsi que du dioxyde de soufre, du monoxyde de carbone, du sulfure d'hydrogène, du chlorure d'hydrogène ou encore du dihydrogène en quantités non négligeables.

C’est aussi ce que l’on observe dans les fameuses cheminées sous-marines.

Le méthane naturel atmosphérique a aujourd’hui disparu sur Terre, mais est présent dans les nuages interstellaires, sur Titan (même sous forme liquide) et diverses planètes...


c) Le pétrole abiotique: mythe et réalité

En 1757, le scientifique russe Mikhaïl Lomonossov formule plus clairement l'hypothèse selon laquelle le pétrole tirerait son origine de détritus biologiques.

Cette hypothèse est rejetée au début du XIXesiècle par le géologue et chimiste allemand Alexander von Humboldt et le thermodynamicien Gay-Lussac. Selon eux, le pétrole serait en fait un matériau primordial de la Terre issu de grandes profondeurs, qui parviendrait en surface par des éruptions à froid[].

A ce jour, aucune observation n’a cependant mis en évidence de façon claire l’existence de pétrole d’origine minérale profonde.

Pourtant, la présence indiscutable de très grandes quantités de carbone et de méthane sur Titan (satellite de Jupiter) et sur d’autres structures de type planétaire laissent penser que des synthèses caractéristiques de la chimie organique sont susceptibles de se produire dans un milieu uniquement «minéral».

On constate ainsi que dans le monde scientifique du physico-chimique l’existence d’une chimie carbonée considérée comme nécessairement associée à la transformation de la matière vivante est très clairement envisageable comme issue directement du minéral.


d) La pseudo-morphose

Dans ce processus, ma substance originale est remplacée graduellement par une substance différente, sans réactions chimiques.

Exemple : la silice remplace la fibre du bois en donnant le bois pétrifié.

Là encore, si le milieu fournit la substance, le bois l’absorbe sans qu’il soit le lieu de synthèse à proprement parler.

Au mieux, nous dirons que la silice dissoute qui imprègne le bois va s’y cristalliser: ce n’est qu’un changement de l’état physico-chimique de la substance.


e) La «reproduction cristalline»: surfusion du soufre

Le soufre fond à 115°

Il peut être obtenu sous deux formes cristallines : des octaèdres orthorhombiques ou en prismes monocliniques ; la forme orthorhombique étant la plus stable aux températures ordinaires.

Du soufre amorphe ou « plastique » peut être produit par refroidissement rapide du soufre fondu.

Les études par rayons X prouvent que la forme amorphe est formée d'une structure hélicoïdale avec huit atomes de soufre par spire.

L’expérience est classique :

Si on laisse refroidir un bain de soufre en fusion, on constate que sa température peut s’abaisser en dessous du point de solidification en restant liquide.

Il s’agit d’un état transitoire de la matière qualifié de « métastable ».

Il suffit alors d’introduire dans le milieu une particule de soufre cristallisée pour voir le bain entier se figer quasi immédiatement dans la forme cristalline correspondant à la particule de soufre introduite.

On peut donc dire que le phénomène de cristallisation est là le siège d’une forme de reproduction.

Le phénomène de régulation

Il existe dans les phénomènes physico-chimiques toutes sortes de régulations des équilibres, nous n’en évoquerons qu’une ici particulièrement importante.

Le produit de solubilité:

Exemple:

Une dissociation mono-ionique.

On calcule le produit ionique (produit des concentrations des ions en suspension) :

La concentration ionique porte donc en elle, par l’existence d’une constante Ks, sa propre régulation.

La dépendance au temps 

La dépendance au temps, intuitivement associée au vivant, concerne aussi le monde non vivant.

a) La radioactivité


τ cesium 137Cs = 30,15 ans

 

τ carbone 14C =

5730 ± 40ans



Utilisation : datations de produits organiques (vins, peintures, bois anciens, ivoire, etc...)

(Nous ne reprendrons pas ici les aberrations de datations qui sont liées non pas à la décomposition isotopique mais aux postulats de la méthodologie utilisée telle potassium/Argon.)

On notera que le césium 137Cs inconnu dans la nature n’y est présent que depuis l’expérimentation atomique et les essais nucléaires (1949). Par suite toute détection de cet isotope dans des «objets anciens» prouve l’existence de supercheries...


b) Évolution dans le temps

Certaines formes cristallines évoluent spontanément dans le temps, c’est notamment le cas du carbonate de calcium d’origine organique (coquilles de mollusques par exemple).

- Aragonite → Calcite

L’aragonite est la forme classique du carbonate de calcium présent dans les coquilles.

(C’est toujours du carbonate de calcium mais la cristallisation change du système orthorhombique au système rhomboédrique.) Les deux formes peuvent d’ailleurs coexister dans certaines coquilles (cas de l’ormeau). 


Caractéristiques considérées comme purement «minérales» du matériel biologique


a) Chimie du silicium et chimie du carbone

On oppose classiquement une chimie «minérale» associée au silicium à une chimie «organique» associée au carbone.

Nous avons vu que le méthane et d’autres substances non «biologiques» sont caractéristiques de la chimie du carbone. A l’inverse, le silicium n’est pas propre au «minéral». Chacun connaît par exemple les tiges de graminées riches en silicium...

Moins connues, mais plus spectaculaires, les Prêles ont des tiges si riches en silicium qu'elles sont utilisées comme abrasif!

D’une manière générale, il existe un type de tissu de soutien des végétaux dont le sclérenchyme, souvent riche en silicium.


b) Cristallisation

Nombre d’objets du monde vivant cristallisent.


- Protéines (lysozymes)

 

- Virus

 

La cristallisation n’est donc pas caractéristique du «minéral»!

Au terme de cette évocation de propriétés classiques, nous voyons que la réduction du vivant au simple contexte physico-chimique ne permet ni de le différencier clairement, ni d’en spécifier les singularités.

 

Claude Timmerman



vendredi, octobre 9 2015

La lutte contre le réchauffement climatique : une croisade absurde, coûteuse et inutile

Livre Blanc rédigé par la Société de Calcul Mathématique SA

L'ensemble  des politiques  publiques, françaises, européennes, mondiales,  trouve  aujourd'hui  son origine, son inspiration, dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le credo initial  est  simple  à  décrire  :  il  postule  que  les  températures  à  la  surface  du  globe  ne  cessent  d‟augmenter depuis trente ans et que l'homme en est responsable.

Il en résulte toutes sortes de discussions, conférences, réglementations, qui ont en définitive  un impact fort sur l'état de  notre économie. Tous les domaines sont concernés : les transports,  l'habitat,  l'énergie,  etc.  Pourquoi  faut-il  économiser  l'énergie  ?  C'est tout simple  :  il  faut  réduire l'impact de l'homme sur la planète. Voilà le credo de base.

Les  conséquences  sur  la  recherche  scientifique  dans  son  ensemble  sont  particulièrement  nettes et particulièrement malsaines. Pas une étude ne peut être lancée, sur quelque sujet que  ce soit, si elle ne fait directement référence au réchauffement climatique. Vous souhaitez travailler sur la géologie du bassin de la Garonne ? Voilà pourtant un sujet complètement normal  et socialement utile à tous égards. Eh bien, votre étude ne sera financée, ne sera approuvée,  ne  sera  publiée,  que  si  elle  mentionne  les  possibilités  de  stockage  géologique  du  CO2.  C'est consternant.
La croisade a envahi tous les domaines et tous les esprits : la lutte contre le CO2  est devenue  une priorité nationale. Comment en sommes-nous arrivés là, dans un pays qui se veut cartésien ?

Elle  trouve sa source dans les déclarations du GIEC, réitérées au fil des années, reprises par  la Commission Européenne et par les Etats membres. La France, qui se veut le "bon élève de  l'Europe", rajoute à chaque croisade une couche supplémentaire de vertu. Là où les autres décident  une  réduction,  nous  déciderons  par  principe  une  réduction  plus  importante,  sans  la  moindre interrogation sur la pertinence de la mesure : une croisade est vertueuse par principe.
On ne saurait être trop vertueux.
Mais le mathématicien ne croit pas aux croisades ; il regarde les faits, les données, les observations, les raisonnements.

La suite ici : http://www.scmsa.eu/archives/SCM_RC_2015_08.pdf

mardi, septembre 15 2015

Fragmentation des écosystèmes : les effets seront pires que prévu

La fragmentation d’un écosystème naturel consiste en la division du paysage (bois, plaines, forêts…) en lieux plus petits et isolés, séparés par des paysages transformés par l’Homme (champs agricoles, villes, canaux, etc.). Une étude à grande échelle révèle que ce processus est une véritable bombe à retardement : la division des habitats naturels aura des effets négatifs à long terme non seulement sur la biodiversité des écosystèmes mais aussi sur leur fonctionnement. Contrairement à ce que pensaient les biologistes jusqu’à maintenant, les conséquences les plus visibles des fragmentations en cours ne seront détectables que dans 15 à 20 ans…

Pour cette étude de grande envergure, une équipe internationale a d’abord analysé l’évolution du couvert forestier terrestre en se basant sur des données satellitaires mondiales. Cette équipe est composée d’une trentaine de scientifiques issus de sept pays (France, États-Unis, Canada, Brésil…) et menés par un consortium international de chercheurs, comprenant Jean Clobert de la Station d’écologie expérimentale du CNRS à Moulis (Ariège).

Leurs résultats sont alarmants : ils révèlent que dans plus de 70 % des cas, où que l’on soit dans la forêt, la lisière (limite entre deux milieux, par exemple entre une forêt et une prairie, une clairière, une plage…) se situe à moins d’un kilomètre. La lisière présente des conditions microclimatiques et écologiques particulières et parfois des micro-habitats spécifiques, favorables ou au contraire défavorables aux espèces des milieux adjacents. Elle est pour cette raison, soumise à une dynamique écopaysagère propre. On parle d’« effet-lisière » (ou « effet-bordure ») qui induit tout un ensemble d’effets négatifs notamment sur les espèces originelles dont le nombre peut chuter à la faveur, entre autres, de l’arrivée d’espèces envahissantes.

Le Métatron est un des sept dispositifs expérimentaux grâce auxquels les auteurs de l’étude ont pu obtenir des données pour leur analyse des effets de la fragmentation sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. Cet équipement unique au monde dépend de la Station d’écologie expérimentale du CNRS de Moulis. Il est implanté en Ariège. © CNRS Photothèque, Quentin Benard (photo de gauche), Dominique Joly (photo de droite)
Le Métatron est un des sept dispositifs expérimentaux grâce auxquels les auteurs de l’étude ont pu obtenir des données pour leur analyse des effets de la fragmentation sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. Cet équipement unique au monde dépend de la Station d’écologie expérimentale du CNRS de Moulis. Il est implanté en Ariège. © CNRS Photothèque, Quentin Benard (photo de gauche), Dominique Joly (photo de droite)

Réduction de la biodiversité de 13 à 75 %

L’équipe a ensuite étudié les données recueillies de 10 expériences de fragmentations à long terme, dont certaines sont en cours depuis plus de 35 ans. Celles-ci sont menées sur des espaces grandeur nature sur divers types d’écosystèmes (forêts, plaines…). Les chercheurs se sont surtout intéressés à l’évolution du nombre d’espèces vivant sur ces parcelles au fil des années. Là encore, le constat est inquiétant. La fragmentation, notamment due à la déforestation dans les régions tempérées et tropicales, réduit la biodiversité de 13 à 75 % et détériore des fonctions clés des écosystèmes comme le recyclage de la matière organique.

Les effets sont plus marqués dans les fragments les plus petits et les plus isolés et s’amplifient avec le temps. « Plus que jamais, il est urgent d’adopter des mesures de conservation et de restauration des milieux naturels confrontés à la fragmentation. Cela est crucial pour endiguer les problématiques d’extinctions d’espèces et maintenir le bon fonctionnement des écosystèmes », insiste Jean Clobert, directeur de la Station d’écologie expérimentale du CNRS à Moulis.

Afin de déterminer plus rapidement les causes des effets à long terme de la fragmentation (en 2-3 ans contre 15 à 20 ans) et d’étudier l’interaction entre fragmentation et ","matchindex":"\u221ee5d0f022526809f711848941c0ffbb4e\u221e","matchcontent":"r\u00e9chauffement climatique"}" fs:xt:clicktype="N" fs:xt:clickname="clic-content::definition::13827-Rechauffement-climatique">réchauffement climatique, les chercheurs préconisent l’utilisation de modèles de fragmentations plus petits que les expérimentations grandeur nature. Le modèle « Métatron », développé par l’équipe de Jean Clobert sur la Station d’écologie du CNRS à Moulis, fera partie des outils expérimentaux choisis pour prévoir ces effets à long terme.

Source : http://www.futura-sciences.com/magazines/nature/infos/actu/d/foret-fragmentation-ecosystemes-effets-seront-pires-prevu-58248/

jeudi, juillet 2 2015

Ségolène Royale, le meilleur agent de Monsanto ?

Depuis quelques semaines, le petit monde politique s’agite curieusement beaucoup autour du caractère « cancérogène probable » enfin reconnu de certains herbicides, notamment du glyphosate, un désherbant total systémique commercialisé sous brevet par Monsanto avec l’appellation commerciale de « Round Up » depuis 1974.


Cet herbicide a connu durant plus de trente ans une diffusion planétaire car son emploi – premier cas connu en la matière – a été rapidement jumelé avec la mise sur le marché des premières semences OGM...

Monsanto dès le début de ses recherches OGM s’est focalisé sur 2 aspects très particuliers, aux arrières pensées politiques et commerciales beaucoup plus affirmées que les grandes envolées lyriques et humanistes sur la création de plantes et d’animaux « fabricants de médicaments » ne le laisseraient supposer...

N’a a-t-on pas vu - lorsque José Bové a commencé ses campagnes de destruction de champs expérimentaux d’OGM susceptibles de diffuser, sciemment, des gènes modifiés aux populations végétales alentours - le Monde titrer : « José Bové contre la recherche médicale » (sic !).

Or, jamais il n’y eut la moindre recherche d’envergure effectuée dans ce domaine : c’est de la poudre aux yeux !

La recherche Monsanto s’est cantonnée dans deux domaines financièrement très porteurs :

- La suspension de fertilité des fructifications chez les céréales (autrement dit la stérilité génétique des grains produits, résultat du fameux pool transgénique dit « Terminator ») conduisant les cultivateurs à devoir systématiquement racheter des semences d’une campagne de culture sur l’autre, car assurés de ne pouvoir ressemer une partie du grain récolté pour la récolte suivante.

Une arme du grand dessin de contrôle politique ethnique mondial déjà esquissé par Henry Kissinger :

« Qui contrôle la nourriture contrôle les populations, qui contrôle l’énergie contrôle les nations et celui qui contrôle la monnaie contrôle le monde ».


L’OGM devient ainsi le premier moyen mondial de chantage politique à la famine !

- L’incorporation aux plantes cultivées de gènes résistants aux molécules actives d’herbicides totaux.

Ainsi l’OGM sera semé sur un terrain totalement « nettoyé » où lui seul pourra pousser et se développer.

C’est ainsi que fut créée la gamme des semences dites RR « Round Up Résistantes » commercialement intitulées « Round Up Ready » (prêtes pour les traitements au Round Up).

Pour semer dans de bonnes conditions, on est donc contraint d’avoir recours à l’herbicide concerné.

L’art et la manière de se créer un monopole commercial biologique par la biochimie et la génétique...

Une histoire qui a évidemment pris dès le début pour support les plantes les plus stratégiques, les plus cultivées : les céréales, bases de l’alimentation ! En particulier le blé, le riz, le maïs et le soja, fondement de l’alimentation animale intensive.

Le glyphosate a ainsi recouvert la planète durant des décennies avec la bénédiction de tous les productivistes, sans que les voix discordantes de quelques chercheurs avisés ne parviennent à se faire entendre.

On a constaté les effets nocifs de la rémanence du glyphosate, la non dégradation de nombre de ses sous-produits dans les zones traitées, etc.

On a même mis en évidence des plantes devenues résistantes dès les années 2000, sans parler de transfert du gène de résistance, ce qui a conduit à l’abandon de milliers d’hectares de terres céréalières cultivées aux USA, totalement envahies par des Chénopodes, ou des Ambroisies, au Delaware, au Texas et en Géorgie...

Dans la vallée du Rhône, ce sont les cultures de tournesol qui sont envahies par l’Ambroisie.

Pire, l’action reprotoxique du Round Up sur des cotonniers transgéniques a abouti à l’effondrement des rendements !

Mais finalement personne n’a bougé : Monsanto usait de sa position de monopole mondial !

Pourtant cette position était condamnée à terme, les brevets tombant finalement dans le domaine public...

Le glyphosate est devenu d’usage public en 2000, mais les semences RR de Monsanto restant sous brevet, cela a permis, malgré la mise sur le marché de préparations de glyphosate concurrentes au Round Up, à Monsanto de bénéficier depuis quinze ans encore d’une véritable prolongation de sa situation de monopole.

Mais Monsanto - dès avant la date fatidique - avait su anticiper... en isolant un gène résistant (aussitôt breveté rassurez-vous !) à une autre molécule herbicide : le dicamba !

Mise au point par Union Carbide, cette molécule a fait l’objet d’un accord d’exploitation avec Monsanto finalisé le 20 janvier 2009. Date historiquement autrement plus importante à cause de cet accord que par la prestation de serment de Barack Obama !

Car le dicamba est au glyphosate ce que la bombe H est à la bombe A...

Un agent chimique reconnu tératogène chez l’homme (excusez du peu !) dérivé de l’acide benzoïque !

Considéré comme « modérément toxique » par la littérature de propagande, sa dose létale 50 orale (DL 50) chez le rat est de...2,74 mg/kg ! Un record de toxicité inégalé pour ce genre de produit...

Si le benzène est reconnu comme agent cancérogène, personne curieusement ne semble encore s’être sérieusement penché sur le rôle de l’acide benzoïque qui entre d’ailleurs dans la composition de nombre d’additifs alimentaires... C’est rassurant !

Tel est donc le substitut du glyphosate stratégiquement prévu depuis bientôt dix ans et aujourd’hui en cours de mise en place chez Monsanto !

Curieusement c’est donc seulement au moment où ce monopole commercial du glyphosate est sérieusement ébranlé, alors que Monsanto en prépare le relais, que la machine médico-médiatique se met en marche...

Coïncidence sans doute, le brevet sur le soja Roundup Ready de première génération de Monsanto (RR1) a pris fin en mars 2015... D’autres évidemment vont tomber prochainement dans le domaine publique.

C’est alors que « Sus au glyphosate », devient le nouveau mot d’ordre à la mode, évidemment lancé par Monsanto, quoi qu’il en dise, pour éviter de se faire déborder par la concurrence...

Et c’est là que l’on voit Ségolène Royale, bien connue pour sa politique de défense de l’environnement et des espèces sauvages, monter au créneau !

Rappelons que notre ministresse de l’environnement s’est illustrée en autorisant le massacre puis l’éradication des bouquetins du Bargy pour contenter les fabricants de reblochon, plus récemment en acceptant le massacre des loups « responsables » soit disant de « massacres de milliers brebis » un nombres tels que la population totale des loups d’Europe n’y suffirait pas – et en acceptant l’éradication des blaireaux dans l’Yonne, avant d’autoriser récemment les saccageurs agricoles de la bordure du marais poitevin à labourer des zones de prairies naturelles permanentes pourtant classées en zone sensible...

Une perte irrémédiable pour la biodiversité et un risque considérable pour la conservation de cet écosystème particulièrement fragile !

Jamais un ministre, en France, n’aura autant œuvré pour légaliser le massacre de la biodiversité...

S’attaquant brusquement à la question des pollutions du milieu aux herbicides, mais uniquement au glyphosate, Ségolène s’est empressée de souligner que les mesures d’interdiction qui seraient prises ne concerneraient que les particuliers et absolument pas les agriculteurs !

Ouf ! Les productivistes pourront donc continuer à empoisonner sciemment le milieu avec l’aval du gouvernement...

Les coupables se sont bien évidemment, comme toujours pour les agriculteurs, les particuliers !

Ce sont eux qui, avec leur petits jardins et les pesticides qu’ils y déversent sûrement à seau, qui polluent le pays depuis des décennies.

Qu’on se le dise !

D’ailleurs, cynisme ou provocation, une association de défense des productivistes, victimes des pesticides vient de se créer : http://www.phyto-victimes.fr/qui-sommes-nous/

Baptisée « phyto-victimes » elle regroupe « des personnes (ou leurs proches) qui ont utilisés des pesticides, du fait de leur activités professionnelles, ayant entraîné des problèmes de santé » (sic !)

Soyons clairs : les problèmes de santé liés aux pesticides sont réservés aux empoisonneurs !

Si vous habitez à la campagne avec votre famille en bordure d’un champ régulièrement traité et que vous bénéficiez ainsi de toutes les pulvérisations dont il est l’objet, vous n’avez rien à dire ! Par contre si vous êtes l’auteur de ces pulvérisations, vous avez le droit à l’assistance de l’association dont le conseil d’administration est quasi exclusivement composé d’agriculteurs du productivisme, catégorisés ici pour les besoins de la cause sous l’étiquette « grandes cultures »...

La page d’accueil du site http://www.phyto-victimes.fr/ annonce d’ailleurs fièrement :

«  La guerre au Roundup est déclarée. Ségolène Royal a porté une nouvelle estocade contre le produit vedette de Monsanto, lundi 16 juin. Un « amendement à la loi de transition énergétique interdira le glyphosate en vente libre au 1er janvier 2016 ».

Soyons clairs : les jardiniers lampistes, à la consommation infinitésimale, vont être privés de glyphosate, et en priorité bien sûr aujourd’hui des produits herbicides autres que le Round Up, contenant du glyphosate, mis récemment sur le marché par les concurrents de Monsanto dans les jardineries. Car c’est bien là le cœur du problème !

On a d’ailleurs largement vu dame Ségolène se précipiter devant des caméras complaisantes pour les retirer des rayons !

Mais pour les productivistes empoisonneurs, rien de changé : la « vente libre » ne les concerne pas !

Sur le fond, le marché des herbicides sera donc désormais totalement ouvert pour que Monsanto y déverse ses nouveaux poisons tout fraîchement brevetés, et dont les molécules actives n’ont encore fait l’objet d’aucune étude sérieuse d’impact !

Une stérilisation des sols encore plus efficace, qui permettra sans doute de lutter contre l’envahissement de l’ambroisie mais qui amènera évidemment à terme à l’apparition de nouvelles formes de résistances particulièrement inquiétantes....

Mais de quoi, pour Monsanto, être tranquille pour quelques nouvelles dizaines années, et lui permettre de consolider sa position de monopole...

Madame Royale, par cette prise de position, ne fait que nettoyer le terrain en vue de cette nouvelle offensive commerciale.

Monsanto peut donc dire merci à Ségolène...

Claude Timmerman 21 / 06 / 15

dimanche, mai 31 2015

Récifs artificiels : la fin de l'immersion des pneus en mer

Durant les années 1960, des millions de pneus ont été immergés près des côtes et ce pour la bonne cause : créer des récifs artificiels devenant des havres de vie. Mais l'idée n'était pas bonne car les animaux marins n'apprécient guère les hydrocarbures dont sont imprégnés les pneumatiques. La France se met au diapason pour repêcher ceux qui gisent encore en Méditerranée.



Une partie des 25.000 pneus immergés en Méditerranée entre Cannes et Antibes dans les années 1980 est en train d'être retirée à l'initiative de l'Agence des aires marines protégées, une première pour cet établissement dépendant du ministère de l'Écologie. L'opération pilote, qui porte sur quelque 2.500 pneus et qui se déroule sur un site classé Natura 2000, sera évaluée avant un éventuel retrait de l'ensemble des pneumatiques, en 2016, afin de « restaurer le milieu marin », selon l'agence basée à Brest.

Ils avaient été immergés sur ce site, le plus important en France, afin de développer la production halieutique et soutenir la pêche professionnelle artisanale en recréant un habitat artificiel dans une zone qui en était dépourvue. On pensait alors que les pneus étaient « non polluants » et même « totalement inertes », rappelle l'agence brestoise. Le récif, comme d'autres dans le monde constitués de pneus attachés les uns aux autres, n'a cependant pas résisté à la houle et aux courants et les pneus se sont éparpillés, détériorant le paysage sous-marin et les écosystèmes voisins. Ces récifs « présentent une colonisation nettement moindre que les récifs en béton (40 % de moins) », assure en outre l'agence.

« Si la colonisation n'a jamais eu lieu, c'est parce que les pneus usagés sont recouverts d'hydrocarbures et que leur décomposition progressive libère dans l'environnement des métaux lourds toxiques pour les organismes marins », explique à l'AFP Jacky Bonnemain, porte-parole de l'association écologiste Robin des Bois. « Les pneus ne font pas partie du milieu marin ! » lance, comme une évidence, Gérard Véron, du laboratoire des ressources halieutiques de l'Ifremer (l'institut français de recherche pour l'Exploitation de la mer), mentionnant les « produits toxiques » qui en émanent.

Un exemple vieux de trois mille ans

L'idée semblait bonne, d'autant le déclin des récifs coralliens est préoccupant. Les récifs artificiels ont été utilisés de tout temps dans de nombreuses régions du monde, selon l'Organisation maritime internationale (OMI), qui pointait en 2009 ceux créés il y a environ trois mille ans en Méditerranée : les pierres servant à lester les cages à filet utilisées pour la pêche au thon étaient abandonnées et, avec le temps, s’accumulaient et formaient des sites attirant les poissons. La France a relancé le principe en 1968, notamment sur la façade méditerranéenne, afin d'augmenter la ressource. Pour cela, certains matériaux usagés y ont été recyclés comme des poteaux électriques, des cages d'escalier en béton, des épaves ou, plus tard, des pneumatiques. On compte actuellement 90.000 m3 de récifs artificiels au large des côtes de l'Hexagone, selon l'Agence des aires marines.

Le Japon est cependant au premier rang mondial pour les volumes immergés, avec plus de 20 millions de m3, essentiellement dans un objectif halieutique. Les États-Unis arrivent en deuxième position avec plus de 1.000 sites aménagés dans un objectif récréatif cette fois. En Floride, ce sont ainsi près de deux millions de pneus qui ont été immergés au large de Fort Lauderdale en 1972, sur proposition du géant américain du pneumatique Goodyear. En France, ce sont quelque 350.000 tonnes de pneus usés qui arrivent en fin de vie chaque année, selon des chiffres de 2014 du ministère de l'Écologie. Leur stockage a posé problème jusqu'à l'organisation d'une filière de recyclage en 2003.

« Goodyear avait dit "ça va être utile aux pêcheurs et à la mer" », se souvient Jacky Bonnemain. « C'était pour donner à une action volontaire d'abandon de déchets dans l'environnement un vernis d'utilité », estime l'écologiste. Or, en Floride comme ailleurs, suite aux nombreuses tempêtes et ouragans, les pneus ont fini par se défaire de leurs liens et sont venus s'échouer sur les plages tout en endommageant les récifs coralliens environnants. « La menace est sérieuse », indique le département de protection de l'environnement de l'État de Floride sur son site Internet, dans une présentation de l'opération menée entre 2007 et 2010 pour en retirer une partie, reconnaissant cependant « la complexité » et « l'ampleur du défi ».

Source :http://www.futura-sciences.com/magazines/environnement/infos/actu/d/ocean-recifs-artificiels-fin-immersion-pneus-mer-58205/

mercredi, avril 29 2015

Un nouveau scénario pour l’apparition de la vie


Un chimiste britannique a découvert que l’assemblage des briques du vivant aurait pu se produire dans de simples flaques d’eau.

La chimie des origines de la vie, aussi appelée chimie prébiotique, se heurte depuis longtemps au paradoxe de l’œuf et de la poule dans sa version la plus originelle: le matériel génétique, ARN ou ADN, est-il apparu avant ou après les protéines? Il faut en effet un code génétique pour fabriquer des protéines. Mais il faut des enzymes, un type de protéine particulier, pour traduire ce code. En d’autres termes, il faut des protéines pour fabriquer des protéines. Un cercle vicieux de la pire espèce.

Pour en sortir, deux solutions : la théorie du monde ARN (acide ribonucléique) selon laquelle les ARN originels fonctionnaient sans enzymes (étant eux-mêmes capables de remplir le rôle de certaines enzymes indispensables à l’émergence et au maintien d’une vie minimale) ; et la théorie de la coévolution qui prévoit l’apparition à peu près simultanée sur Terre des protéines et des ARN. C’est vers ce deuxième scénario que semble aujourd’hui pencher le chercheur anglais John Sutherland.

En 2009, ce grand spécialiste de la chimie prébiotique réussissait à fabriquer, à partir de molécules très simples, deux des quatre types de ribonucléotides dont l’enchaînement forme les brins d’ARN. Cette grande découverte faisait alors pencher la balance en faveur de la théorie du «monde ARN». Mais il démontre aujourd’hui dans la revue Nature Chemistry être capable de fabriquer également plus d’une dizaine d’acides aminés, les briques élémentaires qui forment les protéines, par des procédés similaires.

«Il suffirait en quelque sorte de mettre dans de l’eau du sulfure d’hydrogène (H2S) et du cyanure d’hydrogène (HCN), deux molécules très simples qui devaient être abondantes sur la Terre primitive, puis de placer ce mélange sous un rayonnement UV avec du cuivre comme catalyseur pour obtenir à la fois des acides aminés et des ribonucléotides», s’enthousiasme Laurent Boiteau, chercheur CNRS à l’Institut des biomolécules Max Mousseron de Montpellier.

En pratique, toutefois, il n’est pas si simple d’obtenir tous les intermédiaires réactionnels nécessaires à la formation spontanée de ces briques élémentaires. «Il faut que certaines réactions se fassent dans des flaques isolées les unes des autres, que se produisent certains ruissellements pour mettre en contact des espèces formées dans des flaques différentes et que l’évaporation de l’eau puisse concentrer les réactifs comme il faut», détaille le chimiste. «Dans le cas contraire, certaines réactions prennent le pas sur les autres

Protéines, lipides, ARN : les trois piliers de la vie pourraient donc s’être formés en parallèle

Avec ce scénario, John Sutherland ne se contente pas de fabriquer les constituants de base de l’ARN et des protéines: il a aussi identifié une troisième chaîne réactionnelle produisant un précurseur des lipides. Une piste pour résoudre un autre paradoxe de la chimie prébiotique: pour que l’ARN produise des protéines et se réplique correctement, il faut aussi qu’il soit capable de s’isoler du monde extérieur dans une poche étanche. Or toutes les enveloppes cellulaires qui existent aujourd’hui sont formées de lipides… qui ont besoin de protéines pour se former!

Protéines, lipides, ARN: les trois piliers de la vie pourraient donc s’être formés en parallèle à partir des mêmes précurseurs. «Ce sont des travaux très importants qui vont marquer la discipline», pense Jean-Luc Decout, professeur de chimie à l’université Grenoble-Alpes. «C’est une sorte d’unification des différentes chaînes réactionnelles de la chimie prébiotique. Il manque encore dans ces processus la synthèse de deux nucléotides, mais je pense que cela se fera dans les années à venir.»

Reste encore à comprendre comment les ribonucléotides se lient les uns aux autres pour former de l’ARN, et comment les acides aminés parviennent à se combiner pour former des protéines. «On a aussi beaucoup à faire pour préciser la manière dont les premiers ARN pouvaient s’autorépliquer ou être répliqués», souligne le Pr Decout.

Il est déjà fascinant de voir émerger un début de description globale et expérimentale du chemin qui pourrait avoir été emprunté par la vie sur la Terre primitive. Il faudra néanmoins du temps pour défricher cette longue route, chaque pas introduisant un niveau de complexité supplémentaire rendant la modélisation et l’expérimentation un peu plus délicates.

Source : http://www.yamar.org/2015/03/29/un-nouveau-scenario-pour-lapparition-de-la-vie/

dimanche, février 22 2015

Dans sept ans, vous mangerez de la viande in vitro

C’est la première viande artificielle de l’histoire. Créé en laboratoire par Mark Post, ce biologiste néerlandais, le Frankenburger a été cultivé in vitro à partir de cellules musculaires de bœuf. Quasiment identique à l’original en goût et en apport calorique, cette invention promet d’éradiquer la pénurie de viande annoncée, avec bientôt 10 milliards d’habitants à nourrir. Arrivée en supermarché prévue dans sept ans.

Paris Match. Comment obtient-on un steak synthétique ?

Mark Post. On commence par récolter un échantillon de cellules de bœuf. Ensuite, il faut compter environ neuf semaines pour les transformer en tissu musculaire. Un jour, ce processus pourra être développé à grande échelle. Et il ne sera pas nécessaire d’être un scientifique chevronné pour synthétiser de la viande à la maison. On devrait même pouvoir la préparer chez soi.

L’avez-vous déjà testé ?

Bien sûr ! Nous l’avons aussi fait goûter à deux critiques culinaires. En bouche, il a la saveur et la texture du bœuf fermier. Peut-être un peu plus sec du fait d’un manque de matières grasses. Nous travaillons actuellement à son optimisation. A terme, ses valeurs nutritionnelles seront comparables à celles d’un steak traditionnel. Seuls certains composants, comme la vitamine B12 non produite par le muscle lui-même, seront ajoutés.

“Consommer un steak de synthèse ne sera ni plus ni moins dangereux que manger un steak d'élevage”

Quels sont les risques pour la santé ?

A produits équivalents, risques équivalents. Consommer un steak de synthèse ne sera donc ni plus ni moins dangereux que manger un steak d’élevage. Plutôt moins en réalité, si nous arrivons à réduire le taux de graisses saturées, génératrices de mauvais cholestérol. Commercialisé, notre steak sera de toute façon soumis aux mêmes normes sanitaires que les autres denrées alimentaires. D’ici son arrivée en supermarché, nous nous attendons toutefois à faire face à des résistances politiques, économiques, voire idéologiques.

Pourquoi avoir choisi le bœuf ?

Parce que c’est le bétail le plus polluant à produire et le moins efficient dans la chaîne alimentaire. Mais la manipulation, inoffensive, peut être déclinée sur divers animaux : poulets, poissons, etc. Pour le moment, nous restons concentrés sur le bœuf. C’est le choix de Sergey Brin, le cofondateur de Google qui nous finance sur ses fonds propres.

http://www.parismatch.com/Actu/Environnement-et-sciences/Dans-sept-ans-vous-mangerez-de-la-viande-in-vitro-704338

dimanche, août 17 2014

"Les corridas ne survivent que grâce aux subventions publiques"

A l’occasion de la sortie « Corrida la Honte », Vegemag a rencontré Roger Lahana, auteur du livre et vice-président du CRAC Europe.

L’abolition de la corrida est-elle toujours possible alors que la pratique est désormais inscrite au patrimoine immatériel français ?

Bien sûr, cela n’a aucun rapport. L’inscription au patrimoine culturel immatériel (PCI) est une mesure symbolique, qui n’induit rien d’autre que des avantages symboliques. S’agissant de la corrida, son inscription s’est faite dans l’opacité la plus totale et à l’insu même du ministre de la Culture de l’époque, Frédéric Mitterrand, comme il l’a ensuite révélé dans un livre. Cette inscription est d’ailleurs si peu glorieuse qu’elle ne figure nulle part, ni sur le site du ministère, ni ailleurs.

Quoi qu’il en soit, une inscription peut toujours être annulée. Le ministre le peut en théorie, mais tant qu’il sera sous contrôle d’un premier ministre pro-corrida il ne le fera pas. C’était le cas avec Fillon, puis Ayrault et aujourd’hui Valls. Par ailleurs, nous avons également une procédure en cours (CRAC Europe et Droits des animaux) pour faire annuler cette inscription sur des fondements juridiques.

Nous attendons l’audience prochaine de la Cour d’appel du tribunal administratif de Paris. Si nécessaire, les associations iront devant la Cour européenne des droits de l’homme afin de faire supprimer cette aberration. Mais quoi qu’il en soit, si nous parvenons à faire abolir la corrida au niveau législatif ou si nous finissons par l’asphyxier financièrement en agissant pour accélérer la désaffection du public, son inscription deviendra, de fait, caduque.

Pourquoi est-ce si difficile en France de faire interdire la corrida ?

Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ceux qui s’enrichissent avec cette industrie sinistre (très peu nombreux) ou se régalent de ses spectacles de souffrance forment un lobby extrêmement puissant. Alors que 75% des Français sont contre la corrida, ses soutiens sont surreprésentés dans le monde politique. Il faut croire que le goût du pouvoir s’accompagne souvent de celui du sang et, au minimum, de celui de dominer ou d’humilier. Depuis une dizaine d’années, pas moins de 9 projets de proposition de loi (PPL) ont été déposés par des parlementaires de tous bords pour demander l’abolition de la corrida, en l’occurrence l’abrogation d’un simple alinéa qui autorise les « sévices graves et actes de cruauté envers des animaux » (c’est la définition qu’en donne le Code pénal) à condition qu’une « tradition locale ininterrompue » le justifie. Pas une seule de ces propositions de loi n’a jamais été inscrite à l’ordre du jour de l’assemblée nationale ou du sénat. Pas une seule. Pourtant, les députés sont supposés représenter le peuple. Où est la démocratie ?

Un problème additionnel est que la plupart des Français ignorent qu’environ 130 corridas par an se pratiquent toujours dans le sud de notre pays. Ils sont contre la corrida comme ils sont contre le travail des enfants dans certains pays lointains, cela ne les concerne pas vraiment au quotidien. Et quand on leur parle de corrida, ils pensent que c’est un simple jeu esthétique, voire chorégraphique, entre en torero et un taureau sans réaliser que ce dernier est transpercé à de multiples reprises pour lui faire perdre le plus de sang possible mais pas trop vite pour que l’agonie dure au moins une vingtaine de minutes, sinon les spectateurs seraient mécontents. Cet aspect sadique et cruel échappe à beaucoup de gens dans le grand public. A chaque fois qu’on peut montrer des images de la réalité de ce que subissent les taureaux, on a une réaction de dégoût unanime, assortie d’un« je ne savais pas que c’était ça ». Il y a donc encore beaucoup à faire pour informer le plus grand nombre. Car si les électeurs que nous sommes tous sont sensibilisés à l’ignominie d’avoir des spectacles de torture autorisés en France, ils pourront faire pression sur leurs députés pour les faire enfin abolir.

Vous multipliez pourtant les actions de terrain…

Oui, nous les enchaînons sans cesse afin de faire bouger les lignes grâce au retentissement médiatique que nous obtenons de plus en plus. Non seulement notre présence devant les arènes rend les choses très désagréables pour les gens qui y vont et découragent de plus en plus d’entre eux d’y retourner, mais la presse en reprenant nos actions fait savoir que cette barbarie existe toujours – du moins la presse non partisane puisqu’une large partie des médias du sud de la France soutient les corridas et nous présente donc comme des excités ultra-violents, alors que nous sommes pacifistes et qu’il n’existe aucune photo montrant un anti-corrida commettre la moindre violence.

Nous sommes même surveillés et mis sur écoute par le Bureau de Lutte Antiterroriste, c’est dire si nous sommes hautement considérés par notre cher premier ministre auparavant ministre de l’Intérieur. Pourtant, nous n’avons enlevé personne, ni posé des bombes ou détourné des avions. Nous avons juste demandé qu’on interdise de torturer des animaux dans le sud de la France, ce qui est déjà le cas sur les 90% restants du pays. En parallèle, nous menons également des actions juridiques et des opérations d’information à l’attention des parlementaires.

Et le parlement européen, peut-il faire quelque chose de concret ?

Le verrouillage du lobby tauromachique est extrêmement solide à ce niveau aussi. Pourtant, on pourrait se dire qu’avec 25 Etats-membres sur 28 pour qui la corrida est illégale, il devrait être simple de l’imposer aux trois autres (France, Espagne, Portugal) en fermant simplement le robinet des subventions massives (plusieurs centaines de millions d’euros) dont jouissent les élevages de taureaux massacrés dans les arènes grâce à la PAC qui est financée par les impôts de tous les Européens. Mais, comme souvent dès qu’un sujet touche à la corrida, le circuit de décision au niveau européen n’a rien de démocratique ou de sensé. C’est le règne des petits arrangements crapuleux entre « amis »: tu ne m’embêtes pas avec la corrida et je ne te dis rien sur le massacre des globicéphales dans les îles Féroé ou celui des coqs de bruyère en Ecosse. Mon livre en apporte la preuve formelle, révélée par Alain Lamassoure, aficionado convaincu et député européen, lors de l’une de ses venues à Nîmes où il s’en est vanté devant des journalistes.

Quelle est la chance pour un taureau entrant dans une arène d’échapper à la mort ?

Aucune. Il faut arrêter de croire au mythe du taureau « gracié » parce qu’il a combattu « bravement ». Les guillemets s’imposent, s’agissant non pas de bravoure mais de désespoir, celui d’un animal qui se retrouve harcelé et tailladé par des humains qu’il a considéré toute sa vie comme des gens qui le nourrissaient mais aussi le rudoyaient régulièrement (marquage au fer rouge des jeunes, tests violents sur les femelles avant mise à la reproduction ou envoi à l’abattoir), et qui, tout à coup, le poussent dans un camion, lui font subir toutes sortes de traumatismes pour le paniquer et l’affaiblir et lui donnent l’espoir fugitif d’être relâché quand les portes de l’arène s’ouvrent et qu’il se rue dans une enceinte dont il ne sortira plus vivant après 20 minutes de tortures épouvantables.

Lors d’une corrida, le taureau a les muscles du cou sectionnés par le picador, ce qui le force ensuite à garder la tête baissée non parce qu’il est menaçant mais parce qu’il ne peut plus la tenir droite. Puis les banderilleros lui enfoncent dans le dos jusqu’à six harpons munis d’une pointe anti-retour en acier, ce qui crée une hémorragie massive. Quand vient enfin le tour du matador (mot espagnol qui veut dire « tueur, » ça a le mérite d’être clair), l’animal suffoque, langue tirée, tellement il a perdu de sang. Quand bien même il serait « gracié », il succomberait dans les minutes ou les heures qui suivent hors de la vue du public.

Les aficionados avancent souvent que les taureaux ont une belle vie avant d’entrer dans une arène…

C’est très discutable car l’animal subit des violences bien avant son entrée dans l’arène. Et quand bien même, est-ce que le fait d’avoir une belle vie justifierait qu’il y soit mis fin par la torture ? Imaginez-vous de prendre un chat ou un chien chez vous dès sa naissance, de lui offrir la plus belle des vies pendant trois à quatre ans et soudain, de le mettre dans un enclos où quatre hommes vont venir le torturer à l’arme blanche pendant vingt minutes jusqu’à ce qu’il succombe ? Est-ce que la belle vie que vous lui aurez fait connaître fait de son agonie une apothéose enviable ?

Dans votre livre vous abordez un chapitre très détaillé sur l’économie des corridas. La filière est-elle en bonne santé ?

Les corridas sont toujours déficitaires, à quelques très rares exceptions près. Elles ne survivent que grâce aux subventions municipales, régionales, nationales et européennes et aussi grâce aux subventions illégales que constituent les achats massifs de place par les collectivités, comme c’est le cas depuis des années dans les Bouches-du-Rhône (un rapport de la Cour des comptes vient de le confirmer). Les seuls qui s’enrichissent sont les organisateurs de corridas et les toreros les plus célèbres qui peuvent prendre jusqu’à 100.000 euros par prestation. La fraude est omniprésente pour préserver les profits de quelques-uns. De nombreux exemples étayés sont en effet donnés dans le livre.

Où en sommes-nous dans les plaintes déposées par les activistes suite à l’action anti-corrida de Rodilhan en 2011 ?

Nous sommes en attente de la tenue du procès. La procureure en charge du dossier a bouclé son instruction en octobre dernier. Depuis, c’est silence radio. On peut imaginer qu’elle subit de très fortes pressions pour retarder le plus possible les choses, sachant que sont directement mis en cause le maire de Nîmes et celui de Rodilhan, que l’on voit parfaitement sur les vidéos de ce lynchage sauvage en train de se réjouir du spectacle et de le laisser se dérouler au lieu de jouer leur rôle de garants de l’ordre public.

Nos avocats font tout ce qui est possible pour obtenir une date. Mais pour le moment, ils ont l’impression de s’adresser à un mur. Après le déni de démocratie, va-t-on assister à un déni de justice ? Si tel est le cas, nous remonterons s’il le faut jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme.

Pour en savoir plus:

Corrida la honte - Roger Lahana

« Fraude fiscale, mensonges, arnaques, tricheries, perversion, intox, corruption, inversion des valeurs, fiasco financier, détournements de fonds publics, noyautage politico-judiciaire, torture, sédition, déviances sexuelles, violences en réunion, troubles à l’ordre public, dévoiement de mineurs… la liste de turpitudes peu glorieuses est longue lorsque l’on commence à s’intéresser à l’univers de la tauromachie au-delà de l’aspect esthétique fallacieux qu’elle tente d’imposer aux yeux du grand public. Véritable enquête menée pendant plus de deux ans, « Corrida la honte » est l’ouvrage incontournable pour qui souhaite avoir un avis éclairé sur la question.»

Préface de Jean-Pierre Garrigues
324 pages, texte + photos.
Tous les droits d’auteur sont reversés au CRAC Europe


Source : http://www.vegemag.fr/actualite/roger-lahana-les-corridas-ne-survivent-que-grace-aux-subventions-publiques-2141

samedi, août 2 2014

Les préparations naturelles ne sont plus considérées comme des pesticides

Un pas vient d’être franchi à l’Assemblée nationale pour faciliter le passage à une agriculture sans pesticides. Les préparations naturelles dites « peu préoccupantes » (PNPP), comme le purin d’ortie, de prêle mais aussi l’argile ou le vinaigre blanc, ne seront plus soumises aux mêmes règles que les substances chimiques de synthèse. Un régime simplifié pour l’utilisation et la commercialisation de ces préparations vient ainsi d’être reconnu par la Loi d’avenir agricole, examinée à l’Assemblée nationale le 9 juillet. « A l’heure où ce texte de loi veut promouvoir des systèmes moins consommateurs de pesticides, il eut été pour le moins incompréhensible que des méthodes alternatives simples et naturelles ne trouvent pas leur place », se réjouit Brigitte Allain, députée écologiste de Dordogne.

La liste des PNPP entrant dans la catégorie intitulée « biostimulants » doit encore être définie par voie réglementaire, autrement dit par le ministère de l’Agriculture. Les militants de l’Aspro-PNPP, association qui promeut ces préparations, assurent qu’elle veillera « à ce que les décisions qui seront prises permettent réellement la commercialisation et l’utilisation des PNPP ». Ces dernières années, des agriculteurs, des jardiniers, des élus et des consommateurs ont multiplié les actions civiques en épandant symboliquement sur les places publiques des préparations à base d’extraits végétaux (voir ici et ). Une caravane pour la défense de l’agroécologie paysanne a également sillonné les routes françaises en mai dernier, pour alerter les députés et sénateurs sur les lourdeurs réglementaires encadrant ces préparations. L’amendement concernant les PNPP a été adopté après le passage en deuxième lecture au Sénat le 18 juillet.

Source : http://www.bastamag.net/Les-preparations-naturelles-ne

mardi, juillet 1 2014

Euthanasie ?

Nous devons nous interroger sur les raisons sous-jacentes du tapage médiatique qui, avec une parfaite synchronisation, vient d’accompagner le procès du Dr. Bonnemaison, euthanasiste occasionnel, le cas du tétraplégique Vincent Lambert dont nul ne sait en conscience si au fond de son coma subsiste encore une présence, et la reconnaissance en citoyenneté d’enfants nés à l’étranger de mères porteuses, autrement dit conçus au sein de matrices mercenaires… ce qui aux dires du sinistre Pierre Bergé ne serait pas pire que de louer ses bras et sa force de travail… assertion qui mériterait peut-être d’être discutée si elle n’était d’entrée de jeu aussi répugnante !


Pour ce qui est de l’euthanasie et de ces agonies rendues plus cruelles qu’imaginables par les artifices de la techniques - laquelle est aujourd’hui en mesure de prolonger indûment, voir indéfiniment lorsqu’il s’agit de comas profonds, des existences qui n’en n’ont plus que le nom - la question a été tranchée une fois pour toutes par le magistère de l’Église ante conciliaire(1). Il serait donc opportun, avant toute chose, de se reporter à la déclaration de Pie XII relative à une question intrinsèquement  liée aux progrès des techniques médicales. Techniques qui ne valent in fine que par l’usage raisonnable que nous en faisons. Gardons en mémoire et à jamais, la sentence du prêtre et médecin que fut François Rabelais… « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » !

Il est clair que les campagnes médiatiques qui viennent d’être orchestrées autour de ces trois affaires, ne sont pas fortuites : l’euthanasie autorisée, banalisée par la loi est encore un bastion à prendre pour les progressistes totalitariens qui nous gouvernent. Car est-il utile ou nécessaire d’encadrer par la loi une pratique déjà courante, définie par des protocoles bien connus des personnels soignants, et imposée par l’évolution même de la médecine ?

Est-il souhaitable d’en faire comme le souhaite le bon docteur Kouchner une « routine » inscrite dans la loi, c’est-à-dire d’en faire un geste habituel, quasi mécanique, en grande partie exonéré de toute responsabilité individuelle ? Légalisation qui pourra servir à en couvrir les excès, ceux qui ne manqueront de suivre l’interprétation extensive ou laxiste des textes. L’intervention en fin de vie ne doit-elle pas être censément laissée à l’appréciation ultime du corps médical, des familles et des patients eux-mêmes… quand ils le peuvent encore ? Aucune loi ne doit à ce titre être promulguée qui permettrait de justifier a posteriori ou de cautionner a priori quelques abus que ce soit. Toute l’ambiguïté du débat est d’ailleurs là.

La médecine moderne, prométhéenne en son essence, a repoussé les limites de la vie jusqu’à ce que l’accouchement de la mort – notamment avec l’actuelle croissance explosive du nombre des tumeurs incurables - se fasse de plus en plus fréquemment dans des douleurs extrêmes. À ce titre les soins palliatifs, et en fin de parcours, les injections létales de substances sédatives - sont devenus l’aboutissement logique, la contrepartie quasi obligée, à la fois de progrès techniques devenus volens nolens transgressifs de la loi naturelle, et d’une certaine malignité des politiques de dépenses publiques en matière de santé ! Nous avons d’ailleurs ici l’une des faces cachées du dossier que personne n’ose habituellement évoquer, à savoir que la mort prolongée est devenue une industrie particulièrement lucrative stimulée par notre modèle sociétal. En vérité un marché colossal(2) pour lequel les constantes références à l’éthique masque de moins en moins bien la cynique réalité d’intérêts économiques prédominants.

En France, la Loi organique du 1er août 2001 relative aux dépenses publiques(3) va conduire en 2006 à une réforme de la tarification hospitalière supprimant le forfait journalier, ceci pour lui substituer une tarification à l’acte. Avec pour effet pervers que désormais le patient en fin de vie « rapporte gros » aux services hospitaliers, lesquels sont condamnés à faire du volume coûte que coûte, et pour certains d’entre eux, sous peine de disparition. Il faut ainsi rentabiliser les services et pour cela l’on tend à gonfler artificiellement leurs activités à haute valeur ajoutée… parmi lesquels, les soins palliatifs, heureusement à présent délimités par la loi dite Leonetti du 22 avril 2005.
Un dernier mot. La loi, le juridisme à tout va, ne sont pas la panacée pour les situations douloureuses qu’engendre à foison le monde moderne. Car on ne peut décemment légiférer sur tout, si ce n’est au détriment la libre responsabilité de chacun. Pour remonter le courant, ne s’agirait-il pas à présent de revenir au serment d'Hippocrate dans toute sa primitive pureté ?
 
Jean-Michel Vernochet 29 juin 2014

Notes :

1 - Intervention en français de Pie XII le 24 fév. 1957 http://frblin.perso.neuf.fr/ccmf/05textesstsiege/pie12/pie12sante1957a.pdf

2 -  « Le secteur de la santé représente 12,5% de l'activité économique [hexagonale] évaluée en termes d'emplois et de valeur ajoutée. La production du secteur de la santé s'élève à 235 milliards d'euros, soit 7,6% de la production nationale [à titre de comparaison, en 2013 le budget français de la Défense se montait à environ 45 mds d’€]. La consommation finale en produits de santé est estimée à 193,3 milliards d'euros, dont 125,9 milliards d'euros compris dans l'Objectif national des dépenses d'assurance maladie, soit 65,1% » [hopital.fr10spt09]. En 2014 l’Assurance maladie représente  quelque 81 mds d’€ sur lesquels 75 mds vont aux seuls hôpitaux ! Les handicapés représentent 9 mds et les personnes âgées, moins bien loties, 8 mds.

3 - Loi organique n° 2001-692 du 1 août 2001 relative aux lois de finances [legifrance.gouv.fr13oct13].
 

                                                                              ***

Du Dr. Bonnemaison à Vincent Lambert via Pie XII


Par Claude Timmerman - Agrégé de biologie  -  27 juin 2014

L’acquittement du docteur Bonnemaison par la Cour d’Assises de Pau le 25 juin, bien qu’attendu, a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le camp de ceux qui se montrent résolument hostiles à abréger volontairement les souffrances de personnes pour qui la médecine ne peut plus rien. Or il importe de bien comprendre au préalable de quoi l’on parle, avant de porter quelque jugement définitif que ce soit. Même si la vox populi n’est pas tout à fait la vox dei, l’on ne peut tout à fait ignorer que selon un récent sondage 90% des personnes interrogées se déclaraient « favorables à l’euthanasie sous certaines conditions ». Opinion générale que reflètent les réponses particulières apportées par le jury populaire du procès Bonnemaison. Notons également qu’une majorité de nos anciens y seraient favorables, contrairement à ce qui a toujours été avancé à ce sujet dans le cadre d’une information systématiquement biaisée !

Si aujourd’hui certains milieux catholiques s’insurgent contre l’idée de laisser faire la nature tout en  prodiguant les soins nécessaires pour atténuer, voire adoucir les derniers instants, l’on constate a contrario que l’épiscopat dans sa grande majorité évite de faire de la surenchère… notamment parce que le refus de l’euthanasie est un faux débat ! Faux débat parce qu’en réalité tranché depuis près de soixante ans par le Vatican. L’Église en effet accepte pleinement le risque de provoquer la mort à l’occasion de certains soins dits palliatifs. À Rome, en octobre 1956 à l'issue d'un Congrès d'anesthésiologistes italiens, le Professeur Mazzoni, Secrétaire de la Société italienne d'anesthésiologie, avait soumis au Souverain Pontife, S.S. Pie XII, trois questions concernant l'analgésie. Le St Père avait alors répondu au plan théologique et éthique lors d'une audience spéciale accordée le 24 février 1957 à une assemblée internationale de 500 médecins et chirurgiens [Intervention en français de Pie XII du 24 fév.1957]. 

Sa conclusion est sans appel : « Vous Nous demandez : La suppression de la douleur et de la conscience par le moyen des narcotiques lorsqu'elle est réclamée par une indication médicale, est-elle permise par la religion et la morale au médecin et au patient même à l'approche de la mort et si l'on prévoit que l'emploi des narcotiques abrégera la vie ? ». Il faudra répondre : « S'il n'existe pas d'autres moyens et, si, dans les circonstances données, cela n'empêche pas l'accomplissement d'autres devoirs religieux et moraux : Oui. Comme Nous l'avons déjà expliqué, l'idéal de l'héroïsme chrétien n'impose pas, au moins d'une manière générale, le refus d'une narcose justifiée par ailleurs, pas même à l'approche de la mort ; tout dépend des circonstances concrètes ».

En fait, la fameuse « sédation de fin de vie » qui fait aujourd’hui polémique dans la presse et les tribunaux, repose d’abord sur une authentique hypocrisie médicale : le refus tacite d’exposer publiquement que la sédation aboutit presque automatiquement à la mort de l’agonisant, ceci pour deux raisons physiologiques simples :
- Tout patient en phase terminale qui subit des perfusions répétées, sinon continues, est prédisposé à la mort par arrêt cardiaque… la première conséquence de la perfusion étant une augmentation du travail cardiaque  nécessaire à diffuser la masse des liquides injectés dans le milieu intérieur ce qui conduit la pompe cardiaque d’un organisme très affaibli à « lâcher » à un moment ou à un autre. Perfuser sur une longue durée est donc susceptible de provoquer pratiquement à coup sûr une crise cardiaque...
- Tout analgésique, et notamment la morphine, au-delà du phénomène d’accoutumance, mène à l’augmentation progressive des doses pour parvenir à soulager efficacement la douleur souvent insoutenable des cancéreux en fin de vie. Vient le moment où l’organisme ne supporte plus de telles surdoses. De cette manière, les soins palliatifs de sédation conduiront inéluctablement au décès, une séquence bien connue et assumée par le personnel médical.
 
Dans le cas du Dr. Bonnemaison cette insupportable hypocrisie médicale est poussée aussi loin que possible, en particulier à travers la déclaration du Conseil de l’Ordre :
« La radiation va entrer en application le 1er juillet, comme prévu [autrement dit après le jugement de la cour d’assises qui eut dû en principe condamner le médecin, au moins formellement]. Elle est bien entendu soumise à la cassation par le Conseil d'État s'il y a appel du Dr. Bonnemaison… Celui-ci a notamment été condamné par la chambre nationale disciplinaire de l'Ordre sur le fait qu'il n'a pas respecté l'article 37 du code de déontologie médicale, qui introduit une procédure collégiale prévoyant, dans le cadre de la loi Leonetti, qu'un médecin ne peut agir seul ».

Ce qui est donc ici reproché par ses pairs au docteur Bonnemaison n’est pas du tout le fait qu’il ait  administré sciemment des produits potentiellement létaux à une demi-douzaine de personnes, mais qu’il ait agi seul, c’est-à-dire sans concertation avec leins autres membres de l’équipe médicale. Telle est l’état des lieux : implicitement l’Ordre des médecins reconnaît in fine et valide la sédation de fin de vie, laquelle n’est pas à cette occasion mise en cause, tout en condamnant un confrère qui a eu la malchance de servir de bouc émissaire à l’ensemble de sa profession.
 
Mais de quelle « vie » à préserver est-il réellement question ?

À ce stade de notre exposé le moment est venu d’évoquer les multiples transgressions de la loi naturelle qu’autorisent aujourd’hui les formidables progrès de l’ingénierie médicale. Ceci, entre autres, parce que de nombreux et prétendus biens pensants donneurs de leçons nous rebattent les oreilles à longueur de temps à propos du caractère sacré de la vie humaine. Vie quasi fétichisée qu’il s’agirait de préserver coûte que coûte… « de la conception à la mort » et quelles que soient les circonstances. Soit, mais de quelle vie est-il question ? S’agit-il de la vie qui nous est donnée et reprise par la Divinité ou bien d’un sursis de vie artificielle dont l’homme prométhéen a acquis la capacité… par le truchement de techniques propres à prolonger indûment l’existence terrestre de ses semblables ?

Là se situe la question essentielle ! Car pour prolonger cette vie, envers et contre tout, l’Homme est parvenu à déployer des trésors d’ingéniosité qui à présent l’amènent à se voir confronté à la déchéance des corps et à des sommets de souffrance qu’il ne maîtrise plus et vis-à-vis desquels il se montre impuissant parce qu’il ne possède pas de réponse appropriée… les moyens lui faisant désespérément défaut. Car nous sommes parvenus à une époque où il est désormais possible de freiner le processus de destruction du corps, voire de le suspendre – pensons au comas prolongés des années durant – mais pas encore d’en inverser la course. Si nous acceptons que la vie soit artificiellement prolongée, alors nous devons admettre que les mêmes moyens techniques puissent être employés pour mettre un terme aux affres d’une lutte sans issue. C’est une question de bon sens tout autant que l’exercice de la plus élémentaire charité comme l’a lumineusement vu et dit sa Sainteté Pie XII. 
  
Le temps est également révolu de « l’acharnement  thérapeutique » pratiqué naguère sous le fallacieux prétexte d’un éventuel miracle médical, certainement jamais observé, ou au prétexte d’avancées imminentes de la science, les mourants étant alors, bien malgré eux, transformés en cobayes disponibles pour tester toutes sortes de « traitements expérimentaux »… en outre, dans cette triste occurrence l’espérance et la peine de leurs proches étant quant à elles prises en otage.

La véritable et unique  question est alors : « Doit-on condamner l’homme à vivre en soufrant le martyr ? ». Et si oui, au nom de quoi ? Quels chrétiens, et au nom de quelle morale transcendante, peuvent-ils condamner celui qui demande à être finalement soulagé d’une douleur inhumaine ? Dans de telles  situations, à l’égard de ceux ou celles du personnels médicaux qui acceptent d’opérer un choix engageant leur responsabilité morale – et pas seulement juridique et professionnelle - s’applique à la lettre l’injonction évangélique « Tu ne jugeras point » [Luc 6/37-45]. Commandement qui, devant l’indicible souffrance des corps, s’adresse tout autant au passeur d’âme qu’au libre choix de celui qui au terme de la douleur décide de rendre les armes… Agonie ne signifie-t-il pas étymologiquement le combat, l’ultime combat ? Bref, au nom de quel sophisme moral ou théologique peut-on refuser de mettre fin à une vie devenue contrenaturelle parce que maintenue envers et contre tout ? Cela en recourant à tous les artifices -  judicieusement nommés « palliatifs » - issus de techniques transgressives de la loi naturelle, autrement dit de la loi divine ?

Loi Leonetti et acharnement thérapeutique

De ce point de vue l’acharnement thérapeutique a été longtemps un véritable fléau… certains expérimentateurs avons-nous dit, se retranchant derrière l’idée abstraite, désincarnée de la rétention, à quelque coût humain que ce soit, du dernier souffle vital. Ce qui est évidemment absurde et dans certains cas haïssable… mais explicable par les riches possibilités d’expériences ou de tests qu’offrent les cas désespérés. Cela en jouant, la plupart du temps, sur les sentiments des parents auxquels l’on fait miroiter une improbable rémission. Certes de rares expérimentations peuvent s’avérer parfois propices à l’avancement de nos connaissances, mais en majorité elles sont le plus souvent inutiles et cruelles.

C’est pour répondre à de tels excès que fut mise en place la loi dite Leonetti. Loi qui permet jusqu’à un certain point d’empêcher l’acharnement thérapeutique tout en requérant l’assentiment du moribond, ce qui évidemment suppose chez le patient un certain état de conscience. Or, quid de ceux qui ne peuvent plus physiquement communiquer ?  À l’instar de tous les grands traumatisés cérébraux, comateux irréversibles et autres, à demi conscients baptisés aujourd’hui « pauci-relationnels » ? Ces « légumes » seraient actuellement au nombre de 1500 en France, sous perfusion de nourrissage parfois assortie d’un respirateur… techniques qui permettent de conserver un « patient » durant des mois, voire des années... Pensons au Nobel Alexis Carrel, père fondateur de la cytologie, pourtant devenu aujourd’hui « M. Le Maudit » aux yeux de la pensée unique ! Celui-ci parvint à conserver en milieu physiologique un cœur de grenouille isolé qui a continué de battre pendant...17 ans !

Pensons ici et maintenant au cas si douloureux de Vincent Lambert et aux rocambolesques péripéties judiciaires qui accompagnent son interminable et muette agonie ! Cet infirmier victime d’un accident de la route, tétraplégique, plongé dans un profond coma est devenu le symbole de l’acharnement médical autant que du refus obstinés de certains membres de sa famille de mettre fin à son calvaire, au nom, dit-on, de certains principes(1)… en fait dévoyés parce que bafoués par les techniques mises en œuvres. Encore une fois, quelle peut-être la valeur ou le sens d’un semblant d’existence biologique maintenu artificiellement en suspension au-dessus du néant ?

Vincent Lambert avait pour sa part, de son vivant, toujours fait état de sa réprobation quant à l’acharnement thérapeutique. Aussi est-il singulièrement paradoxal de voir que sa longue agonie est prolongée depuis cinq ans par sa propre génitrice. Son épouse se désole et nombre de ses amis également, mais rien n’y fait ! Reste que Vincent Lambert est aujourd’hui totalement désincarné : au fil des années il a cessé d’être un homme pour n’être plus qu’une cause. Il est devenu peu à peu un argument et instrument aux mains de ceux qui veulent légiférer et n’en démordent pas. Il est à ce titre l’enjeu d’une bataille entre des positions et des factions aux motivations plus ou moins obscures, plus ou moins inquiétantes, car plus le carcan des règles et des  obligations juridiques s’épaissit, plus la liberté humaine dépérit.
 
Le cas Lambert est lourd d’enseignements

Finalement, personne n'a vraiment pris garde, ni souligné la suspension de la décision du Conseil d’État par la cour Européenne des Droits de l’Homme dans l’heure qui a suivi la décision « souveraine » de nos Conseillers !  Il s’agit pourtant là d’une question de fond, lourde de conséquences pour notre souveraineté nationale. À quoi bon maintenir des Institutions  régaliennes – ici la Justice – ou une représentation nationale – les deux Chambres – si les gens de Bruxelles peuvent à leur gré invalider les décisions de nos instances nationales ? Incidemment le cas Lambert constitue une impressionnante pierre d’achoppement donnant la mesure de ce qui reste de souveraineté, et donc de liberté, ou de marge de manœuvre au Législatif et au pouvoir judiciaire dans notre dorénavant pitoyable Hexagone [lefigaro.fr24juin14].
 
M. Manuel Valls, ci-devant Premier ministre – et parce qu’il n’a pas d’autres chats à fouetter – a chargé dans la foulée de ce verdict européen, M. Jean Leonetti et le député socialiste Alain Claeys de préparer un nouveau projet de loi relatif à la fin de vie, lequel devrait être présenté au Parlement avant la fin de l'année. « Ce sera, pour mon équipe, le délai de trop » déclarait alors le médecin de Vincent Lambert, le Dr. Éric Kariger qui a toujours prôné l’arrêt de l’acharnement dont est victime son patient tout en précisant : « Aucune loi, aucune religion ne défend le principe de souffrir. Je ne suis pas pour la vie à tout prix, même si jamais je ne donnerais la mort. Reste qu’à un moment, la médecine doit savoir se retirer ». Mais que signifie précisément ce dernier verbe ? « La médecine doit savoir se retirer », en laissant par exemple son patient mourir de déshydratation pour ne pas risquer de se voir accuser à son tour de « donner la mort »? Ou bien en assumant en totalité l’assistance qu’il doit en principe à un patient atteints de lésions irréversibles ? Patient qu’il a maintenu jusqu’à ce jour en condition artificielle de survie ! Nous ne ferons pas au Dr. Kariger de procès d’intention car c’est aux fruits que l’arbre doit être jugé ! En contrepoint notons que le Dr.  Bonnemaison a eu lui au moins le courage d’endosser ses actes  et de refuser ouvertement l’hypocrite euthanasie passive qui consiste à débrancher et à laisser crever...

Au palmarès des bouffonneries liées au cas Lambert, épinglons au passage le « bon docteur » Kouchner qu’on ne savait pas si délicat, lui qui fut, en tant que proconsul de l’Otan, le promoteur indirect de l’épuration ethniques des Serbes du Kosovo… et dont le nom s’est indirectement trouvé entaché par des rumeurs de trafic d’organes.  Trafic de l’horreur dénoncé dans un rapport de l’ancien procureur général du canton du Tessin, Dick Marty, à la demande de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe2. Ainsi M. Kouchner ne veut plus  - de façon quelque peu orwellienne - que l’on parle d’euthanasie [étymologiquement mort douce] parce que le mot rappellerait fâcheusement le « nazisme »… euthanazi ! Ah bon ! Au reste peut-être devrait-il accorder son violon avec celui de son ami et coreligionnaire Jacques Attali qui en son temps préconisait l’euthanasie méthodique des vieillards3!
 
Bref si vous n’avez aucune envie de vous retrouver le cas échéant à l’état de légume déshydraté ou asphyxié lentement, agissez pour un urgent retour du bon sens assorti d’une dose massive de charité chrétienne. Après tout l’on achève bien les chevaux !?
 
                                   
Claude Timmerman  27 juin 2014


Notes :

1 - La mère de Vincent Lambert bénéficie du soutien inconditionnel de milieux se réclamant de la Tradition. Mais lorsqu’elle déclare à Antenne II, le soir de la décision de la Cour Européenne de justice à un  journaliste faisant allusion à sa foi catholique : « J’ai des convictions, mais cela n’a rien à voir : je ne suis pas intégriste, je ne suis pas une illuminée ». Les Catholiques fervents apprécieront certainement de se voir, dans cette réaction sous les feux médiatiques, assimilés à des « illuminés ».

2 - « Traitement inhumain de personnes et trafic illicite d’organes humains au Kosovo » 12 décembre 2010. Rapporteur: Dyck Marty, Suisse http://assembly.coe.int/ASP/APFeaturesManager/defaultArtSiteVoir.asp?ID=964

3 - Point de vue sur la question de l’ancien de feu le président Mitterrand, et conseiller officieux de M. Sarkozy tiré de sa monographie « L’avenir de la vie » 1981… « Dès qu’il dépasse 60-65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. La vieillesse est actuellement un marché, mais il n’est pas solvable. Je suis, pour ma part, en tant que socialiste, contre l’allongement de la vie »… «  En effet du point de vue de la société, il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement plutôt qu’elle ne se détériore progressivement… L’euthanasie sera dans tous les cas un des instruments essentiels de nos sociétés futures, dans tous les cas de figure…Des machines à tuer permettront d’éliminer la vie lorsqu’elle sera insupportable et économiquement coûteuse. Je pense donc que l’euthanasie sera la règle de la société future ».

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